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Antonio Madeira, Loïc Secher : Même combat contre l’absurde

En liberté conditionnelle pour l’un (A. Madeira), toujours derrière les barreaux pour l’autre (L. Secher), ces deux hommes vivent le même drame depuis plusieurs années sans se connaître. Condamnés pour viols sur mineures, il y a plusieurs années, sur la base de simples accusations mensongères sur lesquelles leurs accusatrices respectives sont revenues dernièrement, il leur faudra encore beaucoup de patience, d’énergie et d’argent pour obtenir la révision de leur procès si l’on s’en réfère aux dernières décisions de justice les concernant.


Leur drame est simple. Convoqués un jour au commissariat (en 1999 pour A. Madeira, en 2000 pour Loïc Sécher) ils ont été confrontés à une accusation de viols sur mineures, (par sa propre fille en ce qui concerne A. Madeira, par la fille de ses voisins pour L. Sécher), mis en examen puis condamnés définitivement (12 ans pour A. Madeira, 16 ans pour Loïc Sécher).
 
Jusque là tout le monde crie au loup et au monstre ! 
 
Mais après plusieurs années, les deux jeunes filles ont grandi, sont devenues majeures et ont pris conscience du piège dans lequel la société les avait enfermées pour condamner des innocents. Virginie Madeira réagit en 2006 en publiant un livre « J’ai menti » dans lequel elle explique comment elle a pu se laisser entraîner à dénoncer son père jusqu’à le faire condamner. Des examens gynécologiques qui n’avaient pas été faits lors de l’instruction prouvent qu’elle est vierge et n’a donc pas été violée lorsqu’elle était mineure. Concernant Loïc Secher, au printemps 2008, celle qui l’a fait condamner déclare officiellement par procès verbal qu’elle a menti, que Loïc Secher ne l’a jamais violée et qu’elle ne supporte plus de le savoir en prison pour rien.
 
Dans les deux cas, la commission de révision des condamnations pénales refuse la demande de remise en liberté dans l’attente d’un nouveau procès. A. Madeira sera remis en liberté conditionnelle seulement parce qu’il a déjà accompli la moitié de sa peine. Pour Loïc Sécher, la demande de remise en liberté a été rejetée en octobre 2008 et il a donc passé son huitième Noël en prison.
 
Dans les deux cas, les « faits nouveaux » transmis à la commission n’ont pas été considérés comme suffisamment probants !
 
Depuis la parution du livre de Virginie en 2006, Antonio Madeira a déjà fait deux demandes de révision. Toutes les deux ont été refusées dont la seconde le 12 janvier 2009. La commission a estimé que « les explications données par Virginie Madeira pour justifier ses accusations puis ses rétractations sont contredites par les éléments du dossier ». Selon les juges, Virginie « a, dès l’origine, pris conscience que ses accusations étaient susceptibles de conduire à l’incarcération de son père, seule ressource de la famille, et combien elle a souffert d’être séparée des siens […] ainsi que de ne pas être crue par sa mère  ». Quant aux expertises gynécologiques, mises en avant par la défense, elles ne permettraient pas « d’exclure formellement a priori des pénétrations vaginales ». Et, bien que les spécialistes aient estimé que « des pénétrations vaginales intervenues avant la puberté auraient provoqué des lésions traumatiques » (Virginie avait assuré être agressée depuis le plus jeune âge), la commission de révision considère que leurs observations « n’apparaissent pas incompatibles avec les déclarations de la jeune fille qui n’a pas été en mesure de préciser la date » des premiers attouchements. C’est pourquoi, les magistrats de la cour de cassation ont estimé que les deux éléments soulevés par la défense « ne sauraient constituer des faits nouveaux » !
 
Pour Loïc Sécher, le refus de remise en liberté a été fondé sur le fait qu’ « il y avait, en l’état, d’autres éléments confortant les accusations d’origine, la lettre de rétractation n’étant pas seule de nature à justifier la suspension de l’exécution de la peine"  ! Or, la condamnation de Loïc Sécher était basée sur les seules déclarations de la jeune fille. Il n’y avait pas eu d’analyse ADN et de confrontation !
 
