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Abécédaire intimiste de Moscou (4) - G comme Gens, V comme Voitures et embouteillages

Après B comme Bains, Bolchoi, Boutiques et By Night, nous sautons jusqu’à la lettre V pour nous intéresser aux Moscovites quand ils ont deux jambes et quand ils ont quatre roues.

G comme GENS

Les Moscovites, dans la rue
, sont très, très sérieux, voire renfrognés. S’il vous arrive un incident, débrouillez-vous ! On ne vous aidera pas spontanément si vous glissez sur une plaque de verglas ou si on vous voit chercher votre chemin. Mais si vous demandez de l’aide, non seulement on ne vous la refusera pas mais elle sera efficace. Par contre, avoir un sourire ou la complaisance spontanée d’un passant, d’une employée de poste, d’une vendeuse ou même d’une serveuse est un cadeau rare. On ne se relève pas en un jour du système soviétique. Le rude climat continental y est peut-être pour quelque chose. La vie quotidienne moscovite est sérieuse mais il en va tout autrement dans les fêtes, souvent exubérantes. Les Moscovites rencontrés ont été accueillants ou indifférents à notre nationalité de Français mais jamais hostiles.

Les jeunes filles sont jolies et élégantes avec leurs bottes aux talons aiguilles improbables par neige comme par verglas. On est très « habillé » à Moscou, même quand les conditions météorologiques sont difficiles. Il est inconcevable de ne pas l’être pour sortir. Ne partez pas à Moscou l’hiver avec votre vieille doudoune et vos après-ski éculés, vous ne donneriez pas une bonne image. Les jeunes filles ne sont pas aussi fines et racées que leurs homologues de Saint-Pétersbourg mais elles sont le plus souvent minces, l’obésité des jeunes est encore presqu’inconnue. Elles sont vêtues dans le style H&M, Zara ou Esprit et scotchées à leur téléphone portable tout autant qu’en France, les jeunes gens n’étant pas en reste. Les samedis, on rencontre des bandes d’allure inquiétante par leur nombre et les bouteilles de bière qu’ils tiennent à la main. Ils n’ont pourtant pas d’intentions mauvaises, ce sont tout simplement des jeunes, heureux d’être ensemble, qui n’ont pas les moyens de s’offrir l’abri d’un café et qui s’approprient donc les parcs et les recoins tranquilles



Les babouchkas
ressemblent à nos grand-mères d’antan. Elles sont corpulentes à force d’avoir fait de durs travaux sans avoir le temps de s’occuper d’elles et de manger autre chose que des nourritures roboratives. L’hiver, elles arborent de gros bonnets tricotés sans grâce, mais elles parent leurs petits-enfants de jolis bonnets tricotés, eux, dans de tendres ou vives couleurs avec l’écharpe assortie. Plusieurs d’entre elles constituent un témoignage vivant du dysfonctionnement des retraites. Elles travaillent et de tout leur cœur jusqu’à un âge très avancé, soixante-dix, quatre-vingts, c’est difficile de leur donner un âge. Il y a quelques mois au cœur de Moscou, on voyait encore beaucoup de babouchkas campagnardes qui vendaient quelques produits de leur jardin ou des écharpes et des moufles tricotés voire des lacets ou des couverts de pacotille imitant la belle argenterie. Les chantiers et les rénovations ont sans doute chassé ces babouchkas.

On ne peut pas ne pas remarquer qu’il y a là un grand problème au milieu de la course à la prospérité.

Les fumeurs : « fumer une clope », c’est un sport national pour jeunes et vieux. Quelle que soit la météo et tant pis s’il gèle à pierre fendre, on sort périodiquement des ateliers, des écoles et des bureaux pour en « griller une » comme cela se voit maintenant en France. Mais comme en France actuellement, ces assemblées de fumeurs sont conviviales et joyeuses. A nous touristes, elles donnent l’occasion de côtoyer des groupes d’employés, de gardes et de grands écoliers, bref des gens classés par catégorie que nous ne voyons que mélangés dans les rues.

Un groupe d’hommes russes est une assemblée massive en comparaison de laquelle un groupe français paraît bien fluet.

Les beaux immeubles et les bureaux sont tous surveillés par des gardes impassibles. Il y en a qui passent leur journée en surveillance à l’extérieur dans la chaleur continentale de l’été ou la froidure de l’hiver. Ce sont les plus enragés des grilleurs de cigarettes, seule fantaisie à leur portée !

Les deux attentes des Moscovites paraissent être l’accession à la propriété et le maintien de l’ordre qui favorise la vie économique. Les Russes ont été très pauvres, brimés par une vie communautaire plutôt subie que choisie. Cela ne fait qu’une dizaine d’années qu’ils ont renoué avec la liberté et des conditions de vie moins misérables. Aujourd’hui, ils aspirent à posséder et à jouir. Plus tard, sans doute, auront-ils envie de plus de démocratie, mais maintenant, ils sont heureux d’aller et venir à leur guise et de commencer à posséder des biens.

Néanmoins pour les petites gens, la vie est encore dure. Les horaires de travail sont lourds. Pour beaucoup, c’est toujours « marche ou crève » ce qui rend les gens âpres mais aussi débrouillards, l’assistanat n’existant pas. Mais si l’on observe les gens que l’on connaît et qu’on les rencontre à quelques mois d’intervalle, on voit que les situations progressent. Ce qui, à notre point de vue, est frappant quand l’argent rentre, c’est que le premier réflexe ne semble pas être l’épargne ou la constitution d’une retraite mais bien la satisfaction immédiate, compréhensible après tant et tant de décennies de privations et de misère. Comment réagissions-nous au lendemain de la guerre ?

Culture et musique

Les Moscovites, même ceux des couches très moyennes de la population, sont cultivés et s’intéressent aux arts. La musique tient une grande place. Les enfants ont très souvent une éducation musicale. Les salles de spectacles sont très fréquentées.

Une bonne russe peut tout à fait inciter sa patronne française à aller voir une pièce de Dostoïevski qu’elle a elle-même a appréciée. C’est un conseil qu’elle ne donnerait peut-être pas à sa patronne russe, beaucoup plus formaliste sur la différence entre les « classes ». Il y a des idées communistes qui subsistent et d’autres où nous Français sommes sidérés par leur renversement rapide.

Les Moscovites sont vraiment des Russes Blancs ! Rencontrer un Noir à Moscou est très exotique et sa couleur n’est pas très bien vue. Les Blancs dominent et de loin, suivi par les travailleurs de type asiatique ou à peau foncée provenant des autres républiques. Le Russe n’est pas franchement enthousiasmé par le mélange multiracial. Quelques uns disent même que c’est un grand service que la Russie a rendu à l’Europe puisqu’elle a contenu les hordes mongoles et l’immigration asiatique. Débarquer de Paris ou de Londres à Moscou est à cet égard surprenant.

Expatriés

Leur durée de séjour moyenne est de 3 à 5 ans. En général, ils se plaisent à Moscou surtout si la société qui les emploie comme cadres fait de bonnes affaires puisque cela se répercute sur le confort de vie et d’installation. C’est surtout vrai pour les sociétés qui ont flairé le renouveau et pris le risque de s’installer en Russe dès les années 90. Les Russes sont attachés aux marques et en particulier aux marques étrangères qui sont venues s’installer sans attendre, dès le début du boum économique, et ont fait leurs preuves.

V comme VOITURES et Embouteillages


L’image de voitures de plus en plus nombreuses et de plus en plus neuves et belles, déjà entrevue au sortir de l’aéroport, se confirme : voitures des classes moyennes, voitures très reconnaissables des nouveaux riches. On voit de magnifiques limousines aux vitres noires comme dans nos romans d’espionnage, des 4x4 gigantesques et rutilants, toutes radios allumées. Très curieusement, ces belles voitures ne semblent pas provoquer de révolte chez les prolétaires qui les voient passer mais plutôt de l’amusement. Avoir une plaque avec le chiffre 7 est le summum, je n’ose imaginer les intrigues pour en décrocher une. A Shanghaï ou à Pékin, on retrouve le même engouement pour les chiffres porte-bonheur. Les camions et les vieux cars brinquebalants qui étaient encore de moitié dans la course, il y a quelques mois, font figure du passé. La conduite est sportive, à l’intimidation, et le reflexe sécuritaire n’est que très embryonnaire.

Les taxis sont pratiques mais souvent les vieilles Ladas noires n’ont pas de compteur. Il est prudent de choisir une voiture avec compteur et de discuter, avec fermeté et à l’avance, le prix de la course.

La voirie de Moscou est bonne avec des ornières inévitables à la sortie de l’hiver. Le déneigement est très bien organisé. Néanmoins, les matins d’hiver sont rudes pour les automobilistes. Ils découvrent leur voiture enfouie sous une couche de neige fraîche et sont obligés de zigzaguer le long des congères, dans une ville à embouteillages chroniques.

Les embouteillages sont actuellement la plaie de la circulation moscovite. Tout y contribue, le nombre de voitures en constante augmentation, quelque peu les déplacements des officiels et surtout les innombrables chantiers de construction des nouvelles stations de métro, des nouveaux immeubles et centres commerciaux. Il faut avoir le plan de la ville en tête et trouver rapidement l’itinéraire bis de contournement. Pour prendre son avion, mieux vaut prévoir une marge d’avance.

Le plan de Moscou est très lisible comme celui des quatre périphériques qui l’entourent sous forme d’anneaux concentriques. Une très jolie formule dit que Moscou est comme un caillou jeté dans l’eau qui fait des « ronds ». Cette disposition repose peut-être sur une symbolique, l’anneau étant un très vieux talisman russe. Les quartiers sont bien différenciés les uns des autres, nichés à l’intérieur des différentes ceintures.

La première ceinture qui enserre le Kremlin et Kitaï –Gorod est celle des « boulevards » (9km), puis vient la ceinture des » jardins », en troisième lieu celle qui marque le début de la nouvelle ville et enfin la grande rocade de 110 km qui marque les limites de la ville.

Dès que l’on sort de la ville, commencent les premières datcha et les premières publicités de programmes immobiliers de résidences, pardon de datcha, secondaires. Encore plus loin, dans la campagne et la forêt, apparaissent les premiers villages, villages- rues, bordés d’isba où, fait curieux pour nous, les conduites de gaz sont en hauteur et non pas enterrées.

Les autoroutes et grandes routes ressemblent aux nôtres avec une bonne signalisation. Il en va tout autrement pour les petites routes de campagne qui ne sont souvent que de simples pistes avec peu ou pas de signalétique. On peut s’égarer très facilement dans ces paysages uniformes de forêts ou de plaines immenses qui font irrésistiblement penser à la retraite de Russie dès la première neige.

Au bord des grandes routes et même de l’autoroute, on trouve de petits marchands : des vendeurs de grandes peluches ou de prianik, brioche traditionnelle qui peut prendre la forme d’une fleur ou d’un papillon, ou d’autres, plus insolites pour nous Français, comme des ouvriers d’usine obligés d’écouler eux-mêmes leur production de verrerie.


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6 réactions à cet article    


  • Senatus populusque (Courouve) Courouve 24 mai 2008 11:18

    Il existe un auto stop payant assez efficace à Moscou. Ils appelent cela les "gypsy cars".


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 24 mai 2008 13:57

      Bonjour,

      Comme toujours, très sympathique cet abécédaire Moscovite smiley

      Pour en revenir à la question des gens de couleur en Russie, j’ai l’impression que les occidentaux en font une fixette défiant toute rationalité. J’en veux pour preuve la polémique qu’il y avait eu peu de temps avant la finale de Coupe de l’UEFA entre le Zénit(h) Saint-Pétersbourg et le Glasgow Rangers. Polémique trouvant sa source dans le fait qu’il n’y avait pas de noirs dans l’équipe ! Comme si 1) c’était une obligation d’en avoir 2) on ignorait que la Russie n’a que fort rarement eu des liens ténus avec le continent Africain. En revanche, comme vous le soulignez, l’immigration provient plus nettement des pays du Caucase, d’Asie Centrale, voire de la Chine.

      Et concernant le reste, j’ai retrouvé beaucoup de mon expérience personnelle dans ce que vous décrivez smiley

      Cordialement


      • Proudhon Proudhon 24 mai 2008 19:12

        Vous dites après avoir parler du manque de sourir des moscovites, "On ne se relève pas en un jour du système soviétique.". C’est un peu trop facile comme jugement. Car les moscovites, d’ailleur les russes en général, font surtout la gueule depuis que le système a changé et qu’ils sont obligé de bosser pour des clopinettes. C’est ça la réalité du nouveau système post-soviétique. Demandez leur avis à ceux qui ont connu les russes avant  ?

        Je suis allé en Russie en Août 2007 et j’ai constaté en effet que le peuple russe n’était plus sympas comme avant. Mais comme le disait le guide, quand vous bossez dans de sales conditions et que vous êtes payé au lance-pierre, vous avez pas envie de sourire. J’ai vu des grand-mères faire les pubelles pour bouffer, des clochards à côté des limousines. Ca vous rappel rien comme système ?

        Les russes ont peut-être gagné la liberté, mais quelle liberté ?

         


        • Gasty Gasty 24 mai 2008 19:34

          Sympathique abécédaire, merci pour ce voyage.


          • jaja jaja 24 mai 2008 20:01

            @ l’auteur et à Proudhon, "Les Russes ont été très pauvres, brimés par une vie communautaire plutôt subie que choisie."

            Ayant connu l’Union soviétique je suis toujours effaré lorsque l’on prétend en faire le bilan en Occident...

            Quelle fut la réalité du système soviétique serait un très bon thème d’article sur Avox...

            N’en déplaise à certains, l’URSS était une société de classes où le visiteur étranger ne pouvait approcher les ouvriers (misérables) que de très loin... Il était plus facile de se faire "bourrer le mou" par ceux qui profitaient du système, ces "nomenklaturistes" pourvus de bons salaires, de logements spacieux, (9 m2, par personne pour les familles ouvrières, maximum autorisé dans les années 80) de datchas, de personnel de service, de restaurants et de magasins réservés, d’écoles spéciales pour leurs enfants (qui sont devenus les nouveaux capitalistes de la Russie "moderne") etc...

            Ces gens vivaient entre eux et n’avaient pratiquement aucun contact avec le peuple russe qu’ils méprisaient profondément... en privé bien sûr...

            Le pouvoir ouvrier était une fiction en URSS. Ces derniers, non sans humour, affirmaient " Les usines sont à nous, les produits sont à "eux".."

            Savoir ce que fut réellement ce système d’exploitation de l’homme par l’homme, que l’on peut qualifier de capitalisme d’État, est d’une importance capitale pour tous ceux qui veulent radicalement transformer la société au profit de celles et ceux qui ont été exploités de tout temps et par tous les systèmes.

            Pour ne pas répéter la même tragédie...

            Quand à la vie communnautaire... chez les pauvres c’était la promiscuité avec malgré tout une grande solidarité et quand à l’égalité n’en parlons pas. Moyenne des salaires ouvriers 100 roubles, toujours dans les années 80, (insuffisant pour faire vivre dignement une famille) alors que les plus hauts dirigeants vivaient comme des milliardaires (Eh oui...)....


            • Proudhon Proudhon 31 mai 2008 17:44

              Justement vous qui dites avoir connu l’Union Soviétique avant, répondez à la question.

              Les russes (le peuple) n’étaient pas plus souriant avant ????

              Quand au privilégiés, je rigole. Les privilèges sont le fait de tous les systèmes et le système capitaliste est numéro un en la matière. Alors les leçons !

              Je ne sais pas si par hasard vous êtes chez Free mais si oui, allez voir une vidéo personnelle sur la Roumanie dans (Vidéo perso - page 3 je crois). Là vous verrez des témoignages du petit peuple qui a vu ses conditions d’existence se détériorées depuis le changement de système.

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