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Accueil du site > Actualités > Santé > Soins à l’hôpital : il y a urgence !

Soins à l’hôpital : il y a urgence !

Infirmière, j’exerce ce beau métier depuis vingt-cinq ans. Mais, étant témoin de la dégradation des moyens et de certains mauvais fonctionnements des services hospitaliers, j’aimerais informer de l’état des lieux du système et des conditions actuelles de travail des infirmières. Il me semble en effet nécessaire et urgent de dévoiler les graves dysfonctionnements qui ont des répercussions parfois fatales pour les patients qui nous sont confiés.

La dégradation des soins apportés aux patients est due à plusieurs facteurs.

1) Le premier est lié au recrutement des personnels soignants : les élèves infirmiers et les aide-soignants :

Infirmier et aide-soignant sont deux métiers où il existe encore des débouchés. Comme ce sont des métiers difficiles, les candidats ne se bousculent pas aux portillons des formations. Résultat, pour pouvoir attirer des gens dans ces voies, les critères de sélection sont devenus de moins en moins sévères. C’est ainsi que des gens inscrits à l’ANPE se voient proposer des formations d’aide-soignant ou d’infirmier. Par exemple, dans le service où je travaille, j’ai vu débarquer deux hommes ayant dépassé la quarantaine - un ancien informaticien et un ancien employé de la SNCF - pour des stages de formation dans le but de passer le diplôme d’aide-soignant. Autant vous dire que ces candidats n’étaient guère motivés par ce métier. Seulement voilà, ils avaient accepté cette reconversion professionnelle uniquement pour raison alimentaire. J’ai pu constater à maintes reprises que cette situation pouvait conduire à de la maltraitance à l’encontre des malades.

Les capacités intellectuelles de certaines élèves infirmiers sont parfois loin des exigences requises. Que dire quand vous constatez qu’un élève infirmier est incapable de calculer une dilution à effectuer sur les médicaments à administrer ou quand vous voyez qu’on ne respecte pas les protocoles préconisés pour certains actes médicaux. Pas étonnant alors que les infections nosocomiales soient en augmentation.

2) La pénibilité du travail

Elle est liée aux horaires et à une charge de travail croissante.

Les effectifs actuels sont tels qu’on demande aux infirmiers d’assurer des durées de service de 7 h 30 avec la prise en charge de trop nombreux patients (jusqu’à 90 parfois). Il n’est pas rare de se voir attribuer la responsabilité de plusieurs étages de patients pendant les nuits de garde. Le nombre d’actes est à certains moments tellement important que les infirmiers se retrouvent souvent dans des situations où ils doivent gérer les traitements en urgence. Après plusieurs heures à ce régime, il n’est pas évident alors d’assurer les actes médicaux dans les règles de l’art. On pare au plus pressé et on finit par réagir en automate au risque de faire des erreurs. Cela aboutit à un sentiment de ras-le-bol et certains n’hésitent pas à prendre des congés maladies ce qui amplifie le problème de surcharge de travail pour le personnel restant.


Petit constat qui m’interpelle : à l’heure actuelle, dans un service hospitalier, il y a plus de personnel administratif que de personnes soignantes réellement sur le terrain. Je ne m’explique toujours pas cette situation !

3) Le mécontentement engendré par l’évolution de la prise en charge des patients

L’exigence de rentabilité fait que maintenant les durées des séjours hospitaliers sont de plus en plus courtes. On assiste à un turn-over important des patients ce qui suscite un sentiment de travail à la chaîne. De plus, on s’aperçoit qu’il règne un flou - très entretenu - quant aux frontières entre ce qui relève de la responsabilité d’un infirmier et de celle du médecin. Normalement, en théorie, tout acte médical effectué par un infirmier doit être ordonné par écrit par un médecin. En théorie seulement, car dans les faits c’est souvent oralement que les ordres sont donnés. Et quand on demande aux médecins de les écrire, ils se mettent en colère en criant qu’ils n’ont pas le temps. Les infirmiers ont l’impression de porter davantage de responsabilités car, en cas de problème, ce sont eux qui rendent des comptes.

