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A l’ère technumérique, le monde avance dans l’inconnu

JPEG Les nouvelles technologies et les crises diverses laissent perplexe nombre de penseurs ainsi qu’une majorité de citoyens jaugeant les choses avec une courte vue. Les intellectuels habilités à donner leur avis divergent mais la plupart s’accordent sur le fait que nos sociétés « vivent » des mutations importantes. C’est l’occasion de méditer sur une très longue aventure, celle de l’homme sur terre.

C’était il y a 200 000 ans, l’homme de Neandertal occupait les grottes et connaissait le feu. A cette époque, il y avait selon les paléontologues plusieurs espèces d’humains, au même titre que les singes se répartissent en dizaines d’espèces. Les espèces d’humains se sont succédées et parfois rencontré. Avec peut-être des conflits et des massacres. L’homo sapiens est l’unique espèce ayant survécu.

Il y a 10 à 20 mille ans, les humains ont entamé la révolution néolithique en se sédentarisant. Avec le développement de l’agriculture et de l’élevage. Ce mode de vie a été pratiqué localement et il est certain que nombre de congénères humain ont préféré rester au stade des chasseurs et cueilleurs.

Il y a 3 à 4 mille ans, le développement de l’écriture a changé le cours de certaines sociétés, celles que l’ont connaît pour avoir laissé des vestiges et autres traces. De Sumer aux Maya sans oublier la Chine ancienne et l’Inde védique ou encore l’Egypte. Certaines de ces civilisations ont disparu sans que l’on ne sache les causes exactes ou complètes. D’autres se sont transformées. Autour du 4ème siècle avant notre ère, une période axiale (Jasper) a vu se déployer des pensées religieuses et philosophiques avec la préoccupation de hommes pour le cosmos, son origine, sa fin et la participation d’un ordre suprahumain, un ou des dieux. Des civilisations et des empires se sont déployés, Perse, Chine, Inde, Grèce, Rome, peuples gaulois, celtes…

Il y a 4 à 5 siècles, une transformation radicale s’est produite mais en concernant qu’une seule civilisation, celle de l’Occident européen et chrétien. Cette brusque transformation a été définie comme modernité. Elle a été préparée à la fin du Moyen Age, s’est dessinée avec l’humanisme de la Renaissance puis la science et la philosophie modernes au 17ème siècle. Rien n’est resté figé. Le développement technique a été régulier, sans aucune pause.

Il y a 3 à 4 décennies, on a vu dans les sociétés occidentales démocratiques des changements dont on n’a pas encore mesuré la portée. Cette mutation a été diversement analysée. Avec les machines puis technique comme enjeu selon Ellul. Ainsi que la post-modernité, notion équivoque en vogue à une certaine époque. Une étude pas très connue de Frochaux décrit l’avènement de l’homme seul en situant ce processus comme une rupture avec l’histoire commencée au néolithique. Frochaux n’a pas connu l’ère des réseaux sociaux. Il y aurait certainement décelé une étape supplémentaire dans l’époque de l’homme seul. Avec des ambivalences.


Ces choses dites, quelques remarques sur le cours des sociétés. Si les inventions scientifiques, techniques et les innovations culturelles, politiques, sont datées, les époques de l’histoire ne sont pas aussi scindées et le cours du monde se dessine comme un fondu enchaîné. Certains individus ou classes ou groupes rejoignent le camp du changement et d’autres résistent. C’est une question de décisions mais aussi de moyens. Au début du 20ème siècle, des millions de paysans vivaient comme aux siècles précédents. Le cours des sociétés est divers, avec des tendances et crises plurielles. Un autre ressort est déterminant, c’est la démographie et le phénomène générationnel très présent à notre époque. Nous voyons de grands changements s’opérer avec les réseaux sociaux et les technologies du numérique mais nous ne savons pas ce que sera la société lorsqu’elle sera constituée d’une population dont la majorité a été bercée depuis l’enfance par les écrans plats et le foisonnement de communications.

A-t-on vraiment mesuré l’impact des communications, avec l’analyse des moyens, des informations diffusées, des contenus et l’impact sur les personnes ? Les communications ont diverses finalités. Les langues permettent aux hommes de se comprendre et de mener des actions collectives de grande envergure. Les techniques modernes de communication ont renforcé les capacités d’action collective, y compris dans le secteur de la guerre. Mais le plus important reste la structuration de la personne en fonction des informations qu’elle capte, assimile et ordonne grâce aux processus de la pensée et de la cognition. Le monde des images et de la langue est un milieu culturel dans lequel baigne le psychisme qui s’en nourrit. Les techniques contemporaines conditionnent le temps passé par les personnes sur leurs outils de communication ainsi que le type d’information et le contenu échangé. Le « numérique » amplifie les communications et se superpose aux échanges sociaux « ordinaires », ceux qui se déroulent entre société, avec des gens incarnés et des contacts physiques, la vue, l’ouie, parfois le toucher et surtout les échanges verbaux. Nul besoin d’être sorti de l’X pour comprendre que ces outils numériques influencent la vie des gens qui en usent et souvent abusent.

