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Accueil du site > Actualités > Santé > Stress et suicide au travail

Stress et suicide au travail

Qu’est-ce qui a poussé mardi dernier un homme de 52 ans à mettre fin à ses jours en se pendant sur son lieu de travail dans un bureau du central téléphonique d’Amboise en Indre-et-Loire ?

Après Renault, La Poste et la Police nationale, les suicides sur les lieux de travail se développent dans la morosité ambiante d’un grand nombre d’entreprise et d’organisations professionnelles et dans un quasi-anonymat. L’année dernière, Christian Larose, vice-président du Conseil économique et social, et membre de la CGT indiquait à L’Express qu’une personne par jour se donnait la mort pour des raisons liées aux mauvaises conditions de travail. Les chiffres avancés vont de l’ordre de 3 à 400 suicides par an. Causes personnelles, causes professionnelles ? Qu’est-ce qui peut pousser un individu à mettre fin à ses jours sur son lieu de travail ? Le suicide sur le lieu de travail n’est pas une nouveauté, mais plus le nombre augmente, plus il se banalise. Selon Bernard Salengro de la CFR-CGC, le coût du stress pour la société serait de l’ordre de 50 milliards d’euros par an.

Les théories avancées mettent en avant une intensification du stress liée à l’accroissement de l’exigence. Exigence des actionnaires, des patrons, des managers, des clients... Jusqu’où devra aller cette exigence, combien de personnes, de vies, faudra-t-il sacrifier pour comprendre que la pression d’enjeu du toujours plus ne crée pas d’économie durable. Pour être performant au travail, un individu a besoin de croire en ce qu’il fait. Il a aussi besoin de croire en ce qu’il est. Il a besoin de trouver du sens à son action. Il a besoin d’être motivé. C’est d’ailleurs l’une des questions que pose tout recruteur qui se respecte. "Quel est votre motivation ?" Il n’y a pas de motivation dans le stress. Le stress au travail est relié à la démotivation. Le stress au travail est directement lié au management, et nombre de managers n’exercent plus ou n’ont plus les moyens d’exercer leur métier. Faut-il les blâmer ? Comment concilier l’hyper-exigence à tous les niveaux quand on sait que dans nombre d’entreprises le leitmotiv est « Faites plus, plus vite et avec les mêmes, voire avec moins de moyens ». Comment concilier les faramineux résultats des entreprises du CAC avec le quasi-gel des salaires depuis plus de cinq ans. La littérature et la presse regorgent de chiffres et d’analyses qui déplorent cet état de fait. Quoi qu’il en soit, si aucune prise de conscience collective ne s’effectue, si les entreprises restent dans la théorie du toujours plus et continuent sur la même lancée, il y a fort à parier que le coût social lié à l’augmentation des maladies professionnelles sera phénoménal. Il avoisine aujourd’hui les 2 % du PIB. Qui paiera ?

Les seuls critères décisifs et durables de la compétitivité des entreprises sont de s’attaquer avec urgence au stress, de travailler sur la motivation des salariés, de réduire la pression d’enjeu, de diminuer les exigences en accroissant la reconnaissance auprès de tous les salariés de l’entreprise. Tous les acteurs de l’entreprise doivent s’engager à construire du sens, à réhabiliter la notion de plaisir au travail. Sauf à vouloir nuire à l’intérêt même de l’enjeu capitalistique. Les entreprises qui continuent à penser que la pression d’enjeu toujours croissante est de nature à favoriser l’expansion se livrent au même geste que leurs salariés désespérés. Une sorte de suicide économique.


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22 réactions à cet article    


  • pallas 26 février 2008 12:03

    Je ne vois pas le probleme du stress et du suicide au travail. l’individu se suicide il est remplacé aussi tot. Notre societe est fondé sur l’individualisme, une fausse compassion basé uniquement sur le profit et l’image que l’on va donné autour de soit. Tout le monde ce la joue publicitaire de sa propre personne, comme si elle etait a vendre. Ah oui, le monde du travail, mal payer, traité de plus en plus comme un esclave, mais cela est du a votre maniere de vivre, de penser, vous n’etes pas heureux du modele de societe ? alors pk l’avoir choisi et rejetter ceux qui ne voulaient pas etre enfermer dans cette Super Prison ou le mot Liberter n’est que Maux a tout va. Vous avez choisi de jouer un jeu ou tout le monde sortira perdant, solitaire, il faut aller jusqu’au bout de la logique, faire marche arriere actuellement c’est impossible. Je vous averti que l’avenir sera infernal pour la plupart des citoyens qui vont s’enfermer de plus en plus dans l’individualisme et l’illusion d’etre le centre du monde mais en verité traité comme des dechets dans le monde réel, c’est super schyzophrene.

