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Accueil du site > Actualités > Santé > Sans la vigilance de ses proches, la patiente aurait-elle été prélevée (...)

Sans la vigilance de ses proches, la patiente aurait-elle été prélevée vivante ?

Une clinique de Bordeaux qui fait parler d’elle au JT de France 2 : une patiente d’une soixantaine d’années aurait été inscrite trop tôt dans la filière des donneurs d’organes. Alors que les soignants en charge de cette patiente sont prêts à la déclarer en état de « mort encéphalique » (diagnostic de mort), ses proches, notamment son fils, ont un doute. Ils refusent de signer un constat de décès faisant de cette patiente un (potentiel) donneur d’organes. On se rappelle l’article du Parisien en juin 2008 : « Le donneur n’était pas mort », repris par « Le Monde » et « Le Temps ». Encore patient, déjà donneur ? Eh bien, c’est à nouveau la même histoire. Bis repetita (non placent). Latin : les choses répétées ne plaisent pas. (Le proverbe latin en usage est : bis repetita placent ...)

"Une patiente, qui avait été déclarée ’très certainement cliniquement morte’ par un médecin, s’est réveillée quelques heures plus tard dans un hôpital de Bordeaux, a-t-on appris mercredi auprès du directeur de la clinique.
 
Lydie Paillard, 60 ans, suivie pour un cancer depuis 2005 dans la polyclinique Bordeaux Rive droite à Lormont, dans la banlieue bordelaise, a fait un malaise lundi lors du traitement médical préalable à une séance de chimiothérapie, a expliqué à l’AFP Yves Noël, directeur de la polyclinique Bordeaux nord, dont dépend l’établissement de Lormont.
 
Elle a aussitôt été ranimée par un médecin urgentiste mais ce dernier, après avoir pris l’avis d’autres médecins, a annoncé par téléphone aux enfants de Mme Paillard que leur mère, placée sous un appareil respiratoire, ’était très certainement cliniquement morte’, a poursuivi M. Noël.
 
La patiente a ensuite été transférée vers le CHU de Bordeaux où elle a subi un scanner qui a révélé qu’il n’y avait pas de mort cérébrale, selon le directeur de la clinique.
 
Mme Paillard ’s’est réveillée quatorze heures plus tard au CHU de Bordeaux’, comme l’a révélé Sud Ouest dans son édition de mercredi.
 
’C’est une forme de miracle’, reconnaît M. Noël, tout en admettant que l’urgentiste a commis une ’erreur de communication’ mais pas ’une erreur médicale car il lui a sauvé la vie’.
 
La direction de la polyclinique va proposer à la patiente et à sa famille de rencontrer l’équipe de médecins afin qu’ils parlent de ce défaut de communication." (Source)
"’On allait donner le permis de tuer notre mère’, répète sans cesse Sébastien en évoquant l’incroyable mésaventure dont on a bien failli être victime sa mère. L’histoire, révélée mercredi par le quotidien Sud-Ouest fait froid dans le dos.
 
Lydia, une femme de 60 ans, se présente lundi dans une clinique de la banlieue bordelaise pour subir une chimiothérapie. Peu après le début du traitement, son état se dégrade et elle sombre dans le coma. Le médecin constate un accident cérébral et prévient la famille que non seulement ’le pronostic vital est engagé’, mais que Lydia ’ne pourra pas revenir’. Pire, les médecins préviennent les enfants qu’ils vont devoir donner l’autorisation de ’débrancher la machine’ qui maintient leur mère en vie.
 
C’en est trop pour les proches qui obtiennent le transfert de la patiente vers le CHU de Bordeaux. Et c’est là que se produit l’impensable. Déclarée ’cliniquement morte’, Lydia se réveille enfin, 14 heures plus tard et est même capable de tenir une conversation. Un miracle qui plonge sa famille dans le soulagement, mais aussi la colère.
 
Aujourd’hui ils veulent comprendre comment une telle méprise a pu se produire. Les médecins évoquent ’un cas rare, extraordinaire’. Ils évoquent la possibilité d’une ’crise d’épilepsie donnant l’apparence de la mort’." (Source)
 
Le reportage diffusé au JT du soir de France 2 ce 20/10/2010 est on ne peut plus clair : la patiente aurait été déclarée en état de mort encéphalique (ou de mort cérébrale) prématurément. Elle allait pouvoir, là encore prématurément, devenir potentiel donneur ...
 
"Ce qui me gêne, c’est que maintenant, on anticipe la mort",me confiait en juin 2008 une infirmière cadre chargée de cours en IFSI (Institut de Formation en Soins Infirmiers) de la banlieue parisienne, qui avait travaillé durant près de deux décennies comme infirmière de coordination des transplantations en France, puis en Suisse, et à nouveau en France. Face à mon silence perplexe, elle ajoute : "On prévoit le décès". Un préavis de décès ?! Un constat de décès anticipé ?! J’avoue que j’ai du mal à suivre. Je visualise la couverture d’une BD manga japonaise bien connue, Ikigami. Du coup, j’ai écrit un Post sur le sujet. "Pour pouvoir plus facilement organiser les prélèvements d’organes ?", demandais-je alors, peu fière de ma question. "Surtout pour avoir plus de donneurs !", avait-elle répondu.
 
15.000 patients en attente de greffe en France. Début septembre 2010, une enquête d’opinion, sous forme de questionnaire, distribuée aux soignants afin de recueillir leur opinion sur les stratégies visant à optimiser le "don" d’organes (OPTIDO). Un logiciel aux normes européennes afin de recenser les potentiels donneurs en amont de la "mort encéphalique", ainsi que ceux ayant fait un arrêt cardiaque, dans tous les hôpitaux de France et de Navarre (Cristal Action) - ce logiciel ayant été mis en place par l’institution gouvernementale chargée de promouvoir et d’encadrer l’activité des transplantations d’organes : l’Agence de la biomédecine. "Jamais la pression n’a été aussi forte pour que l’on trouve des donneurs ou des potentiels donneurs", me confiait en décembre 2009 un ancien chirurgien, membre senior de l’Académie Nationale de Médecine. Mardi 19 octobre 2010, un projet de loi présenté à l’Assemblée Nationale afin de lutter contre le trafic d’organes en France. Ce "tourisme de transplantation" constituerait "une menace pour notre société" (Professeur Francis Navarro, CHU de Montpellier). 
 
On ne peut pas d’une main demander aux personnels de santé de trouver des donneurs en amont d’un état de mort encéphalique ou encore d’arrêt cardio-respiratoire persistant (prélèvements "à coeur arrêté") et, de l’autre, accuser ces mêmes personnels de santé qui font péniblement un devoir pénible (pardonnez-moi d’insister) de "défaut de communication" lorsque les choses tournent mal (tout dépend du point de vue, n’est-ce pas). Encore patient, déjà donneur ? Voilà qui annonce des conflits d’intérêts, un peu comme si on avait décidé de mettre en balance le code de déontologie médicale ("d’abord ne pas nuire") d’un côté et, de l’autre, un "droit opposable à la greffe" pour les quelque 15.000 patients en attente de greffe ...
 
La greffe, un problème sociétal
L’usager de la santé lambda finit par se rendre compte de cette évidence : il y a du rififi dans les greffes ...
Mangaka (dessinateurs de manga), à vos plumes !

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15 réactions à cet article    


  • ZenZoe ZenZoe 21 octobre 2010 11:36

    Bien sûr, je ne connais pas grand-chose des détails de l’histoire, mais honnêtêtement, je crois qu’il ne s’agit que d’une erreur de communication, l’urgentiste voulant peut-être préparer les enfants à la terrible nouvelle probable. Si j’ai bien compris, la vieille dame est très mal en point de toute façon. 

