Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > A quoi sert la grippe aviaire ?

A quoi sert la grippe aviaire ?

La grippe aviaire doit tuer des millions de personnes. Mais pas tout de suite, plus tard. En attendant, elle torpille une filière importante et occupe une place de choix dans les médias. Au profit de qui ?

Depuis six mois, la grippe aviaire tient lieu de serpent de mer : dès que l’actualité marque un temps de repos (ou qu’il vaut mieux parler d’autre chose), le H5N1 resurgit, avec un spectre d’épidémie mondiale, des morts partout, les survivants masqués errant dans les rues vides, bref, la peste noire. Les politiques eux-mêmes se précipitent : déclarations, assurances, subventions, tout est bon pour calmer le peuple (qu’on a préalablement affolé, ça marche mieux). On se plaint, d’un air peiné, de « l’irrationnel », mais on baigne en lui jusqu’au cou.

Pourquoi un tel battage ? J’y vois plusieurs raisons, qui ne sont pas toutes irrationnelles, mais bien matérielles, et très compréhensibles.

Un peu de technique : un danger réel pour les oiseaux

Les professionnels (de santé humaine et animale) ont mis en place des dispositifs d’alerte efficaces pour surveiller ces épizooties, qui sont un réel danger. Dans mon modeste domaine (surveillance des denrées alimentaires d’origine animale d’une partie de la Vendée), j’ai été concerné, rien qu’au cours des six derniers mois : un foyer de tuberculose bovine (il a fallu abattre tout l’élevage), un foyer de maladie de Newcastle (c’est comme la grippe aviaire, sauf que cela ne s’appelle pas une grippe), qui a bloqué toutes les exportations de volailles de la zone pendant six mois, et naturellement, la panique "grippe aviaire". On peut dire qu’on ne chôme pas dans ce domaine, et que, surtout, le dépistage et les méthodes d’alerte fonctionnent bien, ce qui est rassurant.

Ce qui fait le plus de dégâts économiques dans ce genre de cas, ce n’est pas le nombre de morts (volailles) par maladie, ni même le nombre de volailles abattues par sécurité, ce sont surtout les restrictions à l’export. De nombreux pays se prémunissent contre le virus en interdisant l’importation chez eux de viande de volailles originaires de pays déclarés infectés. Des pans entiers de l’activité des volaillers disparaissent ainsi, du jour au lendemain, pour quelques mois (50% pour certains).

Enfin, une évidence pour les professionnels, mais pas forcément pour tout le monde : les volailles à vendre dans les rayonnages sont obligatoirement saines, puisque les malades, on les détruit avant, pour que justement elles ne parviennent pas à l’abattoir, et donc à la consommation.

Donc en résumé, une situation assez bien sous contrôle, mais une vigilance quotidienne, et même une certaine routine épidémique. Pour les animaux, mais pour l’homme ?

Le danger de recombinaison entre un virus aviaire et un virus humain, passant par le porc, est un danger réel, mais lui aussi routinier : tous les ans ou presque, le virus provoquant la pandémie humaine est un virus recombiné. Depuis une dizaine d’années que le H5N1 a été repéré en Asie, nous courons tous les ans le même risque. Or, quand le H5N1 est rentré en Europe récemment (1999 : près de 300 foyers en Italie, 2001 : 1 foyer aux Pays-Bas, 300 000 volailles abattues), personne ne s’est spécialement ému.

Une cause juteuse : la revanche de la Nature

Beaucoup de gens l’attendent depuis des années : que la Nature se venge des outrages qui lui sont infligés par les productivistes, les pollueurs, les vilains paysans, les méchants industriels, et les amateurs de fruits et légumes sans aucun goût, bref, de malbouffe.

Il est fatal qu’un jour, on ait un retour de bâton de nos habitudes agricoles, industrielles et alimentaires, mais pas forcément sous la forme d’un virus mutant diabolique. Je ferai justement remarquer que l’élevage industriel confiné, quoi qu’on puisse en dire par ailleurs, est justement ce nous qui protège le mieux des épizooties animales : délimitation stricte des populations, mesures sanitaires draconiennes à l’entrée et à la sortie des établissements, vaccinations planifiées et systématiques. Je sais, c’est certainement dommage, mais c’est vrai.

Des prescripteurs d’opinion en mal de public voient dans la grippe aviaire une occasion de racoler un peu. D’autant que tout le monde est prêt à y croire.

Cette confusion entre maladie humaine et maladie animale est permanente, alors que la maladie passe très difficilement de l’oiseau à l’homme, et pas du tout entre humains. Ce qui fait que nous nous prémunissons actuellement contre une maladie humaine... qui n’existe pas encore.

Un marché juteux... pour les humains !

Soyons honnête : je le regrette, mais à part le petit monde des professionnels du domaine, les vaccinations animales, tout le monde s’en fiche. Sauf pour dire que ce n’est pas bien (ce n’est pas uniquement pour des raisons idéologiques : certains pays refusent l’importation de produits aviaires venant de zones où l’on vaccine). Mais vacciner ou traiter des humains... surtout des humains avec portefeuille ! Et avec une Sécurité sociale ! Voilà qui peut rapporter beaucoup plus...

Qui pourrait être intéressé ? Sans malice, pensons au laboratoire fabriquant du fameux Tamiflu, aux fabriquants de vaccins grippaux, à toute une armada de firmes pouvant trouver un marché intéressant dans cette grippe (pas encore) humaine.

Il est piquant de voir que le gouvernement a acheté des millions de doses de Tamiflu, juste « au cas où ». Et qu’on en envoie en urgence au Nigeria sur simple déclaration d’un cas ... animal. Sachant que là-bas, la première (et la seule, souvent) source de protéines est le poulet, et que la mortalité avoisine 100%, les Nigérians ont dû être touchés de notre souci de leur santé.

Une décrédibilisation des "autorités"

On le sait, on ne fait plus confiance aux experts et aux autorités. Eh oui, c’est normal. Regardez, en vingt ans, quelques extraits résumés des déclarations d’experts médiatisés :

- la vache folle (début des années 1990) : pas de danger, ce n’est rien, ça va passer, vendez vos farines animales, puis...

- la vache folle 2 (1996 et après) : tout le monde va mourir, 300 000 morts prévus en Angleterre, la Nature se venge, puis aujourd’hui, la vache folle 3 : retour au calme (ou à l’oubli ?)

- le nuage de Tchernobyl (1986) : il contourne les frontières et laisse tranquille la France, pourtant terre d’asile.

