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Accueil du site > Actualités > Société > A mort le facteur Cheval !

A mort le facteur Cheval !

Une petite histoire sans prétention mais qui amène des réflexions profondes sur l’évolution de notre société … et de la juste limite entre la préservation des libertés individuelles et la réduction des libertés de l’individu.

Mes parents ont acquis il y a un peu plus d’une dizaine d’années une maison ancienne sur un terrain d’une petite commune en bord de mer en Bretagne. En dix ans, les deux terrains qui bordaient la maison de part et d’autre ont été acquis par des promoteurs de la région qui y ont bâti de grandes résidences modernes, soit disant dans le respect du style local. Je passe rapidement sur le fait que profitant de leurs probables accointances avec la mairie, et du rapport de force dont ils bénéficient, ils ont pris certaines libertés au mépris des droits de la construction (distances et hauteurs non respectées). Mes parents n’ont évidemment pas les moyens de se lancer dans un procès long et coûteux … la loi du plus fort (et du plus riche) est toujours la meilleure.

Récemment, mes parents ont souhaité installé dans leur jardin, entre quelques sapins, un petit abri sommaire qui servirait de cabane pour leurs petites filles, leur permettant de jouer, comme tout enfant en a toujours rêvé, aux grandes personnes et d’avoir un lieu qui leur permettrait, les jours de pluie (ça arrive même en Bretagne !), de s’amuser en se créant leur petit univers imaginaire.

Nous avons appris à cette occasion qu’il fallait déposer un dossier à la mairie pour obtenir une autorisation. Le dossier comprend une dizaine de pièces justificatives, plans côtés, en coupe, en long, en large et en travers, photos et autres preuves permettant d’apprécier l’insertion du projet dans son environnement … tout cela pour une cabane en bois !! Je n’ose pas imaginer recevoir une réponse négative car le projet déposé dans les formes à la mairie semble avoir été accueilli favorablement.

Cependant, au-delà de l’énergie inutile dépensée (je suppose que des employés sont payés pour étudier, apprécier et valider le dossier) en regard de la futilité du projet (une cabane en bois pour enfants … ), au-delà de l’absurdité de la démarche alors que d’autre part, des promoteurs peuvent faire (pratiquement) tout ce qu’ils veulent, ne sommes-nous pas allés un peu loin dans la soi-disant préservation des libertés individuelles au nom de la démocratie ? Ne sommes-nous pas en train de concevoir au contraire un système tellement lourd, procédurier, « soviétique » et bientôt kafkaïen, qu’il ne profitera finalement qu’aux seuls puissants et riches qui auront les moyens (toujours sous des objectifs de rentabilité) de passer une à une les barrières administratives.

Certes, je comprends le bien fondé de ces « protections » mises en place pour éviter les dérives ou autres indélicatesses, comportements antisociaux, voire malfaisants, mais n’est-il pas légitime de se demander quelles en sont les limites ? Je comprends l’idée d’encadrer les dérives mais n’est-ce pas un aveu d’échec ? N’y a-t-il pas un juste équilibre à trouver entre « encadrement » et « répression » ? Comme si les lois ne devaient être conçues que pour les 5% de la société qui cherchent à les bafouer. Ne vaut-il pas mieux préserver un espace de liberté le plus large possible pour 95% de la société et au contraire sanctionner plus lourdement les écarts ? J’imagine volontiers que cette déclaration que certains ne manqueront pas de taxer de réactionnaire (comme si c’était un mot grossier), en effrayera plus d’un, mais qui n’a pas la nostalgie de l’époque où on pouvait construire sa cabane au fond du jardin, et peut-être même en faire une chanson, sans avoir à se justifier ?

Et je pense avec une certaine ironie à notre bon facteur Cheval, qui, comme un enfant a créé chez lui, l’espace de son imaginaire. Je l’imagine se rendant à la mairie de Hauterives pour défendre un projet sans plan ni autre idée que celle de se laisser porté par sa créativité.

Et je dis : « A mort le facteur Cheval et tous ces extrémistes de la marginalité et de l’originalité ! A mort tous ceux qui se croient chez eux alors qu’ils sont chez eux ! Vive la démocratie, vive l’altération des libertés des faibles et longue vie à ceux qui ont les moyens ou les appuis nécessaires (souvent les deux) pour continuer à avancer dans cette société ou chaque pas nécessite une telle énergie que l’effort n’est justifié que par le profit et la rentabilité ! »

Certains penseront que je vais trop loin ou que j’exagère ... je ne pense pas, je ne fais que grossir le trait. Quant on voir le chemin parcouru en cent ans, ne peut-on craindre le pire pour l’avenir ? Et si j’exagère (à peine ?), n’est-ce pas pour annoncer ce qui nous attend ?