Il fut un temps où l’on « prenait » le téléphone et où on envoyait un télégramme en cas de communication urgente, faute de disposer d’un téléphone. En ce début du 21ème siècle, nombre d’individus se sentent en situation d’urgence. Ils n’envoient pas des télégrammes mais des tweets. La communication est d’une facilité déconcertante. On mesure l’impact de la technologique en considérant l’inversion par laquelle c’est le fait de pouvoir tweeter qui place la personne dans l’urgence. A tout moment, elle se demande si une pensée lui traversant l’esprit ou un événement doit être lancé sur le réseau. Ou alors si un événement de sa vie doit être communiqué à un proche. Une fois, entre deux parties de carte, une dame à reçu un message d’une connaissance lui signalant qu’elle allait prendre le train pour rejoindre sa fille dans une heure. Sans doute, l’auteure du message devait s’ennuyer en attendant le train. D’où le grand renversement. Les gens ne prennent plus le téléphone, ils sont pris par le téléphone et les réseaux sociaux. Du moins un grand nombre car certains n’ont pas accès à toutes les possibilités et d’autres s’appliquent à résister et refuser des usages qu’on peut juger aliénants à certains égards.

L’ère technumérique a commencé et nul ne sait où elle conduit. La plupart des analystes sont déconcertés. D’étranges phénomènes populistes se dessinent en politique. Ils ont un rapport avec le déferlement intempestif des communications. L’information est l’enjeu du 21ème siècle. Ces quelques notes ont suscités des questions mais n’apportent aucune réponse. Si ce n’est la thèse d’un univers des communications qui génère une population de nouveaux paysans arriérés, les héritiers des crétins des Alpes. L’ère des machines a engendré le progrès matériels mais aussi le nazisme. Demandons-nous quel progrès permet le technumérique et quel nouveau nazisme nous menace !


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5 réactions à cet article    


  • Jean-Yves TROTARD Jean-Yves TROTARD 31 mai 13:03

                   Ce ne sont pas des paysans arriérés : ce sont des cadres , des salariés pauvres qui se prennent pour des propriétaires...


    • L'enfoiré L’enfoiré 31 mai 14:49

      La sédentarisation a tout changé. 

      Absolument.
      Elle a entraîné la possession des choses puisqu’on restait sur place.
      Les Indiens d’Amériques ne possédaient aucune terre et se sont fait avoir en vendant New York aux nouveaux arrivants en dessous de sa « valeur ». Encore un mot qu’elle a entrainé..
      Pour un cow-boy, celui qui volait les chevaux, était pendu.
      Au sujet de l’écriture, il suffit d’aller le bon article du dernier S&V.
      Au sujet du Cosmos, j’ai repris dans mon dernier billetn, une vidéo de Carl Sagan qui m’a fait rêver mais que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
      Rien n’est jamais figé mais il y a seulement du passé qui subsistent dans l’évolution.
      On parlait des TICs, la troisième lettre « C » a tout changé.
      Avant le Web, les gens se demandaient ce qu’ils allaient pouvoir avec leur bécane ?
      L’ère numérique a été la rupture.Initialisée par le libéralisme, elle suit un autre mouvement : l’écologie qui veut être efficace et produire au moindre coût, c’est à dire en minimisant l’impact sur l’environnement.

      • astus astus 31 mai 15:16

        Bonjour Bernard,

        « L’information est l’enjeu du 21ème siècle. »

        Si ce constat est vrai, ce que je crois, il conduit nécessairement à la recherche de maitrise de celle-ci pour le meilleur et le pire d’un homo pas toujours sapiens…

        Ce contrôle de l’information, déjà très présent, est contemporain des premiers empires parce les croyances de toutes natures qui ont conduit très largement le monde jusqu’aujourd’hui reposent sur une information diffusée (mais parfois subie) auprès d’un nombre suffisant de meneurs charismatiques (qui sont un peu les chamans des temps anciens.)

        Alors on peut supposer qu’il y aura d’un côté un développement très large du savoir (réel ou supposé), l’échange planétaire de connaissances, une certaine universalisation des valeurs, ou la recherche de solutions communes face à des problèmes globaux (pollution, surpopulation, santé etc.)

        Et de l’autre le développement de rumeurs, déjà si présentes, avec une utilisation statistique des big data à des fins de pouvoir induisant des normes toujours plus restrictives, voire l’apparition probable de nouvelles croyances potentiellement totalitaires dont l’homo demens a le secret.

        Amicalement.


        • Jean Keim Jean Keim 1er juin 07:59

          @astus
          Un autre double mouvement est également envisageable :

          1- Un mouvement « technologique » extérieur qui serait La recherche pragmatique ou ludique du savoir quelles qu’en soient les motivations réelles conscientes ou inconscientes.
          2- Un mouvement « spiritualiste » intérieur qui serait la recherche de valeurs fondamentales, libre et donc indépendant d’un contexte particulier.
          Les deux mouvements ne sont pas incompatibles mais le piège est que le 1er fassent de nous des êtres artificiels.

        • Jean Keim Jean Keim 31 mai 18:15

          Votre article et d’autres montrent une accélération du temps événementiel, les mayas avaient développé tout un ensemble de connaissances sur des cycles temporels allant dans ce sens : 

          Cela a peut être un rapport avec l’expension de l’univers ? 
          Dans la version des évangiles traduites par Claude Tresmontant, il est question d’un temps actuel (celui de l’époque de Jésus et du notre probablement ?) et de celui d’un temps à venir dans lequel nous sommes peut-être en train de rentrer.

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