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Revoir la définition de l’OMS ? Est-il encore opportun d’y maintenir la notion de bien-être social ?

En 1946, l’Organisation mondiale de la santé écrit sa définition de la santé : « la santé est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. ».

Elle s’est imposée au monde entier.

Mais, de quoi est fait ce fameux bien-être social ?

Le bien-être social c’est avoir un travail, y être respecté par ses supérieurs, apprécié par ses pairs. C’est avoir un logement décent et adapté à ses besoins. C’est vivre dans un groupe qui respecte l’individu, lui apporte une éducation suffisante, ne le brime ni du fait de son sexe, de sa couleur de peau ou de son appartenance religieuse. Et j’en oublie...

Toutes choses hors du champ habituel de la santé, si bien que, avec l’OMS, on se trouve forcé d’aborder le problème par son autre face : celui du mal-être social et de son approche thérapeutique, ce qui n’est pas neutre.

Tout d’abord, faire entrer la notion de bien-être social et donc la problématique sociale dans le domaine d’intervention de la médecine est d’autant plus dangereux qu’a priori cette dernière bénéficie d’une image positive dans l’esprit du public, image positive qui peut être utilisée dans un but de manipulation.

Ensuite, en tant que médecin j’ai rencontré tout au long de ma carrière des états anxieux et/ou dépressifs causés par le chômage, la précarité, l’inégalité des sexes ou d’autres situations d’injustice sociale. J’ai alors prescrit des anxiolytiques, des somnifères, des antidépresseurs. Le fait que l’on soit venu me voir, moi médecin, pour traiter ce mal-être, n’est pas neutre. Celui d’avoir délivré une ordonnance ne l’est pas plus. À mon sens, l’approche médicamenteuse de ces problèmes ne peut se justifier que si la thérapeutique vise à gommer les parties les plus aiguës du conflit, ce qui inhibe l’action. Le but du médecin doit être de faciliter la résolution ou le dépassement du conflit par le patient, ce que ce dernier ne peut faire s’il est tétanisé par l’angoisse ou « n’en dort plus ». Mais on ne peut éluder que les médicaments ont la possibilité de si bien gommer le conflit qu’il sera accepté, tel quel, par le patient. De manière objective, cela profite au groupe social qui évite la confrontation et fait accepter sa norme à l’individu, avec la complicité du médecin.

Plus loin, mais en suivant cette même logique, le groupe social peut chercher à imposer sa norme par la contrainte médicale en déclarant malade l’esprit dissident, comme le fit la psychiatrie russe d’État.

L’existence de psychotropes efficaces et bien tolérés, la généralisation de leur emploi, leur prescription dans les bobos de l’âme, sont des phénomènes qui ne pouvaient s’envisager lors de l’écriture de la définition en 1946. Il est maintenant indispensable de réexaminer le problème.

par Pascal GILBERT (son site) jeudi 27 mars 2008 - 7 réactions
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  • Par clostra (xxx.xxx.xxx.238) 27 mars 2008 16:58

    Membre fondateur d’un "groupe santé" nous étions arrivés aux mêmes conclusions : aborder la santé dans un quartier/une ville amène une réflexion de fond sur ce qu’est l’Homme, ses besoins fondamentaux, son contexte environnemental, ses conditions de travail, la parentalité...à l’instar des groupes de "self-help" venus d’outre atlantique.

    Nous en avions conclu que la santé est l’affaire de chacun et non des médecins (de la médecine) autrement que comme appartenant à la population locale et source d’informations pour prendre en compte l’humain dans sa globalité et dans sa singularité, sans faire nécessairement appel au prescripteur.

    L’une de nos premières actions avait été de créer un atelier de "gymnastique douce"...

    Mais nous n’étions pas médecins, quoique certains l’étaient mais pas à ce titre dans le groupe. Nous n’étions pas des professionnels de la santé ni du social. Nous refusions simplement le risque bien réel cité ci-dessus, par des échanges d’informations, de visites, de lectures...

    Bien après nous, la sécu pour les besoins que nous savons (des économies surtout, un danger certain) a statué sur l’utilisation des antibiotiques à outrance, par exemple. Sans le soutien d’un groupe de médecins et non médecins, la mesure peut être tragique (des angines qui dégénèrent...).

    Nous n’avons pas eu, on s’en doutera, d’influence, ni politique, ni de reconnaissance particulière tant l’idée du prosélytisme nous faisait horreur. Nous n’avions pas d’idées formatées, chacun décidant pour lui-même.

    Pourtant, nous sommes à l’origine de dispositifs type Maison Verte que nous avons réclamés et soutenus.

    A l’origine également des associations de réprésentation de tous les usagers dans l’hôpital (et non d’associations de malades), pour poursuivre dans cette idée que la personne doit être en mesure de décider pour elle-même de ce qui est bon pour elle. Pouvoir humain confisqué au profit d’associations "agréées" pour représenter les usagers dans les Conseils d’Administration des Hôpitaux. Peu de chose à voir avec la représentation de ces personnes affaiblies, dépendantes du pouvoir médical qui de leur lit demandent qu’on les écoute. Mais le progrès est tout de même réel.

    Les associatifs qui ont "géré" des équipement de quartier ont une bien meilleure reconnaissance...Preuve qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé !

    Tous ceux qui ont participé à ces groupes savent bien que la santé ne signifie pas nécessairement l’absence de maladie.

    J’avancerai donc une définition qui me convient :

    "La santé, c’est la capacité que l’on trouve en soi de réaliser ce que l’on a envie d’entreprendre"

    Et bravo à un médecin "ami" qui a bien compris de quoi et d’où on parle ! (et d’où on nous fait taire)

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