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Accueil du site > Actualités > Santé > Stress et travail : les patrons sont-ils des assassins ?

Stress et travail : les patrons sont-ils des assassins ?

Les suicides de salariés sur leur lieu de travail, récemment médiatisés, nécessitent une réflexion sur le fond. Comment peut-on en arriver là ? Ici, une réponse, incomplète, mais qui éclaire ces faits à la lumière de la psychologie sociale.

Poser cette question de manière aussi ciblée : « les patrons », va en agacer plus d’un...
... et ne peut que générer une réponse non satisfaisante !

Alors posons-la autrement : « vous ou moi, sommes-nous des assassins en puissance ? »

C’est ici que mon lectorat se divise en trois parties : ceux qui connaissent Stanley Milgram et entrevoient déjà mon objectif caché dans le titre, ceux qui vont apprendre quelque chose et les autres qui ne vont pas tarder à nous quitter...

Stanley Milgram (psychologue social 1933-1984) est célèbre pour ses expériences liées à la soumission à l’autorité. [1]
Il y a une expérience très célèbre, reproduite dans le film d’Henri Verneuil I comme Icare : [2]

Un « moniteur » fait prendre connaissance à un « élève », une association de mots.
Après compréhension de « l’élève », le « moniteur » l’interroge sur la liste de mots.
Lorsque « l’élève » ne donne pas la bonne association, le « moniteur » doit lui infliger une décharge électrique de plus en plus forte, de 15 volts en 15 volts jusqu’à 450 volts.

En réalité, « l’élève » est un acteur qui fait semblant de recevoir ces décharges électriques, mais le « moniteur » ne le sait pas.

La question est de savoir jusqu’où est capable d’aller le « moniteur » dans la soumission pour accepter cet ordre imbécile que lui a donné l’autorité.

Grâce à cette expérience, nous savons maintenant que la plupart des braves gens (comme vous et moi) sont capables d’aller jusqu’à infliger une décharge de 450 volts à quelqu’un qui ne leur a rien fait, simplement pour obéir à cette autorité ! [3]

Ceux qui ont vu le film Un spécialiste feront le lien ! [4]

Adolf Eichmann, était le spécialiste par excellence, responsable de la déportation de millions de Juifs vers les camps nazis.
Hannah Arendt parle d’un bureaucrate d’une effroyable « banalité » exécutant et transmettant des ordres du début à la fin de sa mission.
Eichmann n’a montré ni antisémitisme ni troubles psychiques.
Elle le décrit comme étant la personnification même de la « banalité du mal », se basant sur le fait qu’au procès il n’a semblé ressentir ni culpabilité ni haine et présenté une personnalité tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle élargit cette constatation à la plupart des criminels nazis, et ce quel que soit le rang dans la chaîne de commandement, chacun effectuant consciencieusement son petit travail de fonctionnaire ou de soldat, plus préoccupé comme tout un chacun, par son avancement que par les conséquences réelles du travail.

Tout cela est effrayant !

Dans cette société humaine (qui a donné le mot « humanité »), les 2/3 de la population sont capables de me faire souffrir ou m’envoyer à la mort, simplement pour obéir à une autorité !!!
Cela va de l’infirmière capable de piquer une pauvre mamie mourante dont toutes les veines sont éclatées à force de piqûres [5], au DRH poussant au suicide des salariés fragilisés...
On comprend mieux aussi comment les récents « scandales de l’amiante » ont pu exister, alors que beaucoup de responsables étaient au courant de son effet mortel depuis longtemps... [6]

Et moi ? Comment réagirais-je à leur place ?

Toujours selon cette expérience, les « bourreaux » ne comprennent ni n’acceptent les conséquences de leur comportement sur leurs victimes-collaborateurs.
Le simple fait d’envisager de rompre avec l’autorité provoque une forte angoisse.
Leur conscience (qui contrôle d’ordinaire leurs pulsions agressives) est systématiquement mise en veilleuse dans le cadre d’une politique de management s’inscrivant dans une structure hiérarchique.