4) Le manque de formation et l’absence de volonté pour améliorer les choses

Il faut savoir que le métier d’infirmier est un métier qui évolue vite du fait de la part de plus en plus importante de la technique. Or, il faut savoir qu’il n’y a pas d’obligation de formation pour les infirmiers et les aide-soignants. Et quand bien même on est intéressé par une formation, l’établissement hospitalier est en droit de la refuser pour des raisons de service ou de budget.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à une formation pour la prise en charge de la douleur par hypnose, ce qui permet de supprimer les prises médicamenteuses donc les effets secondaires. J’ai ainsi pu constater les avantages et pour les patients et pour la Sécurité sociale puisque les coûts de traitement sont réduits. Mais quand j’ai voulu appliquer les méthodes dans notre service, rien n’a suivi car le système étant trop hiérarchisé, cela n’a pas abouti.

Tout cela concourt à une dégradation des soins apportés aux patients à tel point que je me dis que lorsqu’on est hospitalisé, il faut vraiment espérer ne pas avoir affaire à cette catégorie de personnel soignant.

Je tiens à préciser que cet article a pour but d’informer sur la situation actuelle. Cela me navre quand j’entends Mme Bachelot se targuer de faire évoluer les choses alors que sur le terrain cela n’évolue pas beaucoup. Je suis prête à collaborer avec toute personne (journaliste, etc.) qui souhaiterait mettre en œuvre quelque chose pour améliorer le système.


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10 réactions à cet article    


  • thirqual 19 février 2008 11:34

    Mon père est infirmier anesthésiste. Formé dans l’armée (à bac-2 ya pas grand monde qui prend), il a ensuite taté de l’hôpital public hors armée, de la clinique privée et fait un petit passage en temps qu’infirmier libéral (au bout d’un an et demi la pression du bloc opératoire et le manque de routine lui manquaient trop il est revenu à l’hosto). Il aurait, à peu de détails près, écrire cet article : nouveaux arrivants peu motivés, charge de travail croissante et responsabilités à l’avenant (par contre le salaire c’est pas ça), actes à la limite des attributions, salles laissées à la surveillance des infirmiers pendant que le toubib tripatouille le suivant, omniprésence des administratifs, manque de formation continue alors que les appareils changent souvent... un petit florilège des problèmes en vrac, en mêlant ceux du privé et du public, qui finalement se ressemblent pas mal.


    • SANDRO FERRETTI SANDRO 19 février 2008 11:54

      Oui, le constat est connu, mais il est toujours bon de le répéter encore .

      Ce métier est plus important que beaucoup le croient : aujourd’hui, on ne meurt plus dans son lit. On meurt le plus souvent face à des gens comme vous. Vous étes souvent la dernière vision avant la nuit.

      Leurs qualités techniques et humaines n’en revétent que plus d’importance.


      • zelectron zelectron 19 février 2008 20:28

        En ce qui concerne les personnels non-soignants : et si les fonctionnaires en surnombre rejoignaient l’hopital au moins pour les emplois administratifs ? (200 000 postes à pourvoir y compris balayeurs ?)

         


        • zelectron zelectron 19 février 2008 20:29

          .... pour soulager le personnel soignant, cela va sans dire


        • MJO MJO 20 février 2008 16:32

          Il y a urgence en effet, les hôpitaux sont soumis à la certification V2, chaque acte doit être prescrit par un médecin, c’est une obligation légale, il ne doit pas refuser mais il est vrai que les médecins font aussi de plus en plus de tâches administratives. La mise en place des nouvelles réformes (nouvelle gouvernance, T2A, pôles...) ne fait qu’amplifier le problème, elle avait pour but de faire participer les médecins à la gestion des établissements mais en fait celà entraîne un travail administratif suplémentaire qui est en grande partie attribué à l’équipe médicale et aux soignants.

          Etant donné que l’hôpital est amené à fonctionner comme une entreprise, il doit être rentable et il me semble que le SROS n’arrive pas vraiment à pousser les établissements public-privés à coopérer. La prise en charge des services "non rentables" est trop systématiquement renvoyée aux établissements publics. Que vont devenir les petits hôpitaux publics sans chirurgie et sans cardiologie ? ils semblent se replier vers la gériatrie boudée par le secteur privé car non rentable... et il y a bien d’autres problèmes mais c’est bien d’en témoigner et l’infirmière est la première à pouvoir le faire.

          Bravo pour cet article !


          • yasmina82 21 février 2008 23:11

            L’urgence, oui ! et pour tous, patients et soignants. Juste pour donner un exemple : Je suis infirmière et mon activité professionnelle est actuellement axée sur le travail de nuit. Un autre monde !! Du service de médecine où séjournent 63 patients dont 55 sont des patients atteints de cancer, 7 en phase terminale à l’établissement ( qui pour mon humble avis devrait être fermé pour mauvais traitement ou pas traitement du tout) où l’infirmière se voit préparer 83 plaquettes de médicaments, ce qui lui prend en moyenne 4 heures de travail, je passe des nuits tout simplement dangereuses non seulement pour moi mais aussi pour les patients. En ce cas, je n’accepte plus les vacations dans ce type d’établissement.

            Etre infirmière est un combat de chaque jour, pour le respect de la dignité de la personne soignée. Prendre soin ne peut se faire, comme j’ai lu dans un article, en exerçant ce métier pour l’alimentaire. C’est un métier difficile, qui engage le soignant dans une éthique qui lui est propre et qui doit être pensée. Depuis le débuit de ma carrière dans le paramédical, je ne peux pas dire que l’évolution de cette profession soit flagrante. Notre BAC + 3 n’est toujours pas reconnu, si je ne me trompe pas. C’est un métier à risque, car nous avons de lourdes responsabilités. Humainement, l’infirmière est sollicitée au coeur même des problèmes de chaque patient, parfois des familles ou entourage de la personne soignée.

            Pour ma part, un DIU d’éthique médicale et un autre de soins Palliatifs me rendent souvent énormément service, car celà me permet, lorsque je me retrouve sur des terrains que je qualifierai d’apocalypse, de me recentrer sur les patients et de réfléchir( en 2 secondes) sur le "que vais-faire avec rien pour apporter un maximum ?".

            Parrallèlement, ce métier peut ouvrir d’autres axes de travail, exemple la formation : ce que je fais depuis quatre années pour la fonction publique auprès des personnes exerçant dans les établissements accueillant des personnes agées. Les thèmes abordés sont l’accompagnement de la fin de vie et la douleur. Apporter, échanger, recevoir des infos, c’est aussi celà le métier de soignant. L’infirmière, il est vrai n’a pas d’obligation de se former après ses 3 années d’études, mais de plus en plus d’établissement ont un cahier de formation, et les soignants doivent choisir quelle est celle qui lui conviendrait le mieux.

            Le gouvernement redécouvre les conditions de notre travail que si nous allons dans la rue. 

            Mais voilà, moi qui vous écris ce petit mot, je ne vois pas de métier plus beau que celui-là, et pour rien au monde, je ne saurai faire un autre job. Ce n’est pas un coup de gueule, ni des critiques envers tous ces établissements où malheuereusement trop de personnes sont soignées, c’est juste un constat, du vécu sur quelques lignes qui pourrait éventuellement faire l’objet d’un travail de réflexion si une personne est sensible à notre cause.

             

             

             

             

             


            • joseph 25 février 2008 01:35

              J’ai beaucoup de respect pour le métier d’infirmière. Votre article est intéressant. Le retour des patients revenant de l’hôpital public est invariable : ils se trouvent en général bien soigné mais que l’hôpital public leur semble inhumain. L’hôpital public ressemble à une grosse machine infernale où l’on met le patient sur des rails et tout roule. Aucune information n’est distillée au patient ou très peu, pas de dialogue avec les médecins souvent maîtrisant mal la langue française. L’hôpital public est une machine inhumaine mais efficace............... Un peu d’humanité dans ce monde de brutes s’il vous plaît.