- toutes les marées noires : un premier temps où la nappe n’atteindra jamais les côtes françaises, puis un deuxième temps de lamentations...

- le sang contaminé  : tout est absolument faux, puis absolument vrai.

- les experts d’Outreau  : c’est le contraire : tout est évidemment vrai, puis tout est absolument faux, puis une déclaration fracassante ("Si on paie les experts comme des femmes de ménage, ou aura des expertises de femme de ménage"), les femmes de ménage apprécieront.

- la canicule : pas de problème, pas de canicule, le ministre reçoit autour de son barbecue, puis avalanche de 15 000 morts.

Alors évidemment, quand on nous dit qu’on ne risque rien, personne n’y croit plus. Et quand on nous prédit une catastrophe, le public se dit : « Alors là, s’ils en parlent comme ça, c’est que vraiment ça doit être terrible ».

Quant aux experts télévisuels, ils n’y connaissent rien : des dizaines nous ont recommandé de bien cuire le poulet. Or :

- les poulets vendus sont indemnes par définition (cf. ci-dessus)

- personne ne mange du poulet cru !

Alors, il n’y a pas de risque, mais il faut prendre quand même des précautions ? Soyons sérieux !

Pour cellezéceux qui veulent des informations bien validées sur le sujet, deux références : « Grippe aviaire : ce qu’il faut savoir , de Pascal Orabi & François Moutou (2006), et « Grippe aviaire : les bonnes questions, les vraies réponses », de Jeanne Brugère-Picoux (2006).

Ajoutons que les politiques ont à se faire pardonner. Je pense que l’affolement autour de la grippe aviaire a eu pour fonction (entre autres) de se racheter après la canicule. De plus, il a occupé utilement le peuple pendant les discussions de divers sujets chauds à l’Assemblée nationale, ou fait oublier le taux de chômage qui descend à une allure d’escargot, ce dont tout le monde se félicite sans crainte.

Un sujet juteux : la mort en direct

Rien ne vaut la Mort et le Scandale pour vendre un périodique ou animer un JT. Alors là, on est servi. Les gens "vont" mourir (c’est une possibilité, mais mieux vaut s’y préparer tout de suite), et en plus, rendez-vous compte : les oiseaux du ciel vont nous contaminer avec un méchant virus extrême-oriental. Le contraste entre la mort des petits vieux et l’innocente hirondelle, chargée d’un fourbe virus chinois, fait frémir d’aise les stylistes des salles de rédaction ! Et en plus, il est certain qu’on vous ment (voir ci-dessus), et que c’est la faute aux méchants industriels (voir ci-dessus-dessus).

Tout ceci augmente l’audience, et donc les ventes de la presse, et le prix des tranches publicitaires encadrant le 20 heures.

La peur a toujours été un marché juteux.

Certains journalistes sur la brèche en oublient même de prendre des précautions : il est très plausible que le cas relevé dans une exploitation dans l’Ain ait été apporté par des visiteurs (dont certains avec carte de presse), se précipitant des marais de la Dombe (un canard mort annoncé) à l’exploitation voisine, sans se désinfecter les chaussures , ni respecter les mesures de prophylaxie élémentaire. L’hypothèse a été retenue par la DGAL. Comme quoi, je le répète, la grippe aviaire n’est pas perçue comme une maladie, mais comme un scoop.

Une occasion cynique de baisser les prix (ou de mettre à genoux les producteurs)

Saluons les grandes surfaces, qui dans un grand effort civique, ont cessé de commander des volailles, au motif que « les consommateurs allaient paniquer ». Devant les rayons vides, les consommateurs ont bien été en peine de consommer, et donc, la tendance des ventes a confirmé que personne n’achetait. Donc, c’est bien qu’ils ont paniqué ! Pris dans la tourmente, le lapin a lui aussi marqué un temps d’arrêt cet automne : il est vendu au rayon « volailles », et donc a été touché par la supposée « peur du consommateur » (il revenu depuis aux ventes habituelles).

Alors « on » a baissé les prix, puisque c’est le « seul » moyen de vendre plus, et on a écrasé une filière qui avait déjà pas mal de problèmes avec ses exportations (cf. ci-dessus).

Résultat : bientôt nous mangerons du poulet brésilien, pendant que les groupes français rameront (Gastronome, Doux et Arrivé, pour ne citer que les principaux), alors que leur produits sont sains. La double peine économique et sanitaire, en quelque sorte

Conclusion : un drame utile

Concluons : un problème réel de santé animale a muté en un problème de santé humaine, « instrumentalisé » par des forces économiques et politiques, très éloignées du vrai cœur de préoccupation.

Et une question reste : pendant qu’on nous parle de grippe aviaire, de quoi ne nous parle-t-on pas ?

Source image : Bric à Brac


Moyenne des avis sur cet article :  4.66/5   (365 votes)




Réagissez à l'article

55 réactions à cet article    


  • PierreB (---.---.60.80) 5 mai 2006 11:14

    Très bon article qui résume bien qe que je pense aussi.

    Sinon petite précision au sujet de la canicule. Persone ne le sait mais si l’on rapporte les chiffres à l’année il n’y à pas eux beaucoup plus de morts que d’habitude. C’est peut etre trise à dire mais les « vieux » sont mort un ou deux mois en « avance » mais pas forcément en plus grande quantité.

    Quoi qu’il en soit cela nous montre bien qu’il faut prendre la plus grande précaution avec les « média de masse ».


    • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 14:28

      Hélas non, une étude rétrospective et officielle a eu lieu sur cette vague de mortalités, publiée il y a quelques mois (je n’ai plus les références sous la main, j’ai déménagé depuis), qui montre que ce sont bien 15 000 morts supplémentaires, et non « en avance ».


    • (---.---.232.203) 5 mai 2006 11:25

      C’est au moins un scandale qui n’éclatera pas dans l’entourage du président américain. Alors que George W. Bush annonçait mardi sa « stratégie nationale » à 7 milliards de dollars contre une éventuelle épidémie de grippe aviaire (lire article), Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense, décidait de se mettre en retrait de toute décision gouvernementale sur la maladie. Et pour cause. Le magazine financier américain « Fortune » révélait, le même jour, que Rumsfeld est l’heureux détenteur d’au moins 5 millions de dollars d’actions de la société Gilead Sciences qui a élaboré le Tamiflu, un des deux antiviraux connus contre le virus H5N1. Avec les risques de pandémie, l’action de l’entreprise, basée en Californie, est passée de 35 dollars en avril à 47 aujourd’hui. Rumsfeld, qui dirigeait la division recherche de Gilead de 1997 à 2001, aurait donc déjà gagné, au bas mot, 1 million de dollars.

      Après la publication de l’article dans « Fortune », le secrétaire à la Défense a préféré prendre les devants face à de possibles accusations de conflit d’intérêt. Il a indiqué avoir déjà pensé vendre ses actions en début d’année, lorsque la question d’une pandémie possible commençait à se poser. Puis, après avoir consulté le Comité d’éthique du Sénat, les services juridiques de la Maison Blanche et le département de la justice, il avait décidé de ne pas vendre et, mardi, de s’abstenir de toute participation aux décisions concernant la grippe aviaire. La moindre des prudences quand on sait que le Pentagone a déjà commandé pour 58 millions de dollars de Tamiflu pour les soldats US dans le monde. http://www.liberation.fr/page.php?Article=335508


      • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 14:31

        Je n’étais pas au courant : c’est pire que ce que je croyais !!! Mentionnaoins que le Tamiflu n’est pas à proprement parler « efficace contre le virus H5N1 » : il a pour indication la grippe (en anglais : flu, d’où son nom), mais il n’a pas pu être testé sur la grippe aviaire « humaine », vu le faible nombre de cas recensés.

        SI ça se trouve, il ne marche pas du tout dans le cas du H5N1 !! Ce serait le comble...


      • parkway (---.---.18.161) 9 mai 2006 13:59

        Mon toubib, qui a participé à une réunion entre médecins sur la grippe aviaire, m’a confirmé l’inocuité du tamiflu !

        C’est bien un problème financier !


      • Marsupilami (---.---.225.157) 5 mai 2006 11:37

        Ouaf !

        Excellent article !

        Heureusement les oiseaux de malheur sont un peu passés au second plan de l’actualité franco-française grâce à l’enchaînement ébouriffant des émeutes des banlieues, du CPE et de l’affaire Clearstream. Gageons que la bande de sinistres guignols & bouffons qui sont actuellement à la tête de l’Etat trouveront encore une nouvelle pantalonnade pour faire reculer une fois de plus le H5NI du premier plan de la scène médiatique...

        Houba houba !


        • Jojo (---.---.2.219) 5 mai 2006 12:32

          Il faut préciser que les différences d’appréciation sur la dangerosité d’une maladie émergente (vache folle, sang contaminé...) sont dues à l’évolution normale de la connaissance. Ce qui est anormal c’est le traitement médiatique qui en est fait.

          Le H5N1 n’échappe pas à ce phénomène. La probabilité qu’il mute et soit transmissible à l’homme un jour est élevée. Qu’il fasse ou non un grand nombre de morts est impossible à prévoir.


          • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 14:38

            C’est vrai. Encore qu’on le connaisse depuis très longtemps, le H5 et son copain le H7 (eh oui, il y en a une trentaine comme ça), à tel point qu’il est prévu dans notre réglementation sanitaire animale. Il est d’ailleurs passé plusieurs fois en Europe (en 2003 par exemple), mais bon, c’est tellement plus marrant de parler de Nicolas-et-Cecilia, ou des frais-de-bouche-du-Président...

            Comme quoi, quand ça ne se passe pas chez nous, on n’en parle pas. Les ennuis des autres sont toujours d’un ennui désespérant.

            Pour la mutation c’est vrai aussi, mais cette année, pas plus que les autres années. Il pourrait donner aussi une épidémie mortelle chez les canards ou les porcs, ou... rien du tout.


          • Redj (---.---.199.47) 7 mai 2006 17:34

            Encore que pour la vache folle, si on regarde l’historique qui a bientôt un siècle...ont est plutôt dans la régression scientifique, et la confusion entre différentes maladies ou simples empoisonnements...L’épisode du prion étant un sommet de manipulation.


          • Plus Robert que Redford (---.---.143.67) 5 mai 2006 13:05

            Tout est dit, effectivement !

            Deux remarques qui me brûlent le clavier :

            1 Virus H5N1 doublement médiatique, au figuré comme au propre, puisqu’il semble bien que ce sont nos chers journalistes qui ont trainé le virus depuis étangs de la Dombes jusqu’à l’élevage le plus proche ( voir à ce sujet l’article du mensuel « Filières Avicoles » du mois dernier)

            2 Vache folle : Haro sur les éleveurs ! la preuve semble faite à postériori par l’efficacité des mesures d’interdiction des farines animales que ce sont bien celles-ci qui ont largement contaminé les bovins. Or, les dites farines ne sont pas que je sache, tombées du ciel jusque dans les mangeoires des vaches ! Quid de la responsabilité des Fournisseurs de ces aliments, au nombre de 3 ou 4 sur le marché français ?

            Je me suis laissé dire que l’état français aurait une participation de l’ordre de 40% chez GLON-SANDERS, poids lourd du secteur... Relation/Discrétion de cause à effet ?


            • eric (---.---.105.37) 12 mai 2006 09:01

              Biensûr,les industriels ont fabriqué les farines animales.Mais,à « nos » questions,il fut répondu:il faut donner des protéines aux gens.Je pense qu’il faudrait lire les archives,des scientifiques avaient posé des questions !!! De même actuellement,des scientifiques se font jeter,ainsi que ceux qui ont confiances en eux et qui essaient de les relayer.Encore une fois,il y aura des archives sur nos parlementaires et nos politiques,il y a même des « punitions » dans l’air contre des peuples qui voudraient empecher des grosses ventes, qu’est-il prévu comme punition(s) contre ces « véritables » décideurs en bureau,si par hazard,les ogm sont toxiques ? La toxicité immediate semble nulle et je n’ai rien lu d’inquiétant dessus,mais pour le plus long terme= ???alors le droit des peuples à disposer d’eux-même,où est-il ?? La toxicité ne s’occupera pas de nos frontières.


            • l’archaïque (---.---.196.146) 5 mai 2006 13:09

              Voila ce que j’ai lu dans l’excellente revue l’Ecologiste de ce trimestre, en vente chez votre marchand de journaux. Dossier GRIPPE AVIAIRE : les vrais responsables.
              - L’élevage industriel est le lieu idéal pour les virus H5N1 les plus pathogènes.
              - « ..il faut fermer autant d’élevages de volaille de ferme que possible », selon leConseil américain pour.... l’exportation des volailles industrielles !
              - La basse-cour est essentielle pour l’alimentation de centaines de millions personnes.(C’est quand plus important que de soutenir la multinationale DOUX).
              - .les oiseaux sauvages sont les victimes et non les vecteurs des formes graves de la grippe aviaire.
              - Et si la meilleure arme contre la grippe aviaire était l’élevage extensif de qualité ?
              - ......

