Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Santé > « Perdre sa vie à la gagner »

« Perdre sa vie à la gagner »

Trop jeune pour avoir vécu 68, je ne peux être taxée d’archaïsme en utilisant ce slogan. Force est pour moi de constater, statistiques à l’appui, qu’il y a un écart d’espérance de vie moyen de 7 ans entre un cadre qui part à la retraite et un ouvrier. Qu’il y a donc un certain cynisme à offrir à ces derniers de « travailler plus pour gagner plus » sauf à vouloir que, perdant la vie avant la retraite ou peu après, la masse des « sans grade » ne pèse pas sur le financement des retraites de ceux qui n’ont pas connu la « pénibilité » du travail.

En France En 2005, la branche Accidents du travail et Maladies professionnelles de la Caisse nationale d’assurance-maladie a indemnisé 1,4 million d’accidents du travail. Dont près de 700 000 ont donné lieu à un arrêt de travail.

En 2003, près de 35 000 cas de maladies professionnelles ont été reconnues en France. En 1998, seules 15 000 avaient été déclarées. Et cette explosion de 20 % ne s’explique pas seulement par l’élargissement du nombre des maladies reconnues... Les troubles musculo-squelettiques, les TMS, concentrent à eux seuls les deux-tiers des maladies professionnelles et augmentent de 20% ¨par an. Les TMS sont les douleurs dorsales ou lombaires, les maladies inflammatoires des coudes ou des genoux... Pour les poignets c’est très fréquemment le syndrome du canal carpien qui est en cause et justifie plus de 80 000 interventions chirurgicales chaque année en France suivies d’un arrêt pour rééducation de trois mois pour chaque poignet puisque par crainte d’un problème chirurgical on intervient successivement sur une main puis l’autre.

L’amiante où la responsabilité de l’Etat et la responsabilité des employeurs est engagée est une bombe à retardement : Entre 2010 et 2015, les experts estiment que les cas de mésothéliome de la plèvre occasionnés par l’amiante, pourraient augmenter de 25% tous les trois ans.

482 salariés sont morts d’accidents du travail en 2005 mais il s’y ajoutent les suicides liés à des raisons professionnelles de l’ordre de 300 à 400 par an.

En cause d’après le docteur Légeron dans son ouvrage le « Stress au travail » (Editions Odile Jacob) la surcharge au travail , le « culte de la performance et du dépassement, l’anxiété de la performance » l’invasion des e-mails et... la réduction du temps de travail mal organisée parce que non négociée avec les syndicats de salariés que l’on évite d’introduire dans les entreprises..

Non seulement les heures supplémentaires dégrevées de charges patronales risquent d’empêcher la création de nouveaux emplois qui eux sont taxés dès la première heure mais , à supposer que les carnets de commande des employeurs soient d’un niveau suffisant pour permettre de faire des heures supplémentaires, on expose de façon totalement cynique les travailleurs les plus physiquement sollicités à une mortalité précoce.

Qu’incarnent les termes « d’égalité » et de « fraternité » aux frontons de nos bâtiments publics ?

S’ajoute à cela une désorganisation programmée et déjà effective des services de santé : aujourd’hui si vous avez un accident et que votre état nécessite des soins de suite d’intervention chirurgicale, à l’hôpital public, vous serez traité après les personnes qui auront accepté de payer le surcoût de consultations et soins privés au sein de l’hôpital public .

Vous n’atteindrez pas même le centre hospitalier le plus proche le week-end : la médecine de ville rechigne à faire des gardes et donc les malades ne sont pas orientés vers les soins appropriés fussent-ils d’urgence , les urgences sont centralisées et par exemple en Isère à Grenoble . 1H45 pour intervenir sur un infarctus samedi 21 Avril.

André au téléphone a regardé mourir son épouse et il me semble que ces soins de santé , à deux vitesses, ont été tout aussi cyniquement organisés que l’est le "travailler plus pour gagner plus".

Il n’est pas interdit de se « révolter » , la « colère » est saine quand elle est justifiée et elle galvanise l’action.


Moyenne des avis sur cet article :  4.58/5   (38 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Jo 4 mai 2007 12:38

    On aurait aussi pu dire « Perdre sa vie a la vivre ».

    Maladie, accidents sont les aleas de la vie. Malgre tout, il vaut mieux vivre, apprendre, produire, laisser sa trace que de se laisser aller et de ne jamais avoir connu la vie.


    • carnac carnac 4 mai 2007 18:20

      Il me semble qu’on a quelques chances de laisser une trace plus importante au moins auprès de ses proches si l’on vit plus longtemps. Par ailleurs , quand ce que vous appelez les « aléas » aboutissent à des disparités d’espérance de vie subtantielles entre catégories sociaux professionnelles bien déterminées, ce n’est plus à mon sens des « aléas ».


    • Hector 10 décembre 2007 17:53

      Bonjour.

      Vous avez raison de souligner que vivre fait mourir. Vous avez aussi raison de dire qu’il vaut mieux vivre (voire mieux vivre !), apprendre ou laisser sa trace. Mais pour combien de gens cela est-il possible dans le cadre de leur travail ? Pas beaucoup, je pense. Et combien ont la chance de pouvoir le faire en dehors de leur travail ? Pas beaucoup non plus.

      La journée de travail ne consiste pas qu’en la partie passée à son poste de travail : pour de plus en plus de personnes, le temps passé dans les transports pour s’y rendre ou en revenir est très importante, ce qui induit de manger sur place à midi. Au retour à son domicile, le soir, dans le peu de temps qu’il reste, il faut encore s’occuper des courses, éventuellement de sa famille et d’autres choses encore ; cela laisse bien peu de temps pour apprendre, produire quelque chose de durable pour laisser sa trace (fut-elle minime), réfléchir ou s’enrichir (sur le plan intellectuel, notion totalement absente du pensum sarkozyste).

      Vous me direz que tout ceci arrange beaucoup de monde ; et dans les employeurs, et dans les employés !

      C’est bien une grande part de nos malheurs...


    • Muriel Bastien 6 mai 2007 11:26

      Merci pour votre article. Gardez intacte votre capacité d’indignation et votre colère. Je dirais aussi : pensez à vous syndiquer si ce n’est déjà fait. Les organisations syndicales, toutes tendances confondues, reçoivent beaucoup d’argent de l’Etat et des fonds européens faute d’en recevoir suffisamment de leur propres adhérents. Encore une exception française. L’amélioration « urgente » des conditions de travail devrait être leur principal cheval de bataille. Pourquoi si peu d’avancées ? Voire, aucune ? Parce qu’elles ont les pieds et poings liées à leur principaux financiers. Qu’elles ne peuvent pour l’instant que faire semblant de se battre, faute d’indépendance et de troupes conséquentes. Aucune bataille ne se livre sans indépendance et liberté. Résultat, tous les salariés que vous décrivez et dont vous ne voulez pas être, feraient bien de rejoindre les rangs syndicaux et d’exiger de ceux qui les dirigent, de faire enfin leur travail. Quitte un jour, en se rendant en masse aux congrès syndicaux et forts de leur carte d’adhérents, à exiger la démission des cadres syndicaux qui ne montent réellement au créneau qu’au moment d’asseoir leur représentativité nationale (et d’empocher les sous qui vont avec) lors des élections prud’homales et celles des Comité d’entreprise...La boucle est-elle bouclée ? M.B


      • carnac carnac 9 mai 2007 09:46

        Je suis toujours surprise quand on parle de la faiblesse des syndicats en France : crédités de 8% environ de salariés adhérents ils représentent un force largement plus importante que la totalité des militants des partis politiques français.

        Si la politique est devenue un métier pour nombre de nos représentants d’où un manque patent de renouvellement de la classe politique dont on extrait bien difficilement quelques visages emblématiques nouveaux , les syndicalistes eux, sont renouvelés au sein des instances par voie de vote tous les 4 ans et cela tourne car il est difficile de s’occuper à la fois de sa vie professionnelle et des intérêts de l’ensemble des salariés d’une entreprise.

        les syndicalistes français ont créé un corpus de plus de six cents conventions collectives alors que dans les pays où l’adhésion est obligatoire on est loin d’avoir cette couverture conventionnnelle.

        On ne compte plus les accords d’entreprise de tous ordres qui améliorent concrétement la vie des salariés.

        Lorsque se présente une ineptie comme le CPE , la tradition d’organisation des syndicats permet aux citoyens non syndiqués qui le souhaitent d’avoir une force d’expression inégalée en Europe.

        Par moment je me demande même si ce ne serait parceque bon an mal an nos syndicats sont efficaces qu’en fin de compte nombre de salariés ne jugent pas utile de se syndiquer.

        Bien souvent l’adhésion syndicale n’apparait une nécessité à titre individuel que lorsqu’il est trop tard : lorsqu’on a été injustement licencié , ou lorsque des dispositions essentielles comme les salaires minimaux ne sont pas respectés ou quand des discriminations patentes sévissent au sein de l’entreprise.

        Oui les syndicats sont un des contre pouvoirs de la société civile avec les associations multiples qui travaillent elles aussi dans le domaine social et c’est peut-être pour cela que le gouvernement actuel se braque dès maintenant face à la demande de concertation pourtant bien naturelle de l’ensemble des centrales.

        Oui, faire de tous les syndicats des syndicats d’adhérents (c’est une revendication CFDT je crois) ce ne peut être qu’une bonne chose pour améliorer dans chaque entreprise la situation concrète des salariés

        merci de votre participation à cette réflexion un peu éclipsée par l’actualité


      • Bof 22 mai 2007 09:54

        La totalité de cet article prouve encore une fois qu’il ne fallait surtout pas passer aux 5 semaines de congés payés et surtout aux 35 heures. Depuis cette date , les ponts et prises de congés supplémentaires prennent une importance beaucoup plus grande dans nos esprits et ceci quelque soit le poste occupé. Voici donc le résultat du stress et des troubles occasionnés par des modifications injustes et il manque encore dans l’article les «  »morts«  » occasionnés par l’obligation de la retraite à 65 ans ,cette salopperie que l’on voit approcher sans ne rien oser dire (devant cette pourriture de dictature « du temps libre » !) Plus personne ne semble avoir le droit d’organiser sa vie de travail , sauf bien sûr les très riches qui ne se privent pas eux du travail après leurs 65 ans ...il y a quand même un illustre qui continue aux usa mais tout le monde n’a pas l’intelligence Monsieur Luc Montagnier qui découvrit le virus du sida ,quant à l’argent...


        • Netcitoyen 5 juin 2007 01:39

          Il est bien de s’indigner, mais plus efficace de proposer. alors rendez-vous sur www.assembleenetionale.com, un site Internet communautaire qui va permettre à tous les Netcitoyens de se faire entendre et écouter !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès