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Accueil du site > Actualités > Société > A vot’ bon coeur…

A vot’ bon coeur…

Frileux, le mercure se rétracte pour rejoindre la petite boule au bas du thermomètre. Oscar (?) se recroqueville dans son sac de couchage, en regardant les lumières de la ville en fête.

Le journal de L’Echo du 8 décembre titrait : "Près d’un Belge sur trois est très à l’aise financièrement". 31% déclarent posséder plus de 50 000 euros en dehors des biens immobiliers. Est-ce l’opulence chez tous ces Belges ?

D’après les dernières statistiques, 15% de la population se retrouve en dessous du seuil de la pauvreté.

"Faire la manche" pour simplement vivre, serait-ce donc l’exception qui confirmerait la règle ?

Ce serait se tromper sur toute la ligne. Si le problème n’apparaît pas pendant les douces journées de la belle saison, en hiver, avec ses nuits gelées, il éclate dans toute sa crudité, avec les "sans abris", les SDF, qui, dans les situations extrêmes de froid, vivent ou survivent à la corde de l’acceptation humaine. Les pouvoirs publics et les populations bien nanties sont horrifiés lorsque, un matin, l’un d’entre eux n’a pu supporter le froid et a passé. Pourtant, squatter un immeuble inoccupé n’est plus considéré comme un délit. L’insalubrité des lieux pousse parfois les autorités à déclarer une habitation de fortune inhabitable, mais cela renvoie les sans abri une fois de plus dans la rue et dans la précarité. S’il est naturel pour les autorités de réagir dans ces cas-là, une mesure accompagnatrice pour replacer ces gens pourrait être imaginée par le ministère de l’Intégration sociale.

Le Tiers-Monde a été rejoint par un Quart-Monde dans ses difficultés. De nouvelles "recrues", dans ce monde mis à l’écart, sont venues grossir les rangs des anciennes : ce sont ceux qui ont connu un "avant", et qui, à la suite d’une perte d’emploi, ont progressivement tout perdu, sans espoir de retour en arrière.

Une fois à la rue, retrouver un emploi est quasi impossible en raison de la question de l’adresse sur le questionnaire d’embauche. Pas de travail, pas de logis, et vice versa.

La phrase lancée par les "bien dans leurs chaussures", qui était souvent : "T’as qu’à travailler", n’a vraiment plus droit de cité. La fable de La Fontaine, "La cigale et la fourmi", que certains voudraient prendre comme argument, n’est pas plus qu’une fable, quand le salaire ne dépasse pas le minimum. Chacun n’a pas eu la chance qu’il aurait espérée d’entrer dans le jeu de la vie. Et de plus, la pub pousse le subconscient à participer au mouvement général pour ne pas sombrer dans l’exception. La famille, la santé, la tête bien faite et bien pleine sont des chances distribuées avec parcimonie par le destin. Il existe, bien sûr, "Les restos du coeur", les CPAS et les autres organismes qui offrent leurs services généreux, mais, un peu comme la biche habituée du fond des bois et qui ne s’approche des endroits plus habités qu’en cas d’extrême difficulté due au froid intense, le SDF ne viendra pas très vite.

A Noël, période des cadeaux, les esprits généreux se réveillent et proposent les colis les plus divers pour se donner bonne conscience. Mais comme ce n’est pas facile de se mettre dans la peau de l’autre, certains éléments de ces colis alimentaires, donnés à partir d’une bonne intention, des pâtes par exemple, n’auront d’intérêt, cela saute aux yeux, que si, et seulement si, on dispose de réchaud et de la batterie de cuisine habituelle. Souvent, le seul moment heureux commence alors avec une bouteille de bière dans la main. Ce moment de "perversité" ajoute encore une couche de "protection anti-pauvre" (non vendue dans le commerce) et de rejet des autres.

Serions-nous, têtes pensantes, tentés de retrouver dans cet état de choses une "sélection naturelle", telle qu’elle se présente dans le régime animal ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce serait très peu humain, et ma morale me dit que nous devrions être enfin sortis du bois en ces jours de haute technicité.

La vie est dure pour tout le monde (sic) !

Une "concurrence" étrangère à ces SDF est apparue dans nos villes, en provenance de l’Est. La situation est certes moins claire en ce qui concerne les buts à atteindre dans ce cas. Je n’ai jamais pu le constater de visu, mais ces nouveaux pauvres ne seraient, si l’on suit ceux qui dénoncent le phénomène, que le sommet de l’iceberg d’un trafic de racolage de la pitié des gens, mais qui profiterait surtout au côté obscur de ce "travail". La journée faite, la Mercedes récolterait les ouailles et les entrées réalisées. Nous serions dès lors face à un remake du procédé "Sans famille" d’Hector Malot.

Dans quelques grandes villes, une initiative heureuse a lieu depuis quelques années avant la Noël. De jeunes figaros coiffent les sans-abris gratuitement. Ils apprennent leur métier et offrent leur écoute, dans ce confessionnal improvisé. À la sortie, à les entendre, il est manifeste que, de part et d’autre, le donnant-donnant a fonctionné.

Le curé des Marolles de Bruxelles a eu l’occasion de s’expliquer sur ce qu’il vit tous les jours dans un interview très éloquente.

Être pauvre, c’est toujours la galère, et pas du tout "la croisière s’amuse" !

Je reconnais que j’ai eu un peu de chance dans la vie. J’en profite sans honte, mais je reste lucide, et je peux en tirer des conclusions sur les actions à entreprendre et sur une attitude ad hoc.

Alors, "Bonne année" et une petite pièce, ou peut-être une galette au chocolat, M’sieur Dame ?

" La plus grande violence que les hommes s’infligent entre-eux est la misère ; qui, au delà de la pauvreté, plonge une partie de l’humanité dans l’inexistence", anonyme

"La pauvreté, on s’en remet. La misère, c’est cette chose atroce, qui coupe les jambes et la tête. La misère, elle, est tragique.", Michel Ragon

"Le pauvre devine ce que donne la richesse, le riche ne sait ce que signifie la pauvreté", Proverbe chinois


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1 réactions à cet article    


  • fabien (---.---.126.4) 30 décembre 2005 11:18

    Heureusement qu’il y a les SDFs, les pauvres et les malheureux. Sinon, les BOBOs ne pourraient plus se sustenter en rachat pour toutes les petites vacheries qu’ils font dans leur quotidien. Merci les malheureux, on pense à vous, et grâce à vous, nous éviterons l’enfer.

    Le social c’est une affaire d’Etat. Et que les pourris bien pensant trouvent autre chose pour racheter leurs péchés. Le refus de la société est un droit, et, n’en déplaise aux chasseurs et propriétaires terriens, la terre, les pays, rien ne nous appartient. Alors si l’on choisit de vivre en Belgique, en France où n’importe où, en ne possédant rien, seulement des richesses de la nature, là on se heurte à des Lobis nationaux. Que les états aide les pauvres, qu’il leur laisse la possibilité de vivre comme ils l’entende. Ce que nous les bourgeois percevons comme pauvreté, s’appelle aussi liberté. Seulement la liberté contrôlée, conduit à ce que les pauvres meurent de froid et de faim, été comme hiver.

    La critique est facile, mais l’art est difficile. Voici de vrais idées pour aider les SDFs :

    - Ne pas rouler en 4x4 - Ne pas posséder de Paquebot perso (genre Fosea, surtout quand on est de gauche) - Trier ses déchets - Marcher plutôt que de rouler quand C possible - Développer les déchetteries

    Bref, ne plus consommer la planète pour en laisser aux autres.

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