     


    • 1984 26 février 2008 13:40

      MORT AU TRAVAIL !!!


      • mariner valley mariner valley 1er mars 2008 20:32

        Mort aux cons


      • Redj Redj 26 février 2008 14:06

        Dans mon entreprise, c’est l’hécatombe : depression sur depression, arrêt de travail sur arrêt de travail etc etc...Le management ne se remet surtout pas en cause, ils mettent des gens incompétents à des postes clés de manager car ce sont des "amis" du patron. Ces gens ne font rien de la journée car ils ne savent rien faire, tout le travail redescend sur les salariés en dessous et celui-ci vient se rajouter à celui qu’ils font déjà. Tout est devenu prioritaire, aucune vision à long terme, changement d’organigramme tous les 6 mois, aucune reconnaissance de travail effectué, augmentations de salaire accaparés par les même managers qui n’ont aucune compétence etc etc etc...Bref l’entreprise dans tout ce qu’il y a de détestable !!!!

        Alors oui, pas étonnant que les gens se suicident !


        • spock spock 26 février 2008 16:33

          vite immigrez en Chine, ça embauche.


        • Redj Redj 26 février 2008 18:44

          Retourne sur ta planète pauvre naze !


        • Marc Bruxman 26 février 2008 22:27

          Alors oui, pas étonnant que les gens se suicident !

          Ah bon ? Et poser ta dem’ cela ne t’es jamais venu à l’esprit ? Rien ne t’attache à ce taf, alors au lieu de pleurnicher :

          • Tu va sur monster et tu postes ton CV.
          • Tu envoie un gros fuck en recommandé à ton patron.
          • Tu passe des entretiens pendant ton préavis
          • Tu te casses.

          Si tu veux te faire respecter il ne faut pas se comporter comme une carpette. Pourquoi ? Parce qu’une carpette c’est fait pour marcher dessus.

          Ne me dis pas y’a pas de taf. Tu bouges ton p’tit cul, et tu va en trouver. Tu l’as bien trouvé celui la !


        • wesson wesson 26 février 2008 22:28

          même plus, en chine les employés commencent à être trop payés, et en plus ils ont des revendications sociales.

           

          par contre, en Birmanie ou en Corée, ça va encore !


        • Redj Redj 27 février 2008 09:37

          @ Marc Bruxman,

          Merci du conseil, c’est exactement ce que je suis en train de faire.

          Mais le pb n’est pas là. Il y avait un article recemment sur AV qui déplorait le manque d’investissement des employés vis à vis de leur entreprise. Il ne faut pas chercher plus loin, ce genre de comportement de manager à 2 balles se retrouvent dans beaucoup d’entreprise...

          Cordialement.


        • Redj Redj 27 février 2008 09:43

          Et je rajoute.

          Pour moi ça va, je suis encore jeune, mais quand vous ce sont des personnes qui sont à presque 10 ans de la retraite, qui ont fait toute leur vie dans la boîte et on tout donné, à eux aussi vous allez tenir le même discours ?


        • manusan 27 février 2008 09:49

          tu peux te mettre à ton compte aussi (et plus tard qui sait, embaucher dignement quelqu’un), de plus en plus de gens le font, et c’est encourageant de voir ce coté entreprenariale revenir en France ; mais il faut le noter, cette motivation est due en partie au fait que la vie en entreprise deviens impossible dans certaines boites.

          Ceci dis tout est rapport de force, Comme le dit un commentaire plus haut, les entreprises chinoises manquent cruellement de main d’oeuvre car les migrants chinois des campagnes "votent avec leurs pieds" (vont voir ailleurs, retournent en campagne, ect ...).


        • le Plouc 27 février 2008 11:24

          @ Marc Bruxman

          Le problème est qu’à force de se barrer ailleurs sans rien changer dans ta boite, ça devient pareil un peu partout... Tou benef pour le manager au QI d’huitre qui est conforté dans son idée que tu n’etait pas fait pour ce boulot , et en plus il élimine les opposants ! ça s’appelle le mobbing.


        • le Plouc 27 février 2008 11:30

          @ Marc Bruxman

          Le problème est qu’à force de se barrer sans essayer de changer les choses , ça devient pareil un peu partout... Tou bénéf pour le menager au QI d’huitre , qui est conforté dans son idée que tu n’etait pas fait pour ce boulot , et du meme coup il supprime les opposants.

          Quand c’est fait volontairement , ça s’appelle le mobbing.

          http://archives.arte-tv.com/societe/mobbing2/ftext/definition.htm

           


        • Laury 7 mars 2008 22:10

          Je suis d’accord avec vous et donc j’ai fait mon compte 42 ans de travail 168 trimestres de cotisation et

          56 ans je suis partie a la retraite ,non pas pour arriver mais par dégoût de voir et subir des incompétents

          tout les jours de travail. Je ne suis pas du tout satisfait des identités que je touche mais saine dabord .

          cela fait un an et la santé et bien meilleure !!!


        • clostra 26 février 2008 14:55

          On découvre actuellement, époustoufflés, une politique dite d’« ouverture » qui dans le fond s’appuierait sur des compétences (plus que sur des idées). Seulement, ça ne suffit pas à faire un tout.

          Point d’analyse systémique. quelques messagers aux pieds légers (Fadela, Rama) aux missions sympathiques d’aller de l’un à l’autre rabouter les morceaux. (Droits de l’Homme - belle idée, nécessairement pluridisciplinaire - Politique de la Ville, vie des Quartiers : Droit à l’emploi, Droit au logement...Droit du citoyen.

          La seule vraie multidisciplinarité, disait Lacan en substance, se trouve sous une seule tête.

          Belle idée commune : les Droits de l’Homme (et du Citoyen)

          Lacan disait aussi « Tu ne tueras pas, tout le reste n’est que littérature »

          Nos deux anges aux pieds zèlés ont-ils vraiment le pouvoir qui leur revient : être le ciment d’une vraie politique pour l’Homme et le Citoyen ?

          Juste un exemple pour illustrer « analyse systémique, pluridisciplinarité et développement durable » :

          Le serpent du Lokness refait surface : le contrôle des congés maladie.

          Tout manager qui se respecte sait que le taux d’absentéisme est un indicateur fort des conditions de travail dans un département, une équipe, un service.

          Voici donc deux points de convergence qui font déborder la coupe : l’un menace si l’employé multiplie (ou envisage) un arrêt maladie. l’autre légitime sa menace par les coûts engendrés au niveau de la Sécu.

          Et puis, il y a ceux nombreux pour qui l’arrêt maladie les deshonorerait...Ceux qui vont attendre le dernier moment pour recevoir le coup de massue.

          Enfin, le concept révolutionnaire de l’actuel gouvernement « Travailler plus pour gagner plus » a été validé par 53% de la population, en majorité de la décennie triomphante des 30-40 ans et ...(devinez !) les retraités.

          Les autres savent combien coûte de travailler à la sueur de son front, ils y ont laissé avec leur pleine santé des décénnies précédentes (20-40) certaines de leurs illusions.

          Une petite couche pour ce Président qui nous ferait presque rire, mais qui n’est pas là pour ça : « on n’est pas des boeufs ! »


          • ninou ninou 26 février 2008 15:37

            La multiplication des suicides liés aux conditions de travail pose aussi, en miroir, la question de la qualité de la vie privée...

            Comment, en effet, envisager qu’on se suicide à cause de son gagne pain ? La pression est sociale, souvent tacite, et elle existe aussi au sein des familles et foyers. On joue (parfois inconsciemment) sur le sentiment de culpabilité et sur le besoin de reconnaissance de l’être humain. Il ne faut pas risquer de perdre son boulot, de devenir un parasite pour son entourage, il faut "assurer", garder un certain standing de base.

            Combien de femmes sont-elles prètes à vivre avec un "inactif" ? Et le faire sans aucun espoir que son compagnon lui "rapporte" un jour quelquechose ? Je pose la question en sachant qu’il en existe puisque j’en suis et que j’en connais (une !).

            Nous vivons dans une société de la rentabilité. Chacun doit être rentable et devient un investissement pour les autres (famille, patron, banque, télévision, assurance, magasins fidélisants, "amis" parfois aussi). Chacun devient donc un moyen pour les autres.

            De plus, l’occasion d’être soi pour soi en toute gratuité et toute simplicité avec les autres est rare. Même en famille beaucoup jouent un rôle en permanence. Paraître...

            Bref : tout concourt à la dissolution de la personne dans la société au bénéfice d’un individu interchangeable. Le pas à faire vers le suicide est d’autant plus facile qu’on n’existe déjà plus !!

            à méditer...


            • Marc Bruxman 26 février 2008 22:30

              Non le problème c’est plutot que certains sont prêts à abandonner leur liberté pour ne pas se mettre en situation d’insécurité.

              Si ton taf est insupportable au point de vouloir te suicider tu te casses point barre. Sinon tu es un esclave volontaire, et on ne peut plus rien pour toi si ce n’est te soigner.

              Ce genre d’esclaves nés est d’ailleurs la meilleure ressources pour le grand capital que vous décriez tant. Ca rale, mais c’est finalement très controlable. Suffit de donner une sucette pas cher et ca avance jusqu’à l’usure.


            • ninou ninou 27 février 2008 01:07

              @Marc Bruxman

              Il faudrait savoir...

              Soit ces infâmes esclaves volontaires ont, un jour, eu une liberté qu’ils auraient "abandonnée" par souci de ne pas se mettre en danger... (entre nous...en arriver à se tuer pour ne pas se mettre en danger... ;)

              Soit ils sont des esclaves nés (donc n’ont jamais été libres...).

              A bien relire La Boétie et son discours de la servitude volontaire on s’aperçoit qu’on est plutôt dans ce cas à l’heure actuelle :

              "Celui qui verrait les Vénitiens, une poignée de gens vivant si librement que le plus misérable d’entre eux ne voudrait pas être roi, nés et élevés de façon qu’ils ne connaissent d’autre ambiltion que celle d’entretenir pour le mieux leur liberté, éduqués et formés dès le berceau de telle sorte qu’ils n’échangeraient pas un brin de leur liberté pour toutes les autres félicités de la terre..."

              Détournons :

              Celui qui verrait les occidentaux, une nuée de gens vivant si dépendants du regard des autres qu’au plus puissant d’entre eux il ne suffirait même pas d’être roi, nés et élevés de façon qu’ils ne connaissent que l’ambition d’être au moins à la hauteur de ce qu’on attend d’eux au détriment de leur liberté, éduqués et formés dès le berceau de telle sorte qu’ils n’échangeraient en rien leur misérable bien être social, souvent chèrement acquis, pour une promesse de liberté...

              Ces personnes que vous traitez avec beaucoup de mépris méritent de la compassion car, oui : ils sont tombés dedans quand ils étaient petits !

              La liberté ça se conquiert et, contrairement à ce que vous avez l’air de croire, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir le faire ! Aujourd’hui encore moins qu’hier. Car le mode de tyrannie auquel nous sommes confrontés (ou soumis) n’a pas été anticipé par la pourtant admirable pensée de La Boétie...


            • rinaldo maurice 26 février 2008 17:23

              En france on est habitué à enterrer des sujets qui fâchent^,qui mettent à mal les CERTITUDES DES GOUVERNANTS.

              NOS COMPATRIOTES DE CONFESSION JUIVE ONT LA "CHANCE" D’AVOIR LES noms de leurs Parents CRUCIFIES PAR LES NAZIS AIDES PAR UNE PARTIE DE L’ADMINISTRATION FRANCAISE VOIR LES BOUSQUET PAPON ...PROTEGES PAR L’OMERTA DE TOUTE LA CLASSE POLITIQUE DE L’EPOQUE. et d’ê indemnis^és par l’Allemagne DE MERKEL.

              NOUS ANTILLAIS 5GUADELOUPEENS ET HAITIENS TOUS FRANCAIS EN 1802 APRES 206 ANS ON EST TOUJOURS A LA RECHERCHE DES 5000NOMS DE NOS PARENTS : FEMMES ENFANTS HOMMES MARTYRISES VOLATISES PAR LE BOURREAU BONAPARTE. QU’ON OSE SUBVENTIONNER LES ASSOCIATIONS QUI LE GLORIFIENT CE QUI MONTRE L’AMPLEUR DU MEPRIS A NOTRE EGARD !

              ON EST ENCORE TRES LOIN ,DE PROCES ET de la reconnaissance de ce crime., encore vmoins de l’INDEMNISATION. !

              NOUS AVONS INFORME BARAK OBAMA DE CETTE SAIGNEE A NOTRE ENCONTRE..PARMI CES CRUCIFIES IL Y AVAIT DES COMBATTANTS DE L’INDEPENDANCE DES USA A SAVANNAH TEL LE DEPUTE DE LA PREMIERE REPUBLIQUE SNOBE PAR SES PAIRS DEPUIS 206.JEAN BAPTISTE BELLEY ET ANNECY ...

