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Aime Césaire, un Nègre français !

La presse parle d’une seule voix : "le poète martiniquais est mort", "la Martinique pleure son poète", Césaire était "un monument de l’histoire martiniquaise", un "combattant de la négritude"... Autant d’accroches journalistiques qui pourraient être sympathiques si elles ne masquaient pas l’éternel malaise de la France vis-à-vis de ses minorités.

Car deux notions devraient choquer :

  • que l’on emploie le mot négritude sans jamais l’expliquer ;
  • que l’on dise d’Aimé Césaire qu’il était Martiniquais alors qu’il est Français.


Négritude, étymologie d’un message

Derrière ce mot dur, dont l’âpreté écorchera l’oreille de tout Français marqué par une philosophie qui, depuis les années 1970, rejette le concept de race, se cache en réalité un humanisme sincère. Point de haine du Blanc chez les Césaire, Senghor ou Damas.
Le terme apparaît dans les années 1930 dans un contexte colonial très particulier de dévalorisation et de négation systématique de l’homme noir. Assumer son identité de Nègre apparaît alors à certains comme le meilleur moyen de revendiquer une égalité de traitement avec les Blancs. Le mot est en lui-même, étymologiquement, une revendication : "j’assume que vous disiez de moi ’tu es un Nègre’, j’assume ce que je suis, j’assume ma négritude, je revendique ma culture !".
Sartre dira à propos de la négritude qu’il s’agit de "la négation de la négation de l’homme noir".

En 2008, notre arrogance, celle de ceux qui n’ont pas combattu pour l’égalité, nous pousse à préférer au concept de négritude celui défendu par Wole Soyinka : "Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore". Naïveté idéaliste ! Car, aujourd’hui encore, certains nient l’histoire et la culture de l’homme noir. J’en veux pour preuve le discours que Nicolas Sarkozy a prononcé en juillet 2007 à Dakar. Un discours qui est une véritable insulte à l’intelligence et à l’Histoire et qui n’a pourtant suscité que bien peu d’émoi :

(Extrait) "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. (...) Jamais [il] ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’esprit de sortir de la répétition pour s’inventer un destin."


Aimé Césaire, chantre d’un humanisme universel
Et si Césaire revendiquait la différence, rappelons que la différence n’a de sens que dans l’union. Le concept même de négritude ne signifie rien si on le limite à la Martinique ou à l’Afrique. Aimé Césaire a tenté, au fil de sa plume, d’unir l’humanité, il ne s’est jamais adressé à la Martinique, mais à la France, voire au monde ! Le présenter comme un poète martiniquais est non seulement réducteur, mais surtout partisan car son message ne se limite nullement à la Martinique.

Pour s’en convaincre il suffit de lire le discours qu’il a prononcé sur le colonialisme en 1950 :

(Extrait) "Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production.
A mon tour de poser une équation : colonisation = chosification.
J’entends la tempête. On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d’économies naturelles, d’économies harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières. On se targue d’abus supprimés. Moi aussi, je parle d’abus, mais pour dire qu’aux anciens - très réels - on en a superposé d’autres - très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu’en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice versa, il s’est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité (...)."


N’en déplaise aux Français, n’en déplaise aux Martiniquais eux-mêmes, Aimé Césaire n’était pas Martiniquais, il était Français : un Nègre bien Français et c’est une fierté pour la France !


par Mehdi (son site) mardi 22 avril 2008 - 73 réactions
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  • Par Nobody knows me (xxx.xxx.xxx.242) 23 avril 2008 13:29
    Nobody knows me

    Plutôt d’accord avec vous gaiaol. La Martinique et le Vietnam n’ont aucun rapport. Déjà ce serait comparer un département français et un pays étranger. Je ne vois pas trop le lien.

    En revanche, la culture africaine - dans notre soucis de "civiliser" - a été très longtemps ignorée, piétinée, effacée, de telle sorte que maintenant il n’y a presque plus de "traces" de cette culture. D’un côté c’est normal que ce désir ressorte de cette manière.

    Certaines personnes désirent une Europe de caucasiens attaché à sa culture et ça ne choque personne.

    Et après on fait les étonnés quand on voit des noirs fiers de leur couleur et de leur culture. Après des siècles de propagande pro-blanc pro-occident, je leur tire mon chapeau.

  • Par gaiaol (xxx.xxx.xxx.93) 23 avril 2008 12:58

    @ dalat

    il ne faut pas sans cesse comparer ce qui n’est pas toujours comparable

    il y eut parmi l’empire colonial français ddifférents statuts dont ne bénéficièrent pas, loin s’en faut, tous les colonisés. l’asie meem colonisée, fut relativement épargnée. l’afrique fut dépecée.

    au vietnam, dès le début, l’"assimilation" de la population fut d’abord une priorité pour les autorités françaises. l’assimilation et non pas le rejet pur et simple des populations qui, dans les autres colonies, ne furent utiles qu’exploitées. le fer de lance de l’assimilation au vietnam fut l’enseignement. des missions catholiques furent créées un peu partout faisant de la culture française un puissant atout. en parrallèle, la langue vietnamienne ne fut pas interdite comme en algérie. au contraire, son apprentissage faisait partie des programmes scolaires et généralisé. ce qui n’est absolument pas le cas dans les pays d’afrique et au maghreb ou la mise sous tutelle culturelle était la seule norme ; ou la langue et les cultures indigènes furent complètement écartées et ou l’on imposa un seul modèle : la culture coloniale.

    "L’enseignement en Asie était l’autre instrument essentiel de la « conquête des cœurs et des esprits ».
     Alexandre Varenne, faisait même ces recommandations aux enseignants : "Ne leur enseignez pas que la France est leur patrie. […] Veillez qu’ils aient un enseignement asiatique qui leur soit utile dans leur pays." "

    en afrique rien de tel, le racisme et le mépris gouvernemental ont détruit d’emblée les héritages culturels locaux. ne parlons meem pas de la traite des noirs qui donne une dimension gigantesque au discours de césaire

    c’est toute la différence entre les colonies de peuplement et les colonies de comptoirs et elle est de taille...

  • Par gaiaol (xxx.xxx.xxx.93) 23 avril 2008 13:07

    rex On atteint là des strades insoupçonnés de cuculapralisme.

     

    dont vous êtes, à n’en pas douter, le chantre, rex

  • Par gaiaol (xxx.xxx.xxx.93) 23 avril 2008 14:45

    oui chapeau nobody...
    de plus, face à la toute puissance coloniale, la négritude de césaire se traduit seulement par le verbe. c’est un "combat" pour un espace d’expression interdit alors aux colonisés. un combat pacifique pour des mots contre la suprématie blanche écrasante caractérisée par l’exploitation totale de l’homme noir. un combat qui est loin d’être terminé...

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