Suite à la signature d’un texte de soutien à la loi Hadopi par 31 cinéastes, voici le contre-appel des cinéastes du "cinéma libre" qui dénoncent une loi liberticide et anachronique.
Jean-Paul Salomé, Alain Corneau, Costa-Gavras, Jeanne Labrune, Jean Marboeuf, Christian Carion, Jean-Jacques Annaud, Bertrand Van Effenterre, Bertrand Tavernier, Dante Desarthe, Patrick Braoudé, Pierre Jolivet, Rachid Bouchareb, Michel Deville, Gérard Krawczyk, Jacques Fansten, Christian Vincent, Pierre Salvadori, Michel Andrieu, Véra Belmont, Bertrand Blier, Claude Lelouch, Patrick Bouchitey, Catherine Breillat, Pascal Thomas, Paul Boujenah, Jean-Loup Hubert, Gérard Jugnot, Philippe Lioret, Radu Mihaileanu, Jean-Jacques Beineix...
31 cinéastes soutiennent la loi Hadopi (dite "Création et Internet") en vertu d’un argumentaire bien prétentieux et si peu fondé : mais savent-ils vraiment ce qu’ils cautionnent au travers de cette loi ?
Olivier Henrard, conseiller juridique au ministère de la culture, a déclaré que "L’idée est de provoquer un choc dans les mentalités, pour que ça rentre tranquillement dans l’ordre d’ici quelques années.". Et quel choc faudrait-il au cabinet de Mme Albanel pour sortir de l’anachronisme ?
Par indulgence nous voulions éviter de souligner que l’âge moyen des cinéastes signataires est de soixante ans ; c’est pas vraiment la nouvelle génération qui s’exprime...
Beaucoup de ces cinéastes ont réalisé de si beaux films pour signer aujourd’hui une loi si malsaine ; quelle triste dégringolade...
Force est de constater que la loi leur a été mal expliquée car leur texte est mensonger à tout point de vue. Reprenons :
la loi Hadopi se révèlera aussi inefficace que la loi DaDvsi en 2006, elle va simplement contraindre les réseaux d’échanges de fichiers à crypter leurs échanges, le réseau Freenet en est déjà une parfaite illustration. Il n’est donc pas mensonger de dénoncer qu’aucun enseignement n’a été tiré de la loi DaDvsi.
une loi qui instaure un système de surveillance généralisé du web est une loi liberticide. Merci de ne pas tenter de nous faire croire le contraire.
les messages d’avertissement et la suspension de l’abonnement internet ne se substituent pas à la peine de prison, ils s’y ajoutent !
il est hypocrite de dire qu’il n’y a pas de Majors en France, à moins que l’on considère Europa Corp comme du cinéma indépendant.. Il n’y a que les têtes d’affiches pour signer de pareils textes puisqu’évidemment ce sont leurs intérêts qui sont en jeu. La loi Hadopi ne défend évidemment pas les intérêts du plus grand nombre, et le simple fait qu’elle aille à l’encontre de la libre circulation des œuvres montre que l’argument de la "diversité culturelle" est une bien pâle excuse...
à en croire les 31 signataires, notre pays aurait toujours "dynamis[é] notre création" en "adaptant notamment le financement de la création et la rémunération des auteurs aux évolutions technologiques".. ça, c’est une surprise ! Non seulement la loi DADVSI de 2006 n’apportait aucune proposition à ce niveau là, et ni le rapport Olivennes, ni la dernière écriture la loi Hadopi n’apportent une miette de solution : rien ! Répression, répression, répression...
"nous sommes frappés par le mutisme de ceux qui,[..], ont ressorti le modèle de la licence globale pour la musique mais qui, en revanche, n’ont aucune proposition concrète et alternative au financement actuel des films et à la rémunération des cinéastes." C’est là qu’il convient de s’intéresser aux alternatives qui existent, de nombreux acteurs travaillent sur de nouveaux modèles sociaux et économiques permettant d’imaginer une juste rétribution des artistes en accord avec l’état actuel de la société. Parmi ces initiatives se place notamment le mouvement des artistes qui ont fait le choix des licences de diffusion ouverte, Licences Art libre et Creative Commons, licences qui créent un cadre fiable et légal pour la circulation des œuvres numériques sur le réseau. Cela concerne les musiciens, écrivains, graphistes, et aussi les cinéastes représentés pour le moment par Ralamax Prod, notre société de production. N’en déplaisent à certains qui par frilosité n’osent encore y croire, nous voulons faire savoir qu’il existe un cinéma qui fonde son existence sur la libre circulation des œuvres et qui se nomme précisément "cinéma libre".