              Amitiés.

              un médecin de campagne.


              • Lisa SION 2 Lisa SION 26 février 2008 14:57

                Bonjour,

                ...Petit constat qui m’interpelle : à l’heure actuelle, dans un service hospitalier, il y a plus de personnel administratif que de personnes soignantes réellement sur le terrain. Je ne m’explique toujours pas cette situation...avez vous écrit, en apparté.

                Lorsque vous décidez d’écrire un article, vous ne pouvez évidemment pas vous résumer à deux lignes ; Pourtant, je pense que dans ce constat, tout est dit.

                Si je vous dit que soixante pour cent du personnel ne travaille pas sur le terrain...que soixante pour cent du coût d’une hospitalisation sert à les payer... et donc que soixante pour cent des masses monétaires en jeu servent à ce qu’on peut appeler : " Frais de fonctionnement..." Est ce que par hasard, cela ne vous rappellerait pas une affaire qui a défrayé la chronique il y a pas si longtemps... ?

                C’est ce système, institué avec brio par cet " homme " que l’on a bien souvent vu pleurnichant dans des encarts publicitaires, implorant la compassion de millions de français pour soutenir la recherche contre le cancer, qui s’est probablement reproduit dans nos hopitaux, et même, pourquoi pas, pendant que j’y suis, dans toutes nos institutions publiques.

                Pendant que vous, infirmières, toujours de bonne volonté et malgré les difficultés privées et locales, toujours de bonne humeur, vous dévouez pour allèger toutes les souffrances, malgré cette magnifique vocation qui vous interdit d’imaginer faire bien d’autres métiers pourtant bien plus lucratifs, malgré toute votre aptitude à assurer brillamment cette courbe ascendante qui interdit à votre vaisseau de plonger dans le rouge, malgré ce sacerdoce quasi religieux pour le bien public...rien ne va comme vous le mériteriez !

                 Peut-être auriez vous pu citer le pourcentage de patients qui se dépèchent de signer la décharge pour rapidement rentrer chez eux, car ceci est extrèmement révélateur de la confiance que ceux-çi refusent d’accorder, non pas à vos soins autant médicaux qu’humains, mais à cette institution dont vous avez le courage de dénoncer la dérive. Merci à vous.. 


                • fiftyone 20 mars 2008 10:47

                  Bonjour à vous. Votre article est intéressant, mais, sans vouloir dénigrer votre métier qui est important, j’aimerais souligner qu’il n’y a pas QUE les infirmières qui souffrent de la charge de plus en plus lourde.

                  Avez vous pensé aux autres personnels médicaux, celles qui sont les seuls, avec les médecins, à etre réellement responsables de leurs actes devant la justice, qui sont payées comme vous, voire moins dans certains établissements, mais qui, parce qu’elles sont beaucoup moins que vous, ne peuvent se faire entendre, même à l’époque où la mere de notre ancien premier ministre les a suivies.

                  Vous devinez bien de qui je parle. Pourtant, quand on parle du malaise hospitalier, on parle toujours des infirmières, jamais des sages femmes...

                  "Les infirmiers ont l’impression de porter davantage de responsabilités car, en cas de problème, ce sont eux qui rendent des comptes."

                  Concernant cette phrase, je ne peux etre d’accord avec vous, sauf si vous me prouver le contraire. Vous etes, jusqu’à preuve du contraire, une profession paramédicale, vous n’etes pas donc pas responsable des prescriptions, vu que vous n’avez pas le droit de prescription, ce sont les medecins qui le sont.

                  signé : Un mari de sage femme qui en a assez de toujours entendre parler du malaise des infirmières sans entendre parler du malaise de la profession de sa propre épouse.

                   


                  • MJO MJO 26 mars 2008 00:00

                    Tout le personnel hospitalier souffre de cette situation... le travail de nuit, le stress, l’angoisse, les responsablilités, le personnel médico technique connait aussi , poutant nous non plus ne souhaitons pas faire un autre métier...

                    Veut-on tuer l’hôpital public ?

                    http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/GRIMALDI/15627

                     

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