              NOUS VOULONS JUSTICE JUSTICE JUSTICE.

              COMMENT FAIRE LIRE, FAIRE PARRAINNER UN ENFANT OU CLASSE UN ENFANT JUIF DE 1942 ALORS QUE SOIT MEME ON A FAIT LA MEME CHOSE QUE LES NAZIS EN 1802 .IL NE DOIT Y AVOIR UNE SEULE MORALE POUR tous LES ENFANTS DE la REPUBLIUQUE ! 

              CHAQUE JOURS IL Y A DES GENS QUI SE SUICIDENT DANS LE METRO,ON N’EN PARLE PAS POUR LES BARONS DES MEDIAS ce n’est pas un sujet d’actualité.

              IL VA S’EN DIRE SIEULE LA SOCIETE CIVILE PEUT PRENDS CHARGE CE DOSSIER EN MAIN AVEC FRACAS GRACE A INTERNET .

              EN ESPERANT QUE LA CENSURE COMME EN CHINE NE VIENDRA PAS S’Y MELER !


              • Mr Mimose Mr Mimose 26 février 2008 21:00

                Qu’ils concernent des ouvriers ou des cadres de grandes sociétés, les cas, de plus en plus fréquents, de suicides liés au stress professionnel sont la preuve incontestable des succès du monde entreprenarial bravepatriote, aidé du cadre favorable instauré par les pouvoirs publics. En quelques années d’action déterminée, la valeur travail est parvenue à irriguer de nouveau tous les vaisseaux du tissu citoyen, parvenant même à drainer quelques gouttes de sueur jusqu’au caveau familial.
                Le CPE, mesure décriée par une gauche en mal de racollage, était sans doute inutile pour alléger les contraintes sociales pesant sur nos entreprises : ici encore, le marché, en trouvant par lui-même la réponse aux défis contemporains, montre sa supériorité face au dirigisme d’un autre âge que souhaiterait tant restaurer l’hydre royaliste au soir du 6 mai 2007.

                « Avec mes gosses et mon emprunt pour la maison, si vous me virez, vous signez ma mort ». Cet argument puéril, cette tentative maladroite de chantage affectif, combien de responsables des ressources humaines ont du le subir au cours de leur carrière ? Relevant bien souvent d’une forme particulièrement vulgaire de bluff, il arrivait pourtant parfois que ces propos soient suivis des actes qu’ils annoncent. Venait alors, pour l’employeur démuni, le temps de l’opprobre, des remords et de la stigmatisation par une presse quotidienne régionale acquise au marxisme le plus sauvage.
                Même s’il est peut-être prématuré de se réjouir, tout indique aujourd’hui que cette ère de terreur touche à sa fin. La multiplication des cas de suicide liés au travail a, petit à petit, ouvert la porte à un changement salutaire des mentalités, jadis enserrées dans un carcan idéologique archaïque hérité de l’abbépierrisme le plus régressif.

                Un scandale : le CO2 dégagé par l’incinération des employés pourrait être comptabilisé dans les quotas d’émissions de l’entreprise !

                Qu’il s’agisse de cadres du secteur bancaire, d’ouvriers qualifiés de l’industrie automobile ou d’ingénieurs de centrales nucléaires, l’exemple donné à plusieurs reprises ces derniers temps est à tout le moins révélateur d’une nouvelle relation au travail : plus saine, plus pure, plus fusionnelle. S’identifiant intégralement à son travail, aux intérêts de son entreprise, le salarié rejette désormais en bloc effets nocifs de cette pensée rétrograde qui, pendant vingt ans, n’a fait qu’inciter les travailleurs à dévorer la main qui les nourrit.
                Oui, le monde du travail a mûri : conscient du fait qu’une Rolex fait pâle figure au bout d’un moignon, condamnant l’incitation permanente à l’oisiveté voulue par la vermine socialisse, et ayant parfaitement intégré dans son système de valeur la honte de la contre-performance, le salarié est désormais entièrement mobilisé dans la guerre totale que notre bravepatrie livre au chômage.
                Dressées comme un seul homme, nos hordes laborieuses ont définitivement dit “Non !” : non aux 35 heures, non aux congés payés et à l’assistanat, non au droit syndical, à ces étreintes empoisonnées qui, de Bagnolet à Vladivostok, ont garni des charniers, causé des famines, et généré l’insécurité dans nos cités en perte d’identité nationale (le rapport de cause à effet est à cet égard parfaitement évident).