              En fin d’article, vingt quatre références des sources politiques ou scientifiques.

              Alors, vous avez compris, tous chez vos marchands de journaux.


              • kornikan (---.---.32.51) 5 mai 2006 13:15

                Bonjour, Comment pouvez-vous affirmer que « ...l’élevage industriel confiné, quoi qu’on puisse en dire par ailleurs, est justement ce nous qui protège le mieux des épizooties animales... » alors même que c’est dans ces mêmes élevages (ou zones avisinantes) qu’on a recensé la plupart des cas de grippe aviaire ? Par ailleurs, de nombreux ornithologues (cf. le site de la LPO http://www.lpo.fr/comm2006-03-29.shtml) affirment que le virus ne se propagerait pas via les oiseaux migrateurs mais bien par les voies de communication humaines (transport de volailles, de nourriture issue de sous-roduits animaux), étroitement liées à l’élevage industriel...


                • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 14:49

                  Je l’affirme parce que je le pense vraiment ! Et pour les raisons que je donne dans l’article : confinement, barrières sanitaires, hygiène contrôlée. C’est d’ailleurs dans ces élevages qu’on trouve le viurus, justement par ce qu’on y fait attention ! Il y a trois mois, j’ai vu une reportage dans le Kurdistan turc, où on avait repéré un cas : les villageois répondaient que les volailles étaient bien enfermées, alors que sur l’image, on voyait des poules autour de leurs pieds, sur la place du village ! Ceux-là, ils ne vont pas repérer le virus quand il passera pour de bon.

                  Mais attention, je ne dis pas que j’approuve ce type d’élevage, qui présente de nombreux inconvénients (entre autres pour les animaux), Un des pires, c’est que dans un poulailler de 250 000 poules cloîtrées ensemble, une contaminée = 250 000 morts (poules). C’est pour ça d’ailleurs qu’ils y font aussi attention.

                  Pour la remarque suivante, il n’y a pas que la LPO qui défende cette position pleine de bon sens (il y a moi, entre autres, mais aussi des épidémiologistes de renom). regardez les cas russes : ils suivent la ligne du train, et pas les voies d emigration...


                • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 14:56

                  ...et j’ajoute (excusez j’ai été coupé par une fausse manoeuvre en essayant de corriger ma faure de frappe), que c’est justement dans les zones d’élevage non industriel qu’on voit le plus ce genre de trajet émidémiologique (on emporte une poule chez mémé).


                • ohnil (---.---.218.193) 5 mai 2006 13:58

                  Très bon article.

                  Pour un complément, un lien vers le rapport de l’AFSSA qui date quand même de juillet 2002.


                  • (---.---.232.203) 5 mai 2006 14:03

                    Peu de morts, beaucoup de questions Il en va des morts de la grippe comme des voitures brûlées chaque week-end. Il faut des événements extraordinaires pour que l’on prenne conscience des événements ordinaires. Chaque année en France, 2 000 à 3 000 personnes meurent de la grippe. On doit donc replacer le risque d’épidémie due au virus H5N1 dans ce contexte. Pour l’instant, il n’a occasionné la mort que de 92 personnes dans le monde depuis 2003, date à laquelle il a commencé à se répandre en Asie du Sud-Est. Or il semble que des pays moyennement développés, comme le Vietnam, aient réussi à juguler le démon. A fortiori, l’Union européenne devrait y arriver. A condition évidemment que le virus ne subisse pas de mutation qui le rendrait à la fois hautement pathogène et plus contagieux qu’il ne l’est aujourd’hui (lire à ce sujet le livre de Jeanne Brugère-Picoux, Grippe aviaire, éd. Milan, 2006). La panique qui s’est emparée de l’Europe à l’automne 2005, alors qu’aucun cas n’était encore décelé, paraît hors de proportion. Il aurait été plus efficace de ne pas attendre d’être sous la menace du H5N1 pour se mobiliser : aider les pays asiatiques atteints à éradiquer le virus aurait pu éviter la propagation de l’épizootie, expliquait Nature. Le journal scientifique publiait en septembre dernier un scénario catastrophe qu’il est intéressant de relire aujourd’hui (disponible sur notre site (www.courrierinternational.com) : on y prévoyait pour janvier 2006 une sévère épidémie de grippe humaine au Vietnam, avec l’intervention de l’armée et des bûchers pour brûler rapidement les cadavres. En février, les villes côtières des Etats-Unis, puis l’Europe, devaient à leur tour être touchées. Mais tout devait se terminer en mai avec la découverte d’un vaccin efficace contre la souche H5N1... Comme on le voit, l’Histoire nous joue des tours : le Vietnam s’en sort et l’Amérique n’est pas (encore) touchée. Et, d’après les derniers résultats scientifiques, ce ne sont pas les oiseaux migrateurs qui sont les vrais responsables du désastre, mais plutôt le commerce des volatiles - illégal ou légal - et l’élevage en batterie. Quelle que soit l’issue du phénomène, le H5N1 aura peut-être le mérite de faire évoluer certaines méthodes de production...


                    • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 17:14

                      Je suis assez d’accord avec vous, à la réserve près que je ne suis pas sûr qu’au Vietnam ils dominent vraiment la situation ...


                      • aurelien 5 mai 2006 14:42

                        « Résultat : bientôt nous mangerons du poulet brésilien, pendant que les groupes français rameront (Gastronome, Doux et Arrivé, pour ne citer que les principaux), alors que leur produits sont sains. La double peine économique et sanitaire, en quelque sorte »

                        Bonjour, je conteste la tournure stylistique employée dans cette phrase, qui ne semble pas très partiale et objective.

                        En quoi un poulet brésilien nourri avec des ogm seraient-ils différents d’un poulet français nourri avec des ogm, en terme de qualité alimentaire ?

                        Ou plutôt pour ne pas détourner le sujet vers celui des ogm, en quoi l’adjectif « sain » employé ici peut-il qualifier les productions avicoles des entreprises que vous citez ? (car il me semble que le Brésil n’a pas eu un seul cas de grippe aviaire au jour d’aujourd’hui ! )

                        Aurélien


                        • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 5 mai 2006 15:06

                          Oui j’avoue, je me suis lâché. Mais c’est un réel problème : le Brésil a une ambition dévorante (et clairement affichée) en parts de marché mondiales, et d’ailleurs, il y a là-bas des régions où les OGM sont interdites dans l’alimentation animale, pour satisfaire la demande européenne, justement ! Je n’ai aucun intérêt chez les producteurs français, ni de sympathie particulière pour eux, mais ils représentent des milliers d’emplois en zone rurale. Il faut en tenir compte.

                          Quant au mot « sain », je l’entendais comme « exempte d’infection, au H5N1 sous-entendu », au sens « sanitaire », si vous voulez. Ouais, à part ça, les Brésiliens ont d’autres problèmes (ils n’ont pas la grippe aviaire, mais ils ont d’autres trucs, rassurez-vous). Quant à la qualité gastronomique ou dététique, c’est encore un autre problème, un peu vaste pour le cadre de nos échanges. Encore un mot flou !

                          Merci de votre remarque.


                        • aurelien 5 mai 2006 23:19

                          Bonsoir,

                          Je ne crois pas qu’une alimentation saine soit du ressort de la diététique ou de la gastronomie. Une alimentation saine prend sa source dans une agriculture saine. Qu’est-ce qu’une agriculture saine ? C’est peut-être une question fondamentale pour l’humanité à l’heure actuelle. C’est une agriculture qui permet la subsistance et un développement biologique harmonieux des êtres humains, à la base d’un développement harmonieux et global des êtres humains. Une agriculture saine est une pratique humaine d’entretien de l’espace vital nourricier dans lequel s’inscrivent les êtres humains, et non un support de déséquilibre assujetti à des modèles financiers et économiques. La vie ne se réduit pas à des échanges financiers et économiques, or c’est malheureusement ce que la conscience collective globale reflète, par le biais des relations d’intérêts entre les gouvernements de la planète.

                          Pour faire une petite parenthèse sur l’évocation que vous faites sur l’alimentation animale.

                          On veut nous faire croire, en France, qu’il n’y a actuellement aucune trace de chimères génétiques dans notre alimentation, excepté du maïs clairement identifié, alors que toujours plus d’animaux d’élevage sont nourris avec des ogm, et cela depuis quelques années déjà, dans le silence médiatique le plus complet, comme si ce que mangent les animaux qui se retrouveront dans nos assiettes était purifié ou éliminé de la chaîne alimentaire, sans aucun lien avec notre alimenation animale directe. C’est une vision totalement fausse et infondée, intenable scientifiquement et philosophiquement, de l’alimentation humaine en général. Car un aliment n’est pas un produit finalisé, ou cuisiné, qui, une fois dans notre assiette, se retrouve complètement séparé de sa chaîne de production, de culture, économique et environnementale... Manger une tomate (ou tout autre produit alimentaire) n’est pas manger une petite boule rouge rafraîchissante ayant un goût plus ou moins sucré, ayant une chair plus ou moins ferme, et contenant plus ou moins d’eau...etc Manger une tomate c’est cela mais aussi donner son argent à tel mode de culture plutôt que tel autre, favoriser tel type d’économie sous-jacente plutôt que tel autre... ce peut être un acte écologique et citoyen, tout comme ce peut être un acte politique ayant bien plus de portée qu’un bulletin de vote pré-imprimé déposé dans une urne, aussi... Manger une tomate, action toute particulière, est en fait une action ayant une portée bien plus large dont nous n’avons pas pleinement conscience et qui constitue toute l’histoire de cette petite boule rouge depuis son apparition dans un contexte et un espace particulier et toutes les intéractions liées à ce contexte et cet espace particulier qui a permis la naissance de cet élément participant à notre alimentation.

                          Pour la question des OGM, le prochain projet de loi allant être voté dans ces prochains jours en France par le parlement légalisera s’il est voté, l’impossibilité de savoir si un aliment issu d’un animal (viande, lait, oeufs...) est issu d’un élévage utilisant du fourrage, graines, ou farines génétiquement modifiés ou non pour l’alimentation des animaux. C’est-à-dire, à plus ou moins long terme, l’uniformisation complète des élévages à une agriculture basée sur le transgénique, dont on sait à qui profitent les bénéfices, certainement pas aux populations non consultées, qui se contentent à grande échelle de consommer ce qu’on leur propose selon les lois de la distribution de masse...

                          Alors, à quoi sert la grippe avaire, dans tout ça ? Ou alors, qui se sert de la grippe aviaire ? Pourquoi n’importe quel événement devrait-il servir à quelque chose ? Pourquoi devrions-nous, ou des parties devraient-elles profiter de n’importe lequel phénomène observable ? Il me semble que confondre la chose avec l’idée que l’on calque sur la chose et qui permet de l’identifier et de penser sur elle est à l’origine de la dégénerescence de la pensée, qui est fragmentée et qui est dans l’impossibilité de considérer ou plutôt de voir un problème, quel qu’il soit dasn sa totalité, créant ainsi toujours plus de solutions inadéquates et incomplètes créant à leur tour de nouveaux problèmes dans une complexité croissante.


                        • (---.---.160.169) 5 mai 2006 23:50

                          C’est quoi harmonieux ?????


                        • Aurélien (---.---.149.47) 6 mai 2006 10:18

                          Bonjour,

                          Harmonieux, le terme est vague, je le reconnais. Sans déséquilibre, complet, global ou holistique, s’occupant des zones d’ombre, un retour sur soi de l’humanité et non une fuite en avant...une redirection de l’énergie vers l’ensemble et non pas vers l’égocentrisme des individus, un vivre-ensemble et non pas un vivre de conquête ou de rapports de force... voilà tout ce que l’on pourrait contenir dans ce terme « harmonieux », sans prétendre, loin de là, à une liste exhaustive...

                          Un événement comme la grippe aviaire montre à quel point le système dans lequel nous vivons est fragile, et que des événements imprévus peuvent bousculer et déstabiliser de manière très rapide des pans entiers de la vie sociale et générer des crises de plus en plus complexes dont les « remèdes » génèrenent à leur tour de nouveaux problèmes, faute de s’attaquer au problème à la base, ce qui suppose une transformation radicale dans notre façon de penser.

                          « La grippe aviaire est une infection provoquée par des virus grippaux de type A, et en particulier les sous-types H5, H7 et H9. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle est généralement asymptomatique chez les oiseaux sauvages, mais peut devenir fortement contagieuse et entraîner une mortalité extrêmement élevée dans les élevages industriels de poulets et de dindes, d’où le nom de peste aviaire. Le virus influenzae aviaire peut parfois infecter d’autres espèces animales comme le porc et d’autres mammifères. »

                          Source : http://www.pasteur.fr/actu/presse/documentation/grippe_aviaire.html

                          Il apparaît clairement que les causes véritables de la propagation de la grippe avaire ne sont nullement les oiseaux sauvages, mais l’organisation agricole industrielle des élevages s’uniformisant à échelle mondiale.

                          Là est la véritable question et c’est cette situation qui doit être repenser. Nous voyons bien que ce modèle d’agriculture est dans une impasse.


                        • Plus Robert que Redford (---.---.117.54) 5 mai 2006 17:38

                          Salut l’Archaïque ! Je ne puis qu’abonder dans le sens de Frédéric Mahé, même en ce qui concerne les considérations sur l’élevage « Industriel » lequel apporte, avec l’aide de la filière en aval une garantie de qualité SANITAIRE sur ses productions.

                          Bien sûr que 11.000 dindes ou 250.000 poulets cloitrés dans le meme élevage, ça fat dresser les cheveux des non initiés. Mais, si tu es aussi archaique que tu veux bien le dire, tu te souviendras qu’au sortir de la seconde guerre mondiale, le budget alimentation des foyers français tournait autour des 40% des dépenses, alors qu’il navigue aujourd’hui vers les 12% ! Tous ces bons pourcents économisés sur la bouffe et réorientés vers la bagnole, ou les ipodes ou les écrans à plasma, et j’en passe, et des plus sophistiqués. N’oublie pas, cher Archaique, que c’est grace aux fantastiques gains de productivité réalisés dans l’agriculture qu’aujourd’hui tu bouffes pas cher et sain, même si les qualités gustatives ne sont plus celles d’antan !

                          Alors, comme on dit chez nous, ne tombe pas dans le syndrôme « Martine à la ferme » car avec la meilleure volonté du monde, aucun élevage extensif écologique de basse-cour ne permettra d’atteindre les volumes produits par la méchante agriculture intensive, même si, et c’est là je te l’accorde, un sérieux retour de bâton, les problèmes auxquels il faut faire face sont démultipliés par le nombre.

                          C’était pas forcément mieux âvant !..


                          • JanOks (---.---.254.173) 6 mai 2006 02:09

                            Propagange vendéano-alimentaire que tout ce fatras, il est débité avec l’énergie du bon sens de celui qui perd son job parceque son employeur subit une crise...

                            Les paysans sont devenus des agriculteurs qui sont devenus des revendeurs de multinationales agro-alimentaire et les producteurs de poulet de même. lire (entre autres) Les sillons de la colère : La malbouffe n’est pas une fatalité

                            Votre sanitaire c’est du pipeau de chat vu que même dans les hopitaux ils n’arrivent pas à stopper des proliférations bactériologiques alors dans un élevage de poulet, je rêve...

                            C’est super de bosser à la chaine pour emballer des cuisses ou des ailes de volaille, le pied on vous dit, vous pourrez payer le crédit de l’automobile et de la maison. Mais le nec plus ultra c’est d’en égorger une bonne centaine dans la journée, l’odeur vous suit même quand vous rentrez chez vous. Miam...

                            Et on en rajoute une couche, tout ça c’est les journalistes, c’est eux qui se lavent pas les pieds quand ils vont dans les élevages ou c’est tout comme. Les moineaux y sont pour rien ma bonne dame, si yavait pas les journaleux y se serait rien passé...


                            • komar (---.---.185.48) 6 mai 2006 17:21

                              pour avancer un peu dans le debat,il serait temps de prendre en compte le precedent historique de la grippe espagnole qui fit des millions de morts vers 1918,et surtout son mode de propogation.


                              • Thirqual (---.---.15.86) 7 mai 2006 04:57

                                C’est pour ça qu’un labo situé aux USA (je dis pas un labo américain à cause de la proportion moyenne d’étrangers dans leurs labos) a « recréé » ce virus pour pouvoir l’étudier (bref ils ont dû décongeler des souches gardées « au cas où »). Reste plus qu’à attendre.


                              • JLeguellec (---.---.76.68) 7 mai 2006 12:29

                                Bonjour, voici ma petite histoire à ajouter à votre excellent article. Il y a de cela 1 mois, nous avons trouvé un oiseau mort, sans blessures, vers 1h de l’après-midi sur une plage de Grimaud, dans le Var. Informé que nous étions par les nombreux reportages de la télévision, nous avons donc appellé les pompiers pour le leur signaler. 2h plus tard, toujours pas de pompier ou autre responsable sanitaire sur la plage, on rappelle donc, et là, les pompiers nous disent que c’est à la police d’intervenir... On appelle donc la police vers 3h pour leur signaler, leur dire que des enfants jouent sur cette plage, que des chiens viennent renifler le cadavre, etc... Bon, toujours rien en fin d’après midi, on décide de partir, et chance ! des gendarmes font un contrôle routier à 50m de la plage, pas pour établir un cordon sanitaire autour de la zone « contaminée », non, non, plutôt coller des PV et tout ce genre de choses qui rapportent des sou. On s’adresse à un gendarme pour lui demander s’il sait qu’un oiseau mort repose sur la plage d’à côté, non, non, il ne le savait pas, « ah, bon, monsieur le gendarme, il faudrait peut-être faire quelque chose, non ? » « Oui,oui, on va s’en occuper... » Est-ce grâce à l’intervention de ce membre des forces de l’ordres que l’oiseau disparaîtra le lendemain matin, nul ne le saura jamais. Mais au moins 6h pour faire disparaître un cadavre d’oiseau, d’une plage fréquenté par des dizaines de personnes, me fait quand même douter fortement de la dangerosité de la situation...


                                • Aurélien (---.---.150.215) 7 mai 2006 19:01

                                  Bonjour,

                                  Il m’est arrivé un événement similaire, il y a quelques temps, la veille du jour où les médias disaient qu’il fallait signaler tous les oiseaux morts.

                                  Une tourterelle, qui est un assez gros oiseau, mort en plein milieu du jardin de mes proches, sans blessure apparente, les pattes en l’air, et largement éloigné de la maison (il ne s’agissait pas d’un oiseau s’étant heurté à une vitre). Un de mes proches a appelé la mairie, qui semblait surprise d’entendre ce genre de nouvelle, et on lui fit comprendre qu’on allait se renseigner sur les démarches à suivre. La mairie rappella quelques temps après pour enfin dire qu’ils avaient contacté le centre vétérinaire s’occupant de ces cas (qui se trouve dans la région en plus), mais qu’on leur avait répondu qu’ils ne se déplaceraient pas pour un seul oiseau mort. (!) La personne de la mairie conseilla donc de se débarasser de l’oiseau en prenant des précautions.

                                  Je trouve quand même cela un peu irresponsable, en pleine crise éventuelle de grippe aviaire : quelques jours après les médias ayant signalé les premiers cas d’oiseaux sauvages morts du virus.


                                • Frédéric Mahé (---.---.42.11) 8 mai 2006 13:47

                                  Il faut savoir que cela dépend des départements, mais il y a des consignes encadrant ce ramassage. Ici, par exemple, on ramasse les oiseaux morts (d’ailleurs à peu près dans les mêmes conditions que chez vous...), mais les services officiels ont ordre de ne pas faire d’investigation « poussée » à moins de 3 oiseaux morts au même endroit (ou 5, je ne sais plus exactement).

                                  Je suis d’accord, ça prouve bien que le danger est bien perçu comme minime. C’est d’ailleurs l’écart entre la panique affichée ou supposée aux JT de 20 heures et la réalité des faits sur le terrain qui m’a posé question, d’où l’article que vous avez lu.


                                • Roland (---.---.117.42) 7 mai 2006 21:56

                                  La moindre menace sur leur bien-être paraît aux gens de notre époque tout simplement inconcevable et, pour s’en préserver, la réaction ordinaire, immédiate, est de frapper à tort et à travers, de détruire, de tuer, encore et toujours.


                                  • Jean M. (---.---.219.151) 7 mai 2006 22:22

                                    Voici un autre avis sur les elevages industriels...

                                    Celui de Grain, une organisation canadienne non gouvernementale (ONG) dont le but est de promouvoir la gestion et l’utilisation durables de la biodiversité agricole.

                                    Le rapport de GRAIN (ONG, Canada) montre le rôle central de l’industrie de la volaille dans la crise de la grippe aviaire.

                                    "Les petits élevages avicoles et les oiseaux sauvages sont injustement rendus responsables de la grippe aviaire qui affecte actuellement plusieurs parties du monde. Un nouveau rapport de GRAIN montre comment l’industrie avicole multinationale est à l’origine du problème et devrait être au centre des actions menées pour maîtriser le virus. L’expansion de la production avicole industrielle et des réseaux commerciaux ont créé les conditions idéales à l’apparition et à la transmission de virus mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une fois qu’ils ont pénétré dans les élevages industriels surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir mortels et se développer. L’air vicié par la charge virale est transporté sur des kilomètres à partir des fermes infectées, pendant que les réseaux d’échanges commerciaux intégrés répandent la maladie par les nombreux transports d’oiseaux vivants, de poussins d’un jour, de viande, de plumes, d’oufs à couver, d’oeufs, de fumier de volaille et d’alimentation animale.

                                    « Tout le monde se focalise sur les oiseaux migrateurs et les poulets de basse-cour comme étant le problème, » indique Devlin Kuyek de GRAIN. « Mais ils ne sont pas les vecteurs effectifs de la forme fortement pathogène de la grippe aviaire. Le virus les tue, mais il est peu probable que ce soit eux qui le propagent. »

                                    Par exemple, en Malaisie, le taux de mortalité par le H5N1 chez les poulets des villages est seulement de 5%, indiquant que le virus a du mal à se propager dans les petits élevages de poulets. Les manifestations de H5N1 au Laos, qui est entouré par des pays infectés, se sont seulement produites dans quelques fermes industrielles du pays, qui sont fournies par des établissements d’incubation Thai. Les seuls cas de grippe aviaire dans la volaille de basse-cour, qui couvre plus de 90% de la production du Laos, se sont produits à côté des fermes industrielles. Les gouvernements des pays de l’Union Européenne ont répondu à la découverte des cygnes, des oies et des canards morts infectés avec des mesures sévères obligeant à l’enfermement des volailles.

                                    Maintenant, ils sont bien embêtés car la première et seule manifestation significative de contamination de volaille domestique s’est déclarée dans un gros élevage industriel de dindes en France, où les 11 000 volatiles étaient confinés, totalement séparés des oiseaux sauvages. « Il apparaît de plus en plus évident, comme on l’a vu aux Pays-Bas en 2003, au Japon en 2004, en Egypte en 2006, que la grippe aviaire mortelle se déclare dans les grosses fermes industrielles et qu’ensuite elle se propage, » explique Kuyek.

                                    Le cas de contamination nigérianne qui s’est déclaré au début de l’année a commencé par une seule ferme industrielle, appartenant à un membre du Conseil des Ministres, éloignée des axes principaux de déplacements des oiseaux migrateurs mais elle était connue pour importer des oeufs à couver hors réglementation. En Inde, les autorités locales indiquent que le virus H5N1 est apparu et s’est répandu à partir d’une ferme industrielle appartenant à la plus grande compagnie avicole du pays, les couvoirs Venkateshwara.

                                    La question cruciale est de savoir pourquoi les gouvernements et les agences internationales, comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ne font rien pour enquêter sur la manière dont les fermes industrielles et leurs sous-produits, tels que l’alimentation animale et le fumier, propagent le virus. Au lieu de cela, ils se servent de la crise comme une occasion d’industrialiser davantage le secteur avicole. Les initiatives se multiplient pour interdire la volaille en plein air, pour évincer les petits producteurs et pour réapprovisionner les fermes avec des poulets génétiquement modifiés. Le réseau de complicités avec une industrie prise dans une série de dénis et de dissimulations semble total.

                                    « Les agriculteurs perdent leurs moyens d’existence, les poulets locaux sont éliminés et quelques experts déclarent que nous sommes à l’aube d’une épidémie humaine qui pourrait tuer des millions de personnes, » conclut Kuyek. « Quand les gouvernements réaliseront-ils que pour protéger la volaille et les personnes contre la grippe aviaire, ils doivent les protéger contre l’industrie avicole mondiale ? »"

                                    * * * Le rapport entier, plus complet et interessant, « Qui est le dindon de la farce ? Le rôle central de l’industrie avicole dans la crise de la grippe aviaire », est disponible sur le site http://www.grain.org/briefings/?id=195 /www.grain.org/briefings/?id=195>


                                    • (---.---.97.112) 7 mai 2006 23:11

                                      Sans parler des problèmes de défense immunologique naturelle des oiseaux élevés en batterie...


                                    • aurelien 8 mai 2006 13:09

                                      Effectivement,

                                      une petite vidéo révélatrice :

                                      Cabale aviaire proposée par Michel_G :

                                      http://www.dailymotion.com/Michel_G/video/136770

                                      Bonne journée,

                                      Aurélien


                                    • Frédéric Mahé (---.---.42.11) 8 mai 2006 14:05

                                      Hélas, c’est vrai que la première victime en France c’est l’élevage « label », où les animaux doivent avoir un espace de liberté pour marcher par eux-mêmes. C’est vrai que les filières industrialisées peuvent profiter de l’occasion pour asseoir leur puissance (encore que...).

                                      Mais ne nous trompons pas : le virus n’est pas créé par les élevages industriels. Il s’y propage différemment, et il y est détecté plus précocément, c’est tout. En zone « peu développée », il peut créer des ravages sans être « détecté » (c’est-à-dire : sans attirer l’attention des autorités du pays concerné, ni de réactions sanitaires efficaces). Ajoutez à ça les circulations humaines inter-élevages et l’introduction d’animaux non filtrés d’origine...euh... peu renseignée, et c’est la catastrophe.

                                      Une aide aux zones peu développées (« traditionnelles ») serait plus intéressante, car elle sauverait les animaux et les structures sociales et agricoles locales, et préserverait l’indépendance alimentaire des populations : par exemple, vaccination, éducation, mise en place de techniques sanitaires simples et peu coûteuses. Mais est-ce que c’est cela qu’on cherche vraiment ? Alors on envoie du Tamiflu et des masques, et pour leur ration de protéines, on leur en vendra congelée, pourquoi s’embêter ?

                                      Je crois que la véritable opposition dans cette affaire, ce n’est pas « les industriels contre le peuple », ni même « les artificiels contre la Nature », mais bien « les riches contre les pauvres ».


                                    • Démosthène (---.---.32.39) 8 mai 2006 14:53

                                      Salut, Cet article de GRAIN a au moins le mérite de mettre en valeur ce qui doit vraiment faire peur : les manipulations dont « on » est victime dans le but avoué d’établir des monopoles et des dépendences. Il suffit de se rappeler la question « Qui bono ? » A qui profite le crime, et la solution apparait limpide et évidente. @+


                                    • Jean M. (---.---.151.9) 8 mai 2006 16:17

                                      >>Mais ne nous trompons pas : le virus n’est pas créé par les élevages industriels.

                                      ...c’est la que Grain n’est pas nécessairement d’accord avec vous. Dans la version longue du document, ils citent le cas de la maladie dite de Newcastle :

                                      « [..]Une forme très bénigne de virus de la peste aviaire est présente dans tous les Etats (Australiens). Ce qui signifie que la souche ne peut muter en une forme virulente ; elle ne constitue donc aucune menace pour les oiseaux. Les foyers de maladie existant sur le continent entre 1998 et 2002 ont été provoqués par la mutation d’une souche endémique bénigne (connue sous le nom de Peats Ridge 1998) en une souche virulente du virus. Tous les preuves disponibles montrent que, pour qu’une telle mutation se fasse, il faut un grand nombre d’oiseaux dans une petite zone pour « générer » le processus de mutation du virus. En termes simples, un petit nombre d’oiseaux ne peut pas générer assez de virus pour déclencher le processus de mutation. >>

                                      Dans ce cas c’est justement la concentration qui est la cause de l’émergence de la maladie sous sa forme virulente.

                                      Je ne suis pas biologiste mais je trouve ça parfaitement comprehensible ; concentrez de la nourriture dans un endroit , amenez quelques prédateurs, ils vont se mettre à pulluler. Dans le cas de virus ou les cycles sont beaucoup plus rapides, les mutations vont en plus trouver un terrain favorable pour accélerer le processus et créer la masse critique pour permettre une dissémination...


                                    • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 8 mai 2006 19:49

                                      Oui, j’ai bien vu qu’ils ne sont pas d’accord avec moi !!!

                                      Je m’excuse de rentrer dans la technique, mais en fait nous avons un peu tous les deux raison : un virus n’est pas un prédateur, mais un parasite, qui force la cellule infectée à le reproduire, un peu comme un pirate de l’air détourne un avion vers la destination de son choix. La « mutation » du virus survient quand la cellule fait une erreur de retranscription du modèle (l’ADN) du virus, et produit un virus « raté ». Un virus muté est donc un virus mal copié, en quelque sorte. Si deux virus voisins coexistent chez le même animal, il existe même une chance pour leurs deux ADN soient « mixés » dans une copie erronnée.

                                      Deux conséquences :

                                      - de très nombreuses mutations donnent « naissance » à des virus complètement nuls, qui ne font rien du tout, ou une maladie bénigne, en fait l’immense majorité. Seuls surnagent les nouveaux virus plus résistants, plus invasifs. Il n’y en a pas beaucoup, mais sur le nombre, les chances d’obtenir un « super-méchant » ne sont pas négligeables. Les probabilités sont de toute façon faibles, mais fatalement, il peut survenir un virus très pathogène pour l’Homme. Il peut aussi survenir par la même filière un virus très pathogène pour l’Hippopotame ou l’Ornithorhynque, ou encore un virus qui ne provoquerait pas de maladie, et vaccinerait naturellement les humains contre la grippe annuelle !

                                      - plus il y a de cellules disponibles pour le virus, plus les risques de mutation augmentent en nombre, de façon arithmétique. Et donc, plus il y a d’animaux exposés au même endroit, plus les occasions augmentent. Ceci dit, 1 mutation sur 10 000 000 réplications (=1 poulet), et dans ces mutaions, 1 sur 1 000 000 qui est dangereuse, par rapport à 200 000 poulets enfermés, le risque finit par être toujours fatal, mais pratiquement : très faible.

                                      Grain a donc raison de souligner le risque lié à la surpopulation, mais il n’est pour moi pas un risque majeur dans la mutation du virus

                                      Je vous rappelle que tous les ans, cette loterie génétique des virus grippaux est relancée, et que notre grippe banale en est le produit, les réservoirs de virus étant soit le porc, soit les oiseaux.

                                      Mettez d’un côté les épidémies grippales depuis, mettons, 1918 (H1N1, la grippe « espagnole », en fait repérée d’abord aux USA en 1917) et de l’autre l’extension des élevages industriels, avicoles et même porcins (mettons, depuis 1960), vous verrez que ça n’a pas l’air lié (je suis prudent, en épidémiologie, il vaut mieux).

                                      L’industrie à outrance est déjà responsable de pas mal d’inconvénients sans qu’on la charge avec des maux dont elle ne fait que pâtir, comme les autres.


                                    • Frédéric Mahé Frédéric Mahé 8 mai 2006 19:53

                                      Suite et fin de mon commentaire : ça n’empêche pas que l’élevage industriel soit un lieu d’enjeux de pouvoir, comme tout domaine humain, et que certains en profitent au passage, je suis bien d’accord.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès