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S’il te plaît maman, je préfère encore la cigarette !

Le dernier numéro de la revue médicale indépendante Prescrire a dressé un constat effrayant sur un médicament commercialisé pour arrêter de fumer : le Zyban. Cette amphétamine dont le nom chimique initial était l'amfébutamone avant que la firme ne cache cette troublante éthymologie et le fasse rebaptiser "bupropion", a su se montrer bien discrète ces derniers mois. Aucun représentant d'agence, aucun lanceur d'alerte, aucun politicien ne s'est ému devant les caméras du maintien sur le marché de ce médicament de la firme pharmaceutique GSK.
Contrairement au Mediator, les victimes cette fois-ci ne risquent pas de s'exprimer devant les caméras puisqu'il s'agit de nouveaux-nés.

Selon les données de Prescrire, cette amphétamine cachée serait responsable de la survenue de malformations cardiaques à la naissance. Cette toxicité cardiaque foetale est connue depuis 2004. En 2010 est parue une étude cas-témoin sur plus de 10 000 enfants montrant qu'un nouveau-né dont la mère a pris du Zyban avait 2,6 fois plus de risque de développer une malformation cardiaque de type coarctation de l'aorte, hypoplasie du coeur gauche ou sténose de l'aorte.

Un cadeau de naissance dont ces bébés se passeraient bien.

Prescrire a eu accès à des données internes de GSK sur plus de 800 femmes enceintes qui ont été exposées au Zyban. On y retrouve encore une augmentation du risque de malformation cardiaques congénitales.

Nous savons aujourd'hui que les dérivés amphétaminiques, en particulier l'ecstasy, augmentent le risque de malformations congénitales. Comme Prescrire le souligne, le doute ne doit plus profiter aux firmes mais au patient. Hors, pour arrêter de fumer, il existe d'autres traitements à base de nicotine.

12 ans après le retrait mondial de l'Isoméride, on découvrait la toxicité cardiaque du Mediator. Quelle perte de temps ! De la même manière, il est anormal de constater en 2012 qu'il existe encore sur le marché des dérivés amphétaminiques cachés dont l'inocuité suscite un doute sérieux !

Le bupropion est actuellement développé aux Etats-Unis en association avec une autre molécule, la naltrexone, pour le vendre comme coupe-faim. Il devrait être commercialisé sous le nom de Contrave. De là à suspecter un risque accru de valvulopathie et d'hypertension artérielle pulmonaire pour ce médicament qui n'est pas encore sur le marché... C'est d'ailleurs pourquoi les autorités américaines, pas folles, ont exigé de la société Orexigen qui développe cette association d'évaluer sa toxicité cardiaque chez l'adulte.

Le noyautage des commissions d'enquêtes sur le Mediator par la firme GSK a-t-il pu favoriser une telle négligence de la part des autorités de santé et des politiciens ?

Comment un tel produit, pourtant inscrit sur la liste des 77 médicaments sous surveillance depuis des mois, décrié par Prescrire depuis de nombreuses années, avec une balance bénéfice-risque défavorable, et une "pharmacologie à risque" peut-il passer à travers les mailles du filet ?

Cet article de Prescrire a beau faire les gros titres de la couverture de l'édition de janvier 2012, la presse grand-public reste désespérément muette sur le sujet et préfère maintenir son attention sur les prothèses PIP. Pourtant, dans la santé comme dans la presse people, les nouveaux-nés intéressent habituellement autant que les seins siliconés.

Pourquoi alors ce silence ?

Références :

Tabagisme et grossesse : éviter la bupropione en raison d’un risque cardiaque chez l’enfant à naître, Prescrire, Janvier 2012

Maternal use of bupropion and risk for congenital heart defects.
Alwan S, Reefhuis J, Botto LD, Rasmussen SA, Correa A, Friedman JM ; National Birth Defects Prevention Study.
Am J Obstet Gynecol. 2010 Jul ;203(1):52.e1-6. Epub 2010 Apr 24.

par Pharmaleaks mercredi 4 janvier 2012 - 12 réactions
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  • Par Luc DUSSART (xxx.xxx.xxx.7) 4 janvier 09:17
    Luc DUSSART

    Les ventes de la bupropione (marque Zyban de GSK) en France sont devenues confidentielles : moins de 1000 boites en novembre 2011, en baisse de 44% sur novembre 2010. Le risque est devenu très faible, le marché a fait le ménage.

    Effectivement il serait temps d’actualiser les recommandations de l’agence du médicament, qui préconise toujours ce produit. Mais il semble que la suspension d’une autorisation de mise sur le marché soit quasiment impossible, quel que soit le médicament. Il faut fournir des preuves, ce qui coûte de l’énergie et des budgets. Noter au passage qu’en 2011, 100 % (la totalité) du budget de l’Afssaps a été abondé par les entreprises du médicament, qui ont d’autres priorités que de s’occuper des tocards en fin de vie.

    Nous dépendons d’une décision ministérielle : ce serait rapide.

    Prescrire demande aussi la suspension de la varénicline (marque Champix de Pfizer), à cause d’un profil Bénéfice/Risque défavorable selon l’association. Il n’existe nulle part dans le monde de chiffres montrant l’efficacité de ce traitement en population générale : on peut douter qu’il soit efficace dans l’aide à l’arrêt. Ses dangers sont - par contre - bien établis... Même combat donc : ce sont tous ces traitements pharmaceutiques qu’il faut éliminer des officines.

    Pour Prescrire, même la nicotine, faussement appelée de substitution, est peu probante ; je cite : "Quand une aide médicamenteuse est jugée souhaitable, la nicotine est acceptable." Ce n’est pour le moins pas l’enthousiasme. Il est malheureusement établi maintenant que la nicotine sans prise en charge et accompagnement sérieux ne majore pas les chances d’arrêt à moyen terme. Et si tout ces produits n’étaient que des gri-gris ?

    Unairneuf.org

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