Notre avis sur la question est définitif :
nos 31 cinéastes doivent s’attendre à être traités en ennemi dès lors qu’ils partent en guerre contre leur public.
les défenseurs de la loi Hadopi mènent un combat perdu d’avance car il est illusoire, anachronique et déconnecté de la réalité.
ils s’attachent au vieux modèle économique car il n’ont ni le recul suffisant ni la présence d’esprit d’en inventer un autre.
la chronologie des médias n’est pas à "réformer" mais doit tout naturellement être supprimée.
le cinéma n’est pas mort, mais il est en danger. C’est le système de répartition actuel, son agressivité capitalistique qui lui fait préjudice. Il ne sait pas s’adapter aux pratiques de son public : s’il ne le fait pas rapidement, c’est la société qui le fera pour lui.
nous avons développé un ensemble de propositions pour adapter le modèle économique du cinéma à notre époque. Nous avons exposé ce modèle dans plusieurs conférences et nous l’exposerons à nouveau lors de l’évènement "Paris Capitale du Libre" les 24 et 25 septembre prochains.
Pour résumer, voici des pistes de réflexion :
le cinéma en salles n’est pas mort, loin de là. Malgré un prix d’entrée exorbitant la fréquentation des salles est en nette augmentation. Il est donc absolument mensonger de dire que le téléchargement nuit à la fréquentation des salles, il ne s’agit tout simplement pas de la même démarche : sortir voir un film reste un "acte social", télécharger (légalement ou non) un film n’offrira jamais la même qualité (pas même avec un équipement "home cinema" qui, vu les prix, est encore loin d’être démocratique). Et il y a de nombreux exemples de films dont la mise à disposition (illégale) sur internet a participé sensiblement à leur promotion et sans quoi leur sortie en salles aurait été un échec cuisant, à tel point que certains réalisateurs ont remercié eux-mêmes les "pirates". Le téléchargement doit être utilisé comme une force pour les artistes.
la vente de DVD en grande distribution n’a plus de sens : il faut privilégier la libre distribution sur Internet et la vente de produits dérivés en édition limité : DVD collector dédicacé par l’artiste, etc... C’est un modèle qui a été expérimenté avec succès dans la musique par le groupe Nine Inch Nails (1,6 milliards de dollars de recettes en une semaine). Nous pouvons concevoir qu’il n’est pas facile pour ces 31 cinéastes et leurs industriels associés d’abandonner l’idée de fabriquer des DVD en grande distribution et de se faire 90% de marges mais c’est la seule option s’ils veulent s’adapter.
rien ne permet d’affirmer que les performances passés de l’industrie du cinéma sont la garantie d’un futur succès, le modèle économique que nous proposons aujourd’hui pour le cinéma libre mérite certainement d’être précisé mais il sera meilleur que l’ancien, et les sceptiques doivent savoir qu’il sera trop tard pour eux s’il ne s’engagent pas maintenant dans la renaissance du cinéma.
par ailleurs il est intéressant de savoir que le cinéma libre propose en libre accès des films que l’industrie du cinéma n’est plus capable de mettre à disposition à force de vouloir entretenir la rareté : c’est le cas notamment du documentaire A Story of Healing, oscarisé en 1997, que nous avons traduit en français et distribué gratuitement sous licence Creative Commons avec l’accord de l’organisation Interplast qui l’a produit.
il faut impliquer d’avantage les internautes dans les processus de création et de production, c’est l’expérience que nous menons avec le projet Varsovie-Express, et avec l’aide de notre communauté nous saurons en faire la démonstration par l’exemple.
Nous avons présenté le cinéma libre pour répondre à des cinéastes, mais l’art libre touche tous les domaines : musique, littérature, graphisme, et les initiatives sont nombreuses : Dogmazic, InLibroveritas, Boxson, Webcomics...
Nous attirons l’attention des 31 cinéastes sur les conséquences de leur soutien à une pareille loi, et souhaitons que les parlementaires puissent avoir un débat en profondeur qui ne soit pas débordé par quelques cinéastes qui prennent la culture en otage et des industriels qui ne reculent désormais devant rien pour imposer leur hégémonie.
Les 31 cinéastes ont signé un texte très regrettable, nous avons aimé beaucoup de leurs films, quelle déception...

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