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Accueil du site > Actualités > Société > Amour et pardon contre tolérance et neutralité

Amour et pardon contre tolérance et neutralité

Bien que Jacques Chirac en particulier se soit opposé à faire apparaître une quelconque allusion aux racines chrétiennes de l’Europe dans le traité constitutionnel, il va de soi, comme un fait, que les racines de la civilisation européenne sont en grande partie chrétiennes. Si on y ajoute les racines grecques et romaines, on a là un tour quasi-complet de notre culture profonde.

L’arrivée du christianisme a changé beaucoup de choses, mais, à mon avis, le christianisme a inséré dans la société deux valeurs fondamentales qui sont l’amour du prochain et le pardon. L’amour du prochain est fondamental en ce sens qu’il est un devoir du chrétien envers chaque homme, quelle que soit sa race et il porte donc en lui-même le fondement du non-racisme[1]. Il est aussi le prélude à une forme de diplomatie basée sur la confiance en l’autre a priori ce qui facilite, objectivement, les rapports. Le pardon, lui, est essentiel dans la vie courante, tout simplement parce que, le monde n’étant pas parfait, seul le pardon permet de repartir de zéro et de reconstruire. Il en va ainsi de la vie de couple en passant par les rapports d’amitié jusqu’aux rapports entre états. Concernant ces derniers, L’Europe s’est globalement et mutuellement pardonnée les exactions de la dernière guerre voire des guerres précédentes et a pu commencer à se construire. On peut mettre cette réconciliation, en grande partie, sur le compte des racines chrétiennes des nations européennes, le pardon, encore une fois, étant une des valeurs fondamentales de notre société. A l’opposé, Israël et la Palestine, s’ils veulent un jour vivre en paix, auront bien du mal, le pardon n’étant pas une valeur fondamentale de l’Islam ni du judaïsme. Et pourtant, la guerre ne pourra pas être éternelle entre ces deux entités…

Néanmoins, essentiellement depuis l’après-guerre, la société européenne a dérivé moralement pour épouser aujourd’hui deux « nouvelles » valeurs, en substitut, que sont  la tolérance et la neutralité. Commençons par la tolérance qui est dans toutes les bouches, politiques en particulier. Mais que dire d’une société qui écarte, officiellement, plus de 9% de sa population[2] et probablement le double objectivement ? Est-ce cela une société tolérante ? Mais faisons fi des critiques et prenons comme acquis que la tolérance est prônée comme une valeur fondamentale de notre société. Y gagnons-nous par rapport à l’amour du prochain ou y perdons-nous ? La réponse est hélas triviale. Tolérer ne veut pas dire aimer et, par exemple aux Etats-Unis, le melting-pot n’est que la juxtaposition de communautés qui se tolèrent… Mais s’ignorent ! Et l’Europe est partie actuellement pour répliquer ce triste modèle. La perte est donc énorme et cela à plusieurs niveaux. Au niveau sociétal d’une part puisque les communautés défendent alors des intérêts potentiellement divergents et au niveau du pays globalement qui n’a pas et ne peut avoir de réelle unité, s’affaiblissant donc par là-même.

Traitons maintenant le cas de la neutralité. J’ai dit neutralité mais le fondement de cette doctrine est la laïcité née au début du vingtième siècle. Cette laïcité, en réalité, est une neutralité vis-à-vis des religions et il nous faut comparer cette neutralité avec le pardon. Le chemin à suivre ici peut ne pas sembler évident, et pourtant… La neutralité revient à jouer, en quelque sorte, à Ponce Pilate, qui dit « je m’en lave les mains ». Pourquoi ? Parce que dans une société démocratique, c’est la loi du nombre qui l’emporte. Que demain une majorité de nos concitoyens soit en faveur du crime organisé et porte au pouvoir ce qu’on appelle communément aujourd’hui un « populiste » et le crime organisé sera installé (n’est-ce pas ce qui a cours en Italie ?). Et il en va ainsi de chaque thème sociétal imaginable. Mais il y a plus. La neutralité, c’est refuser de trancher entre des valeurs. La Suisse, par exemple, avec sa position de neutralité pendant la deuxième guerre mondiale n’a pas tranché entre le nazisme et les autres valeurs qui avaient cours dans le reste de l’Europe. De même, pendant la guerre froide, la Finlande, neutre, n’a pas tranché entre le communisme et la démocratie occidentale. De même en conséquence, la laïcité ne tranche pas entre les différentes religions, les estimant équivalentes du moment que chacun se conforme à la loi démocratique. Or, clairement, toutes les religions ne sont pas équivalentes.

Le débat actuel sur les minarets est en réalité un débat à fleurets mouchetés sur une question fondamentale de notre société et ses valeurs. La question du pardon y est centrale. Prenons-en un exemple emblématique. Doit-on faire comme le fit Jésus dans les évangiles, à savoir, dire à la femme adultère « va et ne pèche plus »  ou bien faut-il faire comme le commande Mahomet dans le Coran et lapider la même femme adultère ? Ce qui est demandé par les peuples européens de culture chrétienne, c’est un arbitrage qui tarde à venir des politiques car ces derniers sont prisonniers de la démocratie, cette démocratie qui les fait vivre car ces personnes vivent exclusivement de l’élection et ne peuvent donc pas déplaire à trop de monde si elles veulent garder leur place, serait-ce au prix de non-décisions sur un des fondements de notre société.

Le lecteur l’aura donc bien compris à ce stade, je ne suis pas pour le remplacement de l’amour du prochain et du pardon au bénéfice de la tolérance et de la neutralité. L’identité d’une nation ou d’un groupe de peuples passe par des valeurs fortes. Ni la tolérance ni la neutralité ne sont des valeurs fortes. Et je terminerai par cette réflexion que me faisait récemment mon fils aîné. Dans la vie de tous les jours, non seulement l’amour du prochain est bien absent mais le pardon aussi, tant dans les relations sociales que professionnelles. Le remplacement de ces deux valeurs, encore une fois fondamentales, par la tolérance et la neutralité, sont une perte considérable tant en termes de civilisation que de bien-être potentiel.

Tant qu’à prendre de bonnes résolutions pour 2010, voilà qui devrait inspirer chacun, hommes politiques compris.



[1] Et non de l’antiracisme qui est une construction contemporaine sans fondement et vouée à l’échec.

[2] Il s’agit des chômeurs. Les normes ayant évolué avec le temps, on ne comptabilise pas tout le monde loin s’en faut et en conséquence l’auteur estime qu’il faut doubler le chiffre officiel pour avoir une vue objective de la situation réelle.


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8 réactions à cet article    


  • anty 28 décembre 2009 10:46

    C’est une Europe castrée et sans saveur et sans caractère que nous en concoctés nos dirigeants politiques pour notre avenir et pour les générations futures.


    • Christian Delarue Christian Delarue 28 décembre 2009 11:54

      Aimer n’est pas une vertu publique.

      Cette vertu concerne le relationnel et non des rapports sociaux. On peut certes dire aimer les étrangers ainsi que le préconisait Eric Fromm, tout le contraire d’aimer seulement les nationaux. Mais nul n’aime tous les etrangers ni tous les nationaux, ni même parfois tous les membres de sa famille !

      Certains aiment dans l’inégalité maintenue, dans la hiérarchie. L’Eglise s’est accomodé de cet amour-là, à l’exception de la théologie de la libération qui ajoutait le combat d’émancipation à l’amour. Combat contre l’impérialisme et le capitalisme. Il ne s’agit pas d’hair les bourgeois ou les capitaliste. Mais ainsi que le disait Sartre d’hair ce qui opprime les humains. Le pardon est possible. Il n’est pas réservé aux chrétien. On n’a pas plus à aimer les autorités encore qu’il arrive qu’on les admire lorsqu’elles sont compétentes et aimantes. On les combat lorsqu’elles sont dans l’oppression et la domination.

      J’ai lu très vite votre texte. Donc mon commentaire tout aussi rapide n’en est pas nécessairement une critique.


      • jullien 28 décembre 2009 12:50

        C’est l’éternel débat entre les exigences de la morale et celles de la Politique.
        Bien que le bien commun soit le but de la Politique ce qui implique un minimum de vertu dans la société et chez les gouvernants, il paraît difficile voire impossible de faire une bonne politique avec rien d’autre que des bons sentiments.
        Peu importe que l’amour du prochain soit moralement supérieur à la tolérance : nous vivons dans une société multiculturelle où il n’y a pas d’accord commun sur les fondations métaphysiques. La tolérance et la neutralité sont des nécessités politiques pour permettre le vivre-ensemble et le maintien de la société. Sortir de cette situation impliquerait soit un très long travail sur des décennies voire des siècles, soit la guerre et/ou la tyrannie. Faîtes votre choix.


        • Mohammed MADJOUR Mohammed 28 décembre 2009 17:22

          « A l’opposé, Israël et la Palestine, s’ils veulent un jour vivre en paix, auront bien du mal, le pardon n’étant pas une valeur fondamentale de l’Islam ni du judaïsme. Et pourtant, la guerre ne pourra pas être éternelle entre ces deux entités… »

          D’abord, il n’y a pas Israël et la Palestine, il y’a seulement La Palestine pour tous ! Le partage était une erreur !
           
          D’un autre côté vous avez raison à moitié, l’Islam recommande à chacun d’assumer ses responsabilités
          en oubliant les théories et les pratiques du bouc émissaire ! 

          L a Religion évolue, les anciens textes n’ayant pu étre réformés par Jésus, vous avez aujourd’hui le seul Coran comme Religion universelle !

          C’est donc vrai que l’Islam explique bien que personne ne peut payer à la place de personne quand il recommande d’aimer de partager et de pardonner seulement une ce qui n’est pas intentionnel, chacun est donc libre de conduire sa vie à sa façon mais la facture finale sera à sa seule charge : Le Christianisme est fondamentalement à rejeter ! Et un « chrétien » est avant tout un « Judéo-romain » coupable !

          Mohammed.


          • bernloub 29 décembre 2009 14:28

            je me reconnais dans ce que vous prôner « La Palestine pour tous ! Le partage était une erreur ! » (plutôt division que partage d’ailleurs)


            ce n’est pas la planète, ni la vie, ni le Créateur (pour ceux qui y croient) qui se divisent en nations, religions, ou Dieu à trois têtes ou différents nom, ce sont les hommes. Et la Palestine, de Canaan à aujourd’hui, n’a pas encore vu l’aboutissement de l’Exode spirituel qui devrait être toute la Terre.
            Pourquoi un « Dieu unique » et des religions qui divisent son Nom ?
            Pourquoi diviser le Livre de la Parole selon ses messagers en livres différents, voire opposés, il n’y a qu’un seul Livre, une seule Parole d’Abraham à Mouhamad en passant par Jésus, et les prophètes bibliques et qui revient à accomplir « Aime ton prochain comme toi-même ». Cela reste totalement d’actualité en Palestine comme à Paris, ou à San Francisco.
            Je précise au passage que cet Appel au changement de l’homme sans les dogmes et les hiérarchies qui le divisent a été relancé par un événement passé sous silence par nos média : « La Révélation d’Arès », survenue en 1974 et en 1977 à Arès (gironde) à Michel Potay.

          • bernloub 29 décembre 2009 14:06

            votre article sur l’amour et le pardon à la base du christianisme m’a intéressé,

            je voudrais seulement en rectifier une erreur : JAMAIS « Mahomet, dans le Coran n’a commandé de lapider la femme adultère », jamais. Cette lapidation était en vigueur dans nombre de peuples pré-islamiques, et aussi avant Moïse. Ce que les gens de ces lieux et de ces époques, dans le contexte de leurs moeurs, ont fait pour impressionner des barbares et les détourner de leur faute, ce n’est pas Dieu, ni sa Parole (dans la Bible, l’évangile ou le Coran) qui l’a voulu, il ne faut pas nous tromper ainsi.

            S’agissant du Coran, il recommande le pardon : mieux vaut le pardon que le talion (sourate 5/45), et, par conséquent, il n’y est question à aucun moment de lapider les femmes. Ce sont les hommes de ce temps où arrivent le Coran qui méprisaient et lapidaient les femmes, et qui, ce faisant, se méprisaient eux-mêmes. Mahomet fait faire au contraire un grand progrès dans les relations hommes-femmes, ce qui auraient toujours dû se poursuivre et qui n’a pas été suffisamment fait, ni dans l’Islam ni ailleurs, le progrès réel restant à faire partout pour écouter réellement et accomplir les recommandations de fond, qu’elles soient venues par la bouche de Moïse, de Jésus ou de Mahomet.


            Pour donner une illustration de la Parole du Coran :

            « Ô vous qui croyez, vous avez un ennemi en certaines de vos épouses et [en certains] de vos enfants. Méfiez-vous d’eux ! [Mais] si vous êtes indulgents, passez outre et pardonnez. [Sachez] que Dieu est en vérité Tout-Clément et Tout-Compatissant. » sourate LXiV 14


            • Massaliote 29 décembre 2009 16:43

              Alors, pourquoi le code de la lapidation est-il affiché dans les bâtiments publics de la république ISLAMIQUE iranienne ?


            • bernloub 29 décembre 2009 18:42

              bonjour,

              vous me demandez pourquoi ce « code de la lapidation » figure sur les bâtiments publics de ce pays ? je ne peux pas vous répondre plus que de la même façon que beaucoup de choses figurent partout officiellement alors que cela n’a rien à voir ni avec l’origine de l’Appel ni avec la réalité de la mentalités de gens. Je ne parlais pas de « république islamique » pour ma part dans mon intervention, mais de « Coran » et de « Mahomet ». Si les gens qui se recommandent de cet Appel en font à leur tête, ce n’est pas nouveau et c’est pour cela que l’Appel est régulièrement renouvelé, rectifié, rénové.
              Ainsi en est-il à Arès comme je l’ai signalé dans mon message à Mohamed ci-dessus.

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