                « Mon travail, c’est ma vie » : telle pourrait être la devise qui, dans le coeur des Français, devra remplacer « Ensemble tout devient possible » à partir du 7 mai.

                Un bout de corde, un garde-fou un peu lâche sur un viaduc, un robinet de gaz difficile à fermer... les voici, les outils rudimentaires du redressement économique national, outils bien suffisants qui permettront, grâce à l’ingéniosité congénitale du peuple bravepatriote, de remédier à des problèmes jadis jugés insolubles. Chômage, financement des retraites, mollesse de notre croissance économique : autant de gageures dont un turn-over radical et efficace de la population active permettra de triompher aisément.
                Mais au fait : à qui attribuer la paternité de cette nouvelle méthode de management ?

                Si le recentrage de la société autour de la valeur travail a été l’un des chevaux de bataille de notre gouvernement, le monde patronal n’en a rien eu à branler et a néanmoins su trouver seul les ressorts d’une gestion optimale des travailleurs. Un audacieux système de pressions en cascade tout au long des chaînes hiérarchiques, combiné avec une politique volontariste basée sur le résultat et un rappel permanent des contraintes de la mondialisation, sont un premier élément de réponse.
                Mais pas le seul.

                « Créer une ambiance, voilà le secret », nous confie Michel Martinet, vice-président de la Compagnie Albigeoise du Rotin, rompu aux méthodes d’encadrement modernes.
                « Ça tient à peu de choses : un rapport sur un projet de délocalisation en Bulgarie abandonné près de la photocopieuse, deux ou trois promotions accordées aux agents les moins méritants, les oeuvres picturales complètes de Munch pour décorer l’espace détente, du rock industriel pour remplacer la musique de l’ascenseur, un stage de motivation avec l’intervention d’Alain Minc, des postes de travail sous Windows 95... Nous avons créé un environnement propice. C’est notre Feng Shui à nous ».
                Des investissements rapidement rentabilisés, qui ont permis en deux ans une réduction de 5 % des effectifs sans pénaliser les finances de l’entreprise.
                En évitant indemnités de licenciement, dommages-intérêts et autres frais d’envoi en recommandé.
                Une formule d’autant plus avantageuse que les maux découlant du stress ne sont pas reconnus comme une maladie professionnelle.

                Bien entendu, le tableau n’est pas entièrement rose, et il serait naïf de voir en cette nouvelle forme de management la panacée, la réponse parfaite aux contraintes posées au monde de l’entreprise par la persistance des lois iniques hérités de l’ère krazuko-mitterrandienne.
                Bien souvent, suicide inopiné rime, pour nos managers, avec désorganisation de la chaîne productive. « Lorsque Gisèle a mis fin à ses jours sans prévenir, c’est tout le process qui a subi un downgrading de plusieurs semaines, générant l’insatisfaction des prospects et l’échec de notre approche qualité, obligeant le board à instaurer un outsourcing transversal complet », nous apprend Jean-Louis, cadre dans une usine spécialisée dans la fabrication de coquilles d’huîtres en plastique.

                Jeunes diplômés : surfez sur la vague !
                Une scarification bien sentie peut faire la différence à l’entretien d’embauche !

                L’existence reconnue de cas de suicides « en traître » rend en tout cas bien floue, dans le contexte de guerre économique actuelle, la frontière entre « héroïsme patriotique » et « désertion » du travailleur.
                Face à de tels abus, qui rendent particulièrement ardue la gestion prévisionnelle des ressources humaines, une mesure s’impose : l’instauration d’un préavis obligatoire.
                « Où alors une aide financière de l’Etat pour aider l’entreprise, profondément meurtrie par la pénible nouvelle, ouh la la ça oui qu’on est meurtris ! », précise Jean-Louis.

                Ce renouveau profond des pratiques managériales est en tout cas riche d’opportunités pour nos jeunes diplômés qui devront, pour profiter à plein d’un marché du travail en plein essor, savoir s’adapter au nouveau contexte de l’entreprise, en mettant en avant leur adhésion entière aux méthodes modernes de management.
                Un CV accompagné d’une ordonnance de Prozac, ou mentionnant un goût prononcé pour la musique de Leonard Cohen, voire un certificat de propension génétique au suicide établi par M. Sarkozy lui-même, seront autant d’atouts pour une entrée réussie dans le monde du travail.
                Pensez à vous ronger les ongles avant l’entretien d’embauche, aussi.

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