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Accueil du site > Actualités > Santé > Quand la Commission européenne devient « Fondamentalement » (...)

Quand la Commission européenne devient « Fondamentalement » folle

France 5 diffusait le 13 avril dernier un remarquable documentaire, « Un monde sans fou », décrivant la situation de la psychiatrie en France. Des équipes de psychiatrie qui suivent des malades au long cours qui manquent cruellement de moyen pour les accompagner. Des patients que l’on enferme, soit physiquement, soit chimiquement, afin de répondre à la politique sécuritaire émotionnelle du moment et enfin, cerise sur le gâteau, une fondation nommée « Fondamental », soutenue par la Commission européenne, qui se propose de détecter la « déviance » dès le plus jeune âge. Edifiant.

C’est ce dernier aspect qui est le plus stupéfiant, d’autant que la fondation Fondamental, présidée par Marie-Anne Montchamp, députée UMP, est soutenue par la Commission européenne, c’est à dire, par des fonds publics. Cette fondation, parrainée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), (on se demande pourquoi) a lancé une première série de tests dans des écoles de sept pays européens. On voyait donc des enquêteurs, à l’aide d’un logiciel appelé Dominique interactif, poser toute une série de questions à des enfants, du style « Est-ce que cela t’inquiète d’avoir des mauvaises notes ? » ou encore « Rêves-tu souvent que tes parents se séparent ? »… A tout ce florilège qui dure environ un quart d’heure, l’enfant ne peut répondre que par oui ou par non. En début de reportage, un intervenant que l’on devine être l’instituteur indique que les enfants ayant des parents séparés ont plus de « troubles » que les autres, comme si l’enseignant découvrait le fil à couper le beurre…
 
« Favoriser la compétition économique »
Mais le pire vient ensuite. La présidente de la fondation, (je ne peux m’empêcher de rappeler le nom de cette « pionnière » de la santé mentale, Marie-Anne Montchamp,) explique ensuite doctement à la télévision les objectifs de son association. « Une personne sur quatre souffrira de maladie mentale, dit-elle, de dépression, aura un arrêt maladie prolongé, une préretraite dus à un trouble mental. » Or, nous explique t-elle encore, tout cela a un coût pour la société plus élevé que le soin par le médicament. Si l’on suit donc sa logique, il s’agit de dépister les personnes « à risque » dès le plus jeune âge pour ensuite leur prescrire des médicaments afin d’éviter les « déviances » sociales et permettre leur insertion parfaite dans le système productif. Pour elle, soigner de cette façon permet « de ne pas nous disqualifier dans la compétition économique ! ». Un directeur de la santé à la commission européenne appuie le propos : « Les journées de travail perdues coûtent plus chers que les médicaments… »
 
A chaque maladie, un médicament !
On ne peut qu’être atterré par de telles aberrations. Revenons au point de départ, c’est à dire aux fameux tests. D’abord, le logiciel « Dominique interactif » répond à une logique, celle du DSM IV qui catalogue les maladies et les multiplient. Des « troubles » qui n’étaient que des épisodes difficiles de la vie ainsi que toutes les addictions sont aujourd’hui désignées comme « maladies mentales ». A ce rythme, l’infidélité ou la tristesse à la suite d’un deuil vont bientôt être cataloguées comme tel. Multiplier ou désigner des tristesses ou des états d’esprit, certes pénibles, mais normaux, comme des maladies a un but : vendre le médicament qui va avec. Ce n’est pas pour rien que les laboratoires sont en bonne place dans le comité qui élabore le DSM. Ce marketing repose exactement sur le même principe que celui de la parapharmacie qui diffuse des publicités à la télévision. Le message publicitaire est réalisé de telle façon qu’il laisse s’insinuer dans l’esprit le doute que vous souffrez peut-être d’une pathologie, par exemple, d’un problème de « transit intestinal » et la pub se termine par la promesse du médicament qui va le supprimer. Pour les maladies mentales, c’est la même chose. Votre enfant est un peu turbulent ? Mais peut-être est-il hyperactif (qu’on prend le soin de désigner par un sigle savant, style TDAH )… Essayez donc la Ritaline…
 
Un principe pédagogique « fondamental »
Venons en maintenant aux fameux tests. D’abord, les symptômes ou le simple comportement qu’un enfant peut avoir avant la puberté peuvent être très différents, voire à l’opposé, du comportement adolescent puis adulte. Par exemple, un enfant classé comme « hyperactif » avant la puberté peut, au contraire, avoir une tendance au replis sur lui-même à l’adolescence. Comment donc porter un jugement à la suite d’un test réalisé, par exemple, à huit ans ? D’autre part, comme le dit un pédiatre dans le documentaire, ce test ne repose sur aucune base scientifique et les questions sont fermées, c’est à dire que l’on ne peut répondre que par « oui » ou par « non », ce qui empêche toute nuance et tout libre arbitre. De l’enfance à la fin de l’adolescence, le moins que l’on puisse dire, c’est que la personnalité est extrêmement évolutive. On constate couramment des adolescents difficiles, par exemple, qui sont des modèles d’équilibre à l’âge adulte, à partir du moment où ils ont trouvé leur voie. La démarche de Fondamental va également à l’encontre d’un principe pédagogique « fondamental » : lorsque, même inconsciemment, même sans le montrer, même sans le lui dire, un éducateur, l’entourage, etc. stigmatise un enfant en le cataloguant négativement, cet enfant présentera alors tous les risques de se comporter comme l’image que l’on a décidé pour lui.
 
« Si tu diffères de moi, loin de me lèser, tu m’enrichis » (Saint Exupéry)
Toute cette « folie » politique et industrielle qui entend « soigner » la maladie mentale ignore volontairement un autre facteur essentiel : l’environnement de la personne humaine. « Fondamental » est dans le sens de la psychiatrie anglo-saxonne : les troubles mentaux ont pour origine la génétique ou la biologie, c’est la raison pour laquelle il faut les déceler le plus tôt possible, pour le bien être économique, quitte à créer une catégorie de « malades » dépendants depuis l’enfance des médicaments. Pourtant, les généticiens eux-mêmes, après l’envolée des années quatre-vingt, disent que la génétique est loin de tout expliquer et que l’acquis est souvent déterminant. Mais si l’on suit la logique de la fondation, quand un salarié de France Telecom se suicide, ce ne peut être qu’en raison d’une maladie mentale personnelle, ayant probablement pour cause un facteur biologique, tout autre cause familiale, sociale ou professionnelle devenant exclue.
 
Enfin, ce qui est encore plus inquiétant, c’est le principe de « norme » qu’impose la logique politique et économique de cette démarche ubuesque. Outre l’objectif de médicaliser la jeunesse, voire une partie du public, l’autre but est qu’aucune tête « déviante » ne dépasse afin, nous rappelle la présidente de Fondamental « de ne pas nous disqualifier dans la compétition internationale… » Faut-il lui rappeler que quantité de grands hommes, d’artistes, d’écrivains, etc. eurent une enfance difficile, furent d’authentiques révoltés, voire d’asociaux et qu’ils produisirent néanmoins des œuvres qui font honneur à l’humanité ? Faut-il lui rappeler qu’Einstein eut une scolarité difficile, que Victor Hugo fut sans cesse déchiré par ses parents ou que Gustave Courbet n’eut de cesse de se révolter contre l’ordre établi ? Pour ne citer que les exemples les plus connus. Il faudrait rappeler à Marie-Anne Montchamp et aux « experts » de Fondamental cette maxime de Saint Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. »
 

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11 réactions à cet article    


  • JL JL 24 avril 2010 10:24

    Exellent article, sobre au regard d’un sujet si grave.


    • goldorak 24 avril 2010 10:30

      Bonjour et merci...
      Dommage, le chapeau n’est pas passé, ce qui rend le début de lecture difficile. Le chapeau de l’article était ceci :

      « France 5 diffusait le 13 avril dernier un remarquable documentaire, « Un monde sans fou », décrivant la situation de la psychiatrie en France. Des équipes de psychiatrie qui suivent des malades au long cours qui manquent cruellement de moyen pour les accompagner. Des patients que l’on enferme, soit physiquement, soit chimiquement, afin de répondre à la politique sécuritaire émotionnelle du moment et enfin, cerise sur le gâteau, une fondation nommée « Fondamental », soutenue par la Commission européenne, qui se propose de détecter la « déviance » dès le plus jeune âge. Edifiant. »


      • JL JL 24 avril 2010 10:39

        Qustion : les membres de la commission ont-ils besoin de petites pillules ? 

        Nul doute que ces gens-là ont la grosse tête, et on ne saurait leur conseiller une psychanalyse que, à n’en pas douter, ils refuseraient !  smiley

        http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/michel-onfray-intellectuel-taliban-73908?debut_forums=100#forum2527998


      • Krokodilo Krokodilo 24 avril 2010 10:41

        Très bon article. L’objectivité scientifique en matière de psychologie et de maladies mentales n’est pas évidente, car il est difficile de s’extraire de ses propres opinions, de sa propre société et de sa vision du monde.


        • zelectron zelectron 24 avril 2010 10:53

          Marie-Anne Montchamp doit être la première enfermée et vite


          • Le Hérisson Le Hérisson 24 avril 2010 11:12

            J’ai vu également l’émission, j’ai été stupéfait par ce que fabrique cette fondation, tout comme, en fort contraste, le manque de moyens de la psychiatrie classique.


            • goldorak 24 avril 2010 11:23

              Pour ceux que ça intéresse, j’ai créé un blog (rien à voir avec l’actu, en ligne, des peintures et des textes), à l’adresse suivante :

              http://martin86.canalblog.com/

              N’hésitez pas à commenter ou vous abonner...


              • Clojea CLOJEA 24 avril 2010 12:06

                Excellent article. La Psychiatrie est une imposture, une énorme arnaque et de plus, cette pseudo science n’est pas basée sur la guérison des gens , mais sur le profit. En réalité, plus ils vont détecter des soi-disantes maladies mentales dès l’enfance, plus ils vont emmagasiner des sommes d’argent fabuleuses. Le pire est que cette pseudo science, malgré les preuves d’une barbarie sans précédent dans l’histoire de la médecine, existe toujours et à pignon sur rue. 

                95 % des « maladies mentales » ont des origines physiques non détectés par les « médecins psychiatre ». Il suffirait d’un check-up complet pour découvrir qu’une personne qui commence à avoir des troubles mentaux, souffre en fait depuis bien trop longtemps d’un problème physique non soigné. Les 5% restants sont des gens potentiellement dangereux pour eux mêmes et les autres, et la société devrait s’en occuper avec des méthodes douces, beaucoup de soin, et du personnel qualifié. (pas des psychiatres SVP) Même ces gens là finiraient par se rétablir. 
                Etymologiquement, Psychiatrie signifie « science de la Psyché ». Ils ont du oublier ce qu’est la psyché. Et puis ou sont les statistiques de guérisons annuelles par les Psychiatres ? Nulle part, il n’y en a pas.
                Conclusion : La Psychiatrie devrait être rayée à tout jamais de la médecine.

                • Lisa SION 2 Lisa SION 2 24 avril 2010 14:21

                  Bonjour,

                  faisons les comptes, un malade sur quatre, ça fait un milliard et demi X cent euros par mois = près de XXXXX milliaaaaaards, C’EST FOU ! avec ça, on peut former des millions de psychanalystes qui sauveraient l’humanité, magnifique programme, merci Freud .


                  • l'anarchiste l’anarchiste 24 avril 2010 22:57

                    Excellent article et très effrayant. Tout cela ne sert qu’à renforcer les gains de l’industrie pharmaceutique en même temps que cela risque de rendre les gens réellement malades du fait de l’effet iatrogène des médicaments.
                    Mais le but de la médecine n’est pas de guérir les gens mais de se faire de l’argent et elle va utiliser tous les moyens pour cela. les médicaments prescrits aux bien portants permettront en plus à l’avenir de breveter de nouveaux médicaments afin de contrecarrer les effets secondaires produits par les premiers médicaments. Cela permettra de faire grimper le cours des actions.


                    • Spip Spip 26 avril 2010 01:20

                      Le manque de moyens : il était programmé depuis longtemps. En 1972 j’ai pu voir un organigramme à la DDASS où il était écrit noir sur blanc « Infirmier de Secteur Psychiatrique - cadre en voie d’extinction » et on a fermé les dernières écoles en 1992

                      Tenter de dépister des maladies le plus tôt possible n’est pas honteux en soi, si c’est pour éviter des traitements lourds, augmenter les chances de guérison et donc au bénéfice du malade.

                      Encore faut-il qu’il y ait malade, c’est à dire maladie... Et là, on se rend compte d’une « médicalisation » de beaucoup de choses. Outre ce que vous dénoncez dans votre article, combien de situations qui atterrissent aux Urgences sont très vite psychiatrisées alors que, pour beaucoup, elles n’en relèvent pas vraiment. Un personnel formé à l’écoute (il en reste encore un peu) sait faire la différence.

                      Et les effets pervers du DSM se font sentir (catalogue de symptômes + diagnostic « mécanique » = prescription médicamenteuse) Si les labos ont influencé le DSM, il ne faut pas oublier non plus, à l’origine, la pression d’associations américaines de familles de malades mentaux qui voulaient un ouvrage de référence purement technique, débarrassé de toute interprétation, jugement, etc. Résultat : un manuel pour médecins (pas forcément psychiatres) avec une compilation de symptômes à croiser pour établir un diagnostic « neutre » qui évite de donner le moindre sens (c’est évacué) à ce qui arrive à la personne.

                      J’ai fais remarquer un jour à un visiteur de labos le prix exorbitant de son dernier neuroleptique. Réponse tranquille « le prix d’une journée d’hospitalisation chez vous, c’est combien ? » Tout était dit !

                      Bon, là, même contestable on pourrait être encore, peu ou prou, dans une démarche de soin. Avec Fondamental, on passe à autre chose ! La priorité est purement économique, la personne étant prise en compte, d’abord et avant tout pour le handicap qu’elle pourrait faire subir au système productif. Sa souffrance...

                      Quand à tester les enfants dès le plus jeune âge pour en tirer des profils prédictifs, outre l’aberration que cela représente en psychologie, ce n’est encore qu’une tentative de plus de se rassurer par le scientisme (pas la science). On en a vu défiler, depuis le XIX éme siècle, des typologies fondées sur des bases aussi sérieuses que la forme des visages, par exemple...

                      Donc, tout faire pour se rassurer et espérer augmenter le rendement, rien d’autre.

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goldorak


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