Anecdote sans importance ? Peut-être que ce n’est effectivement pas la mort du petit cheval, mais au moins un signe annonciateur …


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14 réactions à cet article    


    • sinique sinique 4 janvier 2012 10:06

      Vous dites que vous forcez le trait ?!! Je trouve que vous réussissez à garder une plume calme et tout à fait collée à la réalité ! Bravo , votre article est l’arbre qui cache la forêt de tracas administratifs que nous subissons de plus en plus au quotidien . 


      • ddacoudre ddacoudre 4 janvier 2012 10:22

        bonjour railletonne

        effectivement en dehors du respect d’autrui et d’une nécessaire organisation de l’habitat,la créativité n’est guère de mise pour le particulier.
        ton article soulève un problème bien plus profond qui est celui du désir de déterminisme qui évacue l’incertitude, et devient « criminogène » car la vie est aléatoire et l’incertitude est la seule terre à conquérir. jesuis entrain d’écrire un article sur ce sujet difficilement perceptible.
        ddacoudre.over-blog.com
        cordialement.


        • kitamissa kitamissa 4 janvier 2012 10:41

          Ah mais c’est un constat parmi tant d’autres, plus on avance dans le XXI ème siècle, plus le monde administratif devient con .


          l’exemple de cette cabane en est un parmi tant d’autres,

          nous évoquerons également la situation ubuesque des panneaux de limitation de vitesse , tantôt à 30 puis soudain à 90 et passant à 60 quelques hectomètres plus loin sans en comprendre l’efficacité réelle, si ce n’est qu’elle fait les choux gras du radar de la police en embuscade !

          un exemple personnel en 2008, j’avais décidé de faire mensualiser mes impôts, j’ai donc fait le nécessaire,et la somme due a donc été prélevée,

          et surprise quelques jours suivants, un avis menaçant me demandait de m’acquitter du solde total de mes impôts, je me suis donc rendu aux bureaux du Trésor Public, le receveur n’a rien voulu savoir, j’ai donc refait un chèque de la totalité du solde qui a été débitée dans les jours suivants, puis remboursée une semaine après sous la forme d’une lettre chèque comme pratique le Trésor Public !

          • lucmentin 4 janvier 2012 18:20

            Puisque nous somes dans les anegdotes, en voilà une autre, celle-ci de tribunal. Je vends un appartement et comme toute le monde sait la taxe d’habitation est due au prorata de l’occupation du bien durant l’année de l’achat. Impossible de me faire règler : il s’agissait de 13 euros 33. Et comme la règle c’est la règle (énoncé du notaire qui s’abstient de traiter le problème à la vente), je colle mon acquéreur au tribunal. Et comme je suis assuré : amusons-nous. Un promière audience fait état de l’étonnement écrit du tribunal qui dit avois autre chose à faire que de traiter un tel problème, mais qui ne se dit pas contre le suivi d’autant que son service avait accepté le dossier à l’amiable. Seconde audience reoussée par mon avocat pour caus de vacances. Je vire l’avocat. Troisième audience : débat (gros problème), mon acuqéreur se défend. Quatrième audience : mon acquéreur ne se présente pas. Et je récupère mes broutilles administrativement dues.
            Et voilà : 1 an 1/2 .
            Ciûts mirobolants.


          • restezgroupir44 restezgroupir44 4 janvier 2012 11:43

            La démocratie ? un vague souvenir qui commence à dater.........

            République bananière, attention le réveil risque d’être brutal !


            • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 4 janvier 2012 14:10

              Me permettez-vous de diffuser ce texte en le plaçant sur divers sites ? 


              • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 4 janvier 2012 14:17

                J’ai entendu dire que dans certaines communes, il était interdit d’installer une petite cabane dans un arbre de son jardin. 

                Pourtant une solution simple à toute éventuelle dérive consiste à poser des limites normatives évidentes (par exemple, une cabane pour enfants ne peut pas faire 150 m² de surface). 

                 Bientôt il sera interdit de manger les salades de son propre jardin « pour lutter contre la concurrence déloyale faite aux grandes surfaces ». Il faudra les cultiver et les cueillir en cachette la nuit et on sera dénoncé par ses voisins. 

                • Taverne Taverne 4 janvier 2012 16:12

                  La cabane au fond du jardin, c’est pourtant bien pratique. La preuve en chanson.

                  I

                  Il aurait dû jeuner
                  Au lieu de déjeuner

                  Et surtout pas trop boire.
                  Ça cause des déboires.

                  On sait qu’après la fête
                  C’est souvent la défaite.

                  Toute la nuit on chante,
                  Le lendemain on déchante.

                  Après avoir braillé,
                  Il est tout débraillé.

                  Il s’est pris pour un astre
                  Et voyez quel désastre !

                  L’Samu social viendra l’border
                  S’il n’est pas débordé.

                  Couverture et couvert
                  S’il est trop découvert.

                  Refrain :

                  Les dés sont jetés
                  Et Dédé complètement jeté.
                  C’était d’jà pas un gars rangé
                  Mais cette fois il est dérangé.

                  II

                  On voudrait tout tester,
                  On se fait détester.

                  A vider tous les chais,
                  On termine en déchet.

                  On voudrait bien se battre,
                  On n’fait que se débattre.

                  Son passé le gommer
                  Les cons les dégommer !

                  On n’s’en laisse plus conter
                  Ses jours sont décomptés.

                  Il a les yeux cernés.
                  Il se voit décerner

                  Le prix de tête de veau
                  De parigot dévot.

                  « Il gèle à pierre fendre,
                  Dit-on pour le défendre.

                  Refrain :

                  Les dés sont jetés
                  Et Dédé complètement jeté.
                  C’était d’jà pas un gars rangé
                  Mais cette fois il est dérangé.

                  III

                  Après avoir bien mangé,
                  Ça va le démanger.

                  Il voudra se colleter
                  Les femmes à décolletés.

                  Cherchant des mains les seins.
                  J’vous fais pas un dessin.

                  On voudra le traquer
                  Tout comme un détraqué

                  A l’asile, faut l’quorum
                  Pour boucler l’décorum.

                  Ou bien on va l’ferrer
                  Et puis le déférer.

                  Ou le laisser filer
                  Mais ce serait s’défiler.

                  La main dans le pot d’confiture,
                  On a vu sa déconfiture…

                  Refrain :

                  Les dés sont jetés
                  Et Dédé complètement jeté.
                  C’était d’jà pas un gars rangé
                  Mais cette fois il est dérangé.

                  IV

                  Le juge l’a libéré :
                  Mise en délibéré.

                  Et du délit, le corps
                  S’est fondu dans l’décor.

                  La femme, une vieille pie
                  A r’noncé par dépit.

                  Puis se faire de la bile
                  Pour un pauvre débile ?

                  A quoi bon y penser ?
                  On va pas dépenser…

                  Depuis Dédé se taille,
                  Chez les putes, un détail,

                  Avec la reine il fraye
                  Et jamais ne défraye.

                  Et puis le soir il fonce,
                  Boit jusqu’à la défonce.

                  Et quand il est bourré
                  Il s’en va débourrer…

                  Refrain :

                  C’est pas un gars rangé,
                  Dédé, quand il est dérangé,
                  C’est simple il coule un bronze.
                  Les bronzés en débronzent.

                  Voris Bian 4 janvier 2011


                  • misajour 4 janvier 2012 17:52

                    à mort le facteur Cheval !!!!
                    Mille fois d’accord avec votre article, le facteur Cheval serait, de nos jours, sous contraintes de nos règlements et lois divers et absurdes, voué à la stérilité par obligation.
                    Depuis que les permis et autres demandes d’autorisation de construire existent, nous n’avons, telle une épidémie, jamais vu se répendre un mitage aussi invasif et standardisé dans nos campagnes et un bétonnage ocultant de nos côtes.
                     


                    • Railletonne 4 janvier 2012 20:15

                      oui bien sûr !


                      • velosolex velosolex 5 janvier 2012 08:39

                        Contrôles techniques en tous genres, validation, permis, expertises pour vendre le moindre bien. On n’en demande pas tant aux produits pharmaceutiques ni aux prothèses mammaires.
                        Quand aux centrales atomiques.....
                        Vastes hypocrisies sur lesquels veillent des petits chefs, et des gens jaloux de leur prérogatives, et de leur exclusivité de droit.

                        Toute la beauté de nos villes anciennes, dont les méandres et les extravagances sont dues tout autant au hasard, à la nécessité, la personnalité et la fortune des constructeurs, n’existerait pas si elle avait du se soumettre à un cahier des charges.
                        Votre exemple est tout à fait éloquent.
                        Et encore n’êtes vous pas dans ce foutu périmètre d’un édifice classé historique qui a 800 mètres de distance vous oblige à une validation supplémentaire.

                        Bien sûr toutes ces demandes tatillonnes ne concernent que le citoyen de base.
                        On se rappellera que notre soi disant sympathique Michel Drucker, dont la construction d’une maison dans un périmètre protégé avait posé problème, et dont le conseil d’état avait annulé la construction.

                        Heureusement, depuis cet été, Le ministère de l’Ecologie a interjeté appel d’un jugement du tribunal administratif de Marseille qui avait annulé en décembre un permis de construire accordé à l’animateur sur la commune d’Eygalières (Bouches-du-Rhône)


                        • jak2pad 12 janvier 2012 03:27

                          quand on n’a vraiment rien à faire, il faut bien tuer le temps.

                          et quand on est « asssuré », eh bien on peut se permettre gratuitement d’embouteiller un peu plus les Tribunaux.
                          je crois que vous avez trouvé un acheteur qui vous correspond en tout point.
                          mais tout cela donne un peu de sens à la vie, pas vrai ?

                          • jak2pad 12 janvier 2012 03:30

                            mon commentaire ci-dessus est adressé à lucmentin, ça c’est effacé je ne sais pas pourquoi.

                            et tant qu’on y est, si vraiment il a du temps à perdre, pourquoi ne pas apprendre l’orthographe ?
                            au moins cela servirait à-quelque chose...

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