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Accueil du site > Actualités > Société > À propos du livre d’un africain sur l’Afrique

À propos du livre d’un africain sur l’Afrique

Monsieur Moussa KONATÉ, écrivain éditeur partageant son temps entre la France et le Mali, a publié chez Fayard, en 2010, « L'Afrique noire est-elle maudite ? ». J’ai aimé ce livre intelligent, courageux. Aux bons soins de l’éditeur je lui en ai fait le compliment et l’en remerciai. J’en profitai pour poser quelques questions et émettre quelques réserves. Son silence fut éloquent et une réponse pleine de sagesse pour clore un débat qui ne méritait pas un combat.

Je vous conseille de lire ce livre. Il nous explique le poids de la famille, les raisons de la corruption, de la polygamie et de toutes les autres raisons de la malédiction.

Voici la lettre que je lui adressai :

Cher monsieur,

Avec votre livre « L'Afrique noire… » vous avez réussi à faire comprendre ce qui se cache derrière les apparences qui renvoient une image si souvent désespérante.

Vous explorez avec courage la société africaine et vous l’expliquez avec lucidité et une sévérité qui n’exclut pas l’empathie. Votre liberté de ton n’épargne personne, mais vous le faites avec le cœur et la raison. Le résultat est passionnant.

C’est une plongée dans les ressorts de l’âme africaine qui m’a révélé la méconnaissance que j’avais de ce monde proche si lointain.

Je ne me bornerai cependant pas à un exercice d’admiration. Je voudrais vous faire quelques remarques, poser quelques interrogations et oser quelques critiques.

Vous parlez de l’Islam mais n’abordez pas l’influence des missionnaires chrétiens. Les nôtres ont pourtant accompagné le soldat et le colon et ont été aussi acteurs de la colonisation des esprits. Le reliquat est-il pour vous positif ou négatif ? Le message qui se veut universel a-t-il fait oublier son origine ?

Page 197 vous décrivez un Occident en pleine décadence, rongé par la cupidité et même la Science y est malmenée. J’ai lu ces lignes avec un certain malaise car il y a une rupture de ton. On y sent affleurer une haine pour l’Occident et peut-être pour sa partie que vous connaissez le mieux, qui surprend.

Dans le même esprit de dénigrement vous opposez l’admirable solidarité africaine envers sa famille prochaine et lointaine, sa tribu, etc. - sans en cacher les dommages collatéraux – à celle qui prévaudrait en Occident par exemple, à l’égard des personnes âgées, reléguées dans la solitude des maisons de retraite. Votre familiarité avec notre pays aurait dû vous permettre de nuancer ces propos car vous manifestez alors une ignorance de la réalité à un degré moins excusable que la mienne vis-à-vis de l’Afrique que je n’ai jamais fréquentée. Vous devriez savoir que la solidarité est, en France notamment, la base de la société. Elle ne s’exprime pas sous la forme d’une convivialité plus ou moins forcée, mais d’une façon institutionnelle avec une Sécurité Sociale pour tous, une éducation pour tous. C’est elle aussi qui finance les HLM, les indemnités versées aux chômeurs, aux handicapés, aux parents célibataires, les aides au logement, aux étudiants, aux personnes âgées, aux immigrés, etc. Son coût est énorme et met en difficulté notre économie comme celle de nos voisins. C’est le signe d’une fraternité donc la dimension et la motivation dépassent celles d’une famille africaine, si généreuse soit-elle. Qui doit s’inspirer de l’autre ?

Toujours dans la même thymie et le même paragraphe vous donnez votre opinion sur les laboratoires pharmaceutiques livrés aux mains de familles cupides. Votre sens de la mesure est en défaut. Serai-je « racialiste » en vous demandant si les vaccins qui demain préviendront le paludisme, la dengue, le Sida, etc. sortiront d’un laboratoire de Bamako ou de Soweto plutôt que de la division vaccin de Pasteur-Sanofi ?

Vous étrillez les écrivains africains qui ont délaissé leur langue pour celle du colonisateur. Cela veut-il dire que vos livres, publiés chez Fayard, l’Harmattan, Gallimard, Présence Africaine ont été traduits d’une des langues du Mali ?

 Je crois que c’est seulement le jour où l’Africain pourra dire comme Gide sans déprimer ni être maudit des siens « Famille, je vous hais », qu’il pourra en fonder une heureuse et construire un pays libre.

J’ai cherché à savoir sur Internet quel accueil avait reçu votre livre en Afrique. Je n’ai rien trouvé qui me permette de savoir si les médias, les politiques, les intellectuels avaient réagi à vos propos et si un débat avait été lancé.

Au terme de votre livre j’aimerais être sûr de votre réponse à l’interrogation que vous posez dans son titre. Le doute n’est pas levé car le changement de mentalité indispensable supposerait que l’école nouvelle qui intégrerait les richesses du passé aux promesses de l’avenir aurait si bien fait son travail qu’un vrai et fécond lavage des cerveaux se serait opéré. C’est une belle utopie. Mais où sont les élites africaines ancrées dans l’Afrique qui, à l’exemple de celles qui, chez nous, avant 1789 avaient travaillé et éduqué les esprits pour les préparer à faire la révolution ? Chez nous aussi tout était figé et paraissait immuable. Mais elles étaient actives et luttaient, malgré la répression.

Dans votre premier chapitre vous dénoncez le discours de Dakar de N. Sarkozy comme un exemple de mépris pour l’Afrique. Vous n’employez pas le mot « raciste » mais vous le sous-entendez. Vous n’admettez pas qu’il ait pu dire et développer le thème « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ». Vous l’avez trouvé injurieux. Cependant, tout au long de votre livre vous montrez comment la sujétion de la société africaine à une tradition paralysante lui rend difficile son adaptation à l’époque. Vous dites la même chose que N. Sarkozy en écrivant, page 204 : « Il faut faire le deuil d’une Afrique Noire éternellement semblable à elle-même ». Ce message est le fil conducteur de votre livre. Vous a-t-on accusé de faire du racisme anti-africain ?

Il me semble que vous relativisez le rôle de la colonisation et de son traumatisme dans la situation présente de l’Afrique Noire. Elle n’a été qu’un épisode d’une histoire millénaire. Vous le prouvez en montrant qu’elle n’a guère influencé la tradition. Le constat aurait-il été différent si elle n’avait pas eu lieu ? Vous redonnez à l’africain la maîtrise de son destin en montrant la transformation qu’il doit opérer. Vous décrivez bien quel énorme défi il doit relever pour changer les règles d’une société sans en renier les aspects positifs au point de la rendre soluble dans un monde axé sur le travail, le rendement, l’argent, l’individu et l’égoïsme. L’exemple de la Chine, pays avec un culte de la tradition et des ancêtres très puissant et qui a su évoluer à une vitesse sidérante, au point de devenir un modèle de développement, devrait peut-être inspirer les apôtres africains du changement.

Croyez, Cher monsieur, à mes sentiments les meilleurs,


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15 réactions à cet article    


  • reprendrelamain reprendrelamain 14 janvier 2013 12:29

    @ L’auteur

    Je pense que vous n’avez jamais été en chine pour souhaiter que les « apôtres africains » s’inspirent de ce modèle de développement sidérant d’inhumanité.


    • francesca2 francesca2 14 janvier 2013 12:39

      Dans le même esprit de dénigrement vous opposez l’admirable solidarité africaine envers sa famille prochaine et lointaine, sa tribu, etc. - sans en cacher les dommages collatéraux – à celle qui prévaudrait en Occident par exemple, à l’égard des personnes âgées, reléguées dans la solitude des maisons de retraite. 


      L’Occident...mais qu’est-ce que l’Occident ? Moi je viens d’Italie et dans mon Pays la solidarité inter-générationnelle se porte à merveille. En Italie s’occuper de ses vieux c’est la norme et pas l’exception. En Espagne et au Portugal aussi. 
      Nous ne sommes pas l’Occident, peut-être ? 


      • francesca2 francesca2 14 janvier 2013 19:35

        Et en quoi mon premier commentaire ne respecte pas la Charte ?

        Et celui du dessus ?
        Et celui du dessous ?

      • Dancharr 14 janvier 2013 21:43

        @ Francesca2

        Avec plaisir je vous réponds si cela vous aide à mieux me lire :

        1/ Votre premier commentaire témoigne d’un refus de comprendre qu’il s’agit d’une réflexion sur un livre écrit par un écrivain sur son continent. Je parle de ce que j’ai lu et ne porte pas de jugement sur ce que je ne connais pas. En me déniant ce droit, vous m’insultez.

        2/ À propos du commentaire de reprendrelamain : Monsieur Konaté insiste en permanence sur le poids de la famille africaine, l’emprise qu’elle a sur l’individu et la difficulté d’y échapper. Il en fait la cause principale du marasme africain. Ce n’est pas moi, c’est lui qui le dit. Dans la Chine d’aujourd’hui la famille reste importante, les ancêtres sont honorés mais cette tradition qui persiste n’empêche pas la société chinoise d’évoluer. C’est cela que je voulais faire remarquer à l’auteur. Reprendrelamain me diabolise faute de m’avoir compris. En cela il m’injurie.

        3/ Quant à gaijin : Peut-être M. Konaté n’a jamais reçu ma lettre et c’est une bonne raison de ne pas y répondre. Gaijin n’a pas lu le livre mais cela ne l’empêche pas de critiquer ma façon d’en parler et il le fait à la façon d’un règlement de compte.


      • francesca2 francesca2 14 janvier 2013 22:32

        Euh, monsieur, nous ne sommes pas à l’école mais sur un site libre. Libre, vous comprenez ce mot ?

        Vous avez proposé un article, vos lecteurs n’étant pas vos éléves, réagissent comme ils le sentent, comme il le souhaitent et comme ils le pensent et pas selon vos desiderata. 
        En nous déniant ce droit, vous nous insultez. 

        Si les commentaires de vos lecteurs vous déplaisent, vous avez toujours la possibilité de les ignorer.


      • gaijin gaijin 14 janvier 2013 23:37

        règlement de compte
        en aucun cas mais quand j’ai lu certains de vos propos a la gloire de notre système de solidarité qui nous permet d’avoir bonne conscience en laissant crever sans réagir les gens les plus faibles ( puisque l’état est là )
        ou votre passage sur la chine ou la situation des ouvriers qui permettent ce formidable progrès est celle d’un quasi esclavage

        j’ai juste fait aaargh !

        c’est lapidaire j’en convient mais ça résume ......


      • Dancharr 15 janvier 2013 16:28

        Non, la liberté n’est pas absolue mais relative, même sur un forum. C’est la Déclaration de 1789 qui le dit : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». J’use de la liberté qui m’est donnée, fusse aux dépens de la vôtre…


      • gaijin gaijin 14 janvier 2013 13:02

        je n’ai pas lu le livre mais a vous lire il a eut bien raison de ne pas vous répondre.......


        • easy easy 14 janvier 2013 14:36


          **** Son coût est énorme et met en difficulté notre économie comme celle de nos voisins. C’est le signe d’une fraternité donc la dimension et la motivation dépassent celles d’une famille africaine, si généreuse soit-elle. Qui doit s’inspirer de l’autre ? ****

          Dans cette assertion, je remplacerais d’office le mot fraternité par le mot collectivisation.



          J’ignore tout du livre dont vous parlez.

          Mais je considère des arguments auxquels ont été soumis tous les peuples depuis la circumnavigation.

          Dont le plus conséquent aura été, à mon sens, celui de l’anonymat.
          L’anonymat est né du principe de la cité (ou village de plus de 1000 âmes)

          Dans le village, aucun homme ne se voyait anonyme, ne concevait d’anonymes. 
          Chacun se voyait considéré par son habitus et considérait les autres selon leur habitus tel qu’il le percevait directement et pendant des années de vie commune. 

          Tant qu’elle était encore castiste, la cité anonymiste compartimentait les masses entre elles et il n’était pas envisageable de pot commun général. Les pots communs n’étaient que communautaires. Le communautarisme avait donc été longtemps l’extension du champ de solidarité originel qui était familial, Familial et tribal ou totémique. 


          Mais dès que le principe des castes de naissance a diminué de pertinence, a surgi le principe de totale communauté, de total anonymat, donc de pot-commun absolu (mutualisation nationale des risques). De nos jours, l’assurance santé, retraite, d’un parisien vient d’un pot commun planétaire. 
          (ce sont des bureaucrates qui font et gèrent cette mondialisation hyper anonymiste des Caisses. Les mutualisés ne s’en rendent même pas compte et peuvent le dénier si ça les arrange)




          La solidarité originelle mère-enfant (ajoutons-y le père pour faire gras), c’est une chose qui n’a pas que des rigolades ou câlins. Elle est fondée sur la disposition à se tuer (au combat ou au travail) pour sa progéniture, ce qui n’est pas rien (surtout lorsqu’on a conscience des risques à accoucher ou à travailler dans une mine) 

          Le lien familial Familial, tribal, communautaire, national a toujours enchaîné les gens entre eux et n’a pas été que rigolo en dépit des kermesses et des bals car il y a eu aussi les guerres où il fallait accepter de crever en tout anonymat.

          Dans cette évolution des obligations, depuis celles envers la mère ou le père jusqu’à celles envers la nation et réciproquement, il est de toute logique qu’apparaissent des gens considérant ce qui les oblige envers le petit (vers la mère, vers la grand-mère) et ce qui les oblige envers le grand anonyme.

          Quand un individu se sent trop contraint par sa famille et protégé par le pot commun, il peut être tenté d’insulter père et mère en « Famille je vous hais » 
          Mais quand à l’inverse un individu se sent lynché par une masse d’anonymes, il trouve plus opportun de caresser ses parents en « Gens je vous hais ».



          Je pose donc cette première grille de lecture lorsque je regarde un cas de personne, un individu. Je considère chacun opportuniste (sur deux plans, matériel et moral avec des déchirements automatiques entre ces deux considérations).

          J’illustre avec un cas réel :
          C’était il y a environ 10 ans, dans le sud Algérien.
          Dans un village, une nuit, déboulent des gens du GIA qui massacrent tout le monde.
          Dans une des maisons, pendant qu’un vilain abat sa hache sur la tête de la fillette, le père s’enfuit par la fenêtre. La fillette est la seule à survivre de ceux qui sont restés dans la maison. Et c’est elle qui raconte cela en disant sa stupéfaction devant la fuite de son père.

          Le lien familial oui mais jusqu’à quelle limite ?
          En sachant que beaucoup de parents, de mères quasiment toujours, sont restés à protéger leur progéniture jusqu’au bout. 

          C’est donc cette question terrible qu’il faut interroger et au strict cas par cas des individus.

          Pour qui, à cette minute-ci serais-tu le plus disposé à mourir quasiment pour rien (ou mourir avec) ?

          Tout le reste passe après.
          Et quand on examine ce qui se passe à l’échelle des masses, il faut d’abord tenir compte de ce qui se passe à l’échelle de l’individu.

          Or, s’il est plutôt certain que l’individu ait du mal à se soustraire aux obligations envers sa matrice génitrice, il lui apparaît toujours possible de ruser pour éviter les contraintes imposées par la très grande collectivité (d’où les innombrables émigrations lorsque la cité est attaquée ou ruinée).

          Disons qu’il semble toujours possible de parier sur la cité tant qu’elle protège et la déserter quand elle contraint alors que c’est plus difficile d’échapper aux obligations morales envers l’utérus ou le nid.
           

          Aussi bien pour les Parisiens restés à Paris que pour les colons partis profiter des colonisés que pour les colonisés ayant découvert le jeu de l’anonymat, la tendance est, lorsque chacun a découvert la cité, de jouer plutôt la carte de l’anonymat ou du Grand pot commun et à relativiser de plus en plus le lien utérin au fur et à mesure que la cité offre des avantages matériels et que la morale citoyenne devient prestigieuse.

          Quelle que soit l’ethnie ou la région du monde, ce phénomène subsume tous les autres.

          (Si vous connaissez de près la vision villagiste, vous aurez remarqué qu’on n’y connaît pas le NOUS similaire au ON anonyme. Quand un villageois dit NOUS ou ON, il parle d’un groupe de personnes bien précises et a le droit de parler en leur nom, Il ne parle jamais d’anonymes sinon en EUX. Alors qu’un Parisien peut très bien dire NOUS en parlant au nom de millions ou milliards de personnes qu’il ne connaît pas)

          Il n’est pas obligatoire, chaque fois qu’on tente d’expliquer ou analyser le monde de dire ce que je viens de dire là. Mais il faudrait au moins que cette considération transpire dans le texte.
          Ici, j’ai beau écarquiller les yeux, je ne le vois pas plus que dans millions d’analyses que j’ai pu lire. 


          Je vais le dire autrement.
          D’une façon générale, dans les analyses que j’aurais lues sur le Monde (et sur ce site il en pleut mille par jours), je vois des gens mouliner de considérations de toutes sortes mais jamais ils n’évoquent leur propre opportunisme-facilité-lâcheté. Tous se posent en professeurs non concernés par les turpitudes humaines (ou alors ils se posent en victimes)

          Tous ces conférenciers qui expliquent le monde et disent ce qu’il faut faire dissimulent leur habitus ou le donnent à supposer excellent.



          Je le redis encore autrement

          Lorsqu’un ethnologue va étudier des tribus, les examinés ne peuvent rien faire d’autre que d’exposer leurs deux habitus, entitatif et opératif.
          Ils sont entiers.

          Alors que l’ethnologue-docteur-professeur, expose certes son habitus entitatif (encore qu’il se mette rarement à poil) mais pas son habitus opératif. Il ne montre rien de son comportement vis-à-vis de sa mère, de ses voisins de palier. Il n’expose pas la réalité de son éthique
          Cette dissimulation de l’habitus opératif lui confère automatiquement une sorte de virginalité morale qui permet alors le surgissement de l’arrogance, de la supériorité.

          Comme nous avons été nourris à ce regard d’ethnologue, de psychologue, de professologue, nous adoptons tous, surtout sur le Net, une posture très proche de celle d’un dieu au sens abrahamiste. Nous regardons, nous observons, nous jugeons autrui et même des gens très lointains que nous ne connaissons pas mais nous sommes hors de portée de toute critique.
          D’autant que même notre corps est invisible. 

           


          • Dancharr 14 janvier 2013 15:32

            @ easy

            Votre réflexion est intéressante, vous connaissez l’Afrique mieux que moi. Je me suis contenté de lire un livre de quelqu’un qui sait de quoi il parle et de poser quelques questions. Vous n’y répondez pas.


          • easy easy 14 janvier 2013 22:53


            La relation anonyme (par les cités) existait en France comme partout dans le monde depuis 5000 ans, donc avant même le premier empire colonial.
            Mais elle a pris une terrible tournure avec l’industrialisation et le déplacement des populations dans nos colonies mais également ici.

            Examinons par exemple nos colonies pourquoi pas, mais pour mieux voir la couleuvre que les capitalistes (au seul sens du centralisme sur la capitale Paris) ont imposé aux provinciaux.

            Posons que le moment clef se serait situé vers 1880 (Ferry ; l’école laïque gratuite et obligatoire + démarrage de la colonisation) et forçons le trait en posant qu’avant cette date, la France était dans une situation de type XIIIème siècle

            On aurait donc, avant 1880, en France et dans les futurs territoires colonisés, des situations en Village & Cité équivalentes.
            Partout dans le monde, les gens pratiqueraient la relation villagiste où chacun est connu par son histoire et celle de sa Famille. Chacun devrait un crédit d’image à sa Famille et se devrait donc d’en préserver la bonne réputation en n’accédant à la délinquance que de manière accidentelle. Il ne viendrait à l’esprit de personne de raconter des salades.

            Partout, les gens pratiqueraient aussi la relation anonyme en cité où l’habitus se résumerait aux apparences ; où l’argent serait donc capital, où il serait possible de s’inventer un CV et où certains pourraient se professionnaliser dans la délinquance.

            Chacun pourrait mentir sur son habitus dans la cité mais comme chacun resterait en relation avec quelque village, chacun s’interdirait de trop baratiner
            Les perversions de l’anonymat seraient à ce stade là encore limitées.

            Toujours sur ces bases simplifiées, à partir de 1880, dans nos colonies, nous surgissons des océans en arborant des allures très exotiques aux yeux des indigènes, nous nous donnons de grands airs entre nous et tirons au canon sur quiconque ne nous sert pas assez vite.


            Nous faisons découvrir à des exotiques ayant une culture mixant cité et village, la culture du surgissement identitaire ex nihilo avec force costumes, verbe haut et starisation.
            Comme au théâtre, les canons en plus.
            Et nous imposons un pot commun aux dimensions planétaires où l’argent planétarisé sera l’Alfa de l’habitus
            Là dessus, nous déplaçons les populations et imposons une langue unique surgie de Paris qui leur impose des sèmes qu’ils ne connaissent pas.

            Dans les colonies, ne disposant que de très peu de soldats, nous renonçons à la Police dans les villages mais en France, tous nos villages sont nationalisés, sont dotés d’une mairie qui exécute la loi de Paris. Les patois des colonies sont préservés faute de munitions mais nos patois français sont exterminés. 

