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Accueil du site > Actualités > Santé > Urgences médicales dans la société d’aujourd’hui

Urgences médicales dans la société d’aujourd’hui

La mort d’un enfant, que ce soit par maladie ou accident, est devenue un scandale, un paradigme de l’injustice, un indice de l’imperfection de l’oeuvre humaine.

Se poser toujours cette question est sain, surtout du côté des politiques qui ont la responsabilité du fonctionnement de la société, en particulier de sa réactivité aux événements exceptionnels, à quelque échelle qu’ils se présentent.

Cette mort d’un enfant dans un service d’urgences d’un hôpital de l’Assistance Publique à Paris en est un. Elle résulte d’une erreur de flacon de perfusion, elle même aboutissement d’une erreur de rangement, selon les dernières informations, et d’un étiquetage trop banal d’un produit aux indications limitées. Une chaîne d’erreurs de très faible probabilité, mais jamais nulle.

Je ne vais pas m’attarder sur les anathèmes déversés sur la Ministre de la Santé. Ils sont systématiques et dérisoires. Passé à deux reprises par les urgences des Hôpitaux de Paris, j’estime que les imperfections dont on peut avoir à souffrir ne sont rien à côté de la pénurie et de l’impuissance que la société française a subies jusque dans les années 60, époque à laquelle une véritable doctrine de la médecine d’urgence a été élaborée et mise progressivement en oeuvre. Il est vrai aussi que cette offre de soins, rapide et coordonnée, est dépassée par son succès, qu’elle voit se déverser, par des norias d’ambulances, sans véritable tri, toutes les souffrances, mais aussi toutes les inquiétudes, qui surgissent dans une société humaine moderne. Il y a une comparaison possible avec la médecine de guerre, source de son inspiration, sauf qu’il n’y a de tri en première ligne que pour les accidents. Les autres urgences sont triées à l’accueil des Urgences hospitalières !

Un offre de soins rencontre tôt ou tard une demande. De l’autre côté, la médecine privée réduit son offre traditionnelle, pour des raisons qui ne sont pas négligeables. Elle est sur-occupée par la demande de soins normale, quotidienne, régulière, d’une société au sein de laquelle la santé a pris plus d’importance par l’effet d’une information qui rentre peu à peu dans les esprits. Le médecin est appelé à apaiser ou à prendre en charge les inquiétudes des patients. L’allongement de l’espérance de vie repose sur le traitement et la surveillance de petits dérèglements des fonctions vitales, qui, autrefois, s’aggravaient et écourtaient la vie. Deux autres facteurs, la féminisation de la profession, et l’insécurité qui n’épargne pas les médecins en visite dans les quartiers difficiles, complètent l’état de fait du retrait de la médecine libérale du secteur des urgences. Encore une cause à l’absence d’un tri de "première ligne".

Une suppléance a été créée à l’initiative de médecins d’exercice privé, le service S.O.S. Médecins, qui rassemble des généralistes et des spécialistes qui se consacrent entièrement à ce mode d’exercice professionnel. Mais comme il s’auto-finance, il ne couvre que les grandes agglomérations, et il ne peut intervenir qu’à l’appel de particuliers, à leur domicile dûment précisé. Cette organisation est en butte à la fois à l’hostilité de la corporation médicale privée, sous prétexte de concurrence, et sous le même chef, des urgentistes hospitaliers, auxquels ils ne laisseraient que les "merdes"*.

Autres rivales des urgentistes hospitaliers, les cliniques privées d’une certaine importance organisent leur propre accueil et prise en charges des urgences, fidélisant ainsi une clientèle et leurs médecins traitants.

Les autres interventions sont assurées par les sapeurs-pompiers et le SAMU, rattaché à un hôpital ou un ensemble d’hôpitaux. Un numéro unique, le 15, permet une coordination forcément imparfaite de ces différents moyens. Un déséquilibre en faveur des villes est évident et inévitable.

LA "Société" pourrait-elle faire mieux ? Y a-t-il une recette infaillible pour assurer à toute urgence médicale ou chirurgicale le top du top quantitatif et qualitatif en n’importe quel point du territoire français, à toute heure et par tous temps ? À mon avis, elle a fait déjà énormément, et son efficacité même se retourne contre elle !

Il n’y a que le confort de l’Opposition qui permet de rêver.


*La jalousie est notre symptôme préféré.


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11 réactions à cet article    


  • TSS 27 décembre 2008 16:06

    je ne jugerai pas l’affaire sur le fond !!mais ! moi même père de six enfants ,il ne m’est jamais venu à l’idée

    d’emmener un enfant aux urgences pour une angine... !!


    • Jean TITOUPLIN Jean TITOUPLIN 27 décembre 2008 16:29

      Quand aller aux urgences pour un pet de travers, coûtera plus cher que d’aller chez un médecin, les services d’urgences hospitalières travaillerons de façons efficaces, sereines et gratuites pour un coût moindre pour la communauté.

      Reste à convaincre les médecins libéraux qui se désengagent des services de garde, les trouvant astreignants et pas assez rémunérateurs.

       L’abus des urgences nuit gravement à la santé smiley


      • cathy30 cathy30 27 décembre 2008 17:08

        bonjour
        Vous faites surement référence à la mort de l’enfant de trois ans le 24 décembre, mais il ne me semble pas que les médias ont parlé des urgences, mais dans un service de pédiatrie, non ?


        • mojique mojique 27 décembre 2008 17:17

          D’après ce que j’ai entendu et lu, l’enfant n’était pas soigné aux urgences mais dans le service pédiatrie.

          Sinon, bien que ce fait divers soit regrétable, il sert une fois de plus à alimenter les média. Déjà que la mort de cet enfant soit triste, mais cettte insistance sur cet accident est représentatif du vide d’informations que les media nous donnent. Moi, je pense aussi à l’infirmière dont la vie est meurtrie.


          • Plus robert que Redford 27 décembre 2008 19:02

            Un peu bizarre que vous ayez dévié de l’erreur d’administration médicamenteuse vers le problème de la gestion des urgences médicales, mais, bon ! C’est un sujet qui mérite bien toute notre attention de citoyens...

            Encombrement des urgences, dites-vous ? Certes, et c’est là le problème, puisque, comme vous le faites valoir, la cause principale en est l’absence du tri "de première ligne" par le généraliste de base, dont ’est à mon sens une des missions essentielles.

            Pourquoi ce désengagement ??

            Simplement par conjonction de trois raisons essentielles :

            1. Diminution de l’offre de service par restriction du nombre de médecins formés depuis 15 ou 20 ans (la cause en est politique : on cherche à diminuer les côuts par restriction de l’offre)
            2. Abandon du côté sacerdotal de la profession, dans l’esprit des praticiens eux-mêmes (à l’époque des 35 heures, foin des journées à rallonge, des nuits de garde et des ouiquèndes d’asteinte !) qui considèrent, à juste titre, que l’on ne peut exiger d’eux un engagement total de leur existence, voire de celle de leurs proches, alors que le reste du corps social ne jure que de loisirs, RTT et autres douceurs compensatoires. Abandon aussi du côté sacré du médecin par les patients eux mêmes, pour qui le praticien est devenu une sorte de prestataire de service parmi d’autre, le malade un consommateur de soins. (ou de certificats d’arrêt de travail !!..)
            3. Problème 2 aggravé par la féminisation croissante de la profession ! Car, n’en déplaise aux féministes et égalitaristes de tous crins, la proportion de femmes prêtes à tout sacrifier à leur profession est nettement inférieure à celle des hommes pour qui cela constitue souvent le moteur psychologique de leur vie de travail...
            Cela dit, ne vous plaignez pas trop !

            Ici, dans la Province profonde, plus d’installation de jeunes médecins ! On jongle entre le 13 et le 18 pour s’apercevoir que la centralisation des services régulateurs dans la préfecture, à l’autre bout du département, conduit à des pertes en ligne parfois considérables, des retards d’intervention cumulés parfois dramatiques.
            Mais, Chutt !!! Tout va bien au XXIème siècle !
            Laissons mourir doucement nos campagnes...

            • Dolores 31 décembre 2008 04:45

              On abuse, certe, du service d’urgence, mais à qui la faute ?

              Jusque dans les années 1985, il y avaient des médecins de garde et dans les villes ils étaient suffisamment nombreux pour que les gardes ne soit pas trop fréquentes. Ils étaient faciles à contacter et c’est eux qui décidaient de l’urgence.

              Evidemment dans les villages et à la campagne,le médecin ne se déplaçait que lorsqu’il était convaincu de l’urgence.

              La conscience morale de la société a changé et le médecin de ville se considère plus comme un commerçant vendant des soins que comme un homme exerçant un métier humainement plus exigeant.

              Aujourdhui, plus de médecin de garde. Alors on appelle le 15 qui décide soit de vous envoyer un médecin, soit d’envoyer une ambulance qui vous conduit aux urgence.
              Un grand nombre de gens inquiets se rendent directement aux urgences pour perdre, leur semble-t-il, moins de temps. Sauf qu’ils attendrons souvent plus longtemps que si on leur avait envoyé un médecin !

              A mon avis, rétablir les gardes de médecins éviterait les afflux importants dans ces services : après tout le choix de ce métier n’est pas anodin et il implique moralement un certain dévouement aux patients.

              Je ne suis pas passéiste, mais force est de constater que "moderniser" a plus désorganisé qu’amélioré les choses !




            • Halman Halman 27 décembre 2008 19:29

              Un problème la féminisation ?

              Sur 5000 agents dans mon hôpital, 500 hommes.

              Il y a encore 15 ans, un homme qui débarquait à l’école d’infirmière pour faire infirmier ou aide soignant cela surprennait aussi bien le personnel que les patients.

              C’est plutot la masculinisation en milieu hospitalier qui n’est pas encore totalement entré dans les moeurs.


              • Halman Halman 27 décembre 2008 19:44

                En tous cas avec les 35 heures qui diminuent le nombre de personnels présents, le non remplacement de la moitié des gens qui partent à la retraite, le budget des intérimaires diminué d’année en année, le sous effectif et le stress sont tels que de telles erreurs, on doit au grand proffessionnalisme des soignants pour que cela n’arrive pas plus souvent.

                Les marquages des poches de perfusions et de médicaments sont si peu différenciables que la moindre faute d’inatention par fatigue ou par surcharge de travail est beaucoup trop facile.

                C’est à tel point que plusieurs fois par semaine quelqu’un doit se coller à faire le tri dans la pharmacie pour faire le tri dans les poches de G5 de différents volumes et autres médicaments.

                L’idéal serait de pouvoir les différencier du premier coup d’oeil, mais au contraire, il faut lire en détail un affichage pas vraiment clair.


                • JL JL 28 décembre 2008 09:48

                  ""En tous cas avec les 35 heures qui diminuent le nombre de personnels présents""  smiley

                  Les 35 heures avaient pour principe et en contrepartie, l’embache d’effectifs supplémentaires. Bien entendu, les employeurs, y compris l’Etat ont exigé des salariés des rendements plus élevés et en même temps ont gelé les salaires.


                • JONAS Virgule 27 décembre 2008 22:35

                  Pour ceux qui s’offusquent du battage médiatique, vous oubliez que ce n’est pas le fils de Duplouc qui est DCD, mais celui d’un Français d’origine privilégié ! La Ministre doit démissionner.


                  • Bof 29 décembre 2008 11:09

                    Il ne semble rien manquer dans votre très bel article. Il permet de dire que selon la Loi de cause à effet rappelée ici même dans AgoraVox , nous méritons ce que nous obtenons puisque ce n’est que la conséquence de nos actes passés et de nos pensées passées. C’est en ce moment même que nous créons notre futur .

                     Dans mon village, j’entendais souvent ’ quand on veut , on peut’ et cela s’ en rapproche pas mal.

                    Comment faire dans nos institution avec tant de planqués dans les administrations et personne dans le travail effectif. La Chine a pendant deux ans mis ses cadres dans les champs devant un tas de ..disons plutôt un tas d’engrais humain et un long sillon . Les cadres sous l’ordre des paysans et balayeurs du coin devaient mélanger à la terre cet engrais pour le plus grand bien de la nourriture des gens du pays. La leçon y a été retenue me semble -t-il ! Pourquoi ne pas exiger de tous ces hyper super salaires de venir aider les pauvres filles de salle à nettoyer les malades pendant les week end ? ... ????? Ils ont déjà des petites semaines et de très grandes vacances si je compare au reste du monde et notre pays est loin d’être au dessus du monde quant à sa situation financière ! Alors, pour rattraper la non administration et faire avec les moyens du bord...on mettrait la retraite à 75 ans et 10 jours de vacances ...les urgences pourraient de nouveau souffler un peu et l’esprit du travail reviendrait enfin. Ainsi fut fait en son temps en Chine mais de façon beaucoup plus draconienne.

                    Les inutiles papiers attendront encore longtemps. J’ écris inutile car lorsqu’on vérifie les suites de ces papiers dans les faits...cela laisse songeur.

                     Pour résumer, ne laissons dans notre petit et très pauvre pays que notre Europe pour les grandes décisions, notre Président de la République et son staff, un préfet pour les Régions , les communautés de commune et les comités des fêtes pour les quartiers et les villages avec comme rôle les relations entre les citoyens eux mêmes. A quoi sert le reste ??? il n’y a plus de fortune à gérer ! Nous avons perdu nos premières place Mondiales comme en Pharmacie où nous avions le premier Laboratroire au monde en fabrication et en invention de médicaments en 1981 Alors, pourquoi tous ces organismes qui servent à gérer ??? Pourquoi ces ministères, conseils Généraux, mairies, Cantons... ? Alors, que le travail effectif en France surabonde dans tous les domaines et qu’il n’y a plus personne pour le faire !

                     

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