Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Santé > Une première approche des Troubles du Comportement Alimentaire (...)

Une première approche des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)

Si le bien-être, le développement personnel ou encore la psychologie en général m'intéressent vivement, je "dois" l'origine de ce fort intérêt à un problème bien personnel. A mon actif...presque 15 ans de Troubles du Comportement Alimentaires, ce que les médecins nomment TCA. Pour être précise, j'ai été anorexique pendant 2 ans avant "d'opter" pour l'anorexie-boulimie. Si mon livre (à paraître en 2014) explique les commencements, ce que j'ai compris de mes troubles (et de ces troubles en général) et des pistes qui me semblent utiles de suivre pour lutter contre la maladie, je crois qu'il en ressort quelque chose de simple - et bon nombre de personnes souffrant de difficultés psychiques se reconnaîtront là-dedans - : je me suis construite sur un vide. Un vide que j'ai eu le malheur de vouloir combler par la nourriture ou en tout cas que mes obsessions vis à vis de la nourriture me permettaient de tenir à l'écart (plutôt focaliser sur un faux problème que de s'attaquer à ce qui fait mal ^^).

Des sites spécialisés sont certainement mieux placés que moi pour expliquer ce que sont les TCA et on peut trouver pas mal d'informations sur le sujet sur Internet.

Mais parfois on me pose des questions plutôt "étranges" pour moi et je m'aperçois que tellement de monde a un rapport plus ou moins conflictuel à la nourriture, qu'il est peut-être bon de faire tomber certaines idées reçues et même d'aller plus loin, faire tomber les tabous !

Car aujourd'hui je parle de mon "problème" sans honte (sans fierté non plus) mais je sais que la maladie m'a fait évoluer et qu'aujourd'hui, forte de ce vécu, je me sens capable d'aider ou du moins d'écouter des personnes en souffrance. D'où la création de mon association SabrinaTCA92 d'ailleurs.

Parmi ces questions "étranges", celle-ci par exemple :

"Mon alimentation me pose problème. J’ai entendu parler des Troubles du Comportement Alimentaire mais je ne sais pas si je dois m’en inquiéter…"

Je vais déjà essayer de vous expliquer de quoi il s’agit lorsque l'on parle de TCA, que faire lorsque l’on en souffre et comment s’en protéger (enfin pas tout cela d’un coup, d’autres articles suivront bien sûr !).

Les TCA englobent en réalité de nombreuses pathologies qui peuvent sembler bien éloigner les unes des autres. Parmi elles les plus connues et celles dont on parle le plus sont l’Anorexie, la Boulimie et l’hyperphagie. Mais on peut citer aussi le Night Eating Disorder, l’orthorexie ou encore la néophobie alimentaire…

Plutôt que de décrire chaque pathologie dans le détail, il me semble important de faire remarquer plutôt que dès lors que l’alimentation « pose soucis », devient un sujet de préoccupation majeur, provoque une angoisse, une peur (celle de grossir notamment) ou surtout une OBSESSION, alors oui on souffre bien d’un Trouble du Comportement Alimentaire !...

Bien sûr le trouble peut-être plus ou moins important et surtout plus ou moins inquiétant mais gardons en tête que plus il s’installe plus il est difficile de s’en débarrasser et la situation peut déraper jusqu’à nécessiter une hospitalisation dans le cas d’anorexie sévère par exemple.

En résumé, s’il est normal que notre poids varie au cours de notre vie (au cours de la journée d’ailleurs aussi !), de très grandes variations ou bien ce que l’on appelle « l’effet yoyo » peuvent avoir des effets indésirables sur la santé : les régimes à répétition sont donc vus d’un mauvais œil par les médecins, la restriction alimentaire encore plus car c’est bien souvent suite à une privation trop longue que le corps va réagir et que la réaction peut totalement nous dépasser, nous qui pensions tellement bien « contrôler » notre alimentation. C’est pourquoi beaucoup de jeunes filles, déjà fragilisées par les problématiques propres à l’adolescence, commencent un régime et basculent dans l’anorexie, puis dans…la boulimie dans la majorité des cas !

Sauter un repas (pas franchement conseillé) ou bien se restreindre un peu au lendemain d’un diner très copieux n’est pas anormal, mais faisons attention aux signes qui pourraient nous faire penser à un véritable trouble. Ne nous angoissons pas inutilement si notre enfant ne se nourrit pas toujours comme nous le voudrions pour lui, mais restons vigilant tout de même car les TCA sont, comme vous allez le voir, un fléau dont – même si nous en entendons régulièrement parler dans les médias – nous ne mesurons pas toujours l’ampleur et la gravité.

Pour illustrer ces propos, voici des généralités sur les TCA plutôt parlantes…

Les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) touchent le plus souvent les femmes dans 95% des cas et dans 90 % des cas, ce sont des femmes de 15 à 25 ans. Ces troubles touchent tous les milieux sans distinction.

En Ile-de-France, on dénombre 180 000 cas d’anorexie mentale chez les femmes et 19 000 cas chez les hommes, tandis que les formes intermédiaires affectent 600 000 personnes, selon les chiffres rendus publics par le réseau TCA d’Ïle-de-France, à l’occasion de sa création.

Les TCA c’est…

- 15000 décès par an des suites d’une anorexie ou d’une boulimie (chiffre en augmentation constante).

- Première cause de mortalité psychiatrique et seconde cause de décès chez les jeunes (pour la France).

Les TCA entraînent des complications et séquelles psychopathologiques et somatiques graves. Ces maladies compromettent l’insertion socio-professionnelle des jeunes patients.

Le début est entre 15 et 25 ans. La fréquence de la maladie augmente : 1 à 1,5 % des femmes de cet âge. On en distingue 2 types :

- l’anorexie restrictive, où la malade maigrit par le jeûne qu’elle s’impose ;

- l’anorexie-boulimie, où les crises de boulimie terminées par des vomissements spontanés ou provoqués viennent entrecouper la restriction alimentaire.

La restriction alimentaire conduit à un état de dénutrition parfois sévère qui peut entraîner le décès (10 à 15 % des malades après 15 ans d’évolution).

Une maladie…5 phases :

Il y’a cinq phases incontournables dans les TCA : - Prendre conscience – Décider d’agir – Acter sa décision – Se donner les moyens du combat (travail, méthode) – Persévérer

Les facteurs de risque sont maintenant très bien identifiés :

- Le risque par exemple de souffrir de boulimie est multiplié par 3 s’il y a des cas d’anorexie mentale dans la famille

- Une tendance dépressive familiale (au moins deux membres touchés)

- Une anxiété, quelle qu’en soit la forme (anxiété généralisée, phobie, TOC)

Les TCA ne sont pas toujours une fatalité heureusement, Au sujet de la guérison donc, signalons qu’en cas d’Anorexie mentale : 50 % des malades guérissent sans séquelle alimentaire, ni comportementale, ni nutritionnelle, ni hormonale (règles, fécondité). Le retour à un IMC normal permet le retour des cycles menstruels et la récupération, partielle voire totale, de l’ostéoporose.

Pour la Boulimie 50 % des malades guérissent également, c’est à dire sans séquelle sur le comportement alimentaire : alimentation normale, plus de crise, plus de vomissements.

Ceci a été montré par plusieurs équipes et obtenu grâce à un traitement moderne, quoique maintenant classique : prises en charge nutritionnelle, comportementale et psychanalytique couplées.

Pour conclure cet article, j’aimerais inviter toutes les personnes qui s’interrogent sur leur comportement alimentaire à en parler à leur médecin traitant dans un premier temps. Cela pourra lever certaines angoisses ou permettre de poser un premier diagnostic. La plupart du temps vous en sortirez avec de bons conseils, des efforts à fournir (manger plus de cela, moins de ceci…) ou une adresse d’un bon diététicien / nutritionniste proche de votre domicile !

Je pense qu’il vaut mieux consulter pour un problème qui n’en est pas un plutôt que de rester seul(e) avec ses interrogations ou son comportement « étrange ».

Vous est-il arrivé de refuser une invitation à dîner parce que pour vous ça aurait été synonyme de trahison pour le super régime auquel vous vous astreignez depuis un mois ?...C’est un exemple typique qui montre qu’alors votre alimentation vous embête car la majorité des gens auraient opté pour le moment convivial entre amis, quitte à dire non cacahuètes et oui aux tomates cerises !

Le mot de la fin sera de dire que l’alimentation doit permettre à notre corps (mais aussi à notre tête) de se sentir bien, elle est nécessaire et nous avons tous un métabolisme de base qui nous est propre et qu’il convient de respecter. L’être humain est ainsi fait qu’il « sait » ce dont il a besoin et qu’en réalité si nous ne focalisons pas spécialement sur la nourriture nous sommes normalement en mesure de savoir ce qui est bon pour nous et à quel moment. Une envie de sucre à un moment précis de la journée par exemple traduit souvent une baisse du taux de sucre dans le sang et n’est donc pas forcément synonyme de « gourmandise ». Mais si on a laissé s’installer un comportement anarchique n’oublions surtout pas que dans la vie tout s’apprend (et qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre) : le comportement alimentaire aussi et c’est ce qu’on appelle « l’éducation alimentaire ».

J'espère vous avoir donné une idée plus précise d'un sujet que vous ne connaissiez peut-être pas ou que de nom.

Vous verrez j'espère qu'aussi dramatiques aient été certaines périodes de ma vie (hospitalisation de plus de un an en hôpital psychiatriques où les médecins pensaient ne pas réussir à sauver mon corps...de 27 kilos)...il y a aussi quelques anecdotes plutôt rigolotes et avec les filles qui m'aident pas mal pour l'association (malades, anciennes anorexiques) nous n'hésitons pas à y recourir pour alléger l'atmosphère ou juste parce que quel que part "nous" les personnes qui ne connaissent que trop bien ces maladies, avons finalement une certaine complicité et pouvons nous comprendre à demi mots...

Malgré nos effort de diffusion de l'information, d'actions de communication et de prévention, nous savons bien qu'au final les proches, le grand public, voir bon nombre de médecins n'auront toujours qu'une idée générale des TCA et que pour véritablement comprendre (et comprendre cet enfer "incompréhensible" si l'on tente de rester objectif) il faut "être passé(e) par là". 

D'ailleurs, est-ce un hasard si les meilleures diététiciennes ont souvent un passé d'anorexique ? ;)

 

Sabrina

Le site de l'association : SabrinaTCA92

Retrouvez SabrinaTCA92 sur FB

 


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • Inquiet 16 décembre 2013 12:57

    Globalement d’accord, mais pourquoi dire « non aux cacahuètes » et « oui aux tomates cerises » ?


    Il me semble que la démonstration qu’on est bien « guérit » d’un TCA aurait été de dire « oui aux deux », puisque un repas convivial est une « exception » et par conséquent il n’y a pas « péril en la demeure » de s’octroyer un petit écart de temps en temps.

    N’est-ce pas un aveu d’orthodoxie alimentaire pathologique ?

    Qui plus est, je suis étonné, de l’exclusion de fait DU problème numéro 1 des TCA : l’obésité (en fait l’hyperphagie, l’obésité n’étant que la conséquence).
    Car on est bien loin du coup de la problématique des TCA dans le giron quasi-exclusif de la gente féminine.

    • Sabrina Palumbo sabrina palumbo 16 décembre 2013 14:33

      Comme je l’ai dit Inquiet il ne s’agit que d’une « approche » et vous faites bien de souligner que sous le terme TCA on regroupe beaucoup de pathologies ayant pour point commun la nourriture comme « moyen d’expression ».


      Les cacahuètes ? J’ai bien utilisé l’expression « quitte à » car effectivement des écarts ponctuels ne doivent pas être source de problème.

      Merci de votre réaction à cette article.

      Sabrina 

    • alinea Alinea 16 décembre 2013 19:28

      Cherchez la mère, non ?
      Se nourrir est instinctif, mais la mère est primordiale dans l’apprentissage ; ne pas oser sa colère et se nouer l’estomac ou bien désirer devenir pur esprit... j’exagère mais c’est pour donner une idée !
      Il y a toujours la mère derrière ; alors une bonne analyse ou psychothérapie, avec une volonté infaillible de vouloir dépasser le problème..
      ce que j’en dis, c’est de voir les autres ; là, au moins, je n’ai jamais eu de problème !!


      • Jean-Luc (de Moralotop) Jean-Luc (de Moralotop) 17 décembre 2013 07:59

        Cet article en appelle d’autres.
        Même en « première approche », il sensibilise le public aux TCA, dont les exemples se multiplient, et a donc une vertu pédagogique.

        C’est en, ce sens que je le reçois et l’apprécie.
        Décidément, le vécu aide à comprendre les choses... et à agir sur elle !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès