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Accueil du site > Actualités > Santé > Un médicament générique ça va, deux génériques, bonjour les dégats (...)

Un médicament générique ça va, deux génériques, bonjour les dégats !

Plusieurs listes de médicaments "dangereux" ont été médiatisées ces derniers mois, préparant le terrain à un nettoyage massif de la pharmacopée française. Curieusement, les "experts" qui se sont prononcés sur les médicaments dangereux ont omis de se pencher sur une classe particulière de produits : les médicaments génériques. Une publication dans les "Annals of Neurology" jette un pavé dans la mare en montrant que les génériques ne sont pas toujours ces copies "à l'identique" que les pouvoirs publics nous ont vendues.

Dans la liste des 77 médicaments ont été soulignés des problèmes avec des génériques du Levothyrox*. Les hormones thyroïdiennes ne tolèrent effectivement pas des dosages approximatifs. L'affaire a vite été enterrée. Pas touche aux génériques !

Les faiblesses structurelles des médicaments génériques

Mettons de côté l'origine de fabrication de ces produits (pays en voie de développement principalement) pour nous focaliser sur les problèmes inhérents au médicament générique lui-même.

Le générique, c'est une forme de "reverse engineering" : on part du produit fini pour essayer d'effectuer une copie la plus fidèle à l'original. Un peu comme un faux Vuitton, mais en version légalisée !

Les fabricants disposent de la formule chimique du principe actif. Celle-ci figure dans le brevet. Elle est accessible à n'importe qui. A partir de là, il va falloir l'emballer pour obtenir une copie fidèle.

Sur un plan plus quantitatif, le terme "copie fidèle" veut dire que le médicament générique doit se comporter grosso modo comme le médicament original, avec une marge de tolérance. La quantité qui arrive dans le sang du patient doit se situer entre 80% et 125% par rapport à l'original, soit de -20% à +25%.

Cette marge est fixée sur des volontaires sains, jeunes hommes en bonne santé ne prenant aucun autre médicament, et le tout en une seule prise. Le comportement effectif du médicament générique sur le long terme chez un vrai patient, par exemple plus âgé, prenant d'autres médicaments, est purement hypothétique. Une évaluation en conditions réelles n'est jamais exigée pour lancer un générique.

Les études sur lesquelles s'appuient les pouvoirs publics pour rassurer sur l'inocuité et l'efficacité des génériques ne sont effectuées qu'in vitro ou sur ces volontaires sains.

Si l'on réfléchit bien, entre un générique qui administrerait 80% de la dose efficace et un autre qui tournerait davantage autour de 125%, le patient risque un surdosage de 56%.

La conclusion est que par définition, deux génériques ne sont pas nécessairement substituables entre eux, loin s'en faut !

D'accord mais qu'en est-il en conditions réelles ?

C'est là que cette nouvelle étude devient intéressante. Les auteurs se sont focalisées sur deux facteurs :

  • la dose globale de principe actif qui parvient dans le sang du patient tout au long de la journée
  • le "pic" maximal qu'il recevra.

Il est aisé de comprendre que le profil d'un générique qui génèrerait un pic instantané très élevé et qui s'affaisserait aussitôt, serait très différent d'un médicament original qui libèrerait son principe actif à faible dose pendant toute la journée.

Les auteurs se sont portés sur une classe de médicament qui ne tolèrera pas d'approximations : les antiépileptiques. L'épilepsie est une maladie compliquée à équilibrer. La moindre fluctuation de dose peut entraîner une crise.

141 médicaments génériques ont été étudiés aux Etats-Unis. Les critères de validation d'un générique sont à peu près identiques entre les Etats-Unis et l'Europe.

En pratique, les auteurs considèrent qu'un problème peut survenir si le fait de basculer d'un générique à l'autre entraîne une fluctuation de la dose au pic de plus de 15%. Or pour 39% d'entre eux, un écart critique est atteint.

En clair, dans la vraie vie, 4 fois sur 10, le fait de passer d'un générique d'un antiépileptique à un autre entraîne une fluctuation importante de la dose susceptible d'entraîner une crise épileptique.

L'Assurance Maladie ne s'est pas empressée de communiquer sur ces chiffres...

Peut-être parce que l'étude est trop récente ?

Oui et non ! La Commission de Pharmacovigilance n'avait-elle pas détecté ce problème depuis 2008 ?

Le compte-rendu de la réunion du 29 janvier 2008 est pourtant clair :

Les rapports d'effets indésirables montrent une très importante différence entre génériques et princeps.

Des sociétés savantes, comme l’American Academy of Neurology et la Ligue Française Contre l’Epilepsie, se sont positionnées contre la substitution générique des antiépileptiques sans accord préalable du prescripteur.

Parmi les 18 pays ayant répondu aux infofax adressés par l’Afssaps en avril et octobre 2007, 8 pays ont pris des mesures concernant les médicaments génériques antiépileptiques. La Belgique et le Danemark ont ainsi décidé de réduire les bornes de l’intervalle d’équivalence. Six pays ont interdit (Espagne, Finlande, Slovénie, Suède) ou encadré (Norvège, Slovaquie) la substitution de médicaments antiépileptiques par des génériques.

Des observations issues de la notification spontanée suggèrent que la substitution pourrait être à l’origine d’un déséquilibre de l’épilepsie chez des patients préalablement équilibrés. Néanmoins, les données ne sont pas suffisantes pour apporter la démonstration scientifique d’une relation entre la substitution et le déséquilibre de la pathologie épileptique. Les membres de la Commission Nationale ont souligné que les données de l’enquête officielle de pharmacovigilance ne permettent pas d’affirmer que les cas rapportés sont liés à un défaut de bioéquivalence des génériques par rapport aux princeps. La Commission Nationale de Pharmacovigilance propose, avec 18 voix pour, 4 abstentions et 2 voix contre, de ne pas restreindre la substitution pour cette classe de médicaments. En revanche, elle souhaite que soit rappelée aux prescripteurs la possibilité d’exercer leur droit d’exclusion de la substitution en apposant, sur leurs ordonnances, « non substituable » avant la dénomination de la spécialité antiépileptique prescrite (qu’il s’agisse d’un médicament princeps ou d’un médicament générique). La Commission Nationale est consciente du fait que des mesures sont susceptibles d'être prises par les différents organismes de l'assurance maladie, tant vis à vis des professionnels de santé que vis à vis des patients en cas de refus de la substitution. Les membres de la Commission Nationale ont souhaité, en raison de la spécificité de la pathologie épileptique, que ni les patients ni les professionnels de santé ne soient pénalisés dans ce contexte.

En clair, c'est pas clair mais on ne va pas commencer à énerver tout le monde ! Surtout pas la Sécu !

Concernant les génériques du Levothyrox, l'AFSSAPS a émis le 25 mai 2010 une mise en garde à l'attention des professionnels de santé.

Dans son grand ménage de printemps, le Gouvernement aura-t-il le courage de s'attaquer aux médicaments génériques qu'il a eu tant de mal à imposer ?

Si les mesures de nettoyage ont pour objectif réel d'améliorer la sécurité des médicaments, il sera tenu de jeter un oeil à ces produits. S'il s'agit d'une simple mesure économique, il n'aurait d'autre choix que de les passer sous silence.

Références

Assessing bioequivalence of generic antiepilepsy drugs.
Krauss GL, Caffo B, Chang YT, Hendrix CW, Chuang K.
Ann Neurol. 2011 Apr 12. doi : 10.1002/ana.22452.


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10 réactions à cet article    


  • Inquiet 8 juillet 2011 11:09

    Le mythe de « la même molécule ».

    Ok, entre générique et original c’est la même molécule, mais :

    - Qui voudrait recevoir un injection d’un produit « baignant » dans de la glace, ou de la vapeur plutôt que dans l’eau ? Pourtant il s’agit bien de H2O dans tous les cas

    - Qui voudrait être payé en Charbon plutôt qu’en Diamant ? Pourtant il s’agit de carbone C dans tous les cas


    • Plus robert que Redford 8 juillet 2011 12:02

      100% d’accord !
      Y’a pas à ergoter : un médicament « générique », c’est pas le médicament d’origine !
      Je veux bien qu’on parle de la molécule, « censée » être identique, mais quid des Adjuvants ?
      Vous savez, toutes ces petites bibines qui figurent sur la notice, avec le célèbrissime « qsp » et qui ont un rôle dans l’absorbtion, la biodisponibilité et l’innocuité du médicament...
      Je sais, c’est de la cuisine de Laboratoire, mais, donnes un homard à Lenôtre et un homard à McDo, je suis pas convaincu qu’ils te serviront la même chosqe à becqueter !!!
      J’ai personnellement testé par voie orale, le clone du Profenid(Nd) qui s’appelle Ketum : résultat : des crampes abdominales terribles dès le second jour de traitement, alors que l’original pris pendant 3 semaines ne provoque aucun effet secondaire... (et j’évoque même pas le danger encouru à l’usage de la forme percutanée..)
      Le médicament est rarement administré sous forme de la molécule originale mais plutôt sous la forme d’un de ses « sels » afin d’en faciliter l’absorbtion et la diffusion. Or, tous les sels ne se valent pas, même si le fabriquant « rapporte » l’activité à la concentration équivalente du produit « base »
      Un exemple : j’utilise beaucoup la Colistine en tant que traitement des infections colibacillaires chez le veau ; j’en ai traité des centaines et peut-être même des milliers avec du Méthane-sulfonate de Colistine en intra-veineux sans aucun problème. Un jour pourtant (erreur de flacon) j’ai injecté IV la dose normalement efficace de Colistine SULFATE à un animal : Décès dans les 10mn qui ont suivi !!! Vous imaginez que ça sert de leçon !

      Je veux bien qu’on hurle contre les labos « qui s’en mettent plein les fouilles », mais la grande majorité des produits qu’ils sortent sont :
      1° efficaces
      2° passés par les fourches caudines de tests très lourds et très durs (donc très coûteux) dont s’affranchissent les génériques

      Je sais, ça n’a pas empêché les dérives dramatiques du style Médiator ou Distillbène, mais les fabricants qui jouent honnêtement leur partie (oui, oui, il y en a !) méritent de voir leur produits reconnus.


      • christian pène 8 juillet 2011 19:44

        les seuls vrais génériques qui vaillent sont les substances naturelles : vitamines , oligo éléments , homéopathie

        les seuls vrais remèdes correspondent à la loi de similitude connue dès l’Antiquité : « la substance qui produit la maladie , la guérit »

        Une substance aux bienfaits très proches de celle qui aurait pu provoquer des symptômes est le SIMILIMUM de la personne

        tout le reste n’est que bavardage insupportable ès médecine fausse..., et on le sait pertinemment : inefficace et dangereux (effets indésirables ) ; c’est l’allopathie qui ne traite pas les problèmes de santé AU FOND, le malade reste toujours malade , voire est aggravé car son terrain n’est pas traité ; étouffer un symptôme n’est pas le traiter parce que c’est éviter que l’organisme certes aidé ne se défende tout seul....

        Claude Bernard s’est fâché contre Pasteur « la maladie n’est rien , le terrain est tout »....et Pasteur s’est renié sur le tard concernant les vaccins qui avaient fait des morts qui n’en sont évidemment pas revenus .

        christian pène homéopathe-acupuncteur


        • Laratapinhata 9 juillet 2011 00:11

          Vous êtes bien gentil, mais que faire quand on a la thyroïde amochée ? elle peut repousser ? existe-t-il des hormones naturelles de remplacement ?

          @L’auteur : merci pour vos infos... je prends depuis des années un générique du lévothyrox... et je fais maintenant de l’auto-médication , parce que j’ai pas eu l’impression d’être l’objet d’une surveillance très attentive de la part des médecins...je vais peut-être retourner consulter... juste pour vérifier...


        • Yaltanne 9 juillet 2011 10:18

          Stupéfidérée, je suis !

          Je tombe du haut de ma grande crédulité. Vraiment, les génériques, je ne m’étais pas posé la question, convaincue qu’une molécule est une molécule et que si les formules chimiques du principe actif sont accessibles ce sont exactement les mêmes produits qu’on nous propose.

          Quand on me dit copie fidèle, j’y crois moi…
          Pauvre fille ! Et je me targue d’esprit critique et toussa…

          Je savais les labos être des entreprises commerciales à but (hautement) lucratif, motivées par le profit (plus que par la rentabilité, éminemment insuffisante), c’est pourquoi je pensais que le générique nous mettait à l’abri des effets de la cupidité.

          Pour faire bonne mesure, j’en ai appris (confirmé) de bien renversantes hier à l’occasion de C dans l’air. (émission du 8 juillet ici)

          Par chance jusqu’à ce jour j’ai bénéficié d’une santé solide, doublée de méfiance, assaisonée de négligence, je n’ai donc même pas de médecin traitant ; les 25 dernières années j’ai consulté une fois… Croyez bien que ça ne va pas m’incliner à changer ma position.

          Quand la machine sera usée, elle cessera de fonctionner mais qu’on ne compte pas sur moi pour encourager les ignobles qui se font leur pouvoir d’achat au détriment de leurs contemporains auxquels ils prétendent venir en aide.

          Zut à la fin !


          • JL JL 9 juillet 2011 10:38

            Yaltanne,

            au lieu d’un commentaire qui laisse entendre tout et son contraire, et de nous renvoyer vers une vidéo longue et peut-être fastidieuse, pourquoi ne dites vous pas clairement ce que vous avez appris ? Pour le coup, vous rendriez service aux lecteurs, vous ne croyez pas ?.


          • Yaltanne 9 juillet 2011 20:09

            Oui,JL, c’est bien juste… [oups oups, pas taper]

            Si ce n’est que le contenu est très dense,
            disons en vrac et en synthèse :

            • Sur-médication indiscutablement inutile, mais qui plus est dangereuse cause « conflits de molécules » (voilà pourquoi je vous renvoyais à l’émission, pour ne pas énoncer d’âneries, et par flemme de m’en faire une écoute annoté, puis rédigée (pô bien)).

            • Médiator, alibi des labos et du gouvernement, pour dire « oui zavez raison on va supprimer des médocs » et en fin de compte supprimer de vieux médicaments efficaces et reconnus comme tels mais insuffisamment profitables (rentables hein, mais pas assez), au profit de nouveaux, à l’efficacité pas encore prouvée et forcément pas plus efficaces, mais ô combien plus chers et lucratifs

            • test des nouvelles molécules dans les instituts de géronto sur les vieillards sans que ceux-ci en soient informés

            • abandon progressifs des sections recherche et développement des labos au profit du département communication, la recherche étant laissée à la charge de l’état (l’état cherche, les labos encaissent)

            • prévention à tout va (le marché des bien portants est plus vaste que celui des malades), nonobstant les effets seconds —> génération de « maladies corolaires » (j’avais prévenu : vite fait avec mon vocabulaire)

            • soins prématurés qui accentuent voire aggravent les maladies, par exemple les Alzheimer traités dès les premiers début de soupçon de symptômes développent la maladie bien plus vite que si on leur avait fichu la paix (« ces gens auraient pu vivre deux à trois ans supplémentaires, tranquillement » dit avec ces mots là (ou presque) une personne interrogée)

            • médecins non formés à la pharmacopée (il y aurait aujourd’hui sept à huit mille médocs sur le marché, on ne sait même pas clairement). A ce sujet une jeune femme médecin à qui j’en parlais ce matin même me confirmait que c’est une discipline qu’on aborde en début de cycle, soit bien trop tôt, avant même que ça puisse évoquer quoique ce soit. Des années d’études plus tard ces notions abordées dans le brouillard des premiers temps sont quasi inexploitables.

            •… certainement encore d’autre choses, à brûle pourpoint c’est ce qui me vient.

            Du coup ce matin je suis allée chercher des infos au sujet des sur-diagnostiques dus aux campagnes de prévention du cancer du sein par dépistage mamographique, abordé dans les dernières secondes de l’émission.

            C’est à la minute 22 que figure le beau graphique bien causant :

            En gros on constate que le nombre des décès reste stable alors que celui des diagnostiques explose. Une interprétation fallacieuse des chiffres donne :
            En 1980 un cancer du sein diagnostiqué sur deux conduisait à la mort, en 2005 ce n’est plus qu’un sur cinq : faites vous dépister, vous augmentez vos chances de survie.

            Ben non.
            Le taux de décès reste le même (augmente à peine), c’est le diganostique qui explose, soit que ce soient des erreurs, soit que ces cancers auraient de toutes façons régressé d’eux mêmes. Eh, oui, il cancers, pour certains, se résorbent tous seuls - ça m’a fort surprise, mais cette même amie (gynéco de son état) m’a confirmé. Donc, toute une tripoté de femmes qui subissent des interventions, chimio et autres joyeusetés aux effets secondaires indiscutables, pour rien - au mieux.

            En caricaturant on pourrait dire que l’usage qu’on fait de la médecine, rend malade plus qu’il ne soigne dans bien des cas.

            Voilà…


          • JL JL 9 juillet 2011 20:23

            Merci Yaltanne,


            nous sommes sur la même ligne.

            Cordialement.


          • Yaltanne 9 juillet 2011 10:34

            Dez : tant qu’à donner un lien, autant qu’il soit exploitable au mieux :
            http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1755


            • Pharmaleaks Pharmaleaks 12 juillet 2011 08:50

              Merci pour ton soutien Le Sudiste !

              Nous rédigerons prochainement un article sur le sujet !

              Pharmaleaks

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