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Accueil du site > Actualités > Santé > Quand j’entends « clinique », je sors mon pistolet…

Quand j’entends « clinique », je sors mon pistolet…

Je ne paraphraserais pas une citation tristement célèbre de Joseph Goebbels à propos de la culture si un article sur Rue89 intitulé « En Isère, Bachelot privilégie une clinique à l’hôpital public. » ne m’avait pas sorti de mes gonds. Merci donc à l’auteur de cette mémorable tribune, le Docteur Philippe CROVA, médecin urgentiste, pour ne pas le nommer.

A la lecture des premiers paragraphes, on se dit qu’une horrible clinique commerciale, sans foi ni loi, animée par un esprit de lucre sans borne, est venue damer le pion d’un hôpital public qui rendait bien des services à ses usagers. Un hôpital en équilibre budgétaire, de surcroît. Le rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des Comptes de Rhône-Alpes nuance significativement cette affirmation.

Pensée unique. Pensée inique.

Pour le bonheur des Berjalliens et des usagers du Nord Isère, un plateau d’imagerie unique devait voir le jour sur un seul site à Bourgoin-Jallieu via un projet : le Médipôle.

Las, l’article nous apprend que :

« Mais finalement et bizarrement, en novembre 2008, la clinique a fait une demande d’implantation d’un scanner sur le site du Médipôle, allant à l’encontre du projet initial. »

Il ne m’appartient pas de juger les raisons - bonnes ou mauvaises - qui ont poussé l’établissement de santé privé à agir de la sorte. Mais enfin, qu’y a-t-il de bizarre dans la décision ? Chaque jour, des milliers de projets n’aboutissent pas, faute de trouver un terrain d’entente entre les partenaires.

Face à cette demande, l’agence régionale de l’hospitalisation territorialement compétente a, en commission exécutive (COMEX, pour les fins connaisseurs), rejeté la demande. On comprend la COMEX lorsqu’on lit l’interview du directeur exécutif de l’hôpital aux pages 32 à 34 de la revue de l’ARH concernée du mois de mars 2008.

Mais il en aurait sans doute fallu davantage pour décourager les dirigeants éconduits de la clinique puisqu’ils n’ont pas craint d’intenter, comme la loi les y autorise, un recours contre cette décision auprès du comité (et non de la commission) national de l’organisation sanitaire et sociale (CNOSS).

En réalité, et pour être plus précis, l’article L.6122-10-1 du code de la santé publique permet d’attaquer les décisions d’autorisation d’équipements matériels lourds par la voie du recours hiérarchique auprès du ministre de la Santé, après avis du CNOSS.

Et l’article de poursuivre :

« On ne peut que s’étonner qu’une décision [un avis, en réalité] prise par les instances régionales, très au fait des problématiques locales, soit balayée d’un revers de main, contredisant par-là même l’argumentaire de l’Agence régionale d’hospitalisation. »

Bon sang, mais c’est bien sûr. Si l’ARH l’a dit, c’est qu’elle avait raison ! Pourquoi faire appel à la hiérarchie alors ?

Le fait est que le ministre de la Santé est souverain dans la décision. Or, l’article fait grief à la clinique d’avoir eu recours à la loi pour contester une décision. Heureusement, nous sommes encore dans un État de droit.

Et notre auteur inspiré de synthétiser : tout ça, c’est la faute à la loi Bachelot, avec en prime la main invisible de l’Élysée…

Toujours se servir du contexte politique du moment pour faire adhérer le lecteur à sa cause “locale”, si j’ose dire (en toute neutralité).

Quelques observations pour terminer.

Premièrement, alors que l’article nomme l’hôpital “victime” - Pierre Oudot, en l’occurrence -, la clinique, elle n’est jamais désignée par sa dénomination. Il s’agit en l’espèce de la clinique Saint-Vincent de Paul. Deux poids, deux mesures.

Deuxièmement, les radiologues du centre hospitalier considéré exercent une partie de leur activité en secteur libéral, alors que l’article ne met en exergue que le caractère prétendument commercial de la clinique. C’est fou ce que la mémoire peut être sélective…

Troisièmement, et contrairement à ce que veut faire croire la tribune du Docteur CROVA, la clinique Saint-Vincent de Paul ne fait pas partie des établissements de santé, dits à but lucratif - qui eux aussi ont le droit de vivre, soit dit en passant -, mais relève du secteur associatif, donc à but non lucratif. Sans doute une vétille.

Quatrièmement, le lobbying n’est pas interdit en France, que je sache. Il en existe de très officiels à Bruxelles.

Cinquième et dernièrement, si lobbying il y a eu, il ne s’est pas fait uniquement auprès des députés UMP de la région concernée, mais également auprès des usagers, via une lettre de soutien. Amnésie, quand tu nous tiens.

Chers amis lecteurs, vous penserez sans doute que je suis pro-clinique. En fait, cela m’est complètement égal. Je trouve ce débat dépassé. Plus que le statut juridique d’un établissement de santé, c’est l’iniquité et la mauvaise foi qui me révoltent.

Bref, cette tribune de Rue89,… c’est une vraie réussite.


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12 réactions à cet article    


  • etonne 3 juin 2009 13:46

    Je suis étonné de voir cet article dans agora vox : sa place aurait dû être dans rue 89 en tant que droit de réponse.

    compte tenu des arguments non vérifiables à distance, je ne voterai pas.

    de plus un doute me vient à la relecture : l’auteur semble aussi bien informé qu’un professionnel travaillant dans cette clinique. Qu’en est-il ?


    • Trashon Trashon 3 juin 2009 15:09

      Il semble qu’il travail plutôt pour pour l’hôpital privé du nord parisien, mais peut-être existe-t-il des liens entre ces établissements....


    • etonne 3 juin 2009 15:38

      Merci pour l’info

      D’autre part, cet article déjà publié le 1 juin 2009 dans http://www.hospidroit.net/archives/1323


    • Omar YAHIA Omar YAHIA 3 juin 2009 17:31

      Il n’existe pas de lien entre l’hôpital privé nord parisien et la clinique Saint-Vincent de Paul. En revanche, en tant que professionnel du secteur, je me suis renseigné via des sites institutionnels spécialisés à la portée de tous et qui permettent de vérifier la véracité des allégations un peu trop rapidement exposées par l’auteur de l’article critiqué.


    • xray 3 juin 2009 21:39

       

      Médical 
      On ne le répètera jamais assez !
       
      On prend un risque considérable en allant consulter un médecin pour savoir si l’on est malade. On peut en mourir. 

      Un bien portant est un malade qui s’ignore. 

      Les virus de curés
       
      http://levirusmachin.hautetfort.com/
       

      Le remplissage des hôpitaux, La morale est sauve 
      http://echofrance36.wordpress.com/2008/10/25/le-remplissage-des-hopitaux-la-morale-est-sauve/ 

      Le grand business (Un bien-portant est un malade qui s’ignore.) 
      http://le-grand-business.i-clic.net/ 



      • Armog 4 juin 2009 10:44

        Juste pour information (et c’est complètement host sujet, désolé ..), la phrase « quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver » sort de la bouche de Friederich Thiemann, le 20 avril 1933, date de l’anniversaire d’Hitler.

        Thiemann était un des protagonistes de la pièce de théâtre Schlageter de Hanns Johst, dont la première avait lieu ce jour-là.

        La phrase exacte prononcée par Thiemann à l’acte I scène 1 est « Wenn ich Kultur höre... entsichere ich meinen Browning » (Quand j’entends le mot culture [ou civilisation]... j’enlève le cran de sureté de mon Browning).


        • Omar YAHIA Omar YAHIA 4 juin 2009 10:54

          Merci beaucoup pour ce clin d’œil culturel ! smiley C’est ce que j’apprécie tout particulièrement sur Agoravox.


        • Emile Red Emile Red 4 juin 2009 12:39

          Encore un petit coup de pioche pour démonter le service publique.

          On voit doucement les intervenants de tel ou tel secteur venir ici ou là planter les briques du libéralisme effréné, sans souci du bien-être général.

          On va rétorqué que celle-ci (la clinique) est associative sous entendu privée mais pas trop et que ce qui est bon l’est pour le semi privé et pourquoi pas pour le privé tout court.
          Ensuite on va nous démontrer que le privé est bien mieux équipé que le publique, qu’il ne coute qu’aux malades et que foi de bois c’est une honte de payer quand on est bien portant.

          Technique applicable bien evidemment non seulement au médical, mais aux transports, à l’école, n’est-ce pas Emmanuelle Mignon conseillère de Sarko qui prétend croire en la main invisible du marché et à la privatisation totale de l’éducation nationale ?


          Petit commentaire de l’auteur sur un de ses articles :
           « Il n’en demeure pas moins que l’exercice médical ne peut se déconnecter de l’activité économique, qui elle-même est soumise à la concurrence, lorsque cette concurrence n’est pas faussée. »

           


          • Omar YAHIA Omar YAHIA 4 juin 2009 13:37

            Premièrement, la citation que vous mentionnez est dégagée de son contexte, l’article concernant les dépassements d’honoraires dans la relation médecin/patient, pas dans la relation clinique/patient. Les cliniques ne perçoivent pas les dépassements d’honoraires. C’est l’affaire des médecins libéraux, avec le succès que l’on sait...

            Deuxièmement, la vieille lune consistant à opposer public au privé est une démarche stérile révélant une pensée binaire et manichéenne.

            Troisièmement, je n’ai pas rédigé cet article pour faire de la pub à tel ou tel établissement mais pour signifier mon agacement au sempiternel et identique son de cloche et à la pensée unique ambiante. Un peu de pragmatisme ne ferait pas mal.

            Vous avez le droit d’avoir vos convictions, mais, de grâce, argumentez mieux que cela.


          • Emile Red Emile Red 4 juin 2009 15:47

            En quoi opposais-je public et privé, je vous rappelle que c’est le thème plus ou moins caché de votre article.

            Je n’ai certainement pas la vision manichéenne que vous me prétez et que vous même agitez, je suis pour le public à cent pour cent. Dans un pays qui se veut l’émanation de la justice et l’héritier des lumières de la révolution et des luttes sociales, ce serait la moindre des choses que les citoyens aient accés équitablement aux soins sans problème économique ou financier, et la responsabilité des soignants va de paire avec une humilité pécuniaire qui est loin d’être leur souci actuel.

            Je comprends bien au vu de votre profession qu’il est difficile pour vous d’entériner que la notabilité se paie ou se tait et qu’il n’est pas vain de penser que si les notables l’étaient un peu moins, le pays n’en serait que meilleur et plus riche. Votre caste se meut dans le beurre, en réclame l’argent et, pour peu qu’on vous laisse, profitera bientôt du fessier des crémières. Il est temps de comprendre que la crèmerie se meurt et que de crémière il n’y a point non plus que de beurre. 

            Le ramage est votre art, mais il n’est bouche que l’on ne peut fermer, vous, vos amis esculapes et carabins êtes d’une présence assourdissante à revendiquer et trop silencieux quand nécessité fait loi.

            Faites votre métier défendez la veuve et l’orphelin, participez aux bons soins de vos amis mais de grace ne parlez pas d’économie, surtout de marché, celle qui lasse.


          • Omar YAHIA Omar YAHIA 4 juin 2009 17:19

            Il n’y a pas de thème caché dans mon article. Je n’ai pas besoin d’avoir recours à des insinuations ou des sous-entendus pour faire passer une opinion ou des idées.