Etonnamment, le taux de sujets torturant à mort, passe de 63 % à 2 % lorsque celui-ci est libre de choisir la gravité de la torture.
Par contre, soumis à une pression hiérarchique forte, et disposant d’une hiérarchie inférieure à laquelle il délègue l’acte physique de la torture, le taux passe de 63 % à 92 % !!!

Autrement dit, celui qui inflige le tourment, s’en remet à l’autorité supérieure.
Quant à l’autorité supérieure, elle peut rejeter sa responsabilité :
1- sur l’ordre de sa hiérarchie directe,
2- sur la délégation de l’acte.

Nous pouvons de fait, comprendre que les responsables ayant une hiérarchie à disposition, seront plus enclins à « donner des ordres contraires à la dignité humaine » [7] ou « moralement discutables ».

Milgram avance une explication du processus :
1- L’éducation apprend à maîtriser les pulsions asociales, mais jamais il n’est enseigné à l’individu un contrôle personnel des actes imposés par l’autorité,
2- Et donc, l’autorité devient ainsi le seul juge du Bien et du Mal :
a. obéissance = Bien
b. désobéissance = Mal
3- L’individu se sent donc responsable de l’exécution de l’ordre, mais pas du contenu de cet ordre.
4- Et pour justifier cette discordance entre sa conscience et la douleur infligée, le sujet habillera ses actes de vertus morales telles que « sens du devoir », « loyauté », « discipline »...

Nous comprenons mieux comment, dans une société de vision à court terme, il est possible de trouver des comportements aberrants qui nuisent à la communauté, à la société en général.

Concernant la performance dans le milieu du travail, nous nous trouvons souvent confrontés à des comportements qui génèrent la souffrance, qui sont illogiques et contre-productifs.

Paradoxalement, c’est en cherchant la performance que beaucoup d’entreprises obtiennent davantage d’absentéisme, de présentéisme, de rétention d’informations, de turn-over, de démotivation...

... et surtout que certains patrons et autres responsables deviennent des assassins.
(Appelons un chat un chat ; ce n’est pas parce que le bourreau n’est pas en contact direct avec sa victime qu’il ne porte aucune responsabilité !)

Bien entendu, comme dans toutes les parties de la société, nous retrouvons chez les responsables, patrons, entrepreneurs, des comportements identiques.
Une autorité qui insuffle le respect des valeurs, le développement durable, l’efficience, va générer un cercle vertueux.
Par contre, une autorité soumise elle-même au court terme (dans le cadre de la financiarisation de l’économie, d’un « secteur hyper-concurrentiel »...) qui prônera un management directif, cherchera la « performance » (selon ses termes !), créera du harcèlement moral, du stress, de la dépression, des suicides... et de la contre-performance.

La conclusion de tout cela ?

Il est urgent d’agir ! [8]

Lorsqu’il y a souffrance, il y a urgence.

Il existe plusieurs pistes et niveaux d’action :

En dehors des préconisations classiques qui sont :

1) Mise en place dans les établissements publics et privés, des indicateurs permettant de détecter les points de faiblesse selon l’activité et l’organigramme.

2) Selon les résultats donnés par ces indicateurs, agir sur les stresseurs en réduisant leur action (prévention primaire).

3) Agir sur le stress lui-même et donner au salarié des outils afin de faire face plus efficacement dans le cadre d’une gestion individuelle (prévention secondaire).

4) Augmenter les relations interpersonnelles. [9]


Il y a deux points surtout, au vu de la démonstration précédente, qui peuvent faire toute la différence :

1) Prise de conscience personnelle de nos fonctionnements afin de ne pas faire partie de la catégorie « bourreaux », que l’on soit simple exécutant ou donneur d’ordre. La justesse et l’efficacité de l’action passent par la conscience et la connaissance. [10]

2) Privilégier le développement durable, la vision à long terme, [11] l’obligation du respect des valeurs morales, des méthodes managériales...
Il ne s’agit pas de créer une charte d’entreprise qui n’est bien souvent qu’une façade destinée à donner bonne conscience, mais bien d’une action volontaire de qualité.

Ainsi, nous pourrons sauver de nombreuses vies humaines en réduisant le nombre de suicides au travail, mais nous y gagnerons tous :
• le salarié par une meilleure qualité de vie ;
• l’entreprise grâce à une meilleure efficience (augmentation de la qualité, diminution des coûts...) ;
• la société qui paie un lourd tribut financier, évalué à plusieurs milliards d’euros.[12]

[1] - http://fr.wikipedia.org/wiki/Stanley_Milgram

[2] - I comme Icare - Henri Verneuil (1979)
Extrait : http://www.dailymotion.com/video/x2qtcv_i-comme-icare-1_news

[3] - Soumission à l’autorité - Collection « Liberté de l’esprit » - Calmann-Lévy (2de édition 1994)

[4] - DVD Un spécialiste Editions Montparnasse (2001)

[5] - Expérience de Hofling - 1966 : 21 infirmières sur 22 prêtes à tuer !
Hofling, C. K., Brotzman, E., Dalrymple, S., Graves, N., and Pierce, C. M. (1966). "An Experimental Study of Nurse-Physician Relationships," Journal of Nervous and Mental Disease, Vol. 143, pp. 171-180 Psychoweb

[6] - Amiante
Ouest-France

[7] - Le mensuel Les Echos (février 2008) dénonce l’univers de l’entreprise où « accepter les responsabilités revient à pactiser avec le diable » ! Le courage y est exalté (p. 40) et la lâcheté dénoncée (p. 46).

[8] - Nécessité et urgence d’agir :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36073

[9] - http://www.stress-info.info/bien_etre_au_travail_024.htm

[10] - « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les Dieux... » Temple d’Apollon à Delphes

[11] - « Oser dire non à la financiarisation de l’économie », comme le dit Claude Bébéar.
« Eviter ces soi-disant investisseurs qui ne sont que des spéculateurs à la recherche de profits à court terme », « dénoncer l’obsession du court terme »... Le Figaro

[12] - Le coût du stress
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=22185


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18 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 7 mars 2008 12:50

    Depuis 1991, en application de la directive-cadre européenne 89/391, la loi définit une obligation générale de sécurité qui incombe au chef d’entreprise (article L.230-2 du Code du travail). Cette obligation générale repose sur une approche globale de la prévention des risques professionnels

     


    • haddock 7 mars 2008 13:24

      Jean , ne le saviez-vous point ?

       

      Tous , sans exeptions , les ayant-droit , les porte à gauche , les patrons , les commerçants , les débitants , les négociants , les usiniers , les fabriqueurs , les longuiers , les courtiers , les largiers et aussi les hautiers , tous sans exeptions assassins , voleurs et malhonnêtes .

       

      Les autres pas .


      • Lisa SION 2 Lisa SION 7 mars 2008 17:19

         

        ...alors que beaucoup de responsables étaient au courant de son effet mortel depuis longtemps...avez vous écrit... Responsables, donc coupables...

        Il y a deux façons de percevoir ce que l’on fait au sein d’une entreprise : il y a celui qui taille une pierre, et celui qui construit une Cathédrale. Les deux font la même chose mais n’ont pas la même vision de leur acte.

        La difficulté commence quand l’entreprise répend le secret sur son activité, interdisant à l’ouvrier de savoir à quoi sert la pièce qu’il est en train de construire. Mais, le fait de fabriquer tous les jours des armes ou des mines antipersonnelles implique d’enterrer sa conscience. Tout comme les chercheurs qui témoignent de leurs activités ayant consisté à empoisonner des animaux pendant des années afin de déterminer l’influence de nouveaux médicament...Y a-t-il vraiment besoin de tuer pour guérir ? 

        La difficulté s’estompe tant que l’entreprise est bénéficiaire et le carnet de commandes rempli. Mais, déjà qu’il n’est pas valorisant de produire du poison quotidiennement, si en plus les médias condamnent cette activité et que le carnet de commandes affiche la récession flagrante du marché, les conditions s’accumulant, il devient de plus en plus difficile et l’accumulation de ces circonstances crée le terreau favorable à la perte de repères sur lesquels s’appuient les acteurs de ces marchés.

        Je me souviens qu’au troisième jour de mon armée, le sergent, au milieu d’une prairie nous demanda de viser l’un des nôtre avec notre arme. C’est grâce à quelques sursitaires de vingt sept ans, qui ont refusé de pointer leur arme vers un humain, que j’ai pu prendre conscience de la soumission à laquelle nous étions déjà presque tous habitués ! 


        • Jean Krakowiecki Jean Krakowiecki 8 mars 2008 13:57

          Je suis tout à fait d’accord avec vous.

          Concernant la culpabilité liée à l’amiante, Alstom vient d’être condamné à la peine maximale : 75 000 €. Point [6] de mon article.

           

          Pour ce qui est du sens, de notre conscience, du respect de nos propres valeurs, c’est une question qui se pose au niveau de la planète, car là en effet se trouve la solution.
          Il s’agit de l’avenir de nos enfants, et nous leur laissons une poubelle remplie de nos déchets, et de la souffrance de millions de personnes !

          Là aussi, je suis dans l’incapacité au travers d’un article, de donner une vue générale du stress ! Aujourd’hui, j’aborde seulement un aspect au travers d’une expérience que j’ai voulu faire partager.
          Au travers de cette expérience, il est possible de dégager certaines conclusions.
          De là à faire le tour de la question ... : on verra après une vingtaine d’articles !


        • Jean Krakowiecki Jean Krakowiecki 8 mars 2008 14:00

          Je suis tout à fait d’accord avec vous.

          Concernant la culpabilité liée à l’amiante, Alstom vient d’être condamné à la peine maximale : 75 000 €. Point [6] de mon article.

           

          Pour ce qui est du sens, de notre conscience, du respect de nos propres valeurs, c’est une question qui se pose au niveau de la planète, car là en effet se trouve la solution.
          Il s’agit de l’avenir de nos enfants, et nous leur laissons une poubelle remplie de nos déchets, et de la souffrance de millions de personnes !

          Là aussi, je suis dans l’incapacité au travers d’un article, de donner une vue générale du stress ! Aujourd’hui, j’aborde seulement un aspect au travers d’une expérience que j’ai voulu faire partager.
          Au travers de cette expérience, il est possible de dégager certaines conclusions.
          De là à faire le tour de la question ... : on verra après une vingtaine d’articles !


        • Lisa SION 2 Lisa SION 31 mars 2008 19:05

          Les produits de grande consommation quotidiens sont de moins en moins périssables. Il faudrait absolument les dégager de la politique de flux tendu qui domine le monde dans la compétition indistrielle.

          L’Etat a les moyens de soustraire du milieu l’intermédiaire inutie qui corrompt ce système. En effet, pourquoi ce maillon, qui ne voit jamais la marchandise qui ne passe même pas entre ses mains, puisqu’il l’achète au téléphone et la revend immédiatement...Gagnerait-il plus que celui qui la produit, la sème, l’engraisse, la récolte, l’emballe, la distribue, l’étale, et la vend au particulier... ?

          On peut également se poser la question : Un produit qui vient des ateliers lointains coûte presque aussi cher que l’équivalent produit chez nous ? Comme le marché bio, qui fait appel à beaucoup moins de traitements phyto-sanitaires, beaucoup moins de mécanisation, comment se fait il qu’il soit plus cher ?

