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Accueil du site > Actualités > Société > Adieu Marie-Claude Lorne ! Quand l’université amène au suicide une (...)

Adieu Marie-Claude Lorne ! Quand l’université amène au suicide une jeune et brillante philosophe

Elle allait avoir 40 ans, elle était brillante. Le 22 septembre, elle s’est jetée dans la Seine du haut du pont Simone de Beauvoir. Son corps n’a été repêché que début octobre. Dans une lettre laissée à ses proches, elle confia son désespoir d’avoir été licenciée après une année de stage alors qu’elle avait été recrutée pour enseigner l’épistémologie. Ma sympathie à ses proches.

L’affaire est grave au point que des universitaires, qu’on ne nommera pas, tentent de faire pression sur ceux qui souhaiteraient ébruiter cet événement qui, on va le voir, contribue à déshonorer cette vénérable institution qu’est l’université. Qui du reste répond à la notion de grande muette, avec l’armée et d’autres institutions comme l’EN, par exemple. Un jeune chercheur, choqué par cet événement, a voulu relier le déroulement des faits à une critique du système universitaire. Des pressions l’ont encouragé à supprimer le texte litigieux. Mais Yves Michaud, personne sensée, qui préside l’Université de tous les savoirs, est lui aussi interpellé, et le mot est faible. Voici comment il présente l’affaire  :

« J’ai parlé il y a quelques temps à la fin de L’Esprit public, dans ma "brève", de ce qui est arrivé à l’université de Brest à une jeune maître de conférences en philosophie, Mme Marie-Claude Lorne. Il me faut y revenir tant l’affaire est grave... et étouffée. Excellente chercheuse selon ceux qui l’ont dirigée, ayant donné toute satisfaction comme enseignante, Mme Lorne vit sa titularisation refusée lors de ce qu’on appelle "une commission de spécialité" le 13 juin dernier. J’ignore quelle fut la raison de ce refus de titularisation, mais il n’est même pas sûr qu’il y ait eu à donner une raison : les procès-verbaux sont aujourd’hui normalisés et demandent juste le résultat du vote. Elle ne fut pas titularisée à l’unanimité. Soit. L’étrange, c’est que cette unanimité fut de 2 votes sur 2 présents. »

Yves Michaud avoue ensuite sa perplexité et son manque d’informations. Mais il en est sûr, l’affaire est grave et étouffée. J’ai donc décidé de contacter une personne qui connaît bien cette histoire pour avoir quelques précisions. Effectivement, le sujet est sensible et ceux qui ont quelque chose à se reprocher n’hésitent pas à menacer de poursuite quiconque affirmerait quelques allégations diffamatoires. Car la procédure a été respectée. Je vais tenter de raconter cette affaire sans citer les personnes et sans commettre d’impair diffamatoire. Au moment où j’écris ces lignes, je viens de rectifier le titre. Je parle d’une université qui amène et non pas pousse au suicide. Le distinguo est important. Je vais tenter d’exposer comment cette jeune philosophe brillante a été amenée vers la porte de sortie de l’existence.

Je ne connais pas Marie-Claude. Je sais juste qu’en pareil cas, les autorités s’abritent souvent vers des supputations psychologiques, du genre, elle avait des problèmes affectifs, elle s’était séparée, elle était dépressive (lieux communs parfois servis quand un suicide dans l’EN se produit). A ma connaissance, rien de tout cela. Et d’ailleurs, la lettre qu’elle a laissée livre une vérité, partielle certes, mais avérée sur les raisons de ce suicide d’une philosophe qui sait ce qu’il en est de la raison. Une seule certitude, elle était une femme fragile, passionnée par ses recherches. Et surtout, elle était brillante. Et pour compléter le tableau, elle n’était pas conventionnelle. Ses recherches étaient aux interfaces. Des questions cruciales, portant sur la matière, la philosophie de l’esprit, l’intentionnalité, la genèse des systèmes de représentation, le rôle dans l’évolution, le comportement et, plus précisément, les fonctions du vivant. Du haut de gamme. Dans le sillage des recherches en philosophies cognitives et analytiques développées aux States depuis quelques décennies. La France avait du retard en ce domaine. Et quelques brillants cerveaux pour jouer la partie. Voici ce qu’en dit une de ses consœurs qui l’a bien connue :

« Marie-Claude avait fait des études difficiles, une carrière difficile, en poursuivant parfois une excellence dont les standards sont établis ailleurs et négligés, ou parfois méprisés, en France. Trop Française pour le jeu de massacre des carrières philosophiques internationales, trop intelligente pour se contenter de la scène intellectuelle provinciale et auto-référentielle de son pays. Comme beaucoup parmi nous, à jouer ce jeu, on devient étrangers, marginaux partout. (…) Elle était déprimée, bien sûr, comme souvent le sont les gens qui font ce type de métier, car peut-être c’est une vocation des esprits souffrants, ou parce qu’on devient facilement déprimés lorsqu’on est intelligents et méprisés. Et Marie-Claude était une femme intelligente et passionnée par les idées. »

Nous voilà au cœur de cette histoire. Du moins côté face, celui de Marie-Claude, face lumineuse, fragile, déprimée certes, mais quand on a une passion, un passif dans le combat pour arriver à exercer sa passion et son intelligence, plus une sensibilité d’ouverture, on est fragile. Je parle en connaissance de cause, ayant cette même sensibilité. Le côté pile est plus sombre, c’est le rôle du milieu professionnel. Beaucoup de personnalités du monde épistémologique, F. Proust, J. Gayon, l’EHESS, doctorat, post-docs. Elle a soutenu sa thèse en 2004. Elle fut agrégée de philosophie et trouva une authentique vocation pour des investigations scientifiques. C’était une vraie chercheuse, pas comme tous ces bureaucrates dont les institutions regorgent. Pas facile de créer sa route dans un environnement qui, de plus en plus, apparaît comme semeur d’embûches. Alors, parvenir à ce Graal de la situation stable qui ouvre enfin le champ libre pour déployer toute son intelligence, c’était une étape précieuse. Voici une citation de F. Longy qui traduit bien la situation :

« Marie-Claude était une combattante, sa vie avait souvent été assez difficile, mais elle s’était acharnée pour atteindre son but, avoir les moyens de poursuivre la vie théorique qu’elle aimait et pour laquelle elle était faite. Le succès semblait à portée de main, tous les obstacles semblaient surmontés, une vie plus sereine se profilait, mais l’apparition d’un dernier obstacle imprévu, en rien insurmontable, s’est révélé être l’obstacle de trop. »

L’obstacle de trop, ce fut d’affronter le poids d’une petite faculté de province où elle a été nommée parce qu’elle correspondait aux besoins d’enseignement fixés par les instances scientifiques. Ici, nous pouvons pointer le manque de moyens pour les gens brillants. Pourquoi cette philosophe a-t-elle dû trouver sa planche de salut dans un lieu qui devait lui être fatal. Une planche pourrie en fait. Un environnement qui ne l’a jamais soutenue. Des inimitiés. Des services d’enseignement dépassant ses forces, cinq heures de cours sans pause. Rien n’est fait pour accueillir les nouveaux arrivés dans cet univers impitoyable de la fac, sauf pour les chouchous obéissants et dociles, qui ne feront jamais aucune découverte et resteront dans l’ombre de leur patron. J’ai connu ça. Stagiaire, j’ai été balancé dans un amphi de 500 étudiants, dans la fosse. Je vous raconterai ça une autre fois car j’ai moi-même été balancé par cette vénérable institution. Vénérable et vénéneuse.

Selon mon informateur, il y a eu une sorte de cabale même pas organisée. Venons-en aux faits. Au bout d’un an, la commission de spécialistes se réunit pour titulariser le maître de conférences stagiaire ou donner un avis contraire. C’est ce qui fut fait. C’est là que les détails procéduriers entrent en jeu. En fait, tout s’est passé selon les textes. Il n’y avait pas nécessité de la présence d’un quorum. Du coup, la commission a délibéré en juin 2008 avec deux présents sur la bonne douzaine que compte cette commission. Un avis négatif a été formulé. Du coup, parmi les absents, huit se sont manifestés pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord. Mais il était trop tard et cette histoire, raconté en sémantique de conte pour enfants, est celle du vilain canard. Mais vécu dans la jungle de la fac, ce fut un cauchemar pour l’intéressée qui, après tant de combats et de luttes, a vu sans doute son destin basculer vers le vide. Je ne connais pas la fac de Brest, mais, pourtant, je pense savoir à peu près ce qu’il s’est passé. Une dame philosophe solaire, musicienne, passionnée, qui a laissé une trace chez ceux qui l’ont fréquentée, brillante au point de susciter quelques jalousies, différente par son profil atypique, s’est vu notifier de partir. Une décision prise par deux types dont on connaîtra les noms, qui ont signé une décision dont le procès-verbal n’est pour l’instant pas accessible. Sans doute deux sinistres âmes qui fuient la lumière. Des types malfaisants comme on en trouve souvent. Et pour les autres, des irresponsables, des désinvoltes, des pauvres innocents qui n’étaient pas là, mais qui, maintenant, commencent à se poser des questions, à se tourmenter car nul ne pouvait prévoir ce qui allait se passer.

Mais ces questions affectives n’épuisent pas le sujet. La faute, ce n’est pas tant d’avoir amené une philosophe vers le suicide que d’avoir gâché cette intelligence brillante, d’avoir cassé ce travail, cette quête, cette passion pour la recherche et les idées. Ce cas de figure est exemplaire. Il n’y a pas trop de cas similaires car la plupart des cerveaux brillants partent ailleurs. L’université française est un gâchis total. Les autorités politiques n’ont pas pris la mesure de ce désastre. Une culture de déclin règne parmi… stop, ici on pensera que je m’emballe un peu vite en ajoutant à cette affaire mon propre ressentiment d’une histoire personnelle. Alors un autre témoignage de P. Huneman et A. Barberousse :

« Cette série d’événements nous dit, certes, quelque chose sur Marie-Claude et son rapport à elle-même et au monde social, un rapport tissé d’exigences et d’attentes souvent trop élevées, tissé aussi de cette lucidité extrême dont nous reconnaissons tous qu’elle ne rend pas la vie facile – mais elle indique aussi quelque chose du monde académique, qui à bien des égards n’a pas voulu de ce que représentait Marie-Claude. Nous ne comprendrons jamais pourquoi notre amie a vécu la décision universitaire prise à son encontre comme injuste au point de se donner la mort, à quel point et pourquoi elle l’a entendue comme un arrêté ultime, irrévocable à l’encontre de sa légitimité comme philosophe. Certes, il y a une tragique malchance dans cet événement, rien dans les pratiques universitaires ne le laissant envisager ; reste qu’il peut représenter une version extrême de la réaction épidermique que suscitait chez certains le refus absolu de tout compromis que Marie-Claude défendit constamment. Nous supposons simplement qu’à entendre cette décision faire écho avec bien d’autres mots, discours, événements, situations, elle en a conclu que la place consacrée à la recherche de la vérité était bien trop férocement ou arbitrairement défendue, ou qu’elle n’avait plus assez d’énergie pour mener un combat dont elle avait sous-évalué les forces en présence, et qu’elle a jeté le gant. »

Voilà à travers ce témoignage le cœur de cette tragédie. Qui aurait été due à une tragique malchance que ne laissait pas envisager les pratiques universitaires, disent les deux témoins ; comme si son licenciement avait été décidé par une chute de rocher. Mais, auparavant, ces mêmes témoins n’ont pas hésité à évoquer un monde académique qui ne voulait pas de ce que représentait Marie-Claude. Il n’y a donc aucun hasard. Cette décision de licenciement est une saloperie qui a été perpétrée par une institution dont les acteurs ne savaient certainement pas ce qui allait se passer. Mais, pour revenir au fond du problème, quoi qu’il aurait pu se passer d’autre, une université a décidé de licencier une personne douée de capacités intellectuelles au-dessus du lot.

Une fois la décision de non-titularisation prise, le stagiaire a 30 jours pour faire appel. Il se dit que Marie-Claude n’aurait pas été prévenue à temps. C’est ce que prétend Y. Michaud. Mon informateur donne une version un peu différente. Marie-Claude s’est sentie en déphasage et, si elle avait fait appel, elle aurait dû affronter un an de plus ses « assassins », les voir en face, traquée car elle aurait dû repasser devant la commission. C’était peut-être trop pour une personne aussi entière que passionnée et fragile. Son suicide va sans doute plus loin que ne le pensent ceux qui souhaitent ne pas faire de vague et minimiser cette affaire. Car c’est le suicide de l’université dont il est question. Je pense comprendre ce qu’a vécu Marie-Claude. J’ai expérimenté une situation similaire. Licencié parce que trop brillant. Déjà dans le champ de la biologie théorique et de la systémique à 30 ans. J’avoue avoir vécu douloureusement cette mise à la porte, alors que je commençais une belle aventure intellectuelle. J’ai survécu, j’ai lutté, j’ai pendant des années songé au suicide. Avec le recul, je ne regrette rien et cette expérience me permet d’entrer en empathie avec ce qu’à dû subir Marie-Claude.

Le plus inquiétant, c’est que nul ne trouve à redire dans ce système. D’après mon informateur, ceux qui ont « drivé » Marie-Claude à ses débuts n’ont rien fait pour la préserver alors qu’elle les avait alertés, alors qu’ils savaient. Et maintenant les voilà qui s’épanchent en larmoiement. Ce système universitaire est devenu malade. Le mal est ancré depuis vingt ans. Au lieu de soutenir les chercheurs atypiques, ceux qui ont un avenir, il les enfonce, les nivelle, les lamine. Parfois en tolérant de la part de ses responsables une sorte de sadisme pas si éloigné du harcèlement moral. Selon mon informateur, jeune universitaire de 30 ans, les notables du savoir craignent l’arrivée d’une génération de jeunes chercheurs très brillants qui pourraient leur faire de l’ombre. Du coup, les cerveaux se tirent à l’étranger et les restants galèrent et se sclérosent lentement. Dans le cas de Marie-Claude, ceux qui ont été absents, indifférents, avaient sans doute peur pour leur avancement, leur promotion. Le silence orchestré des universitaires en dit long sur les priorités matérielles.

Au final, quel gâchis ! Un sentiment oscillant entre consternation et colère. Pour l’instant, il reste deux zones d’ombres qui seront peut-être comblées. Cette lettre d’adieu signée de Marie-Claire et ce fameux procès-verbal de la commission de spécialistes où vont apparaître les motifs de ce refus de titularisation. Il paraît qu’une réunion des instances compétentes se prépare à réhabiliter Mme Lorne. Signe qu’il y a un peu de Dreyfus dans cette histoire. La suite à donner à cette affaire n’est pas de mon ressort. Nous sommes dans un Etat de droit et, s’il y a eu une faute, les personnes habilitées pourront saisir la justice. Pour l’instant, il faut garder raison. Ne pas accuser sans preuve. Appliquer la présomption d’innocence. Et certainement, éviter de généraliser. Dans ce genre d’affaires, une situation locale s’ajoute à une histoire personnelle. C’est comme pour ces suicides de professeurs. On ne peut pas dire que l’EN est responsable collectivement, mais que, localement, il y eut parfois quelques négligences de la hiérarchie. Nous, qui sommes citoyens, avons parfois le sentiment d’un malaise dans la société. Cette université qui, elle aussi, est devenue, sans qu’on puisse généraliser, une machine à broyer les brillantes individualités. Est-ce une fatalité ? Que cette chose humaine semblant jouée à maintes reprises. Des personnages irresponsables, comme dans la trilogie de Broch annonçant le cataclysme allemand. Des fatalités impossibles à conjurer, tel un malaise de marbre dépeint par Jünger. Doit-on enterrer cette affaire ? Ou bien faire en sorte qu’elle ait un retentissement national afin d’ouvrir une discussion sur ces scandales à répétition touchant les facs et sur lesquels l’université préfère fermer les yeux, pratiquant une omerta consensuelle car tous ont peur pour leur avancement. Le citoyen qui est aussi un contribuable n’a-t-il pas son mot à dire sur une institution qui casse les carrières de tant de jeunes chercheurs prometteurs ? Et la ministre n’a-t-elle pas le pouvoir de mettre en place un Grenelle de l’université, plutôt que de distribuer quelques avantages financiers aux uns et aux autres, renforçant ainsi les dérives carriéristes ?


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98 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 10:15

    Bonjour,

    Une info prise sur le blog d’Y Michaud, confirmant ce que disait mon informateur à propos qui huit membres absents de la commision qui ont envoyé une lettre de protestation au Président de l’U Brest le 13 octobre. Elle était déjà morte. Protester pour quoi ? Dans doute ont-ils appris que cette personne n’était pas titularisée en apprenant sa mort. A l’ère Internet, ces gens ont attendu 4 mois pour apprendre ce qui se passe dans la commission dont ils font partie

    		
    			

    Bonjour,
    Membre de cette fameuse commission mais absent le jour du vote, je me dois de préciser les choses suivantes :
    1.une lettre officielle de protestation a été adressée au président de l’université de brest, avec copie à la ministre, le 13 oct dernier par 8 membres de la commission, qui a refusé la titularisation de Mme Lorne.
    2. Ces 8 membres, étaient tous absents le jour du vote, tous pour raisons professionnelles.
    3. Le motif qui aurait été allégué pour le refus de titulariser Mme Lorne serait qu’elle ne résidait pas de manière permanente à Brest. Motif en lui-meme juridiquement irrecevable.
    4. Les membres de la commission qui en ont fait la demande officielle se sont vu refuser l’accès au procès verbal complet de la commission par le président de l’université.
    Je suis touché par tous ceux qui apportent leur soutien aux universitaires qui rendent hommage à cette collègue, et qui refusent de voir l’université souffrir de tels dérapages.

    			Rédigé par : 			jean-christophe Bardout



    • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 10:22

      Autre info, tj chez Michaud, la réaction du Président de l’U Brest menaçant d’un procès M Michaud

      je reproduit son commentaire. Par souci de clarté, il serait bien que les dernières info sur cette affaires soient placées en réponse à ce premier commentaire et d’ouvrir des nouveau espaces pour toutes les réactions et témoignages personnels relatifs à l’Université

      Réponse à Alain D. sur sa question très pertinente :
      "S’agissait-il d’un refus définitif de titularisation ou d’une prolongation de stage pour un an ? Les deux sont théoriquement possibles et je n’arrive pas, en lisant et relisant vos propos, à en avoir le coeur net."
      Moi non plus ! Et c’est bien ce que j’aimerais savoir. Le Président de l’université de Brest n’a pas répondu à ma questions sur ce point. Il a préféré me menacer d’un procès en me demandant une rectification à l’Esprit public, sans me fournir d’informations crédibles. J’en parlerai dans mon prochain post sur cette affaire.

      Rédigé par : michaud | le 29/10/2008 8:12



    • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 10:40

      J’ai écrit dans ce billet que Mme Lorne avait été licenciée mais étant comme Y Michaud dans l’absence de connaissance précise quant à une éventuelle prolongation décidée à l’issue de cette commission, j’apporte cette précision à ce billet à toutes fins utiles.

      Cela ne remet pas en cause le fond de cette affaire. Ni le soupçon eu égard au silence des autorités quant aux procès verbal de cette commision.

      S’il s’agit d’une prolongation, cela est souvent interprété comme la mise sous surveillance et la pression de la prochaine commision pesant comme une épée de Damoclès. On ne traite pas ainsi les gens brillants, sauf en cas d’incapacité professionnelle. Et encore, certaines fac connaissent des carrière de prof qui n’ont jamais pu finir un cours tant ils étaient mauvais, sifflés par l’amphi


    • pas perdus pas perdus 29 octobre 2008 11:33

      C’est hallucinant.

      Parfaitement étranger au monde universitaire, il me semble avoir lu des articles dénonçant la promotion à l’université de parents ou tout au moins de "autochtones"...


    • Traroth Traroth 29 octobre 2008 19:16

      Les gens peu brillants mais installés ont toujours peur qu’on leur fasse de l’ombre...


    • Traroth Traroth 29 octobre 2008 19:22

      Cela dit, le comportement des 8 absents qui cherchent maintenant à se dédouaner est presque encore plus attristant que celui des deux présents qui ont voté. Un peu facile d’arriver après la bataille ! Maintenant, ils protestent, mais en fait, ils s’en foutaient royalement. S’ils avaient vraiment été motivés pour titulariser cette personne, ils auraient été là le jour du vote ! J’imagine qu’il n’y avait rien de mystérieux dans le délai, ils n’ont pas été pris par surprise. Donc protester maintenant est indigne par la lâcheté que ça manifeste. Toute cette histoire est vraiment un immense gâchis, engendré par la paresse, l’indifférence, l’envie et la lâcheté. Effectivement, l’Université n’en sort pas gandie !


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 1er novembre 2008 12:51

      A NOTER

      Une
      mise au point sur cette affaire a été publiée par mes soins en fonction d’informations plus récentes

      Prière donc d’en tenir compte pour une vue plus précise de cette bien triste affaire


    • yoda yoda 29 octobre 2008 11:35

      Bonjour Bernard,

      Je compatis. La recherche est, pour beaucoup, plus qu’un metier, une passion. Malheureusement, le monde academique, n’est pas epargne des basses magouilles, jalousies et jeux de pouvoir. De devoir depenser tant d’energie pour avoir le droit de faire un metier pour lequel on est competent et passionne, est un enorme gachis... 	 	 	 	 	


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 12:03

        Pour ceux qui sont intéressés par le terrain qui a pu engendrer cette affaire, un article de Jean Fabien Spitz dans Le Débat. Sur les trois misères de l’Université. C’est, de mémo, vers fev 2000


      • dom y loulou dom 29 octobre 2008 22:02

        quelle calamité, quelle ignominie que cette machinerie que nous vivons.


      • JJ il muratore JJ il muratore 29 octobre 2008 11:38

        @l’auteur. Le sujet que vous abordez est tout à la fois terrible et banal : il a le mérite de poser encore une fois la question de pourquoi le suicide ?
        Vous avancez quelques analyses sur le fonctionnement de nos Universités (fonctionnement qui ne diffère en rien de celui de toute Institution et cela depuis belle lurette ! Parmi les éléments rapportés l’un d’entre eux est particulièrement significatif, il concerne la fameuse Commission réunie en juin. Huit absents (pour raisons professionnelles) sur douze membres...Quand on connait ce que peut recouvrir dans le cadre légal universitaire en France, la notion de ’raisons professionnelles’ il y aurait de quoi sourire si les conséquences n’avaient été aussi désastreuses ! Il n’est pas déraisonnable de penser que les ’absents pour raisons professionnelles’ (sic) aient éprouvé un sentiment de culpabilité, que celui-ci ait été le moteur de leur lettre de protestation auprès de la Présidence de l’Université. Un suicide provoque innéluctablement de la culpabilité dans l’entourage professionnel et/ou familial du suicidé. Chacun est tenté de repasser la patate chaude au voisin ; c’est ce que font les huit absents de la Commission.
        Je constate que vous semblez être en empathie avec cette brillante philosophe, pour autant il me paraît bien risqué de chercher des causes externes à son suicide excepté si vous leur reconnaissiez le statut de facteur déclenchant.
        Bien à vous.


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 12:02

          Je peux revendiquer une empathie étant donné que j’ai vécu la même situation. A laquelle j’ai explicitement fait allusion dans ce billet. C’est une vieille affaire mais à la demande générale, je veux bien faire un papier, avec à l’appui toutes les pièces du procès verbal de la commission scannées.


        • dom y loulou dom 29 octobre 2008 22:12

          Faites Bernard svp. exposez votre cas.

          Chacun de nos vécus a le mérite de la vérité et puisque c’est la vérité que ce système corrompu jusqu’à l’os ne supporte pas, c’est bien qu’elles doivent être connues.

          merci pour tout ce bon boulot de mise en lumière.

          Sus aux mensonges, rétablissez votre vérité cher bernard, elle nous enrichira tous !!!


        • Raymond Viger Raymond Viger 2 novembre 2008 18:50

          J’aime l’introduction du terme "facteur déclenchant". Ce n’est pas un événement qui nous pousse au suicide, mais une somme d’événements. Certains réussissent à les assumer, d’autres ne font que les accumuler jusqu’à émotionnellement exploser. Le débat ne doit pas se limiter au facteur déclenchant mais au soutien que l’on peut offrir aux personnes qui sont dépressives et qui vivent une extrême douleur.

          http://raymondviger.wordpress.com/2008/08/28/le-processus-suicidaire-suicide-vouloir-mourir-se-suicider/


        • Raymond Viger Raymond Viger 2 novembre 2008 19:00

          Je commencerais pour souhaiter toute mes profondes condoléances aux proches et amis de Marie-Claude Lorne.

          J’aime bien l’introduction du terme « facteur aggravant » ou élément déclencheur. Une personne se suicide suite à une accumulation d’épreuves et de difficultés. Certaines personnes réussissent à les assumer et à grandir à partir de ces épreuves. D’autres les accumulent, se fragilisant avec les années.

          Le questionnement ne doit pas se limiter aux derniers événements ayant menés au suicide, mais plutôt ce que nous pouvons faire pour soutenir les personnes fragilisées et dépressives.

          http://raymondviger.wordpress.com/2008/08/28/le-processus-suicidaire-suicide-vouloir-mourir-se-suicider/


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 11:59

          Caporalisation, le mot, bien que n’épuisant pas le sens de cette institution
          dit bien qu’il s’agit d’une affaire d’honneur comparable à ce qu’à enduré Dreyfus
          Sous réserve d’infos complémentaire, je pense qu’on peut parler d’une affaire Dreyfus, l’intéressée ayant vécu son calvaire comme le capitaine humilié devant ses supérieur et à qui on retira sans délicatesse ses insignes militaires


        • pallas 29 octobre 2008 12:17

          C’est de cela dont je parle tres souvent. Notre societe rejette les gens intelligents, les poussants souvent au suicide, elle n’est pas la seule, il y en a des centaines d’autres. Les vrais Cerveaux, ne sont pas ceux qui partent a l’etranger pour gagner de l’argent en abandonnant, ami et famille, mais plutot ceux qui restent, car justement, il ont des attachent, des sentiments, le plus souvent, le salaire est secondaire, sa demande une reconnaissance social, et sa veut etre utile pour rendre la societe meilleur. Mais, ces etres qui sont rares sont totalement Meprisé, Mis au Ban de la societe, alors qu’aujourd’hui, face a la crise mondial, la destruction de la planete, l’epuisement des sols, la degradation Genetique humaine, nous rendant d’une part sterile, donc bcp moin de naissance, de plus le taux de mortalité, a commencer a augmenter, a cause des cancers, et autres maladies, faisant rage, et abaissant l’esperance de vie, pour ceux qui ont la trentaine et les plus jeunes, qui eu, seront des Zombies ou des cadavres a 50 ans. Sans compté, la betise, et la faineantise intellectuel auquel toute la population se refugie pour du superficiel, tel que la television. Cette femme, ainsi que les rares autres, sont veritablement indispensable pour remettre l’ordre dans la societe et pour eviter un avenir sombre, donc au dela de la mort de cette Femme, ce pose la question de Choix, de qu’elle futur voulons nous, et la reponse est tres clair.


          • Barbatrak 29 octobre 2008 12:52

            triste, mais ce n’est pas etonnant. C’est le systeme qui fait que les intelligent sont ecartés par les moins performants. et a la fac autant, sinon plus.
            L’excelence devrait etre la norme a la fac


            • Senatus populusque (Courouve) Courouve 29 octobre 2008 14:34

              "L’excelence devrait etre la norme a la fac"

              L’excellence devrait être la norme à la fac, l’orthographe aussi.


            • TSS 29 octobre 2008 13:30

              il suffit de se rappeller de "philippe Léotard" ,plus jeune agrégé de france parti pour incompatibilité et de sa

              lente descente aux enfers (même si ce fut un grand acteur).



              • fhefhe fhefhe 29 octobre 2008 13:34

                Encore une Info dont la " LobotoVision" n’a pas Fait Echo !
                En cette veille de WE de la Toussaint , si vous le pouvez Mr Duguet , faîtes part à ses proches de Tous Mes Voeux de Courage....dans leur Douleur.. !!!
                Par avance , Merci .


                • Marc Viot idoine 29 octobre 2008 13:45

                  Vous présentez l’acte comme celui d’une personne fragilisée.

                  Même fragilisé, j’ai du mal à intégrer que l’étude philosophique ne puisse protéger contre ce type d’acte absolu, à moins qu’en ces temps particuliers ... la recherche philosophie devienne tellement dangereuse que même les plus férus en viennent à devoir se confronter à ses limites abyssales.

                  Une petite dédicace sans prétention en hommage à cette chercheuse de lumière : Tu vois Raz


                  • Marc P 29 octobre 2008 13:58

                    Bonjour,

                    Lorsque j’ai entendu Yves MICHAUD, cette info m’a ému... Bravo à Yves Michaud dont je ne partage pas toutes les positions...

                    vous l’avez subi Bernard, et cela est patent : même aux philosophes brillants il faudrait enseigner que cette société impose un nivellement par la moyenne (ou la médiane), qu’elle entretient mécaniquement une médiocrité intellectuelle et morale même si quelques uns y échappent, hélas en demeurant entre soi, à l’abri des petitesses et cooptations "par affinités"... (à quoi n’échappent pas non plus du reste) les groupes de gens brillants.....

                    Si la vie préparait mieux à ces médiocrités, peut être se raréfieraient-elles...

                    Bien cordialement

                    Marc P.

                    PS : Une pensée également pour la famille de cette malheureuse enseignate enseignante...


                    • Marc P 29 octobre 2008 16:09

                      Précision :

                      Je ne pense évidemment pas qu’au monde universitaire ou de la recherche lorsque je parle de nivellement par la moyenne, ou des cooptations peu glorieuses... (c’est une affaire de mentalité).

                      Mais je suppose qu’au moins à la marge ce secteur peut également être touché par ce phénomène...

                      J’aimerais être sur que je me trompe, mais aussi je rêve qu’ on soit attentif aux effets dans la durée de telles pratiques lorsqu’elles sévissent dans n’importe quel milieu social ou professionnel... (on sait qu’il s’agit en réalité de lot quotidien dans les milieux "ordinaires"...) pas seulement ceux de l’excellence du savoir... lesquels devrait bien sur être d’une exemplarité sans ombre...

                      Bien à vous...

                      Marc P

                      PS : j’ai bien pris note du défaut d’infos sur le cas de Marie-Claude...


                    • ASINUS 29 octobre 2008 14:06

                      plutot que caporalisation des rumeurs persistantes de "nepotisme et autre consanguinités "circule sur ce milieu
                      seraient elles possible ?


                      • alberto alberto 29 octobre 2008 14:11

                        Pauvre cher Dugué : émouvant et lamentable !

                        Malheureusement, je crains que l’Université ne soit pas la seule victime de la "médiocratie".

                        Bien à vous.


                        • Marc Viot idoine 29 octobre 2008 14:21

                          Extrait d’un échange sur MC Lorne :
                          http://julien.dutant.free.fr/blog/index.php?2008/10/09/340-conf-barcelone-logos-ijn-workshop-10-11-oct

                          "C’est moi qui l’ai retiré suite à un complément d’information qui m’a convaincu du fait que le décès de Marie-Claude Lorne n’avait rien à voir avec un dysfonctionnement général du système universitaire français. Je n’ai pas été censuré." - 		Florian Cova

                          "C’est à la suite d’un échange de mail avec moi que Florian a retiré le billet, et je l’en remercie. Il n’y a aucune volonté de censure de ma part, mais il se trouve que je connais très bien les détails de cette affaire, qui en plus me touche personnellement, car Marie-Claude Lorne était une amie depuis 19 ans. Il me semble qu’avant de discuter publiquement d’une telle tragédie, il faut en connaître précisément les tenants et les aboutissants, d’autant que des actions sont en cours contre une personne précise (et pas contre un nébuleux "système"). Je m’engage à communiquer dès que possible toutes les informations vérifiables en ma possession à Florian et à Julien, qui jugeront alors s’il convient de publier un billet en toute connaissance de cause. Personnellement, je pense qu’une discussion très large est absolument nécessaire, et je souhaite donc qu’un billet soit de nouveau publié, mais je répète qu’il faut absolument commencer par s’informer sur ce qui s’est passé. Marie-Claude mérite bien mieux que des propos de café du commerce sur les méchants et médiocres universitaires français" - Pascal Ludwig


                          • longy 29 octobre 2008 14:43

                            Je fais partie des huit membres de la commission de spécialistes qui étaient absents lors de la réunion qui a décidé sa non titularisation. Pour compléter la mise au point de Jean-Christophe Bardout plus haut, et rectifier quelques erreurs, voici quelques informations supplémentaires :

                            1) Elle n’a pas été "licenciée", sa titularisation a été refusée
                            2) Elle n’a appris cette décision qu’autour du 10 septembre. Et tous les autres membres de la commission (sauf les deux qui ont voté la non titularisation) l’ont appris ensuite, soit par elle soit par un collègue.
                            3) Dès que les membres de la commission ont été informés, ils ont commencé a réagir. En témoigne, entre autres, une lettre adressée au Présidente de l’Université avant que sa disparition ne soit connue.
                            4) Elle a disparue le 22 septembre (environ dix jours après avoir appris sa non titularisation) et sa disparition a été découverte le 26 septembre.

                            Nous sommes tous trés touchés par sa mort, mais aussi choqués par cette décision de non titularisation que nous n’arrivons pas à nous expliquer. Il importe de bien établir les faits pour pouvoir juger en connaissance de cause des éventuelles responsabilités institutionnelles et personnelles dans cette décision qui n’honore pas, c’est sûr, l’Université.
                            Françoise Longy


                            • geo63 29 octobre 2008 15:14

                              @ Longy : Il n’y avait manifestement pas le quorum avec deux présents sur dix (?). Comment a-t-elle pu statuer ?


                            • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 15:36

                              Merci pour ces précisions.

                              Apparemment, tout s’est déroulé sans faute procédurale. Sauf que la commission a effectivement tardé pour lui adresser la notofication qui ouvre droit à un appel auprès du conseil d’administration qui nomme deux rapporteurs (d’après le texte de 1984 modifié en 2001***)

                              Ce qui paraît étrange, c’est que tout se soit déroulé dans une sorte de secret. Je sais pour ma part que quand j’ai été prolongé une année, puis licencié l’année suivante, je savais 15 jours avant que mon cas allait être étudié. Pour Mme Lorne, la commission s’est déroulée fin juin. Si elle l’avait su immédiatement, peut-être aurai-elle pu régler avant les vacances son appel au lieu d’apprendre la nouvelle en pleine rentréé universitaire, quand il faut replonger dans le milieu.


                              ***Le président ou le directeur de l’établissement transmet l’avis du directeur de l’unité de formation et de recherche, ou celui du directeur de l’institut ou de l’école faisant partie de l’université, à la commission de spécialistes qui formule une proposition. La commission de spécialistes se prononce d’abord sur la titularisation puis, le cas échéant, sur la prolongation du stage.

                               

                              En cas de proposition défavorable de la commission de spécialistes, le maître de conférences stagiaire peut, dans un délai d’un mois à compter de la date à laquelle il en a reçu notification, saisir le conseil d’administration siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs d’un rang au moins égal au sien.

                               

                              Le conseil d’administration désigne en son sein deux rapporteurs, l’un sur les activités d’enseignement, l’autre sur les activités de recherche, et sollicite l’avis du conseil des études et de la vie universitaire siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs d’un rang au moins égal à celui de l’intéressé. Il entend ce dernier sur sa demande.


                            • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 15:49

                              @ Géo, d’après les textes, le quorum n’est pas exigé

                              Je me pose une question. Le texte parle d’une décision défavorable face à laquelle on peut faire appel. Auquel cas, peut-on faire appel contre une prolongation et obtenir une titularisation ? (J’ai connu un MC dans ce cas, dont le cas relevait des textes d’avant 84 qui semblent-ils ressemblaient à ceux de 2001)


                            • armand armand 29 octobre 2008 16:08

                              Consternant !