            Vous êtes 100% pour le public ? Grand bien vous fasse. Moi, en revanche, je ne suis pas 100% pour le privé. C’est la nuance. Aux dogmes et aux idées arrêtées, je préfère le pragmatisme et l’expérience.

            Je travaille à Sarcelles (plus de 50 nationalités) et je reçois régulièrement dans mon bureau des Roms, des immigrés parlant péniblement français, des retraités précaires et je n’ai aucune leçon à recevoir sur l’accessibilité aux soins.

            Arrêtez de fantasmer sur les « notables ». Je n’en ai vu aucun ici. Il n’y a que des gens qui font leur boulot et tentent de le faire bien. On n’a pas le temps de se demander si le marché et l’économie, c’est mal ou c’est bien.


            • pcrova 5 juin 2009 15:03

              Cher Monsieur,
              comme le dit un des contributeurs « Je suis étonné de voir cet article dans agora vox : sa place aurait dû être dans rue 89 en tant que droit de réponse. »

              Surtout, j’aurais eu le loisir de vous répondre avant... mais c’est plus facile de « dégainer » quand l’intéressé n’est pas là...

              Vous jouez votre rôle, celui du défenseur de l’hôpital entreprise et de la santé marchande, le contraire serait étonnant compte tenu de votre activité. 

              Quand vous parlez économie, je parle service public. Je parle soins et qualité de prise en charge. Je parle projet d’amélioration de l’offre de soin, complémentarité, mise en commun, toutes choses que vos amis de la Clinique Berjallienne piétinent tranquillement au seul motif de prendre des « parts de marché »... après avoir crié sur tous les toits que l’hôpital était méchant dirigé par des sectaires...

              Pas commerciale la clinique ? Pas encore tout à fait. et pas PSPH non plus. Attendons encore un peu, la générale de santé ou capio vont y remédier...
              Championne toute catégorie des dépassements d’honoraires...

              Vos références en matière de financement de l’hopital datent un peu (6 ans, ce n’est rien !), sachez que notre CH est un des rares qui soit à l’équilibre dans la région avec une activité qui progresse depuis plusieurs années. Et que, dans le même temps, la direction de la clinique dit dans un meme document que la clinique est en difficulté, et deux pages plus loin le président de la CME que l’activité explose ...

              Le fond du problème, que vous ne comprenez pas ou ne voulez pas comprendre, ce n’est pas tant le fond que la forme : toutes les demandes de RDV avec la ministre ou son cabinet ont été repoussées puis annulées Jamais nous n’avons pu défendre le projet inital. Pendant ce temps le lobbying politique faisait son oeuvre.

              Une décision politique pure, au détriment de toute logique de santé publique, au frais du contribuable qui plus est.

              Bilan des courses, deux plateaux d’imagerie lourde à 50 mètres, avec le risque majeur de dégradation de l’offre de soins publique à court terme, tout ça avec l’argent de nos impots.

              Absence de choix, dès lors que le « marché » sera « captif ».

              De la bonne gestion ! Alors que Bachelot claironne partout qu’elle défend le service public, qu’il faut mieux gérer les dépenses de santé, qu’il faut regrouper les plateaux etc etc etc. 

              De toute façon, cela préfigure exactement ce qui est écrit dans la loi HPST : le directeur de l’ARS, nommé par le gouvernement, qui aura la main sur toutes les activités de santé sur son secteur, aux ordres du ministre, et des directeurs, sur des sièges éjectables, qui devront appliquer les plans de licenciement et de retour à l’équilibre de leurs hôpitaux. AU moins les choses seront claires, pas besoin de faire mine d’avoir le début de débat démocratique sur la santé publique, toutes les décisions viendront « en direct » d’en haut.

              Exactement ce qui se passe aujourd’hui à Bourgoin.

              Vous trouvez ça très bien.

              Pas moi

               

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