    L’idée selon laquelle l’équipe médicale attendrait embusquée derrière la porte que Madame veuille bien passer l’arme à gauche afin de pouvoir prélever ceux de ses organes qui marchent encore me semble relever de la science-fiction (je suis peut-être naïve).


    • jef88 jef88 21 octobre 2010 20:24

      Le terme « vieille dame » me fait frémir.
      Ce n’est pas grave d’« achever » une « vieille dame », de toute façon elle n’en a plus pour longtemps....
      Alors notez qu’elle est proche de 60 ans. Est on vieux à cet age ?
      J’ai horreur des formes sémantiques qui tendent à aténuer une faute.


    • vivabolivar 22 octobre 2010 08:18

      quel âge avez-vous pour parler de « vieille dame » 
      Pas étonnant qu’il y ait tant de personnes dans la rue pour les retraites
      62 ans c’est un âge canonique pour vous ?
      que dire de 67 ?


    • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 11:51

      Lisez l’enquête OPTIDO, si je puis me permettre un conseil. L’obligation de recensement des potentiels donneurs en amont de la mort encéphalique met les soignants mal à l’aise ... Donc : bien sûr que l’équipe médicale était de bonne foi. Elle a agi selon les directives. Ces directives peuvent parfois s’avérer problématique. On n’élargit pas le « pool » des potentiels donneurs sans que cela passe inaperçu, autrement dit, on ne fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs. Le Dr. Jean Leonetti, rapporteur de la loi bioéthique actuellement en cours de révision, ne dit pas autre chose au grand public dans son livre publié en janvier 2010 chez Plon : « Quand la science transformera l’humain. 20 scénarios pour demain ».

      http://ethictransplantation.blogspot.com/2010/10/les-failles-du-marketing-social-du-don.html

      Merci pour votre réaction, elle prouve (point de vue qui n’engage que moi) à quel point nous sommes tous et toutes conditionné(e)s par le marketing social du « don » ...


      • Halman Halman 21 octobre 2010 22:09

        Je ne fais pas confiance aux enquêtes de journalistes sur les affaires médicales.

        Il faut attendre les résultats d’une enquête du milieu médical pour avoir le scénario des évenements.

        Et on attend pas derrière la porte qu’une patiente décede pour lui piquer ses organes, c’est de la littérature de livres d’horreurs mais pas la réalité.

        C’est une interprétation plus émotionnelle que réelle.


      • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 22:35

        Ca vous dit quelque chose, l’Affaire d’Amiens ?


      • cathy30 cathy30 21 octobre 2010 11:59

        vous écrivez :

        Elle a aussitôt été ranimée par un médecin urgentiste mais ce dernier, après avoir pris l’avis d’autres médecins, a annoncé par téléphone aux enfants de Mme Paillard que leur mère, placée sous un appareil respiratoire, ’était très certainement cliniquement morte’, a poursuivi M. Noël.

        Il y a quelque chose qui ne colle pas, non ?
        Hé oui ma bonne dame, on s’américanise, et ceci grâce à vous. Il ne manque plus que la plainte des enfants derrière tout ça, pour une erreur de communication. Il n’y avait pas non plus un avocat à la sortie de l’hôpital ?


        • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 12:09

          Le « Marketing social du Don » dans toute sa splendeur. Ce que je disais au Dr. Jean Leonetti cet été ... Point n’est besoin d’avocats américains pour voir que le discours public sur le Don est biaisé ... N’est-ce pas, Dr. Leonetti ? « Quand la science transformera l’humain » ... Croyez-moi, pas besoin d’avocats américains pour ça. Allez interroger les soignants, faites une enquête de terrain, bien de chez nous. Le terrain, il n’y a que ça de vrai ...


        • Halman Halman 21 octobre 2010 22:04

          Oui Cathy, ça c’est à éclaircir.

          Mais entre ce qui s’est réellement passé et ce que l’on en raconte, attention, précautions.


        • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 22:36

          Que pensez-vous de l’enquête OPTIDO ?


        • jpm jpm 21 octobre 2010 12:35

          L´auteur de l´article nous parle du discours public sur le don qui serait biaise... mais c´est bien son article tout entier qui est biaise... il n´a jamais ete question de mettre cette dame sur la liste des donneurs potentiels (on privilegie en general les personnes jeunes et en bonne sante...). Certe une erreur de communication a ete commise... mais cela ne doit pas servir le « marketing social anti Don » de l´auteur.


          • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 13:18

            Ce que le grand public ignore, c’est qu’on peut être donneur d’organes et de tissus jusqu’à 80 ans. Il y a actuellement un programme « old for old » pour la transplantation rénale : un rein prélevé chez un donneur d’une classe d’âge (disons 75 ans) va à un donneur d’une classe d’âge équivalente. De plus, comme me le disait un patient greffé qui est un ami, en récupérant son dossier médical, on connaît l’âge de son donneur, puisque c’est marqué dessus ...

            En l’occurence, le sien avait 75 ans (greffe effectuée il y a 4 ans). En règle générale, un cancer constitue une contre-indication au don d’organes. Mais il y a, compte-tenu de la pénurie d’organes à greffer, ce que l’on appelle des « greffons dérogatoires » (greffons de moindre qualité, mais qui permettent tout de même de greffer, et de faire ainsi diminuer le nombre de patients en attente de greffe ...)
            Le grand public ignore toutes ces réalités (le plus souvent), car le discours public en fait abstraction. Pour s’informer, voir le site de l’Agence de la biomédecine ...

          • foufouille foufouille 21 octobre 2010 14:12

            deja lu sur le journal
            plutot que le don, la clinique manquait peut etre de place
            et la famille pas tres riche
            une clinique DOIT etre rentable
            les medecins veulent leur 12k€


            • Halman Halman 21 octobre 2010 21:59

              Dans cette affaire c’est un sacré coup de bol surtout.

              La famille était plus dans l’émotion que dans les données médicales.

              Ils auraient tout aussi bien pu se tromper.

              C’était du 50/50.

              J’ai vécu ça deux fois avec des patientes âgées quand j’étais aide soignant en gériatrie. A l’époque le protocole était différent, il était basé sur l’arrêt cardiaque depuis un certain temps, vérifié par un autre médecin, alors qu’aujourd’hui c’est sur la mort cérébrale.

              Deux fois des personnes âgées se sont retrouvées dans un coma tel que les médecins même en suivant strictement le protocole avaient déclaré l’avis de décès et prévenu la famille.

              A l’époque les scanners étaient rares, et on aurait pas eu l’idée d’envoyer un décès de gériatrie en scanner.

              Hors quand les familles sont arrivées, les patientes s’étaient relevées de leurs comas et parlaient tranquillement avec les voisines de chambres comme si de rien n’était.

              Elles avaient eu juste l’impression d’avoir fait une longue sieste et ne comprenaient pas pourquoi elles passaient du petit déjeuner à l’heure du diner directement.

              On savait tous qu’il devaient y avoir, c’est horrible, assez souvent des patients enterrés non décédés mais dans le coma qui peut être s’étaient réveillées dans le cercueil.

              Cette famille a eu plus de bol que de l’instinct. Refus du décès dans quand on leur apprend, ce sont des réactions fréquentes et normales.

              C’est pourquoi le protocole de la mort cérébrale a été mis en place pour éviter ces choses là.


              • Catherine Coste Catherine Coste 21 octobre 2010 22:38

                « C’est pourquoi le protocole de la mort cérébrale a été mis en place pour éviter ces choses là. »
                Je vais montrer votre message à un médecin de l’Académie de Médecine. Ne manquerai pas de vous transmettre sa réaction smiley

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