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Responsabilité et culpabilité des laboratoires (1) : le scandale du Seroquel

J'ai récemmet pu constater que, dans l’opinion publique, si un médicament provoque un problème de santé, le laboratoire est forcément coupable et doit être condamné. La réalité est beaucoup plus complexe, et je vous propose de revenir sur quelques affaires dont on n’a presque pas parlé en France. Cette série abordera des affaires concernant la fabrication, des affaires concernant les essais cliniques et d’autres, comme ce sera le cas de ce premier volet, des affaires concernant les effets secondaires des médicaments.

Quelle responsabilité ?

 Lorsque l’on découvre qu’un médicament a des effets secondaires graves, il convient de se poser les questions suivantes :

  • Le médicament est-il bien en cause ? Un autre médicament peut-il être responsable ? Est-ce une combinaison entre le produit et un autre médicament qui est responsable ? Le patient présentait-il des symptômes avant de commencer le traitement incriminé ?
  • Le laboratoire était-il au courant ?
  • Si non, aurait-il du l’être ?
  • Si oui, qu’a-t-il fait ? A-t-il averti les patients et les autorités sanitaires ou a-t-il tenté de dissimuler les faits pour que les ventes continuent de fleurir ?

Avertir les patients est souvent le point crucial. Tous les médicaments sont dangereux de toute façon, l’important est de maîtriser le risque. Si un risque existe, on surveille de plus prêt les paramètres qui permettront de voir si le patient est en danger, par exemple le rythme cardiaque ou la tension artérielle s’il y a un risque d’hypertension.

 Si effectivement le patient commence à développer des symptômes inquiétants, on remplace aussitôt le médicament par un autre, qui sera moins efficace, mais aussi moins dangereux.

 L’un des gros problèmes pour les laboratoires pharmaceutiques vient des combinaisons de traitement. La loi les oblige à vérifier si le médicament est dangereux. Mais il arrive qu’un médicament ne soit dangereux que s’il est pris en même temps qu’un autre. Les médecins ont un rôle essentiel pour empêcher leurs patients de mélanger n’importe quoi, mais on croise souvent des personnes qui ne demandent pas l’avis de leur médecin.

 

Le Seroquel : responsable et coupable

 Voyions d’abord le cas où le laboratoire est pleinement coupable. Cela n’a que peu d’intérêt car j’en ai déjà parlé, de toute façon si je ne commence pas par là, personne ne prendra la peine de lire la suite. J’aborde ici le cas du Seroquel, mais vous pouvez relire mon article sur le Zyprexa1.

 Le Seroquel est un antipsychotique de nouvelle génération. Il est destiné à traiter les patients souffrant de Schizophrénie ou en phase psychotiques de troubles bipolaires (ou cyclothymie pour la veille école). Il serait le plus mauvais élève de sa classe2. Ce n’est pourtant pas ce qu’a prétendu son fabricant, AstraZeneca.

 Au contraire, le produit était présenté comme très bon. Les représentants médicaux de l’entreprise avaient convaincu les médecins de le prescrire pour l’insomnie, la dépression, la dépression bipolaire ou l’anxiété3. Ils avaient convaincu de prescrire le produit à des patients aussi fragiles que les personnes âgés et les enfants (on évite au maximum de prescrire des neuroleptiques aux enfants car leur cerveau est encore en pleine formation).

 Bien entendu, presque tous les fabricants faisaient pareil avec leur produit (l’exception serait Novartis) : Lilly avec son Zyprexa, Johnson & Johnson avec son Risperdal4, Pfizer avec son Geodon5, Bristol-Myers Squibb et Otsuka avec leur Abilify6. Face à tant de concurrence, AstraZeneca devait se démarquer.

 Or, tous ces produits ont un effet secondaire gênant : ils font grossir. Dès lors, il suffisait de prétendre que le Seroquel fait maigrir. AstraZeneca a grassement payé les leaders d’opinion du monde médical pour qu’ils affirment que le Seroquel fait maigrir. Le psychiatre Michael Reinstein a reçu près d’un demi million de dollars3. Wayne MacFadden, directeur médical chez AstraZeneca, couchait avec l’un des chercheurs indépendants chargés d’évaluer le produit7. La rédaction des publications scientifiques était confiée à des cabinets en communications, les experts servant de prête-nom8

 Le problème, c’est qu’AstraZeneca savait dès 1997 que le Seroquel fait grossir, avec à la clé des cas de diabète. Un email échangé entre des cadres de l’entreprise vante « l’écran de fumée » mis en place pour cacher ce fait9. Un email de 2001 annonce que la stratégie marketing pour le Seroquel serait d’encourager l’utilisation hors-indication10.

 En novembre 2009, AstraZeneca a payé une grosse somme pour mettre fin aux poursuites intenté par les autorités américaines11. Des milliers de patients attendent que leurs plaintes débouchent sur une décision de justice.

 Si l’on reprend donc la démarche présentée dans le premier chapitre :

  • Le médicament est bien en cause ;
  • L’entreprise le savait ;
  • L’entreprise a tout fait pour le cacher. Elle a même prétendu le contraire.

L’entreprise est indiscutablement coupable.

 

Omerta en France

 Ce scandale est, bien entendu, passé inaperçu dans nos médias nationaux. Outre la teneur du dossier en lui-même, la presse aurait largement pu en faire ses choux gras.

 J’ignore combien de lecteurs d’AgoraVox savent qui est le président d’AstraZeneca12, au niveau mondial bien sûr. Je ne parle pas de Françoise Bartoli, présidente de la filiale française mais du grand Manitou. On le dit d’ailleurs sur le départ13, mais la rumeur n’est pas confirmée :

  • Il est français ;
  • Il est énarque ;
  • Son Papa était président du FMI ;
  • Il a été directeur de cabinet de Laurent Fabius, alors premier ministre. A cette époque il avait placé l’écrivain Jean-Edern Hallier sur écoute illégale… affaire pour laquelle il n’a as été condamnée. Il était en poste lors de l’affaire du sang contaminé ;
  • Il a travaillé à la chaîne chez Renault (à la chaîne de commandement, pas celle de montage. On ne va quand même pas se mettre à bosser comme un prolétaire) ;
  • Il a lutté (presque) bénévolement contre les discriminations (pour un salaire nul, mais avec une indemnité annuelle de 75000€, excusez du peu) 14 ;
  • On lui prête une liaison avec une personne candidate aux primaires socialistes15

 Ah oui, j’oubliais. Son casier judiciaire ne l'a pas empêché d'obtenir les titres de commandeur de l’ordre de la légion d’honneur et de grand officier de l’ordre national du Mérite12.

 

 

1 : Le Zyprexa : d’une pierre, deux coups (de fouet), PharmaFox, AgoraVox, 15 Juillet 2011

2. and leave it at that…, 1 Boring Old Man, 2 Octobre 2011

3. Psychiatrist Got $490,000 Pimping For Seroquel, Engaged In Wide Off-Label Use, Philip Dawdy, Furious Seasons, 11 Novembre 2009

4. J&J Unit Marketed Risperdal Off-Label, Ex-Workers Say, Margaret Cronin Fisk et David Voreacos, Bloomberg, 6 Mars 2009

5. Pfizer Settlement Includes Much Off-Label Promotion of Geodon and Kickbacks To Docs For Zoloft, Mental Helath Blogs, 3 Septembre 2009

6. Otsuka to Pay More Than $4 Million to Resolve Off-Label Marketing Allegations Involving Abilify, Reuters, 27 Mars 2008

7. AstraZeneca’s Sex-for-Studies Seroquel Scandal : Did Research Chief Bias the Science ?, Jim Edwards, BNET, 25 Février 2009

8. AZ Seroquel Trial : Was It “Ghostwriting” or “Professional” Writing ?, Jim Edwards, BNET, 20 Mars 2009

9. E-Mail : AstraZeneca Knew in 1997 that Seroquel Caused Weight Gain, Jim Edwards, BNET, 3 Mars 2009

10. AZ Seroquel Emails Detail Off-Label Promotion ; What Did CEO Brennan Know ?, Jim Edwards, BNET, 20 Mai 2009

11. AstraZeneca Pays Millions to Settle Seroquel Cases, Duff Wilson, The New York Times, 29 Octobre 2009

12. Louis Schweitzer (haut fonctionnaire), Wikipedia

13. AstraZeneca looking for new chairman : Report, The Economic Times, 30 Septembre 2011

14. Louis Schweitzer : « On veut fragiliser la Halde », Cécilia Gabizon, Le Figaro, 6 Septembre 2010

15. Comme Luc Ferry, je ne dirai rien, et de toute façon tout le monde le murmure. Mais merci d’avoir suivi la note, ça montre que je ne les mets pas pour rien.


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6 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 7 octobre 2011 09:27

    Premier problème : les études cliniques qui permettent de savoir si un nouveau médicament est plus efficace qu’un placebo (ou un médicament déjà sur le marché) sont toujours réalisées sous la seule responsabilité des firmes pharmaceutiques…

    Deuxième problème : les commissions officielles qui vérifient et jugent des résultats de ces études sont composées de médecins et de chercheurs qui ont tous des contrats avec l’industrie pharmaceutique…

    Troisième problème : le prix des nouveaux médicaments ne dépend absolument pas de leurs avantages pour les patients mais d’une décision prise in fine par le ministre lui-même. Là encore, ce système permet toutes les corruptions…

    Quatrième problème : la formation permanente des médecins (et, de plus en plus, leur formation initiale) est presque totalement sous le contrôle des laboratoires pharmaceutiques…

    Lire :

    http://2ccr.unblog.fr/2011/09/29/mediator-en-finir-avec-un-syteme-meurtrier/


    • Muriel74 Muriel74 7 octobre 2011 12:39

      « Omerta en France » ceci http://www.lesmotsontunsens.com/des-centaines-de-journalistes-francais-sous-surveillance-11160 explique peut-être cela
      Merci de vos informations, ce qui se passe en France se passe aussi ailleurs dans le monde


      • Maxoufrance 8 octobre 2011 18:25

        Bonjour.

