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Amour et mariage

En relisant l’histoire de Tristan et Iseut, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la très médiatique question du mariage entre personnes du même sexe. A une époque où le mariage d’amour était considéré comme une menace pour la bonne marche de la société, ce couple mythique se retrouve hors la loi. Son refuge, il le trouve au fond des bois, en marge de la société.

Leur union, aujourd’hui banale, était, elle aussi, considérée comme « contre nature » selon l’ordre du monde d’alors où le mariage arrangé était la norme. Une norme que l’on comprend aisément lorsque l’on connaît le potentiel subversif de l’amour.

Si autrefois en effet le cœur du mariage était la présomption de paternité, aujourd’hui, c’est le couple qui en est le cœur. Le mariage n’a plus la finalité quantitative et utilitaire de procréer mais celle de protéger deux personnes qui s’aiment.

Les réticences actuelles à reconnaître les amours homosexuelles nous viennent de loin. La loi de Moïse déjà nous en parlait. Société patriarcale au besoin vital de grandir, les Hébreux condamnent clairement et fermement l’homosexualité masculine. Cette société n’existe plus et la loi de Moïse n’est pas en self-service. Soit elle s’applique à la lette dans son intégralité, soit elle ne correspond plus à notre monde en tant que loi.

En tant que texte fondateur de nos civilisations, on ne peut certes pas la balayer en quelques lignes. Mais selon les écrits néo-testamentaires, cette loi, nous en disposons. La loi est faite pour l’homme et non l’inverse. Elle est accomplie et non abolie.

Dans le même souci d’éviter l’écueil de la lettre de nos textes fondateurs, nous savons que le monde ne s’est pas fait en six jours, tout comme nous savons que les archétypes primordiaux d’Adam et Eve nous parlent de principes masculin et féminin, d’extériorité et d’intériorité, davantage que de l’homme et de la femme.

A ce titre, le double récit de la création de l’humain est clair. Il est d’abord créé mâle et femelle. Androgyne primitif. Puis la femme, où plutôt le féminin qu’il contient est tiré du dedans de lui, car l’expérience d’amour ne se vit que dans l’altérité. Un autre différent de soit. Différent n’ayant jamais été synonyme de sexe opposé.

Enfin l’appel à la tolérance de Sodome et Gomorrhe est sans doute l’un des récits bibliques sur lequel pèse le plus lourd contresens. A la rigueur mentale toute phallique du peuple de Lot, celui-ci oppose la douceur de ses filles encore vierges. Un monde fécond encore en devenir. Le monde des possibles. Un plaidoyer puissant contre la pensée unique.

C’est dans leur acception symbolique, au sens fort de ce terme, le symbole étant ce qui créé du lien, que la portée des textes sacrés à traversé les âges. Que les sociétés qu’ils décrivent nous ressemblent ou ont matériellement existé n’a dès lors plus aucune importance. Ce qui compte, ce sont les messages subtils et les allégories puissantes qu’ils contiennent. Des messages qui parlent au cœur avant de parler à notre raison.

Un couple uni et bienveillant envers ses enfants, une famille heureuse et épanouie, qui aura le cœur des les séparer ? De leur jeter la première pierre en leur refusant le cadre protecteur du mariage et par corollaire en mettant en doute la validité de leurs sentiments.

A chaque époque sa façon de lapider. A chaque époque aussi son défi et sa mise à l’épreuve de nos mots de tolérance et de respect. Si je dois même aimer mon ennemi, et donc le respecter, combien à plus forte raison ne dois-je pas aimer et respecter celui dont le seul crime est de vouloir aimer, tout comme moi.

Etrangement, l’argument de l’intérêt de l’enfant n’a jamais intéressé personne lorsque les pensionnats et orphelinats étaient tenus par des religieux tous du même sexe. Les référents masculin et féminin sont partout autour de nous. A l’école, en famille, entre amis.

Pour que perdure une interprétation clairement orientée, une traduction approximative ou tout simplement pour ne pas voir leur monde changer, certains sont encore prêts à refuser aux autres le droit d’aimer. Refuser le droit d’aimer, c’est reléguer à la clandestinité, pousser à des comportements marginaux et suicidaires des personnes dont le choix de vie n’enlève rien à la société. Refuser l’amour, c’est condamner à mort. 

Faute d’arguments spirituels, les arguments anthropologiques avancés aujourd’hui, même par les grandes religions, ne sauraient résister au potentiel transgressif de l’amour. En réalité, c’est l’amour qui est contre nature. Son énergie transcendante et créatrice nous arrache au déterminisme biologique de notre nature animale pour nous rapprocher un peu plus encore du monde à la fois subtil, mouvant et infiniment riche de la pensée.

Au XIIème siècle, Iseut se battait pour le droit d’aimer l’homme de sa vie. Aujourd’hui, ce combat dont la plupart était ignorant alors est gagné et nous en bénéficions. Au XXIème siècle, Iseut se bat pour le droit d’aimer la femme de sa vie. Puisse l’humanité en bénéficier avant mille an.

Au XVème siècle, Pic de la Mirandole nous ouvrait déjà la voie : « Toi, que nulle limite ne contraint, conformément à la libre volonté que nous avons placée dans tes mains, décideras des propres limites de ta nature. »


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11 réactions à cet article    


  • tikhomir 31 octobre 2012 11:39

    Drôle d’interprétation biblique... C’est vraiment n’importe quoi depuis votre histoire sur la Création jusqu’à votre histoire d’écrits néo-testamentaires.

    Prenons le cas de Sodome et Gomorrhe puisque vous en parlez. Si effectivement Abraham demande d’épargner la ville, c’est à cause des justes (Gn 18:25). Et Dieu va plus loin que la demande d’Abraham, s’il y a des justes, alors il veut pardonner tout le monde (Gn 18:26).

    On est déjà donc loin de « l’appel à la tolérance » dont vous parlez, ça va au delà de la simple tolérance, c’est déjà la miséricorde et le pardon.

    Néanmoins, dans le récit biblique, Sodome et Gomorrhe ont été détruites (Gn 19:24-25).

    Pourquoi ? Parce que les justes sont sortis de la ville en ce sens qu’ils ont fui le péché et les autres ne se sont pas repentis et n’ont pas fait pénitence... Les autres courent à leur condamnation et à leur mort (Ap 21:8, Is 2:9, Rm 9:27-29, Je 23:15, Je 49:18, Jude 1:7-8).

    Rm 1:26-27 : leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui est contre nature ; de même aussi les hommes, au lieu d’user de la femme selon l’ordre de la nature, ont, dans leurs désirs, brûlé les uns pour les autres, ayant hommes avec hommes un commerce infâme, et recevant dans une mutuelle dégradation, le juste salaire de leur égarement.

    "Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous« (Rm 1:22).
     »Je vous le dis en vérité : il y aura moins de rigueur, au jour du jugement, pour le pays de
    Sodome et de Gomorrhe que pour cette ville." (Mt 10:15, Lc 10:12)


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 31 octobre 2012 13:53

      Comme de nombreux textes dits bibliques, Sodome et Gomorrhe n’ est qu’une reprise d’un mythe plus ancien, celui de Philémon et Baucis.


      Zeur et Hermès, voulant éprouver le coeur des Hommes, voyagèrent sous apparence humaine au sein d’une vallée réputée pour sa fertilité mais connue aussi pour son égoïsme et son manque total de partage. Frappant à chaque porte des villes de la vallée, il leur fut refusé à chaque fois l’hospitalité, seul un couple de bergers pauvres leur ouvrit leur porte. 

      Le matin suivant, ils firent connaître leur nature divine en noyant la vallée sous les flots, n’épargnant que leurs hôtes et offrant à ceux-ci un temple et la prospérité qui viendrait avec. A leur demande, ils firent don au couple du destin de mourir ensemble quand le moment serait venu afin que nul ne soit affligé du veuvage. A leur décès, leurs corps furent changés en arbres aux branches étroitement mêlées. On voit à quel autre mythe cette légende a donné naissance.

      C’est le véritable crime de Sodome : l’égoïsme des habitants et le viol des lois élémentaires de l’hospitalité. Seules les traductions tardives ont mis en avant l’homosexualité comme raison supposée.

      Cette thèse est renforcée par l’usage dans le texte hébraïque du verbe yada’ , qui est traduit par connaître dans le sens de savoir. Le sens de « rapport sexuel » étant réservé aux rapports hétéros, le verbe sakan étant lui dévolu aux rapports homosexuels.



    • tikhomir 31 octobre 2012 14:18

      Au delà de votre blabla gnostique, je relève tout de même ceci

      « C’est le véritable crime de Sodome : l’égoïsme des habitants et le viol des lois élémentaires de l’hospitalité. Seules les traductions tardives ont mis en avant l’homosexualité comme raison supposée. »

      Ce n’est pas faux. Néanmoins, l’acte homosexuel est un péché dans la Bible et le péché, s’il peut effectivement être pardonné, nécessite le repentir et allant avec, la pénitence (c’est toute l’histoire d’Israël dans la Bible).

      "si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous" (Lc 13:3, 5), dit Jésus.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 1er novembre 2012 00:41

      Ce serait justifié si la Bible était un écrit divin. 


      Or tout indique que ce livre n’est que d’origine humaine, réunissant des mythes et des légendes disparates, « modernisé » selon les critères de l’époque et ayant pour but de donner une ascendance prestigieuse à un groupe humain de façon à faire de ses lois des canons universels.

    • lulupipistrelle 31 octobre 2012 11:52

      « Vous plairez-t-il seigneur d’entendre une histoire d’amour et de mort »... Tristan et Yseult

      J’ai vaguement l’impression que vous interprétez à votre manière le mythe,...à votre avantage ?

      L’amour n’est pas l’objet du mariage, ni hier, ni aujourd’hui... le mariage est un lien social qui permet d’élever des enfants... et accessoirement de se constituer et préserver un patrimoine commun.

      Pour les couples mariés, qui n’ont pas d’enfant (volontairement ou pas), l’accessoire devient l’essentiel.
      Pourquoi élargir cette institution aux couples homosexuels ? parce que dans une société qui ne permet pas de disposer en toute liberté de son patrimoine, on ne voit pas comment justifier cette injustice patrimoniale entre couple hétéro et homo... à moins de décider que les homos sont des citoyens de second ordre, qui n’ont pas le droit de privilégier quelqu’un...

      Beaucoup insistent sur le fait qu’on n’a pas à parler de mariage, et que les homos peuvent être rétablis dans leurs droits sans passer par le mariage... moi je trouve cette toute nouvelle option intéressante... parce que l’étape suivante sera de permettre de se choisir un héritier de coeur avec lequel on ne couche pas ( une frère, une soeur, un neveu une nièce, un(e)ami(e) ), parce qu’on se demande pourquoi seule la sexualité sacraliserait les liens qui unissent deux êtres...Enfin pour cette évolution dans l’immédiat, je ne me fais pas d’illusion...

      Les homos veulent le mariage, na ! Et nous nous sommes priés de ne pas rigoler.

      PS : je pense avoir mécontenté le plus grand nombre, ... mais je ne raisonne pas de manière binaire, et même si j’ai de la sympathie pour la cause homosexuelle, maintenant je commence à être irritée par les radicaux.


      • tikhomir 31 octobre 2012 12:25

        « J’ai vaguement l’impression que vous interprétez à votre manière le mythe,...à votre avantage ? »

        Pour l’auteur de l’article : il vaudrait bien mieux ne pas savoir lire que de lire de la sorte. (St Cyprien)

        « on se demande pourquoi seule la sexualité sacraliserait les liens qui unissent deux êtres. »

        Dans l’esprit, je suis d’accord avec vous, même si je me dis que l’État n’a pas à « sacraliser » les choses, mais je pinaille sur les termes. On pourrait effectivement imaginer d’autres types de liens reconnus officiellement entre les personnes, même si elles ne vivent pas ensemble.

        De telles lois ont déjà existé (notamment dans l’Empire Romain) mais supprimées pour cause d’abus, mais on pourrait en tirer des leçons et faire quelque chose de sympathique.


      • lulupipistrelle 31 octobre 2012 12:38

        Vous plairait-il... seigneur... oups...

        Quel malheur qu’on ne puisse pas se corriger...


      • bel95 31 octobre 2012 11:55

        Bravo, vous venez de remporter la palme, le texte le plus infantile et infantilisant écrits sur Agoravox à ca sujet !!!
        Comme pour votre ami Bella-blabla je vous conseil donc de nocer à Disney-Land, ce qui correspond à votre définition du mariage qui d’évidence à lire cette rédaction de niveau CM2 montre votre totale méconnaissance. Vous devriez intérroger vos parents (si ils continuent à vous adresser la parole) ou à vos voisins (idem). Bref, un peu de recherche n’est pas inutile pour évoquer un sujet que l’on ignore.


        • Anaxandre Anaxandre 31 octobre 2012 15:08

           Quelle bonne blague que le « potentiel transgressif de l’amour » dont vous parlez ! Qu’y a-t-il de moins transgressif que l’amour ? Toutes les statistiques montrent que les conjoints se trouvent dans des périmètres socio-culturels proches, et ce phénomène tend même à s’accroître. De même que ce n’est pas demain la veille que l’avocat homo parisien se mariera avec l’ouvrier homo de l’usine de banlieue !

           Expliquez-nous comment résoudre les différences de classes, de revenus, de cultures, de religions, etc, et revenez ensuite nous redire votre attachement à l’Amour sans frontières dans l’égalité parfaite ! On voit bien encore que c’est pour mieux masquer son abandon total des questions de classes socio-économiques qu’une certaine gauche « progressiste » se rabat sur quelques sujets sociétaux qui ne bénéficieront comme toujours qu’à quelques minorités agissantes, et certainement pas au peuple en voie de paupérisation accélérée qui attendait sans doute autre chose d’un gouvernement de gauche (?) que l’officialisation du mariage entre deux notables citadins du même sexe...


          • Robert GIL ROBERT GIL 31 octobre 2012 19:37

            En général, ce sont les personnes les moins concernées par ce type de débat qui sont les plus virulentes, mais dites vous bien que le mariage « homos » ne changera rien a votre vie...

            Voir :
            http://2ccr.unblog.fr/2012/10/30/le-mariage-pour-tous-et-toutes/


            • Romain Desbois 1er novembre 2012 00:54

              Merci Sam pour ce beau texte très éclairant et bien écrit.

              Ce que je ne comprends pas chez les partisans de l’interdiction de marier des homos entre eux , c’est cette peur de perdre quelque chose. comme si le fait de n’être que les seuls à en profiter en renforçait l’existence.

              Etrange cette conception du vivre ensemble, eux qui souvent déplorent la fausseté du mot Liberté sur les frontons.

              Quand on refuse un droit pour tous, c’est que l’on veut garder un privilège pour soi.

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Sam Byhel


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