Maitre Jean Marc Florant, l’avocat de A. Madeira a déclaré à France Soir au sujet du refus de révision du procès de son client :
« Cette jeune fille, durant une heure d’audition dans le cadre du supplément d’information ordonné par la commission de révision, a maintenu mordicus qu’elle a menti, pourquoi elle a menti et pourquoi elle s’est rétractée. Et ce n’est pas une personne vulnérable ou atteinte de troubles psychiatriques. Malgré tout, la cour a estimé qu’elle n’est pas crédible. Ce que je trouve lamentable, c’est que la cour d’assises aurait eu en face d’elle un M. Madeira avec sa fille qui vient dire : “Je t’ai accusé à tort”, et en sachant qu’elle était vierge, les jurés l’auraient acquittée ! Autant vous dire qu’aujourd’hui, dans les affaires de mœurs, qui représentent 80 % des décisions de cours d’assises, il n’y aura jamais de révision. On cadenasse la porte à toutes les autres demandes de révision  ! »
 
Loïc Sécher sera probablement confronté au même obstacle même si, sous la torture psychologique qu’on lui a fait subir en garde à vue, il n’a jamais reconnu la moindre agression sur son accusatrice.
 
Il semble donc qu’aux yeux de l’Institution Judiciaire, la crédibilité ne fonctionne que dans un sens : lorsqu’il s’agit d’accuser et de condamner. C’est l’effet pervers de la dictature de l’émotion analysé précédemment dans un article concernant Loïc Sécher.

Mots-clés

Justice

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  • 0 vote deja vote forum
    Par calach (xxx.xxx.xxx.190) 14 janvier 2009 18:03
    calach
    @ JJ IL MURATORE
    Ces deux filles avaient 14 et 12 ans et présentaient un point commun : Timides, renfermées et fragiles psychologiquement. Virginie MADEIRA explique clairement qu’elle se sentait à l’écart et en disant à une amie "qu’on l’avait violée", elle avait l’impression d’exister mais elle voulait que cela reste confidentiel. Lorsque les adultes se sont emparés de cette information, elle n’a pas été capable d’arrêter la machine à mentir. L’accusatrice de Loïc Sécher semble avoir été manipulée par ses parents qui ont désigné eux-mêmes ce dernier comme l’auteur de plusieurs viols sur leur fille (Se reporter au site de son comité de soutien : Justice et Vérité). Je ne mets pas directement en cause la démarche judiciaire initiale dans l’objectif de protéger la parole de l’enfant bien que l’enquête soit systématiquement à charge dans ce type de dossier (Pas d’analyse ADN, pas de confrontation dans le cas de Loïc Sécher, Virginité conservée dans le cas de V. Madeira ne créant pas le doute). Mais je mets en cause la dictature de l’émotion qui règne depuis le milieu des années 90 empêchant un enfant de faire marche arrière car, considéré immédiatement comme victime, il est poussé à aller toujours plus loin dans ses dénonciations et un retour en arrière serait considéré dans sa propre psychologie comme une forme de lâcheté.

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    Par L.S.B (xxx.xxx.xxx.190) 14 janvier 2009 12:43

    "Autant vous dire qu’aujourd’hui, dans les affaires de mœurs, qui représentent 80 % des décisions de cours d’assises, il n’y aura jamais de révision. On cadenasse la porte à toutes les autres demandes de révision !"

    Il est certain que de nombreux innocents condamnés sur de simples accusations mensongères croupissent derrière les barreaux. Mais la justice préfèrent des innocents en prison que de reconnaître l’erreur dans ses jugfements. ! Malheur à ceux qui tombent dans le piège. Ils ont très peu de chance d’en sortir même si les accusateurs font marche arrière.

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    Par Hieronymus (xxx.xxx.xxx.65) 14 janvier 2009 19:55
    Hieronymus

    c’est pourtant simple :
    les juges n’ont pas pour habitude de se déjuger ..
    et retrospectivement on se demande presque comment il a ete possible de rehabiliter Dreyfus ?
    si normalement le doute doit beneficier a l’accuse, ds presque tous les cas de revision de proces, meme avec une avalanche invraisemblable d’elements a decharge tendant a indiquer l’innocence du condamne et bien les juges decident que non !
    il y a renversement de la charge de la preuve et c’est a l’accuse injustement condamne d’apporter la preuve absolue de son innocence, chose impossible !
    les juges, quant a eux, jouissent toujours d’une parfaite impunite ..

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