        Le Séroquel n’est il pas mieux que le Zyprexa ? Je veux dire, par rapport à ses bienfaits thérapeutiques, et surtout concernant les effets secondaires ?

        Il me semble que le Seroquel va prochainement être commercialisé en France, en version LP sous le nom de Xeroquel...

        Il se dit, dans certains milieux médicaux, que le Xeroquel serait mieux toléré que le Zyprexa, plus efficace, et n’aurait pas autant d’effets secondaires sur le métabolisme...

        Qu’en est-il ?


        • Pharmafox 11 octobre 2011 10:23

          Non, le Seroquel n’est pas meilleur que le Zyprexa. C’est une idée implantée par le marketing d’AstraZeneca.


          Ensuite, entre les deux produits il faut savoir choisir. Le défaut du Zyprexa (et du Clozaril), c’est que de toute cette classe, ce sont eux qui font le plus grossir. Donc, chez un patient à risque de diabète (antécédent familiaux, obésité...), on va privilégier un autre produit, par exemple le Seroquel.

          Pour autant, le Zyprexa a un énorme avantage : en dehors de ces effets métaboliques, il a moins d’effets secondaires en général. Toutes les études montrent que les patients sous Zyprexa et Clozaril suivent leur traitement beaucoup plus longtemps que ceux sous un autre antipsychotique (et c’est précisément sur ce point que le Seroquel est si mauvais). Au contraire, les patients abandonnent rapidement le Seroquel. Dès lors, 2 conséquences : ils souffrent de symptômes de sevrage très lourds et retombent dans la psychose (d’autant plus facilement que le syndrome de sevrage peut accélérer le retour des symptômes).

          Le but du Xeroquel est que, puisque le produit est sous forme LP, les effets secondaires sont beaucoup moins prononcés. Le produit sera forcément meilleur que le Seroquel, mais seul l’avenir (et pas les études sponsorisées par le labo) nous dira s’il est meilleur que le Zyprexa.

          j’espère avoir répondu à votre question.

        • schuss 8 octobre 2011 23:16

          Un jour il faudra évoquer un problème de taille dans le système de santé Français. Les médecins sont les seuls acteurs reconnus de la santé , pourtant ils ne connaissent de la biologie humaine que la partie allopathique. Il manque à leurs connaissances, l’ostéopathie, la naturopathie, l ’acupuncture, la phytothérapie pour ne citer que celles là. Faut il pour autant compléter leur formation afin de combler ces énormes lacunes ? Les troubles fonctionnels représentent 90% des motifs des consultations chez le médecin. Par troubles fonctionnels , il faut comprendre que la personne qui s’en plaint n est pas encore malade au sens lésionnel mais exprime son mal être par le symptôme ; elle somatise. Sur les troubles fonctionnels les médecines alternatives ont un rôle majeur à jouer contrairement à l allopathie qui ne fait que « cacher » le symptôme. Si nous voulons un système de santé performant alors la chimie doit partager avec les autres possibilités qu offre les médecines alternatives. La médecine actuelle ne résonne qu’a travers sa compréhension allopathique, elle ne peut donc pas se comparer aux méthodes alternatives. Le seul choix que propose actuellement notre système de santé concerne des médicaments avec des molécules actives différentes alors que la plupart du temps il serait possible d’aborder la problématique du patient avec une approche alternative sans médicament donc sans effet secondaire et sans empoisonnement. Bien sûr cette option nécessite plusieurs prises de conscience :
          1) la santé est une affaire individuelle qui ne accommode pas des statistiques
          2) faire de la vraie prévention des risques. cigarette, mal bouffe, alcool, drogue etc...
          3) traiter les personnes dès leur plus jeune age selon un principe holistique
          4) déconnecter la santé de l’influence de l ’industrie pharmaceutique
          5) reconnaitre les praticiens des médecines alternatives et les intégrer dans le corpus médical
          6) abroger certaines traditions médicales comme l’acharnement thérapeutique et l’obligation de moyens envers la maladie qui suggère toujours plus de technologie au détriment du malade lui même
          7) le malade prime sur les symptômes de sa maladie
          8) la santé n’est pas une science mais un équilibre différent pour chaque individu
          9) la santé est du ressort de l humain pas de l’industrie....
          Notre système de santé est tellement mal en point qu’il génère d’innombrables erreurs et effets secondaires à longue échéance contre lesquels il faut ensuite lutter. Comme la concurrence n’existe pas, aucune voix ne s’élève pour dénoncer les aberrations du système actuel. Les malades, premiers concernés, n’ont pas d autres points de vue que le discours officiel . ils ne peuvent donc pas comparer et juger. Triste constat.


          • Pharmafox 11 octobre 2011 10:27

            Pour ceux qui douteraient encore que Louis Schweitzer n’a obtenu son poste à la HALDE qu’en vertu de ses relations politiques, AstraZeneca vient de se faire taper sur les doigts parce qu’elle n’embauche pas (plus) les personnes à la peau noire, et qu’elle dégage les salariés qui sont dans ce cas :

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