            De plus c’est quasiment en France que les gens des campagnes sont le plus déplacés vers les cités, surtout vers Paris et définitivement.
            Car dans les colonies, il y a aussi des déplacements de populations mais comme il y a moins d’industries, c’est surtout pour les grands travaux public qu’on les déracine. La mesure est moins durable 

            C’est donc ici que surgissent le plus de mythomanes et de délinquants professionnels y compris en cols blancs puisque désormais les apparences sont hyper déterminantes de l’identité.
            Identité par l’argent, par le diplôme d’Etat et par la fonction dans la cité. Fin de l’importance de l’identité par l’éthique villagiste et domestique 

            Surgissent des stars à tous les niveaux y compris populaires. Ils ne valent plus par leur généalogie ou leur comportement familial mais par leur savantisme, leur adresse à faire de l’argent et aussi par la gouaille (Cf Zola ou Aristide Bruant), en somme par le spectacle et la théâtralisation de leur personne érigée en unique.


            C’est ici que la colonisation parisienne (mais versaillaise dans l’esprit) a été la plus totalitaire.


            **** Vous parlez de l’Islam mais n’abordez pas l’influence des missionnaires chrétiens. Les nôtres ont pourtant accompagné le soldat et le colon et ont été aussi acteurs de la colonisation des esprits. Le reliquat est-il pour vous positif ou négatif ? Le message qui se veut universel a-t-il fait oublier son origine ?  ****

            La question se pose déjà en France
            Le reliquat de cette colonisation parisienne qu’ont subi les Français, y compris à cause de l’influence centralisatrice ou universaliste de l’Eglise, est-il positif ou négatif ? 

            Toutes les religions abrahamistes ont obligé les gens à se soumettre à des principes de Rome, de Jérusalem ou de la Mecque située à des milliers de km d’eux
            Etait-il sain de soumettre à l’abrahamisme des gens ignorant ce qu’est un agneau, un âne, un olivier, un pain, du vin, un berger, l’étoile du Berger... ?





             **** C’est le signe d’une fraternité donc la dimension et la motivation dépassent celles d’une famille africaine, si généreuse soit-elle. Qui doit s’inspirer de l’autre ? ***


            Là aussi, la question se pose déjà en France.
            Qu’est-ce qui doit inspirer ? 
            La notion villagiste et Familiale ou la notion de pot commun planétaire où ce sont les gens qui manquent le plus d’éthique qui en profitent le plus ?
            Où c’est celui qui se planque le plus des obligations de guerre qui va en profiter le plus et le plus longtemps ?
            Où c’est celui qui se sera crevé à la mine qui en profitera le moins ?




            ***** Toujours dans la même thymie et le même paragraphe vous donnez votre opinion sur les laboratoires pharmaceutiques livrés aux mains de familles cupides. Votre sens de la mesure est en défaut. Serai-je « racialiste » en vous demandant si les vaccins qui demain préviendront le paludisme, la dengue, le Sida, etc. sortiront d’un laboratoire de Bamako ou de Soweto plutôt que de la division vaccin de Pasteur-Sanofi ?  *****

            La capitale du Monde étant Paris, Dakar ne peut évidemment pas avoir des prétentions prométhéennes. Mais est-ce que Biaritz, Etretat ou Bourg Saint Maurice fantasment de pondre un vaccin sans monter à Paris, sans bosser chez Sanofi ? 

            Une gamine de Drouillette a autant de complexes vis-à-vis des Parisiennes qu’une gamine de Ouagadougou




            **** Mais où sont les élites africaines ancrées dans l’Afrique qui, à l’exemple de celles qui, chez nous, avant 1789 avaient travaillé et éduqué les esprits pour les préparer à faire la révolution ? Chez nous aussi tout était figé et paraissait immuable. Mais elles étaient actives et luttaient, malgré la répression. ****

            J’ignore ce que l’auteur du livre fait de son titre
            Mais il existe un biais selon lequel la question qu’il pose peut paraître insensée
            Est-ce que tous les peuples ont eu besoin de ressentir qu’ils progressaient vers dieu sait quel idéal pour se sentir vivre ? 


            De nos jours, un comité d’examen demande à chaque thésard du domaine du business quel est son projet (Et il ne s’agit pas de mariage ou de voyage) 
            Est-ce qu’un enfant, même roi, devait avoir un projet pour vivre avant 1880 ? 

            Nous, Français, gâtés par un pays bien doté, qu’avons-nous résolu vraiment que tant des nôtres turbinent aux drogues et anxiolytiques quand ils ne sont pas paranoïaques et suicidaires ?



            *** Ce message est le fil conducteur de votre livre. Vous a-t-on accusé de faire du racisme anti-africain ? ***
            Si une gamine de Drouilette dans la Creuse en vient à dire qu’il faudrait faire le deuil de son bled immuable, l’accuserait-on de faire du racisme anti bled ? 



             

            ****Il me semble que vous relativisez le rôle de la colonisation et de son traumatisme dans la situation présente de l’Afrique Noire. Elle n’a été qu’un épisode d’une histoire millénaire. Vous le prouvez en montrant qu’elle n’a guère influencé la tradition. Le constat aurait-il été différent si elle n’avait pas eu lieu ? *****

            Sans la colonisation, ces pays n’auraient pas été traumatisés et personne ne s’y poserait des questions progressistes
            Les gens n’en seraient pas à poser comme question identitaire « Et toi, tu bosses dans quoi ? »
            Ils ne se retrouveraient pas à devoir répondre, « Bin je suis au chômage »



          • Dancharr 15 janvier 2013 13:50

            @ easy,

            Je suis content d’avoir été le prétexte à la réflexion très intéressante que vous faites en comparant la colonisation de la France par Paris et celle de l’Afrique par la France.

            Les points communs sont nombreux. Vous avez raison et la violence subie par les uns répond à celle des autres.

            Monsieur Konaté cependant ne fait pas, lui, le procès de la colonisation. Il instruit celui de l’Afrique actuelle et il impute, pour une large part, la responsabilité de ce qu’il dénonce (polygamie, violences faites aux femmes, corruption, guerres) à une société qui a reproduit, génération après génération et qui continue de le faire, le même schéma familial fait de soumission, de dépersonnalisation et finalement de dépression. C’est de cela dont parle ce livre, c’est cela qui le rend intéressant et non les questions que je lui posais. Mais je ne crois pas avoir réussi à vous le vendre…


          • ecolittoral ecolittoral 14 janvier 2013 14:39

            L’Afrique noire est elle maudite ?

            L’Afrique est un continent. De ce continent je ne connais que quelques pays pour y avoir séjourner. 
            Pourquoi renier LES histoires DES peuples africains ?
            Même moi qui n’étais qu’un « blanc » de passage j’ai découvert DES cultures, un présent et de l’avenir. Nous sommes tous liés.
            La famille, la solidarité, la tribu sont des repères universels.
            Extrait de la lettre :
            « ... changement de mentalité indispensable supposerait que l’école nouvelle qui intégrerait les richesses du passé aux promesses de l’avenir aurait si bien fait son travail qu’un vrai et fécond lavage des cerveaux se serait opéré. C’est une belle utopie. Mais où sont les élites africaines ancrées dans l’Afrique qui...(pourraient)travaillé et éduqué les esprits pour les préparer à faire la révolution ?
            Ces élites sont à l’oeuvre. Elles ne sont pas médiatisées en France.
            Il n’y aura pas de révolution...pas plus qu’il n’y a eu de printemps »arabe« .
            Un peuple n’est pas maudit. Un peuple se défend ou reprend ses droits.
            Cet extrait de la lettre pourrait très bien s’appliquer en France, en Espagne, en Grèce...en Chine
            Dancharr, je ne saurais trop vous conseiller de faire votre valise et »d’aller voir" ce qu’il en est. L’Afrique n’est pas à feu et à sang. Elle n’est pas non plus en retard ou en avance.
            Retraité, vous avez les moyens et le temps pour séjourner parmi ces multitudes d’histoires et de présents. Profitez en.
            Amicalement et bon(s) voyage(s).


            • Dancharr 14 janvier 2013 19:05

              @ ecolittoral

              Je ne parle pas de l’Afrique – que je ne connais pas - mais du livre de Monsieur KONATÉ que j’ai lu. Il sait de quoi il parle. C’est à lui que je pose des questions, pas à vous. Vous ignoreriez les réponses, eussiez-vous vécu des années dans les pays que vous pensez connaître.

              Vous aimez donner des conseils. Le mien sera que vous lisiez ce que Monsieur KONATÉ a à vous dire.

              Amicalement et bonne(s) lecture(s)


            • ecolittoral ecolittoral 15 janvier 2013 13:47

              Les livres sur l’Afrique, j’en ai lu quelques uns.

              Un livre, même bien écrit ne remplace pas la réalité du terrain.
              Heureusement pour moi, que j’ai vécu dans ces pays, sinon je n’aurais qu’une opinion littéraire de cette réalité.

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