          Tous ces facteurs interdisent la baisse des prix qui pourtant constituerait un sérieux anti-facteur de baisse de moral source principale, en bout de chaine des efforts récompensés.


        • Bobby Bobby 7 mars 2008 17:40

          Bonjour,

          Une petite anecdote ; un de mes amis, en passe d’obtenir une promotion dans le service de la grande chaîne de distribution où il travaille depuis des années, se voit confier de plus en plus de travail... une "pression" de plus en plus forte où on teste tout... rapidité d’exécution, efficacité, temps de pose, etc. jusqu’au moment ou il réagit en déclarant : "je ne peux pas aller plus vite, je vais me couper !" (il avait a manier un couteau)

           

          Oh, il a eue, sa promotion !... deux mois plus tard, il a organisé avec quelques amis, une semaine de vacances de ski... et le premier soir, juste avant l’apéro, s’étant éclipsé pour un besoin urgent, il est tombé en arrière, s’assommant sur le mur juste derrière lui... Une faiblesse ! Il n’a pas pu profiter d’une seule sortie à ski sur son séjour !

           

          Ce petit exemple vécu nous montre bien des facettes d’une relation autorité-employé ou ce dernier peut très bien faire les frais du besoin de son patron d’une "rentabilité" poussée au plus haut degré... Un autre ami espagnol m’a raconté des circonstances relativement semblables alors qu’il était ouvrier mineur dans les mines de charbon... bien des années auparavant !

           

          Je ne suis pas sûr que l’éducation (nationale) que l’on préconise très tôt chez nos enfants, les dispose à évaluer avec un tant soit peu d’analyse les injonctions qui leurs sont pourtant administrées au quotidien par les "autorités"... mieux, les accoutumances aux dispositions "sécuritaires" comme caméras de surveillance, mesure biométriques ont fait leur apparition dans certaines écoles... il y a déjà longtemps ! Pas pour rien que "The Wall" des Pink Floyd à été si longtemps interdit en UK !

           

          Comment vont-ils réagir lorsqu’un représentant de l’autorité leur commandera de fabriquer des armes où de tuer leur père, leur mère devenus inutiles, trop vieux ?

           

          Pourtant, il faut construire… et construire solide ! Pour quelle société ?

           

          Bien cordialement

           


          • Céphale Céphale 7 mars 2008 18:11

            Le film de Laborit "L’oncle d’Amérique" avec Gérard Depardieu fait une brillante démonstration de l’apparition du stress chez un cadre. Votre article n’y ajoute rien, sauf ces deux propositions assez pitoyables de mettre en place des indicateurs de points faibles et d’apporter de l’aide aux salariés concernés.

             

            A votre bibliographie, permettez-moi d’ajouter le livre de Marie-France Hirigoyen : "Le harcèlement moral".

             

            Quand on ne connait pas bien le monde de l’entreprise, il est préférable de ne pas donner de conseils sur le stress.


            • Jean Krakowiecki Jean Krakowiecki 8 mars 2008 13:27

               

              Vous faites référence à Laborit mais ce faisant vous changez de modèle : vous passez du modèle de la psychologie sociale au modèle biologique … et pour qu’une discussion soit constructive, il est nécessaire d’avoir une base commune de réflexion, vous en conviendrez ?
              (Je compte bien prochainement rédiger un article en prenant cette fois en référence les travaux d’Henri Laborit ; nous aurons à nouveau le plaisir d’échanger ?)
               
              Quand vous estimez pitoyable de mettre en place des indicateurs de points faibles, comment voulez vous objectivement qu’une Direction puisse savoir si un manager est à la hauteur de ses responsabilités ou que d’autres facteurs interviennent dans le stress professionnel ? Pensez vous que les syndicats ont un poids suffisant (crédible ?) pour alerter l’employeur que dans tel service, le cadre n’est pas à la hauteur ? Dans ce cas, voyez ce qui se passe à France Télecom et nous en reparlerons…
              Quant au fait d’aider les salariés, si vous pensez que c’est pitoyable, alors je peux vous affirmer que ce n’est pas l’avis des médecins du travail, confrontés trop souvent à des salariés en véritable souffrance morale !
              Je vous accorde que cela n’est pas suffisant, mais il s’agit d’une vision globale et pas parcellaire.
              Selon le ton que vous employez, je suppose que vous avez d’autres solutions ?... et excellentes : partagez-les avec nous, je suis tout ouïe !
               
               
              Enfin, cet article ne sert pas à dire que les patrons sont des assassins, mais que nous le sommes tous potentiellement - "patrons" compris !
               Je suppose que ce titre a eu une résonance émotionnelle, et à mon avis, vous ne serez pas le seul : c’est le prix à payer pour un titre provocateur...

            • Gasty Gasty 7 mars 2008 20:04

              Malheureusement toutes les recherches sur la compréhension humaine et de ses faiblesses est détournée et utilisée pour créer des concepts de managements destructeurs.

               

              Stanley Milgram et ses expériences liées à la soumission à l’autorité se doutait-il qu’un jour ses décharges électriques deviendraient du harcèlement moral, du stress, de la dépression et des suicides à défaut d’électrocutions.

              Qui sont les responsables ? Les inventeurs ou les utilisateurs, les profiteurs ou les soumetteurs ?

              Est-ce l’absence d’éducation ? Maintenir l’ignorance....


              • Marc P 7 mars 2008 22:05

                Bonjour,

                dans le dernier numéro du "concours medical" on trouve un excellent article sur la maltraitance et le stress au travail, un des meilleurs qu’il m ait été donné de lire... Christophe Dejours y est le plus cité des experts je crois...

                Ce qui était intéressant est que le stresseur, le harceleur selon les cas y était considéré et évoqué comme un malade, certes bourreau, mais malade comme les victimes qui succombaient c’est à dire non résiliente...

                Enfin hier sur France Culture, on nous rappelait que la France a le fonctionnement le plus hiérarchique et le plus autoritaire au travail de ts les pays comparables... Ajoutez y qu’avec l’Italie il est le pays où la plus grande autonomie, même inateignabvle est requise.On attend de nous qu’on accomplisse la mission confiée sans solliciter de l’aide, sans entraide bien davantage que dans les pays nordiques ou Anglo saxon...

                Enfin bis, je suis toujours étonné que quand ailleurs on nous souhaite de la chance, de la reussite, un travail agréable, une bonne journée de travail selon les cultures et les langues... en France on se souhaite "bon courage", c’est qu’il en faut, et de nombreux indicateurs prouverait que le Français est le plus stressé au travail...

                Enfin ter, intéressant ce petit doc à la télé hier soir où on nous explique que à l’exemple des anglo saxons on cherche à faire sortir les enfants de la spirale-culture dominant-dominé... très latino-gauloise

                Merci pour l’article qui dit qu’un autre monde ou une autre France est possible, que ce que nous connaissons aujourd’hui ne peut être que transitoire car à long terme nous courons à l’échec...

                Notre culture est en retard (certes notre élite est une des ou la plus performante, on est content pour elle) mais la souffrance au travail est le lot de trop de gens...

                Laborieusement votre.

                Marc P

                 


                • sobriquet 7 mars 2008 23:41

                  Mais pourquoi tout mettre sur le dos des patrons ?

                  Au dessus des patrons, il y a les organismes gérant les biens des actionnaires, comme les fonds de pensions ou les banques. Eux mêmes sont au service des actionnaires, magnats du pétrole ou petits épargnants.

                  Certains petits épargnants, comme les retraités américains, n’ont pas d’autre choix pour survivre, que de faire travailler leur capital. D’autres sont bien contents de constater que leurs intérêts de l’année ont remboursé ce qu’ils ont dépensé en cadeaux de Noël, et se moquent bien de savoir d’où vient ce pourcentage.

                  S’il se rendaient compte que c’est ce maigre pourcentage qui rend leur chef odieux, leur relation à l’argent changerait peut-être...


                  • Jean Krakowiecki Jean Krakowiecki 8 mars 2008 13:43

                     Rien n’est mis sur le dos des patrons, relisez-moi.

                     

                    Je me réfère à une expérience de psychologie sociale qui montre que nous sommes tous des assassins potentiels ! Les responsables ayant plus de pouvoir sont de fait plus exposés.
                    Statistiquement, 100 % des sujets de l’expérience sont allés au-moins jusqu’à 285 Volts !

                     

                    Quant au cercle vicieux que vous dénoncez, lié au court terme, lié lui-même à la pression des actionnaires, c’est exactement ce que je dis, et je suis d’accord avec vous, « la justesse de l’action passe par la conscience et la connaissance » !


                  • Jean-Louis RENAULT Jean-Louis RENAULT 8 mars 2008 14:22

                    L’auteur de l’article, jean, répond un peu plus haut. Il ne visait pas particulièrement les patrons, le titre est d’une volontaire provocation, mais dans la relation à l’autre nous pouvons tous avoir des comportements que l’on pourrait qulifier de nuisible envers notre interlocuteur, que nous soyons patron ou pas. Le plus grand malheur me semble t-il vient du fait que pour vivre l’ Humain a parfois besoin de provoquer des échanges conflictuels, l’éternel relation reptilienne de dominance ou de dominé. Portons à notre crédit , modeste bipède que nous sommes, que peu d’individu apprennent à communiquer et ne connaissent pas de ce fait les principes d’une communication non violente. Il suffit parfois de lire les réactions de certains commentateurs sur ce média citoyen qu’est Agoravox pour s’en convaincre.

                    Conjuguez ce mode de communication parfois violent, sans même que l’auteur de cette communication verbale ou comportementale n’en ait conscience avec la pression d’enjeu, qui est encore l’un des principaux leviers de management dans un grand nombre d’organisations professionnelles, publiques ou privées et vous avez là deux des principaux générateurs de stress au travail.

                    Changer cet état de fait, c’est entreprendre un vaste chantier au coeur d’un grand nombre d’organisations et, nous le savons bien, s’il est bien un élément auquel l’individu résiste parfois avec rudesse c’est le changement.

                    En conclusion pour réduire le stress au travail explorons de nouvelles voies, partons à la recherche des Terra incognita des relations humaines.

                    • Apprenons à mieux communiquer
                    • Libérons nous de la prison de nos certitudes
                    • Transformons la pression d’enjeu en recherche du plaisir dans le travail
                    • Réintroduisons la vision à long terme, synonyme de projet pour redonner du sens là ou le "tout tout de suite", ne veut plus dire grand chose
                    • Créons dans les organisations professionnelles des groupes de travail salariés, cadres employeurs chargés de construire un socle commun de valeurs et d’éthique sociétale.
                    • Redonnons du sens et du plaisir au travail en adoptant à tous les niveaux des comportements référents

                    Et cela, sans les patrons, sans leur concours, sans leur volonté, c’est impossible. Continuer sur le même rythme en pensant que les recettes d’hier peuvent continuer à s’appliquer, c’est privilégier le déclin au progrès. C’est pratiquer le saut à l’élastique....sans élastique


                  • JL JL 16 mars 2008 09:01

                     Cet article reprend sous un autre angle la même problématique que celui de Jean Massicot : "La soumission à l’autorité".

                    J’y ferais la même citation : " Quand un imbécile fait une action dont il a honte, il prétend toujours que c’est par devoir. " (George Bernard Shaw).

                    Le réactionnaires de tous poils opposent la liberté à l’égalité, et réussissent à convaincre ceux qui n’ont ni l’une ni l’autre que l’on ne peut avoir les deux et qu’il leur faut choisir. C’est aussi ce que font quotidiennement les journalistes soumis à l’ordre libéral quand ils parlent de "gouvernants" et "gouvernés" dans les médias.

                    Il n’y a pas de liberté sans égalité mais c’est parce que les hommes aiment le pouvoir que ce que vous décrivez est possible. C’est ce qu’a démontré le jeune Etienne de La Boétie dans son inoubliable "Discours de la servitude volontaire", en analysant "les rapports maître esclave qui reposent sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l’humiliation de soi-même. La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, bref contre l’armature même du pouvoir."

                    Publié en 1576, ce ’Discours’ que chacun peut se procurer pour moins de deux euros figure encore 430 ans plus tard parmi ce qu’il y a de plus pertinent sur ce sujet. 

                     


                    • Michel J 30 mars 2008 15:03

                      Bonjour et merci pour cet article fort bien écrit et bien documenté. Tout le problème est de savoir « lorsque le besoin l’emporte sur la conscience ».

                      Même si vous en avez compris certains principes, dites-moi si je me trompe, mais la lecture de votre texte laisse à penser avec certitude que vous n’avez jamais vécu le type de situation que vous décrivez, du moins dans ses manifestations sévères. Je parle bien sûr du type de situation qui nous conduirait jusqu’au point d’avoir pensé passer à l’acte : soit dans la révolte, soit en songeant à mettre fin à ses jours.

                      Je suppose que si vous aviez vécu ce cas de figure, vous sauriez que certains des prédateurs que vous décrivez (mais heureusement beaucoup n’en sont pas) n’ont cure des mesures que vous préconisez, ou d’autres quelles qu’elles soient d’ailleurs. La pulsion criminelle étant malheureusement toujours la plus forte chez ceux qui agissent par sadisme et perversion. Sinon ces bourreaux seraient capables de double discerner . Les plus dangereux s’adaptent... Donc aussi loin que vous développerez des contres-mesures aussi loin elles seront « contre-contrées ».

                      Le seul moyen serait d’étendre le rayonnement du droit pénal, non plus à « l’action directe conduisant à la mort d’autruï » mais aux actions concertées ou non qui ont pu faire aboutir à une issue fatale. Actuellement ce n’est pas l’impunité mais ça aiderait les procédures...

                      Mais ce n’est que mon opinion.


                      • Lisa SION 2 Lisa SION 31 mars 2008 17:09

                        Vous avez tout à fait raison. On devrait inviter des harceleurs communs à venir sur Internet faire acte de repentance et à témoigner de leur motivation.

                        Mais, pour avoir étés, mon frère et moi, les souffre douleurs d’une école, il devrait, je pense être possible de détecter ces comportements à venir dès l’enfance.


                      • Jean Krakowiecki Jean Krakowiecki 1er avril 2008 10:08

                        Bonjour

                        Bien sûr, vous avez tout à fait raison : quand il s’agit d’êtres pervers, sadiques, quoique l’on fasse, ils seront toujours dans cette recherche (plus ou moins consciente) de faire du mal à autrui !

                        De même, concernant le stress, ce n’est pas parce que l’on fait de la gestion du stress que celui-ci disparaît ! (J’ai l’air d’enfoncer des portes ouvertes, mais cette idée est plus largement répandue que l’on croit !)

                        Ici, l’idée de cet article était d’atirer l’attention sur une expérience de psychologie qui établit statistiquement que nous sommes des assassins en puissance ! Et surtout si nous avons du "Pouvoir" !

                        Et que la connaissance de notre fonctionnement, de "qui nous sommes", nous permet d’accéder à un CHOIX , choix qui n’est possible qu’une fois la prise de conscience effectuée.

                        Libre à chacun ensuite, de suivre des valeurs morales ou non !

                        En ce qui concerne votre dernière proposition, le dernier rapport remis au Ministre du Travail, préconise un recensement des suicides, ainsi qu’ une analyse psychosociale de ces suicides.

                         

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