                              Ayant participé à de nombreuses commissions de spécialistes,je ne vois pas comment on peut obtenir le quorum avec seulement deux présents.

                              Mais j’ai constaté parfois de graves abus, notamment de la part de présidents ’auto-proclamés’ de la commission qui mènent le débat et imposent leurs décisions.

                              Les refus de titularisation sont rarissimes et doivent être motivées par des faits très graves (services non-faits, fautes, etc.).
                              en revanche, je sais que certaines universités de province sont d’une susceptibilité maladive en ce qui concerne les ’non-résidents’ - et, dans les faits, seule une dérogation présidentielle peut dispenser de résider sur place. Les facs bretonnes en particulier font signer un ’engagement de résidence’ à valeur légale discutable - mais la contrainte existe bien et n’a jamais été révoquée.

                              Il y a cinq ans, j’avais envisagé de candidater comme PR à Brest - la présidente de la commission m’avait informé de cette tradition et j’avais alors décidé de ne pas envoyer mon dossier.

                              Pour les personnes fragiles, qui ne sortent pas de la voie royale (ENS) le Supérieur peut être d’une cruauté extrême. Triste à dire, mais il faut parfois faire peur et taper sur la table.

                               Toute ma sympathie la plus sincère pour les proches de la victime (j’utilise à dessein ce terme).


                              • Daniel Roux Daniel R 29 octobre 2008 16:55

                                L’Université, comme l’Hôpital, est bien connu pour faciliter l’apparition de coteries et de mandarins. Ce mode de fonctionnement est hélas propre à toutes les administrations, groupes industriels et commerciaux, et en général tous les groupes où le patron laisse les petits chefs régner sans contrôle.

                                La règle dans ce cas est simple : Se soumettre ou se démettre. Dénoncer et se révolter est une gageure puisque le patron est trop faible ou indifférent ou dépassé par le poids de sa charge.

                                Reste que qu’elles que soient les circonstances, c’est toujours le patron de l’entité qui au final est le responsable (mais pas toujours coupable) du gâchis provoqué par son incompétence.

                                En ce qui concerne le suicide, les motivations y conduisant sont multiples : du choix philosophique pur au désespoir profond en passant par le coup de tête, le chantage, la punition des proches ou le renoncement, sans que telle motivation exclue l’une ou plusieurs autres. Ce qui est certain, c’est que la souffrance, le doute et souvent même, un sentiment de culpabilité retombent sur les proches et l’entourage du disparu.


                                • Hieronymus Hieronymus 29 octobre 2008 16:58

                                  Effectivement cas bouleversant
                                  j’avais deja entendu l’allocution d’Yves Michaud
                                  a la fin d’Esprit Public sur France Culture concernant cette tragedie
                                  il faut malgre tout eviter le sentimentalisme facile et de jetter trop vite la pierre

                                  a l’evidence il y a eu tout un faisceau de circonstances negatives qui ont provoque ce choc qui s’est revele etre fatal a MC Lorne, environnement mesquin voire malveillant, commission a 2 balles (2 presents), absence de notification ds les delais, on pense aux 10 jours de detresse affreuse qu’elle a du vivre entre l’annonce du refus et le moment de son tragique "passage a l’acte", affreux ..
                                  mais il n’y a helas rien d’exceptionnel a ce que les circonstances semblent parfois s’acharner contre nous, a des degres divers nous avons tous plus ou moins en memoire de tels moments d’existence ..

                                  en dehors des aspects lies a la personnalite ’fragile’ que des "bonnes" ames ne manqueront pas d’evoquer comme excuse facile, l’entourage ou l’environnement proche de la personne me paraissent toujours etre des facteurs determinants, que des personnes a la fac se soient comportes de facon pourrie apres tout rien de plus normal, on croisera toujours sur notre route des connards qu’auront decide de nous en foutre plein la gueule comme ca gratuitement, simplement parce qu’ils ne peuvent pas nous encadrer, classique !
                                  mais le plus grave et cela a du etre le cas de MC Lorne, c’est lors de cette tragedie personnelle l’absence sans doute a peu pres complete de personnes proches a la fois bienveillantes et comprehensives, qui puissent se reveler etre un antidote (ou paravent) efficace face au sort qui s’acharnait contre elle, une phrase ds le texte m’a fait tiquer : "car nul ne pouvait prévoir ce qui allait se passer. "
                                  c’est justement la que reside la faille, on ne doit pas dire ou ecrire qu’il etait impossible de prevoir, chacun de nous est concerne par le sort des autres et se doit d’etre vigileant en permanence face au moindre signal de detresse qui nous est adresse, ne jamais traiter a la legere, avec desinvolture ou indifference, les plaintes svt confuses que tachent de nous exprimer les autres, car cela peut etre grave, tres grave, car apres il est definitivement trop tard ..


                                  • geo63 29 octobre 2008 17:05

                                    Comme Armand, avant ma retraite j’ai participé à de nombreuses commissions de spécialistes (sciences chimiques) et je n’ai jamais constaté de dérives. Le Président était élu normalement ainsi que le bureau. Il y avait systématiquement deux rapporteurs par dossier et un résumé du dossier était distribué à tous les membres de la commission (MCF, Pr et assimilés). Le processus était le même pour les titularisations, recrutements d’ATER ... Pour les postes de MCF, il y avait couramment cinquante candidats voire beaucoup plus. Ce qui est dit sur l’Université déliquescente me chagrine énormément, car cela ne reflète pas le sérieux que j’ai observé.
                                    Lors d’un recrutements le profil recherche et enseignement du poste avait été défini et communiqué officiellement ainsi que le laboratoire d’accueil via l’Université dans les délais requis. Rien que de très normal.

                                    Que deux personnes aient pu décider "dans leur coin" pour cette malheureuse jeune femme me paraît inconcevable.


                                    • armand armand 29 octobre 2008 17:49

                                      Sans préjuger de la légalité de la décision de cette Commission ’croupion’ de deux personnes, j’imagine très bien l’U. de Brest refuser une titularisation pour cause de non-résidence. Ce qui serait impensable ailleurs. En cause aussi, la grande pénurie de postes qui fait que de nos jours, dans certaines disciplines, on doit accepter de partir loin.


                                      • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 octobre 2008 20:11

                                        Bonsoir, Effectivement, pas mal de zones d’ombres mais je pense avoir à travers des extraits de témoignage reconstitué un peu du ressort de cette affaire

                                        Quant à l’absence des membres de la commission, je me vois mal faire un procès d’intention et lancer des accusations. Je n’ai rapporté que quelques suppositions et parmi les absents, il faut séparer ceux qui sont dans la fac, connaissant ce qui se passe de près, et les membres externes comme F Longy qui est à Strasbourg et dont on peut compendre qu’elle n’ait pas fait le déplacement à Brest pour une affaire qui en général, est courante et sans surprise

                                        Pour répondre aussi à l’exigence de non résidence, il faut savoir que des milliers d’universitaires ne résident pas dans leur université d’affiliation.


                                      • Marc Bruxman 29 octobre 2008 19:30

                                        Condoléances pour cette femme

                                        Le monde universitaire est dur et il est long d’être titularisé y compris en sciences dures ou c’est pourtant réputé beaucoup plus faciles. En philo par contre rien que pour avoir une bourse de thèse c’est la mission. 

                                        L’université a pleins de planques foireuses pour ceux qui ne sont pas titularisés comme les ATER (Attachés Temporaire de l’Enseignement et de la Recherche). En gros vous faites le même boulot mais payé un salaire de misére comparativement à vos études. Tiens si une boite privée fesait ca, elle aurait surement les prud’hommes au cul... 

                                        C’est une spécificité Française. Dans beaucoup d’autres pays, la sélection se fait avant d’avoir le diplome et ceux qui l’obtiennent ont donc la reconnaissance qui va bien. Ce qui veut dire un poste et un salaire décent. Et je ne parles pas que des états unis ou de l’angleterre. Les Pays-bas et les pays scandinaves paient également leurs chercheurs correctement. Je ne parles même pas du sous-équipement ou de la lourdeure administrative imposée à certains labos. 

                                        La plupart de mes amis qui voulaient faire de la recherche ont du quitter la France. Non pas par mercantilisme comme on peut dire plus haut, mais pour avoir des opportunités de carriéres qui correspondaient à leur rêve et non à une carriére sclérosante dans l’université Française. Bien sur c’est quelque chose que l’on peut faire plus facilement à 25 ans qu’à 40. 

                                        Beaucoup de jeunes chercheurs arrivés dans l’université française découvrent d’ailleurs que souvent la Science importe peu dans leurs perspectives d’évolution. La politique par contre fait la différence. Sauf qu’en général si on choisit ce genre de carriéres c’est justement pour ne pas trop s’enmerder à faire de la politique !

                                        Il y a bien sur des labos comme l’INRIA qui ne sont pas gérés de la même façon que les labos universitaires classiques. L’ambiance et les opportunités de carriére y sont meilleures. 



                                        • armand armand 30 octobre 2008 09:16

                                          Petite précision quand même - si aux USA, par exemple, on est recruté sur un vrai emploi - et non un contrat d’un an renouvelé une fois, comme les fameux ATER (je suis passé par là aussi...) - il est extrêmement difficile d’obtenir un ’tenure track position’ qui conduit à la sécurité de l’emploi.
                                          Franchement, beaucoup de collègues américains, s’ils constatent que les salaires relatifs des universitaires français sont bas, nous envient cette sécurité.

                                          Si la malheureuse collègue avait été titularisée, elle aurait disposé de cette sécurité.


                                        • armand armand 30 octobre 2008 09:45

                                          Je préfère écarter, moi aussi, toute ’vengeance’ liée à une quelconque divergence philosophique. Et il est bon que M. Gallou rappelle que le refus de titularisation est en fait un prolongement de stage d’un an (donc il ne s’agissait en aucune façon d’une perte d’emploi). Cependant, ce type de décision est RARISSIME.

                                          Je ne vois toujours pas comment on peut tolérer qu’une commission se réunisse à deux. Dans la commission à laquelle j’appartenais avant qu’un diktat ministériel ne nous impose de nous remettre à une hypothétique ’commission de sélection’ aux modalités opaques, on a failli ne pas sièger à plusieurs reprises en raison de l’absence de quorum.

                                          Je constate aussi, de la part de plusieurs intervenants, la minimisation des discordances nées de cette satanée obligation de résidence. Bien moins médiatique, bien sûr, que d’hypothétiques chasses aux sorcières idéologiques.

                                          Autant, comme Bernard, j’estime que cette obligation, à l’heure du TGV, doit être assouplie, autant j’ai des exemples précis dans ma fac d’enseignants qui refusent d’être présents à des réunions, ou qui insistent pour que leur service soit limité à un jour. Une collègue, en particulier, refuse tout déplacement pour participer à des jurys de Master, estimant qu’elle n’a pas à passer cinq heures dans un train pour ça. Mais comme elle est, paraît-il, femme de député...

                                          La politique chez nous a toujours été de ne pas croiser le fer avec les enseignants courant-d’air, le remède étant pire que le mal. Mais, comme je l’ai précisé plus haut, les facs bretonnes sont particulièrement vigilantes sur ce point - que M. Gallou nous confirmera peut-être. De plus, on attend d’un stagiaire, comme de tout employé en période d’essai, une certaine exemplarité (n’ayant pas toutes les informations, rien ne prouve que Mme Lorne ne l’ait pas été, bien sûr).

                                          Reste une grande méconnaissance du sujet. Les procédés de sélection et de titularisation sont lents et difficiles : j’a passé passé six ans comme chargé de cours, ATER, enseignant associé, avant d’obtenir un poste de MC, essuyant plusieurs refus. Curieusement, passer PR m’a semblé beaucoup plus facile. J’ai connu plusieurs collègues plus fragiles qui ont abandonné, eu des dépressions, stagné sur des postes de détachés du secondaire (PRAG).

                                          De plus, une des bizarreries du système français veut que l’élection à un poste, potentiellement à vie, repose sur un entretien de quinze minutes, là où, aux USA, on passe la journée entière avec le département, répondant à des questions, faisant un cours, posant ses propres questions. Cette faiblesse inexpliquée, épinglée par un rapport sénatorial d’il y a dix ans, n’a jamais été visée par la moindre réforme.

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