• vendredi 18 avril 2014
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
  Accueil du site > Actualités > Société > Absence de limite et échec de l’Ecole
16%
D'accord avec l'article ?
 
84%
(13 votes) Votez cet article

Absence de limite et échec de l’Ecole

Le travail est une limite à l’amusement ou au loisir.
Le silence est une limite à la parole.
Se coucher ou aller au lit, est une limite à la veille.
Rester assis, est une limite au mouvement et à la marche.
La politesse est une limite, ou un encadrement de la liberté, de la parole et du geste.
Prendre des repas équilibrés à heure fixe, est une limite et un encadrement de la faim et de la gourmandise.
Le jeu est une limite au travail et au sérieux, comme le travail et le sérieux sont une limite au jeu.
On pourrait multiplier les exemples...

Il y a une quarantaine d’année s’est mis en place un principe libertaire « Il est interdit d’interdire » qui s’est imposé comme une évidence et qui a influencé toute la société et fait surtout sauter le dernier verrou de la consommation. Avec les enfants, on ne marchait pas vers plus de république, mais vers la monarchie de l’Enfant Roi !

La tendance s’est très vite fait sentir à l’école... L’école se transformait en lieu de vie et en ère de jeu, où on réussissait pour la première fois dans l’histoire, à marier jeu, apprentissage et compétences. On peut se demander, sans trop ironiser, comment les générations qui nous ont précédés, n’y avaient pas pensé...Il existait toujours une "approche pédagogique" plus ludique que la précédente. On rivalisait dans la forme, souvent d’ailleurs au détriment du fond, en inventions de tous genres qui plaisaient tant aux inspections ! Les inspecteurs voulaient des classes très"vivantes", quel que soit le prix...

Depuis certaines classes sont devenues tellement "vivantes" que l’on y "meure"... Maintenant, au stade où nous sommes , pédagogie ludique ou pas, les élèves vous font sentir ou vous disent carrément que vous les emmerdez ! Il est certain que dans la course à "l’intéressant et au vivant", les cours ou les activités, quelles que soient les pédagogies mises en oeuvre, ne présenteront jamais l’intérêt des contenus des MP3 et des consoles de jeux. Le piège était là, dans l’enthousiasme des lendemains meilleurs, on n’a pas su l’éviter. On en est maintenant à proposer une forme de rémunération pour maintenir l’élève dans la classe. Il faudra probablement prévoir une prime pour qu’il reste assis !

Vouloir des classes "vivantes" et des "pédagogies "ludiques", revenait, en fait, à jouer sur toutes les limites du cadre de l’élève, en les brouillant et en les estompant puis en les gommant jusqu’à les faire disparaître. La véritable innovation, tapie et déguisée, était là. Les enfants perdaient en même temps tout repérage normatif. Sans nous en rendre compte, nous étions en train de creuser les avenues des problèmes actuels, tout en encourageant les parents à faire de même à la maison.

"En une génération, nous avons vu émerger dans les consultations, des parents qui ne s’autorisent plus à dire “Non” à leurs enfants, non pas un “Non” qui seulement interdit, mais un “Non” qui, du fait d’interdire, autorise et ouvre à du possible. En revanche, ils se voient de plus en plus mis à mal du fait de ne pouvoir être des pourvoyeurs pour leurs enfants. Le tableau est sans aucune trace d’antécédent dans l’Histoire, et suffisamment représentatif aujourd’hui pour être épinglé." (Jean Pierre Lebrun)

Les conséquences de ce phénomène qui s’est généralisé, sont une catastrophe pour l’école où ces enfants, qui commencent à remplir nos classes, n’acceptent plus la moindre limite à leur comportement et ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité nécessaire à la vie en groupe et à l’organisation de l’apprentissage. Dans la classe, ils contestent tout, font des réflexions à propos de tout, et ne possèdent aucun des rituels de base de la politesse la plus élémentaire. Il est impossible de les faire taire pour passer à une écoute active. Ils sont incapables de la moindre empathie, c’est le règne de l’égo ! A certains moments, ils s’avachissent sur la table et s’endorment en pleine classe. Malheur à vous si vous les réveillez ! Ils font ce qu’ils veulent et n’acceptent aucune contrainte ! Il suffit d’avoir quelques enfants de ce profil dans une classe, pour que toute la classe se gangrène ! Les nerfs du professeur sont alors soumis à rude épreuve, car les provocations de ses enfants sont permanentes. Les provocations dégénèrent souvent en agression verbale, en insultes !


Le risque de dérapage est devenu objectif, c’est à dire très probable, et ce d’autant plus que le professeur sera tenté de maintenir un niveau de travail. Il ne sera plus possible de traiter ces dérapages comme des cas de responsabilité individuelle, comme ce fut le cas pour tous les événements de ce type qui ont fait l’actualité. Les enfants qui ne connaissent plus la limite du "non", sont inaptes à la vie en groupe et ne sont plus raisonnablement scolarisables, du moins pas avec le cadre structurel actuel. Passer outre, revient à exposer le professeur et le reste de la communauté scolaire à un risque qui ne relèvera plus de la responsabilité du professeur, mais de la responsabilité collective !

Le problème actuel résulte de la constatation que ces "enfants sans limite", sont maintenant de plus en plus nombreux. Il est nécessaire de prendre en compte ce paramètre qui devient prépondérant. Cet état de fait transforme la probabilité de dérapage en risque suffisamment objectif pour que l’on modifie le traitement de la responsabilité. C’est dans cet esprit que le droit aborde l’accident du travail.

Voila où nous aurons mené les choix que nous avons fait depuis une quarantaine d’années. Les parents et les "pontes de l’éducation"portent une responsabilité certaine. Les règlements intérieurs des établissements scolaires ne permettent plus de contenir les enfants rois de l’Ecole républicaine qui commencent à régner avec absolutisme sur les établissements. Le discours actuel, qui évacue systématiquement cette piste, montre aussi les limites (...) du politique, au cœur des démocraties, où dénoncer une erreur, devenue majoritaire, peut remettre en cause l’élection où le mandat... Il faudra attendre que le phénomène devienne insupportable, pour que les premières critiques officielles apparaissent.

En attendant les remèdes proposés pour soigner les malades auront le même effet que de la pommade sur une jambe de bois. Beaucoup d’enseignants continueront, eux, à avoir la gueule de bois, en espérant que la cirrhose ne les emporte.
 
Eric de Trévarez 
 



par Eric de Trévarez vendredi 23 octobre 2009 - 40 réactions
16%
D'accord avec l'article ?
 
84%
(13 votes) Votez cet article

Les réactions les plus appréciées

  • Par ZEN (---.---.108.153) 24 octobre 2009 20:06
    ZEN

    L’infantilisation galopante de beaucoup d’adultes ,la crise de l’autorité qui s’en suit, sous l’effet de la course à la jouissance avant tout, prônée par le société ultralibérale , qui façonne jusqu’à nos désirs et nos repères, me semble être la source principale des principaux problèmes évoqués

  • Par Pascalou (---.---.71.36) 23 octobre 2009 16:30

    « Il est interdit d’interdire » était une boutade de potache, une antinomie volontaire qui se voulait plaisante. Certains, parmi lesquels le trop fameux Philippe Meirieu, en prenant la formule au premier degré, se sont rendus coupables de naïveté (pour rester poli…).

  • Par DIMEZELL (---.---.142.36) 23 octobre 2009 19:08

    Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet.
    La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la suivante : il est vrai que nous connaissons de vrais problèmes comportementaux dans les écoles de la part d’enfants dont certains ignorent même qu’ils sont des élèves. Cela semble progresser avec le temps.
    Le problème c’est que RIEN , rigoureusement rien n’est fait pour prendre en compte ce problème. Les nouveautés très nombreuses que certains nomment des réformes ne sont qu’un catalogue de savoirs passéistes et d’obligations faites aux écoles : Soyez des enseignants soldats et faites ce que l’on vous dit de faire ! Pas de temps de réflexion, pas de temps de discussion, des ordres, pas de formation au travail collectif, pas de formation sur ce problème qui bouffe la vie des enseignants, des écoles et des enfants en souffrance.
    Le pire, c’est justement que certains croient que le problème vient de mai 68 et du reste alors on impose les bonnes vieilles méthodes et des programmes dignes du dix neuvième siècle , on aimerait bien revenir aux bonnes vieilles blouses et à l’estrade. Ridicule et terriblement inefficace car c’est la société actuelle qui est en train de tout détruire. Comme le dit Tristan Valmour, nous vivons dans une société qui ne respecte pas l’Homme.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don
Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération