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Qu’est-ce qu’on déguste !?

Après l’astuce du cheval qui se faisait passer pour un bœuf, et les différents scandales alimentaires qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines, les pro de l’industrie agro-alimentaire nous prouvent qu’ils ne sont jamais à court d’imagination.

Si on oublie les vaches nourries aux farines animales, les lasagnes au cheval, les saumons d’élevage aux pesticides, quels nouveaux dérapages nous sont donc proposés ?

Les bouchers connaissent un procédé appelé « la remballe » qui consiste à enlever les parties brunes, abimées, d’une pièce de viande, avant de la remettre en rayon, utilisant parfois ces restes périmés pour faire des merguez et autres godiveaux, vidéo

Un scandale vient d’ailleurs d’éclater et depuis le 12 février 2013, la justice enquête, suite à la dénonciation d’un ex-directeur de qualité de l’entreprise « Castel Viandes » à Chateaubriant, (Loire Atlantique) qui, après avoir dénoncé des pratiques de remballe, a été remercié par la direction de l’entreprise incriminée.

Il s’est donc tourné vers les services vétérinaires fin 2012 pour apporter son témoignage.

La viande, d’abord proposée, et refusée par Auchan, devait être détruite, mais il a découvert « qu’on avait tenté de la commercialiser dans son dos », ce que conteste la directrice du groupe, Véronique Viol.

Cette entreprise aurait fourni les « Flunch » avec de la viande avariée, et suite à l’intoxication de plusieurs clients, l’entreprise Flunch aurait retourné la marchandise délictueuse. lien

L’enquête est en cours, mais l’information de ces pratiques discutables ne fait pas la une des médias traditionnels..

Pourtant il y a peut-être mieux.

Activa, c’est le nom d’une poudre qui nous vient du Japon, et qu’il suffit de saupoudrer sur des morceaux de viande de seconde catégorie afin de permettre l’élaboration d’une viande reconstituée de « très belle apparence ».

Cet enzyme du plasma sanguin animal, dont le nom scientifique est la prothrombine, (lien) est incorporé à de la viande bas de gamme : après un malaxage préalable et un passage au froid pendant 2 heures, on découvre un bloc de viande qui ressemble à s’en méprendre à authentique rôti de bœuf.

Les morceaux choisis sont bien sur des bas morceaux, des viscères, de la peau, de la barde, de porc, différents déchets, et une fois malaxée, on se trouve en présence d’une pièce de viande apparemment de premier choix.

Si aux Etats Unis, la « viande reconstituée » doit être étiquetée, ce n’est pas le cas ailleurs, d’autant qu’aucune règlementation n’empêche l’utilisation d’enzymes.

S’il est possible que les professionnels de l’alimentation puissent s’apercevoir de ce qu’il faut bien appeler une supercherie, en tout cas, lorsque ces morceaux arrivent sur les étals de nos supermarchés en Europe, le consommateur ne verra pas la différence.

Sur ce lien, une vidéo qui montre les étapes de la fabrication.

Il est vrai que le parlement européen s’est saisi de ce problème et dans un premier temps le 19 mai 2010, il a refusé par une timide majorité l’usage de « la colle à viande » (370 voix pour, et 262 contre), il n’en reste pas moins vrai que l’enzyme en question reste autorisé dans « certains états membre »… alors comment savoir si ces produits n’arrivent pas dans des pays où ils sont interdits ? lien

Ce que l’on sait moins, c’est qu’en 2003, le procédé de collage à la thrombine avait été autorisé dans les Etats membres européens, sauf au Danemark (l’Italie s’étant abstenue), et qu’entre 2003 et 2005, la France a autorisé la reconstitution de viande à partir de la thrombine, sans en informer les consommateurs. lien

D’ailleurs d’autres procédés de « collage » existent, ainsi que l’a relevé Dagmar Roth-Berendt, une députée européenne social-démocrate. lien

Cet additif alimentaire était pourtant attendu avec impatience par l’industrie alimentaire qui voyait là un moyen efficace d’utiliser les « chutes de viande », et Frédéric Vincent, porte parole du commissaire européen à la santé, expliquait « on peut imaginer que la viande contenant de la Thrombine soit moins chère » en argumentant que cette colle arrangerait les affaires du consommateurs en quête de prix cassés. lien

La députée européenne UMP Françoise Grossetête considère que la décision européenne d’interdire la « colle à viande » procède plus d’un comportement émotionnel, en cédant à l’opinion publique. lien

D’ailleurs l’EFSA (agence sanitaire européenne) a rendu un avis scientifique estimant que « l’utilisation de la préparation enzymatique basée sur la thrombine (…) n’est pas préoccupant du point de vue de la sécurité  ».

Pour l’agence, ce procédé peut être également appliqué sur la volaille, le poisson, les fruits de mer. lien

D’ailleurs, c’est avec cette « colle » que sont amalgamés les petits bâtonnets au goût de crabe appelés surimi que l’on trouve dans toutes les grandes surfaces. lien

Et comment ne pas s’interroger sur d’autres produits, telles les rillettes de porc, dont le consommateur finira par s’interroger sur leur réelle composition lorsqu’elles ne sont pas confectionnées par de bons artisans ? lien

Mais revenons aux « colles à viande ».

Elles peuvent être d’autre nature que l’Activa : certains agents agglomérant, ou « liants » peuvent être d’origine végétale, comme l’amidon de pomme de terre par exemple, ou les céréales, la gélatine, laquelle provient de protéines animales. lien

Aux Pays-Bas, on utilise, à part l’enzyme thrombine, l’enzyme transglutaminase,

Et si nous parlions des « Nuggets », appelés improprement « poulets frits » mais il n’y a pas grand monde qui connaisse en détail le procédé de fabrication.

Ils seraient faits à partir de déchets provenant de l’industrie volaillère avec la carcasse broyée, de la peau de poulets, du gras, la cervelle, les tendons et des morceaux de porcs seraient parfois ajoutés à cette mixture.

Le produit fini est filtré pour éliminer les éventuels morceaux d’os, avant d’être plongé dans un bain d’ammoniaque afin d’être aseptisé, puis sera coloré et complété par des exhausteurs de goût et d’arômes artificiels. lien

Puis les morceaux seront roulés dans la chapelure, et passés à la friture comme l’explique cette vidéo.

Un jeune chef anglais, Jamie Oliver a invité des enfants pour leur montrer comment étaient fabriqués leurs « délicieux nuggets »…il semble bien qu’après la démonstration, ils aient pris d’autres pistes gastronomiques. vidéo

Au-delà de ces procédés dont le consommateur appréciera la pertinence, d’autres dérives pointent déjà le bout de leur nez, puisque des chercheurs envisagent maintenant de créer artificiellement de la viande de porc, voire de la viande synthétique…

C’est au départ afin de permettre la chirurgie reconstructrice que ces chercheurs tentent de mettre au point cette viande synthétique, encouragés d’autant plus qu’un concours, lancé en 2008 par l’organisation Peta, laquelle se bat depuis longtemps contre les mauvais traitements faits aux animaux, attribuera la somme d'un million de dollars au premier qui arrivera à créer de la viande sans tuer le moindre animal. lien

S’indignant que «  40 milliards de poulets, poissons, porcs et vaches soient tués de manière horrible chaque année pour nourrir les seuls Etats-Unis  » Ingrid Newkirk, présidence et fondatrice de PETA ajoute que « la viande in vitro pourrait permettre d’épargner les animaux de cette souffrance ».

D’après les tenants de ce choix, la viande de culture aurait l’avantage d’avoir des besoins restreints en énergie et en espace pour croître, puisqu’une étude réalisée en 2011, affirme que ça n’utiliserait qu’1% de la terre, et 4% de l’eau nécessaire à la production de la viande traditionnelle. lien

D’ailleurs, en Islande, on a découvert des tartes à la viande, sans viande…

Après analyse, Kjartan Hreinsson, responsable de l’inspection de la viande de ce pays a affirmé « la tarte ne contient aucune protéine animale. En attendant d’autres tests, le laboratoire pense qu’une protéine végétale a été utilisée à la place de la viande, peut être du soja. » lien

Il est vrai que lorsque l’on voit le traitement réservé aux animaux dans les grosses entreprises de production industrielle, il y a de s’indigner de certaines pratiques. vidéo

De là à se lancer dans la viande synthétique…

Les difficultés subies par les plus pauvres d’entre nous ne justifient peut-être pas tout, d’autant qu’aujourd’hui, on trouve de plus en plus de magasins vendant des produits ayant dépassé la DLUO (date limite d’utilisation optimale), commerces où les français sont de plus en plus nombreux à se presser.

4 enseignes sont connues pour se partager le marché : Noz, Bravo les affaires, O’Merchato et la Ferme de Spahi, mais il y en a certainement d’autres. lien

La pauvreté et l’austérité font décidemment naître d’étranges situations qui auraient indigné encore un peu plus le regretté Stéphane Hessel parti sous d’autres cieux le 27 février 2013. lien

Un long métrage lui est consacré sur ce lien.

Comme disait Coluche, un autre grand disparu : « il suffirait que les gens n’achètent plus n’importe quoi pour que ça ne se vende pas ».

L’image illustrant l’article provient de « gigistudio.over-blog »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Une pétition à signer sur ce lien

Une autre contre la souffrance animale ici

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A voir plusieurs films :

Celui de Jean Paul Jaud, « tous cobayes  » et le film « le monde selon Monsanto » ici

A voir aussi ce court doc : « oui les OGM sont un poison » ici

On peut signer la pétition anti OGM sur ce lien

On peut aussi signer la pétition qui soutien Kokopelli ici




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Les réactions les plus appréciées

  • Par subliminette (---.---.27.16) 5 mars 2013 09:43
    subliminette

    Je vous inviterais bien au boycott des produits industriels, mais la douce et féminine MAM l’a interdit en 2010 à la demande express du procureur général de Paris pour qui le boycott est « une discrimination ayant pour effet d’entraver l’exercice d’une activité économique ».

    On peut donc dire « les produits industriels sont des saloperies innommables », mais on ne peut pas dire « Arrêtez donc d’en manger ».

    Pour cette chère MAM le boycott relève « d’associations de malfaiteurs en vue d’attenter à la bonne marche du commerce, donc du monde. »

    Selon Benoît Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature  : "Museler toute pensée dissidente en criminalisant et réprimant toute forme de contestation même non-violente, pour enfin réduire le peuple à l’obéissance et à la soumission, au silence et à la consommation."

    Donc, pourquoi les industriels se priveraient-ils de se remplir les poches en nous faisant bouffer leurs déchets au prix fort ? Il ne risquent rien puisque dans la plupart des cas l’Europe est complice.

    Je repose donc pour la Nième fois la question : que font nos députés européens et pourquoi ne nous informent-ils pas mieux de ce qui est décidé par leur assemblée ?

    Seraient-ils boycottés par les médias ? Alors qu’ils portent plainte !

  • Par ZenZoe (---.---.125.167) 5 mars 2013 10:21
    ZenZoe

    Bonjour Olivier,
    Ah, ça calme l’appétit votre article, idéal pour perdre du poids !
    A mon avis, le principal problème vient des consommateurs qui, il faut bien le dire, restent dans l’ensemble assez dociles et peu curieux de ce qu’ils mangent. Et qu’on ne vienne pas me mettre sous le nez l’argument éculé de la « pauvreté » ! Il n’y a qu’à regarder ce que les gens « pauvres » mettent dans leur chariot, c’est édifiant. Entre le petit veuf retraité qui remplit à ras bord le sien uniquement de raviolis en boite et de packs de bières, la mère de famille nombreuse avec ses choco-pops, sodas, paquets de biscuits, pizzas et croque-monsieurs surgelés, les jeunes couples qui achètent des fraises espagnoles à 1 euro en plein février en disant hmm elles sentent bon (ils vivent dans une bulle ?), on comprend beaucoup de choses et on se dit que les industriels auraient tort de se gêner. Personne ne lit les étiquettes dans les supermarchés où je vais (il faut dire que c’est écrit petit, mais bon moi je suis presbyte et j’y arrive), rares sont ceux qui vérifient la DLC, tout le monde continue à acheter des bifs hachés et des conserves les yeux fermés... Je réalise que ce que je dis peut paraître méprisant ou bobo, tout le monde a le droit de manger ce qu’il veut, mais du coup, les arnaques rejaillissent sur tout le monde, c’est rageant.

    Quand subliminette parle de l’interdiction de boycott en France, elle a raison, c’est un scandale sans nom, mais je ne suis pas certaine que même s’il était permis, il serait utilisé. Bref, on en revient toujours à ce que disait De Gaulle : « les Français sont des veaux ». Après, si on se retrouve à manger des farines à la mélamine thrombinée, il ne faut pas être surpris hélas ! C’est juste dommage pour ceux qui FONT attention.

    Voilà, mon coup de gueule est terminé. Encore une fois, merci pour cet article très bien documenté, c’est toujours un plaisir de vous lire. Du vrai travail de journaliste, vous faites honneur à Agoravox.

  • Par Kookaburra (---.---.28.77) 5 mars 2013 11:37
    Kookaburra

    Suite à cet excellent résumé des horreurs de l’industrie alimentaire la conclusion qui devrait s’imposer serait de manger moins de viande. Les raisons en faveur d’une abstinence carnivore vont au-delà de notre santé jusqu’à la santé de la planète (forêts vierges abattues pour la culture de céréales pour notre bétail.) Les écologistes pourraient se réjouir des horreurs que Oliver nous démontre ici, dans la mesure qu’elles nous encourage de chercher une alimentation non pas seulement plus saine mais aussi plus raisonnable.

  • Par subliminette (---.---.27.16) 5 mars 2013 11:04
    subliminette

    Je pense que acheter du « tout fait » est devenu une habitude que l’on nous a inculquée petit à petit de façon très insidieuse. C’est même devenu un réflexe, du moins pour la cuisine de tous les jours.

    Faisons donc comme Souchon et allons « un beau matin, fatigués, nous asseoir sur le trottoir d’à côté » histoire de réfléchir un peu.

    Sans même parler des horreurs évoquées si justement par Olivier, la liste des ingrédients bizarres figurant sur l’emballage de n’importe quel produit élaboré, ne serait-ce qu’une basique mousse au chocolat, fait froid dans le dos.

    Pourquoi ne pas faire cette mousse soi-même ? Ne me parlez pas du manque de temps. Même si on n’a pas trop l’habitude ça prend maxi 10 minutes. Pareil pour une tarte ou un grand nombre de desserts simples du même acabit.

    Pareil pour les plats principaux. Parfois ils demandent un certains temps de cuisson mais souvent assez peu de temps de préparation.

    Internet regorge de sites proposant des recettes à coût de revient modéré et simples et rapides. Nul besoin d’être un grand cordon bleu. Et on les mange sans arrières-pensées ! (Sauf celle de condamner les arnaqueurs de l’industrie alimentaire à manger eux-mêmes leurs invendus )

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