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Accueil du site > Actualités > Société > Aimez-vous nos enfants ?

Aimez-vous nos enfants ?

Le verbe "aimer" à l’impératif pourrait paraître très étrange, mais il se conjugue ainsi dans bien des villages de France.

La route des vacances, le chaud soleil d’été, la fatigue nerveuse de la conduite… Voici des marronniers bien chauds pour la saison à défaut des marrons chauds de l’hiver…

Puisque la route et la sécurité routière sont d’actualité (récurrente donc), surtout dans l’interface entre juillettistes et aoûtiens, voici un petit coup de gueule contre un panneau qui, pourtant, se veut salutaire et consensuel.


Rouler versus habiter

Alors qu’il y a de nombreuses décennies, les routes se faisaient un devoir de traverser le plus de villages possible afin d’interconnecter tous les villageois, le mouvement s’est inversé depuis une vingtaine d’années.

Chaque année, des nouveaux tronçons de contournements sont réalisés afin, d’une part, de fluidifier la circulation sur les routes et, d’autre part, la plus importante, de renforcer la sécurité des habitants.

En effet, de nombreux villages sont encore traversés par de brutales routes nationales, simples lieux de dense passage, où les vitesses sont parfois excessives.

Le panneau de limitation de vitesse à 50 km/h et le panneau d’entrée dans une agglomération devraient suffire à faire ralentir les automobilistes.

Depuis le temps que la sécurité routière communique, il devient de plus en plus inutile d’argumenter sur cette nécessité. Et si l’argumentation ne convient pas, la maréchaussée est là pour réveiller l’esprit civique à grand renfort de belles technologies.

Pourtant, depuis de nombreuses années, certains villages ont adopté un panneau à leur entrée pour renforcer cette communication visant à faire ralentir les automobilistes.


Un panneau très étrange

C’est un panneau très fréquent, sans doute issu du même fournisseur (dont j’ignore le nom, mais qui semble protégé par la propriété intellectuelle), qui contient trois couleurs  : une partie verte et une partie blanche, avec quelques traits bleus.

Le motif d’arrière-plan est barré en diagonale (bas gauche vers haut droit), séparant un fond vert d’un fond blanc.

Le blanc symbolise la route vue en perspective. Une voiture stylisée (sans conducteur  ?) arrive de la droite et devant elle, courant de gauche à droite, un garçon d’une dizaine d’année s’approche d’un ballon au milieu de la chaussée.

L’enfant est vêtu plutôt chaudement pour faire du sport (pull-over, pantalon long) et, bien sûr, il ne voit pas le véhicule arriver vers lui.

C’est vrai que beaucoup d’automobilistes ont oublié leurs capacités de perception lorsqu’ils étaient eux-mêmes enfants  : d’une part, un enfant est plus petit qu’un adulte, sa vue s’en trouve donc handicapée par le fait qu’il manque de recul dans une situation donnée  ; d’autre part, il a beaucoup de mal à apprécier les distances et encore plus les vitesses.

Sur le panneau, dans la partie blanche, en lettres vertes, est écrit sur trois lignes  : «  Roulez doucement Merci  ».

Dans la partie verte, en lettres blanches, est inscrite une sorte de slogan consensuel  : «  Aimez nos enfants  ».


L’amour comme argument ultime

L’objectif du panneau est évidemment de faire ralentir, voire de faire freiner les véhicules. Sans doute en y provoquant un peu de mauvaise conscience par ce message subliminal inversé  : "si vous ne roulez pas doucement, vous n’aimez pas les enfants".

Je dis "les enfants" car "leurs enfants", les automobilistes de passage, ils ne les connaissent pas.

Et c’est là que la communication se fait pantelante.

Doit-on intimer l’ordre d’aimer  ? Et plus encore, aimer des personnes qu’on ne connaît même pas  ?

Il existe par exemple des personnes qui, loin de détester ou de haïr les enfants, croient qu’elles n’aiment pas les enfants (souvent, parce qu’elles sont mal à l’aise avec des enfants).

Voilà donc un panneau qui demande, en une seconde, d’aimer des enfants, chose que parfois des parents, après de longues années et de la bonne volonté, peuvent avoir du mal à atteindre  !

S’il y a bien une action qu’on ne peut pas imposer, même dans les régimes totalitaires, c’est bien celle d’aimer ou de ne pas aimer. Cela ne se commande pas, cela se vit, cela se sent, cela se ressent.


Charité chrétienne

«  Aimez nos enfants  », c’est aussi une vieille réminiscence du sain slogan (et saint slogan) chrétien avec cette variante plus connue  : «  Aimez-vous les uns les autres  !  » ou encore  : «  Aime ton prochain comme toi-même  !  ».

Un programme, ma foi, fort sympathique, mais qui risque de ne pas convaincre les sceptiques et les incroyants.

C’est une communication typiquement basée sur l’émotion alors que la raison devrait envahir le complet champ de vision de la conduite automobile, trop sujette aux soubresauts des susceptibilités et des énervements.

En effet, je n’ai pas besoin d’aimer une personne pour tout faire pour éviter de la blesser ou de la tuer.

Il y a d’abord la loi (le Code de la route et le Code pénal), puis il y a la raison et l’intérêt (ne pas faire d’accident), puis évidemment certaines valeurs morales intangibles (ne pas tuer, ne pas porter corporellement atteinte à des personnes physiques), et c’est seulement après qu’il y a la barrière sentimentale et l’émotion, les tripes.

Par ailleurs, n’aimer que "leurs" enfants, c’est aussi oublier les autres, les adultes, les autres piétons, les autres habitants du village, auxquels il faut aussi penser, qu’il ne faut pas plus renverser pour autant.


Les trois amours

Certes, le mot "aimer" en français est l’un des mots les plus ambigus puisqu’il recouvre trois réalités très distinctes  :


l’amour philia (jilia) qui désigne l’aimer-bien sans connotation sexuelle et peut se rapporter aux personnes (pour l’amour d’amitié), aux choses, aux actions etc. (d’où la mauvaise construction du mot "pédophile" qui devrait signifier "celui qui aime les enfants" – ce que ces villages nous demandent justement  ! – au lieu de la définition communément admise de "celui qui abuse sexuellement des enfants").


l’amour éros (eroV), qui désigne l’amour sexuel ou sentimental, est à l’origine des jeux "érotiques" et que la Bible a délaissé au contraire des auteurs grecs.


- enfin, l’amour agapè (agaph) qui englobe une notion un peu plus délicate, qu’on pourrait (mal) traduire par "charité" et qui est une sorte d’amour comportemental, sans doute la meilleure signification de l’expression chrétienne «  Dieu est amour  » qu’explique notamment la première lettre encyclique du pape Benoît XVI ("Deus Caritas Est", Rome le 25 septembre 2005).

Et c’est sans doute dans ce dernier sens (agapè) qu’il faut comprendre cet impératif «  Aimez nos enfants  » qui, sinon, pourrait constituer le paradoxe que je dénonçais.


Tout doux dans tous les cas

En ce sens, ce panneau révèle, mais ce n’est pas un secret, l’origine chrétienne de la France et sa tradition bien ancrée de mettre en avant des valeurs morales et chrétiennes plutôt que des valeurs légales et rationnelles.

Est-ce plus efficace  ? Je n’ai aucune réponse et n’ai trouvé aucune étude statistique sur ce sujet (effet de ces panneaux sur le nombre d’accidents).

Dans tous les cas, que vous acceptiez les termes de ces panneaux ou pas (on préférera d’ailleurs des panneaux plus neutres et moins équivoques, comme le panneau mis sous ce texte), en agglomération urbaine et en dehors… roulez doucement  !

Et pas seulement durant l’été.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 juillet 2008)


Pour aller plus loin  :

Le panneau en question.

Un autre panneau moins ambigu.

Encyclique "Deus Caritas Est" par Benoît XVI (25 septembre 2005).

Documents joints à cet article

Aimez-vous nos enfants ?

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7 réactions à cet article    


  • ACTARIUS 31 juillet 2008 11:36

    Bonjour,
    Tout à fait d’accord sur le fond de votre article , mais je m’étonne que vous ne parliez pas du scandale des panneaux de signalistion (passation de marchés truqués) je n’ai moi même rien trouvé à ce sujet, je dois l’avouer.
    C’est un échec permanent et un drame humain inacceptable. Les hommes politiques ne cherchent ni à comprendre les causes de l’hécatombe, encore moins l’endiguer. Ils sont passifs malgré tous leurs discours et leurs mesures inefficaces. Ils ponctionnent 200 à 300 milliards par an aux automobilistes mais n’utilisent ces sommes ni pour gérer, entretenir ou améliorer le réseau routier. Par contre, ils ne se privent pas de culpabiliser les automobilistes au lieu d’assumer leurs propres responsabilités. En bref, ils nous prennent notre argent et nous reprochent d’avoir l’incorrection de mourir sur les routes.


    • Lucie A. elise renault 31 juillet 2008 12:30

      Pourquoi parler de l’été ? ils démontent les panneaux pendant l’hiver ?


      • claude claude 31 juillet 2008 15:10

        bonjour sylvain,

        j’aime bien votre article smiley

        pour en revenir au panneau, il est moche et peu lisible ou visible. je préfère celui qui est réalisé par les enfants et qui demande aux automobilistes de faire attention. il est autrement plus explicite et attire plus l’oeuil.

        • Par ailleurs, n’aimer que "leurs" enfants, c’est aussi oublier les autres, les adultes, les autres piétons, les autres habitants du village, auxquels il faut aussi penser, qu’il ne faut pas plus renverser pour autant.

        permettez-moi une remarque de mauvais goût : smiley

        il y a peut-être dans ces villages, de vieux grippe-sous richissimes, dont on attend impatiamment le décès pour se partager le magot...
        ces panneaux sont peut-être une indication concernant l’ouverture de la chasse aux vieils harpagons. celle-ci étant d’ailleurs assez difficile, car ils sont rusés les bougres, et demandent une approche subtile des passages piétonniers afin de les occire proprement.
         smiley

        • HELIOS HELIOS 31 juillet 2008 16:16

          Excusez-moi, Sylvain, je ne remets pas en cause ni votre travail, ni vos qualités... mais il me semble que cet article est parfaitement contextuel... il sent fortement l’été, le marronier (de la presse) et l’enc... de mouche.

          Si cela est votre objectif, félicitations vous avez reussi.

          Si vous souhaitez parler serieusement, permettez moi de dire qu’avant de chercher je ne sais quelle arriere pensée, ce genre de panneau ets simplement le fruit d’une reunion du conseil municipal, qui fatigué par le passage répeté de camion ou de vehicule a des allures jugées trop rapide quand on est a pied, les a acheté et installé.
          La decision fut prise a la reunion du vendredi soir, juste avant l’aperitif et faisait suite au document commercial transmis par la dde et presentant avec les classiques "interdit de stationner sortie de vehicule jour et nuit" cette nouveauté offerte GRATUITEMENT par le fabriquant si la mairie achetait au moins 20 panneaux indicateurs.

          N’y voyez rien d’autre... pas d’arriere pensée pas d’images subliminales, pas d’intention psycho-truc sur les enfants, les autres etc... juste un panneau cadeau incitant les automobiles a ralentir. ce qui, sur le fond, n’est pas a proprement parler une mauvaise chose.

          Bonnes vacances.


          • ACTARIUS 31 juillet 2008 17:17

            Depuis plusieurs rentrées scolaires, un constructeur automobile français arrive auprès des collégiens de France, sous couvert de prévention sur le thème de la sécurité routière. Le listing des enseignants d’Education Civique est donné par le Ministère de l’Education Nationale, sous couvert du Ministère des Transports. Ces derniers perçoivent-ils des sous, comme pour certains partenariats issus, eux des assurances ?

            Toujours est-il que ce constructeur automobile, souhaite qu’on lui envoie des propositions d’affiches, élaborées par les élèves de 5e et 4e sur un support informatique, très bien élaboré, qui reste la propriété exclusive du constructeur.

            La thématique proposée change chaque année, mais le logo, sur chaque document reste lui bien en place, visible par chaque élève sur chaque document qui ainsi devient une publicité déguisée.

            Un concours d’affiches est ensuite organisé par le constructeur, qui le place même ensuite dans les espaces publicitaires publics. Ben voyons !! On fait bosser les professeurs( un peu naïfs, faut bien dire), les élèves qui se prennent au jeu multimédia très tendance, on prend du temps sur les programmes pour se voir sur un panneau publicitaire d’une marque automobile pour faire de la prévention ...

