Parfois, une catégorie de la population devient le symbole de quelque mauvais comportement, bien que celui-ci soit l’apanage d’une part bien plus large de citoyens. C’est le cas des propriétaires de véhicules type 4×4 qui, à eux seuls, sont visés par une large variété de critiques allant de la conduite dangereuse au non-respect de l’environnement, alors que ces tendances se retrouvent manifestement chez de nombreux automobilistes, indistinctement du modèle qu’ils conduisent. Mesdames, Messieurs, en voiture pour un petit tour d’horizon plutôt sociologique que technique de ce qui est justifié dans la mauvaise réputation des 4×4, comme de ce qui ne l’est pas.
Ce que l’on voit en premier lieu d’un iceberg, c’est sa partie émergée bien que ce ne soit pas la plus massive. Par analogie, les propriétaires de 4×4 n’ont pour le moins pas opté pour la discrétion, surtout quand ils déambulent en ville toute carrosserie dehors. Ce ne sont pas les proportions américaines de certains modèles, comme le Hummer H2, qui vont les faire passer inaperçus. Alors, quand un conducteur force le passage aux autres, refuse la politesse aux piétons, se gare comme un goujat, cela se remarque d’autant plus que le véhicule fautif exhibe un volume éléphantesque. Il est vrai que lorsque vous vous retrouvez à pied avec votre poussette nez à nez avec le « monstre » dans une ruelle maigrelette et que celui-ci ne daigne pas vous considérer, d’abord vous rapetissez, puis l’instant d’après, votre opinion est faite. Pourtant, prétendre que la conduite d’un 4×4 sied aux mauvais comportements demeure subjectif car il faut avoir l’honnêteté de rappeler qu’une proportion généreuse de conducteurs s’adonne à la muflerie et à l’incivisme routier, parfois dangereusement, quel que soit le type de véhicule. Vous pouvez avoir l’impression qualitative que les conducteurs de 4×4 s’assoient encore plus ostensiblement que les autres sur les règles en imposant leur gabarit, leur masse et leurs mensurations, cela reste subjectif. Une étude publiée dans New Scientist a même tenté de quantifier la mauvaise conduite des 4×4 en Nouvelle-Zélande [1], mais ce n’est pas la démonstration irréfutable attendue bien que la presse française ait relayé et résumé abruptement ces travaux par des titres du type : « Les conducteurs de 4×4 plus dangereux » [2].
Cependant, ce qui est réel, c’est que la multiplication des 4×4 dont la devise semble être « à mastodonte, deux brontosaures », ne facilite pas la circulation en ville, aggrave les problèmes de stationnement dans la rue et n’évoque pas la modération automobile dont on nous dit (presque) partout qu’elle est souhaitable, voire nécessaire. C’est donc à ce titre que les propriétaires de 4×4 représentent l’archétype de l’Occidental individualiste qui persiste avec ostentation dans une voie excessivement matérialiste de plus en plus contestée et intenable. Cela ne veut pas dire qu’avec ma petite voiture, je ne roule pas dans les mêmes traces. Mea culpa avec néanmoins une légère circonstance atténuante : les miennes sont moins larges.
Dans quel état d’esprit se décide-t-on à acheter un véhicule 4×4 ? Un chasseur va sans doute rechercher un modèle capable non seulement d’épater sa société, mais aussi d’arpenter les chemins de bois, possiblement boueux et escarpés. Mais pour la ville, est-ce la hauteur des trottoirs qui peut motiver un tel achat ? Je soupçonne d’une part un désir consumériste plus que pratique, un peu exhibitionniste, d’avoir une voiture plus grosse que celle de son voisin - à défaut d’autre chose ? -, et d’autre part, le souhait d’acheter sa sécurité par une muraille de tôle ambulante au détriment d’un effort de prudence. En effet, imaginez-vous le résultat d’un choc frontal à 50 km/h d’un Hummer H2 et d’une Cinquecento [4] ? Bien sûr, on peut légitimement ressentir parfois l’envie de se protéger des autres, notamment des quelques fous qui sillonnent les routes. Toutefois cette démarche tend vers une logique tendancieuse où chacun se défie et s’isole de ses concitoyens, proportionnellement à ses moyens, au détriment d’une responsabilisation collective des uns envers les autres, plutôt que contre. Cela aboutit à une escalade - ira-t-on jusqu’au bulldozer ? - et même à une course pour posséder la voiture qui générera plus de dégâts qu’elle n’en n’encaissera. Qui dit concurrence dit marché certainement très rentable pour certains. Sinon, quelle est l’utilité d’un pare-buffle en centre-ville ? Quel est l’intérêt d’avoir le volume d’un mini-bus pour déposer un bébé à la crèche ? Quel est l’avantage d’être si surélevé qu’il faut un escalier pour accéder au siège ? A quoi sert un engin qui grimpe des pentes à 70° et qui ne bronche pas dans un mètre de boue pour accéder au centre commercial ? Tout cela semble grotesque et même nuisible dans un centre-ville.
En conclusion, les propriétaires de 4×4 s’attirent une certaine antipathie qui est en fait, à leur décharge, dirigée vers la civilisation du pétrole dans son ensemble. Ils pâtissent du revers de la médaille du gigantisme parfois exagéré de leurs engins. Néanmoins, à une époque qui devrait se préparer à buter sur les limites de l’individualisme, de la consommation, du saccage de l’environnement et des ressources naturelles, ces conducteurs sont en première ligne pour symboliser comme un refus ostensible et provocateur de la société occidentale de se remettre en cause. Si la vente des 4×4 demeure discutable pour des applications forestières, quels arguments peut-on avancer pour ne pas les bannir en premier lieu des centres-villes, en espérant bien sûr que le drapeau noir s’applique à la plupart des autres voitures individuelles à terme ? Qui s’oppose à des villes moins polluées, moins bruyantes, plus favorables aux piétons, aux cyclistes, aux rollers, aux transports en commun ? Par ailleurs, ce qui ne sera pas régulé pas le civisme, l’humilité et la raison le sera de toutes façons par la nécessité énergétique, environnementale ou démographique, devant laquelle les luxes individuels, 4 roues motrices ou non, patineront et caleront. Et si on levait le pied de nous-mêmes avant le tournant de notre civilisation ?
[1] New Scientist du 6 Janvier 2007, article « SUV owners need a hand to drive better »
[2] Un exemple sur http://rtl.fr/info/dossiers/voiture...
[4] Un hummer h2 à 49,9 km/h ?

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Faites comme moi, taguez, crever les pneus, faites des rayures puisque ces cons se foutent de (...)
10/03 20:16 - titiBonjour, A monsieur Cyclopède : Le panneau lui meme oui, mais ne faut t’il pas aussi (...)
09/03 10:44 -"ceux qui en font vraiment , type raids en Afrique ou ailleurs ou balade en France , les (...)
07/03 11:32 -agissez ;en vous en prenant aux gros pollueurs , petite question , fumez vous , quel metier (...)
06/03 12:00 - bertrand 59il existe plusieurs catégories de gens qui roulent en 4X4 , ceux qui en ont pour faire bien et (...)
06/03 11:41 - bertrand 59l intolérance tu crois que ça c est pas un peu nase aussi , vous visez une catégorie , cela s (...)
06/03 11:17 - bertrand 59
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