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Accueil du site > Actualités > Santé > Place de l’imaginaire dans les thérapies

Place de l’imaginaire dans les thérapies

Avec l’association d’idées dans les thérapies, le risque du recours trop restrictif à l’abstraction risque de compromettre l’association naïve d’images que Bachelard et Maslow appellent de leurs vœux...

Introduction

Une extrême confusion a toujours prévalu dans les termes relatifs à l’imaginaire qui recouvrent le terme de fantasia employé dans la pensée occidentale et dans l’Antiquité classique. La pensée se représente le monde d’une manière directe et indirecte, tout un champ d’investigation s’ouvre pour distinguer ces deux domaines aux limites floues. Ce qui nous intéresse ici concerne l’insuffisance radicale qu’éprouve la conscience à re- présenté le signifiéde manière adéquate par un signe

Ainsi, déjà, l’homme dans son souci profond et parfois impérieux de communiquer et de se dire, éprouve le besoin d’utiliser un autre outil que l’image. En effet, son insatisfaction à traduire sa pensée grâce à l’imaginaire le conduit dans un pari audacieux grâce à un détour créatif. L’importance accordée à la notion d’image dans la psychanalyse est des plus importantes, toutefois, la notion de symbole dans l’oeuvre de Jung et de Freud est confuse. Mais comment peut-il en être autrement ? Toutefois on peut se demander si la notion de symbole n’a pas été réduite en lui retranchant la notion de mystère, si chère au croyant .Nous tenterons de définir quelques limites de la pensée de Freud et de Jung , ensuite nous soulignerons l’importance de la naïveté dans l’ imaginaire, et enfin nous tenterons, comme le propose Bachelard, de se mettre à l’école de la naïveté.

Aux frontières de l’image dans la psychanalyse


Pour mieux comprendre la théorie de Freud, nous allons esquisser quelques principes qui déterminent sa vision de l’imaginaire. Freud a souligné la notion de causalité psychique qui entraîne un déterminisme du psychisme (comme il existe un déterminisme matérialiste) qui pèse sur l’homme. Il a ensuite montré l’importance du réservoir inconscient et de son action sur la psychogénèse de l’individu . Cet inconscient est maintenu refoulé par la censure c’est- à-dire par un interdit social, cause de l’effet névrotique. La censure a agi sur la pulsion sexuelle ou libido sans jamais la vaincre. On arrive ainsi à une notion primordiale pour notre propos où la censure, jamais totalement efficace par rapport à l’énergie sexuelle, se travestit en images. Cette image pour Freud est caractéristique d’une cause conflictuelle, d’un blocage de la libido ou d’une réflexion affective. Selon Dalbiez la théorie freudienne apporte une double réduction à la notion de symbole. La méthode associative prônée par la psychanalyse conjugue le fil conducteur de l’analyse en fonction des allusions imagées des organes sexuels males et femelles. Plus important encore pour notre propos, Dalbiez signale que Freud utilise le mot symbole dans le sens effet-signe .Dans la forêt des symboles , Freud élit au rang d’images significatives des fruits de l’impérialisme libidinal. La naissance de Minerve sortant du crâne de Jupiter est réduite à un accouchement identique aux communs des mortels. Un autre exemple fourni par les ethnologues met en doute l’universalité du complexe d’Oedipe puisque celui-ci n’est qu’un épisode culturel strictement localisé dans l’espace et dans le temps. En mettant en évidence le réservoir inconscient de l’homme afin de l’utiliser comme un langage à interpréter surtout grâce au canevas de l’immaturité sexuelle de l’enfance.Parfois le courant psychanalytique ne suit plus Freud et sa conception étendue à tout le symbolisme, ce qui met certains analystes dans une situation délicate. En effet , on ne fait pas un tri dans les propositions de Freud sur le symbolisme sans mettre en cause toute sa théorie. Chez Jung, au lieu d’admettre une pulsion biologique plus ou moins impérialiste , on découvre une énergie qui provoque une incessante métamorphose de la libido. Nourri par cette énergie, le symbole manifeste sa complexité notamment dans l’unification de paires d’opposés. Mais le symbole n’est jamais envisagé comme un moyen thérapeutique direct.Freud et Jung pour un temps partagent la même passion pour une psychanalyse conquérante.

Toutefois, des explications sur leurs convictions confuses font éclater les différences. Dans le champ des symboles qui nous intéresse ici, Jung ne perçoit pas la problématique du refoulement sexuel. Pour lui, il s’agit de la manifestation à ciel ouvert de la substance même de l’âme , comme si le trop-plein symbolique laisse apparaître le transcendant. La libido devient ainsi l’énergie psychique englobante qui anime l’homme et qui est finalisée vers son perfectionnement. Les symboles apparaissent donc comme des turbines qui transforment cette énergie psychique.Cette théorie plaisante, ne se soustrait pas à la prétention de reconstituer des réalités culturelles aussi complexes que les symboles , les rites et les mythes.Mais revenons à la notion de représentation indirecte. En effet, on peut parler de symbole lorsque l’intention donne à un objet la fonction de figurer ce qui n’est pas, ce qui ne se produit pas dans le rêve. Cette capacité symbolique est, me semble-t-il, acquise très tôt chez le jeune enfant . Si cela est le cas, comment expliquer que l’énergie sexuelle se travestisse en images ?…

La psychanalyse à l’épreuve de la sublimation


Antoine Vergote qui a donné ce titre à l’un de ses ouvrages explique page 255 « dans la sublimation le sujet ne séjourne donc pas auprès de lui-même, mais il est activement orienté vers la chose elle-même, se projetant vers elle, « chose » signifie ici la réalité dont il s’agit et qui est autre et autrement signifié dans la peinture, la poésie la religion, l’amour humain. » Voilà nous semble-t-il une ouverture au-delà du déterminisme freudien ainsi qu’au delà de la réduction psychanalytique.Pour arpenter ce chemin, Gaston Bachelard nous paraît être un guide de plus en plus reconnu. Dans la thérapeutique de Robert Desoile ou de la doctoresse Sechehaye on peut voir une application de ce que Bachelard présentait dans le bonheur de lecture ,dans l’ équilibre retrouvé du rêveur de mots car le rêve éveillé de Desoile est très proche de la rêverie Bachelardienne . Le philosophe écrit « si le mot analyse doit avoir un sens quand on touche une instance, il faut donc bien dire qu’on analyse mieux une instance par des poèmes que par des souvenirs ,mieux par des rêveries que par des faits » et plus loin « par la grâce du poète nous sommes devenus le pur et simple sujet du verbe s’émerveiller. »(1) Au-delà de la beauté de ces phrases , elle nous rappelle l’expérience religieuse que décrit Mme Guyon en utilisant une expression poétique : « lorsqu’il me fallait parler ou écrire, il n’y avait rien de plus grande que moi ; il me semblait que j’étais toute pleine de Dieu ; et cependant, rien de plus petit et de plus faible que moi car j’étais comme un petit enfant »(2). Cette expérience citée par Gaston Bachelard nous permet de préciser trois spécificités de l’expérience religieuse.Des spécificités de l’expérience religieuse. Pour illustrer ce chapitre l’ouvrage d’ Erich Fromm « psychanalyse et religion » page 122 nous a fourni un cadre de travail, pour autant nous avons voulu garder une certaine distance avant d’étayer d’exemples la théorie de ce psychanalyste, philosophe . Nous verrons ainsi que ces facultés rappellent des qualités d’enfance. Chacun de ces chapitres mériterait de plus amples développements , mais le lecteur reconnaîtra que le ton est différent…  

La faculté d’étonnement


Erich Fromm précise que selon Socrate l’étonnement est le commencement de toute sagesse, il poursuit qu’il est même le commencement de toutes expériences religieuses. En effet cette faculté conduit pas tant à se donner des réponses, qu’à se poser des questions. Ici nous rejoignons comme dans les deux cours chapitres qui suivent, l’attitude que préconise Marcel Légaut devant les Ecritures. (3)  

L’engagement total


Il s’agit d’une question qui est étroitement lié à la question du sens de l’existence, elle se pose de manière plus épineuse dans la crise du milieu de la vie. Elle se traduit parfois selon le cheminement personnel par un abandon, par un lâcher- prise de la prétention à saisir et à maîtriser « sa » vie. Dans cette période le domaine temporel est subordonné au domaine spirituel.

L’unité avec le monde


La capacité de partager une unité fondamentale avec les autres et avec l’univers est constamment tiraillé par la conscience de se ressentir comme être séparé et comme faisant parti d’un tout paradisiaque. Cette sensation n’est pas étrangère au sentiment océanique qui a animé de vives discussions entre Romain Rolland et Freud.Il y aurait toute une dialectique à différencier le fait de se sentir dans un tout et le fait de voir Dieu partout .Le symbole de l’eau est particulièrement adapté, si l’on voulait se prêter au jeu d’une rêverie bachelardienne et à cette ambivalence de l’eau. Mais nous n’atteindrions à ce jeu évidemment qu’un maigre sous-produit de la prolifique description que le philosophe dépeint dans « l’eau et les rêves » . Cette rêverie aurait pour tout un chacun la puissance personnelle de l’expérience, et en cela elle donnerait du grain à moudre non seulement au psychanalyste , mais à tous passionnés du langage imagé.

Rêverie poétique et religion 

Nous allons approfondir, trop peu à notre goût, la pensée de Bachelard face à l’expérience religieuse qui nous parait être un activation du trop plein imaginaire dans le champ symbolique du religieux(cf annexe espace sémantique). Nous ne pouvons nous empêcher de citer le passage suivant de la psychanalyse du feu : « Après la psychanalyse de la connaissance objective , l’erreur est reconnu comme telle , mais elle reste comme un objet de polémique heureuse .Quelle allégresse profonde il y a dans les confessions d’erreurs objectives .Avouer qu’on s’était trompé, c’est rendre le plus éclatant hommage à la perspicacité de l’esprit .C’est revivre sa culture, la renforcer, l’éclairer de lumière convergentes,c’est aussi l’extériorisé , la proclamer , l’enseigner . Alors prends naissance la pure jouissance du spirituel . »(6) Qu’il me soit permis d’évoquer ici, certaines figures évangéliques , en particulier celle de la samaritainet du fils prodigue, tant il est vrai que la métanoia a un rapport avec cette attitude décrite par Bachelard .Plus loin il va plus loin en disant « c’est en tant qu’il est bien joyeux que le refoulement bien fait est dynamique et utile  »(4) et si l’on se réfère à son ouvrage « de la destination de l’homme » , Nicolas Berdiaev aurait pu s’approprier cette approche (5).On ne peut aussi passer sous silence l’identification du père de l’enfant prodigue a cette attitude d’allégresse profonde devant l’erreur confessée , l’attitude de pardon devant l’erreur avouée. Ce qui donne au croyant la possibilité d’ajouter une majuscule au mot père.Le psychanalyste considère l’homme équilibré comme celui qui ignore son déséquilibre, il est pour lui de toutes façons un homme affublé d’une zone enkystée et douloureuse qu’il convient de mettre à jour .Les théories de Freud, ont jouit d’une puissance de fascination avant que l’on se demande avec insistance si , par exemple, la censure était un processus inconscient. Ce débat peut apparaître comme une question saugrenue, mais, après tout, si le mécanisme de la censure est vraiment inconsciente, on ne peut pas reconnaître ni discerner les désirs inavouables qu’elle doit masquer. Mais puisque la censure fonctionne bel et bien, il faut qu’il y ait une reconnaissance, ce qui logiquement ne laisse qu’une seule possibilité, c’est que la censure est en fait consciente. Gaston Bachelard précise « la cure analytique ne revient pas à libérer les tendances refoulées mais à substituer au refoulement inconscient un refoulement conscient , une volonté constante de redressement ».

Dans cette approche, l’inconscient cesse d’être ce puit noir, cette force nauséabonde pour faire place à une source d’où jaillissent des images poétiques, pour peu que l’homme s’accorde le temps du rêve. Parce que pour nous, la fleur ne s’explique pas seulement par l’engrais, et le fumier sent moins mauvais quand le coq chante…

Conclusion

Ainsi donc face à la difficulté de l’homme de se situer dans le réel pour le vivre ou le décrire, soumis qu’il est ,aussi, à la fatalité de Dieu ,ou d’un inconscient tout puissant, il nous semble que l’image nous ouvre de nouveaux horizons. Si certains aspects du réel reste pour nous des lettres mortes, d’autres n’éveillent aucun écho dans notre psychisme, d’autres au contraire nous bouleverse et nous illumine. C’est la voie ouverte et trop méconnue à notre connaissance par la phénoménologie de Gaston Bachelard. Il écrit dans la terre et les rêveries du repos page 167 : « Cette totale incapacité du réel pour la formation des images ne fait-elle pas comprendre que la source de l’image est ailleurs ? ».Malgré l’apport de la psychanalyse, l’image réduite à un concept, et son dynamisme qui, lui-même, nous conduit à d’autres images, échappe ainsi aux associations d’idées psychanalytiques pour faire place aux associations d’images dynamiques. Le philosophe explique cela bien mieux en disant : « le symbole psychanalytique protéiforme qu’il soit, est cependant un centre fixe , il incline vers le concept ; c’est en somme avec assez de précision un concept sexuel. On pourrait dire que le symbole est une abstraction sexuelle réalisée… L’image à une fonction plus active, elle a sans doute un sens dans la vie inconsciente, elle désigne sans doute des instincts profonds. Mais, en plus, elle vit d’un besoin d’imaginer. Elle peut servir dialectiquement à cacher ou à montrer. Mais il faut montrer beaucoup pour cacher peu. »(7) C’est par cette revalorisation de la puissance de l’image qu’une approche différente de la biographie de la personne peut être revécue. Pour le chrétien le texte évangélique et non seulement une source inépuisable d’images, mais aussi, le révélateur des images singulières qui sont la trame de notre histoire en devenir.

Bibliographie

Liste des ouvrages cités(1)(2)(4)(6) psychanalyse du feu Gaston Bachelard collection idéesed. Gallimard.(3)

méditation d’un chrétien du XXe siècle Marcel Legaut éd. Aubier(5).

De la destination de l’homme Nicolas Berdiaevcollection l’âge d’homme sophia(7)

Bachelard Paul Ginestier Bordas

Ouvrage de louis Beirnaert Aux frontières de l’acte analytique

Ouvrage d’Antoine VergoteLa psychanalyse à l’épreuve de la sublimation

Ouvrages de Gilbert Durand L’imagination symbolique Listes de quelques ouvrages non cités

Ouvrages de Sigmund Freud Totem et tabou Un souvenir d’enfance de Leonard de Vinci L’avenir d’une illusion

Ouvrages de Paul Ricoeur De l’interprétation essai sur Freud L’herméneutique biblique

Ouvrage de Gaston Bachelard La flamme d’une chandelle La terre et les rêveries de la volonté La terre et les rêveries du repos L’air et les songes L’eau et les rêves La poétique de l’espace La poétique de la rêverie L’intuition de l’instant Le droit de rêver Lautréamont (épuisé)

Ouvrages de Marcel Légaut Intériorité et engagement Patience et passion d’un croyant

Ouvrages de Maurice Zundel Pour toi qui suis-je Ouverture sur le vrai Un autre regard sur l’homme

Ouvrages de Gilbert Durand Les structures anthropologiques de l’imaginaire
 
extrait du site www.ktau.org

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3 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 25 août 2010 15:16

    def. placebo


    • antonio 26 août 2010 09:12

      J’aime beaucoup Gaston Bachelard.


      • dom y loulou dom y loulou 26 août 2010 12:00

        nous mettre à lécole de la naïveté...

        votre texte est très loin d’être naïf, non ?

        on aurait sans doute aimé un peu plus de simplicité tout simplement.

        je ne compends pas vraiment où vous voulez en venir.

        bonne journée quand même.

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thierry


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