            Si l’on réfléchit deux minutes, il s’agit de redéfinir l’indépendance de l’Education Nationale. Ce genre de prévention n’est qu’une publicité déguisée, si l’on y regarde de plus près.

            Les professeurs n’ont pas besoin de cette intrusion publicitaire (à peine déguisée) d’un constructeur automobile pour faire de la prévention auprès des élèves. Encore faut-il, bien entendu que le Ministère renouvelle les documents pédagogiques à leur disposition et veuille bien, un jour inclure cette thématique dans les horaires et programmes officiels, ce qui n’est toujours pas fait.

            C’est pourquoi, il sera utile d’ignorer cet appel pour démontrer que l’Education Nationale est capable d’indépendance.

             

            La campagne " Tes idées à l’affiche" n’est qu’un leurre, qu’on ne s’y trompe pas. Les élèves sont manipulés : le souvenir de cet exercice proposé par ce constructeur les met en confiance et les prépare à leur achat automobile dans un proche avenir. Bien vu !!! C’est toujours moins cher que l’élaboration d’une pub TV et sa diffusion : car là ce sont les enseignants et les élèves qui bossent gratuitement...en croyant faire une bonne action ...

            Mais de nombreux enseignants se sont pas dupes. Qu’on se le dise ...au Ministère de l’Education Nationale d’abord, au Ministère des Transports ( mission Sécurité Routière) ensuite .

            Pour conclure, il est impératif de relire les 3 circulaires " d’interdiction de pratiques commerciales dans les établissements d’enseignement " qui ont été publiées. Elles devraient être connues et donc respectées :

            - Le bulletin officiel de l’Education Nationale (BOEN) N° 28 du 3.07.1967 ( circulaire II-67-290) stipule :

            "....il ne saurait être toléré en aucun cas et en aucune manière que maîtres et élèves servent directement ou indirectement à quelque publicité commerciale que ce soit."

            - Circulaire du 8 novembre 1963 ( BOEN N° 42 du 21 novembre 1963)

            - Circulaire du 10 décembre 1976 N° 76-440 ( BOEN N°47 du 23 décembre 1976)

            Une enseignante,

            qui refuse de prendre du temps dans ses cours pour une publicité,aussi bien déguisée soit-elle...

             

            Source Association Laurence Fritz
            BODIDHARMA


              • Vinrouge 31 juillet 2008 19:18

                Un simple commentaire sur le contenu du panneau :

                - on ne voit pas le conducteur : c’est bien normal, comme on conduit à gauche et que le siège de gauche n’est pas visible ....


                - l’enfant fait du sport en pull over et pantalon : pour ma part, je trouve que sa tenue pourrait être un survêtement


                - vous condamnez le recours à l’émotion et dîtes que les panneaux limitant la vitesse à 50 km/h devraient suffire. Mais justement, ils ne suffisent pas, le nombre de morts sur les routes en atteste ! Puisque les conducteurs ne sont pas sensibles à des arguments stricts, on a essayé le registre de l’émotion, et le choix des enfants n’est pas un hasard à ce titre, car quelle personne non fada les hait au point de les tuer ? Imaginez le même panneau avec un vieillard...certains se diraient "ras le bol des vieux, y nous piquent les appartements, y z ont qu’à crever". Les résultats de ce déploiement d’émotion furent bien sûr mitigés (comme vous le dîtes, ce type de panneau existe depuis longtemps...), et puis on est passé au seul moyen qui (et c’est bien dommage) marche vraiment : taper au portefeuille ! (au paassage, dans ce cas précis la morale - ou l’esprit civique, qui sont pour moi la même chose quand on parle de morale laïque - serait bénéfique...)


                - "Aimez nos enfants" : vous avez choisi de considérer que ce panneau s’exprime au nom des habitants du village. Pourquoi pas ? Mais on pourrait très bien aussi choisir de considérer que le "Nous" représente la communauté nationale (7) (désolé pour cette blague pourrie ) ...

                Bref, tout ça pour dire que ce panneau ne fait rien de mal, qu’il a dû être créé par un petit groupe de travail de personnes d’une DDE, sans aucun membre de l’Opus Dei tentant de véhiculer pernicieusement un message catho...

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