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Application de la théorie Goffmanienne aux problèmes de vue des sarkozistes

Ervin Goffman, sociologue américain de l'école de Chicago, a développé une théorie plus éclairante qu'une lampe halogène. Ses réflexions sur l'être humain, ou plus exactement sur ce que sont et ce qui constituent les interactions entre homo sapiens, demeurent encore aujourd'hui des écarteurs de conscience sur nous-même et notre société. Alors quand les fans de Sarkozy confondent leur idole avec Fillon, je ris comme un goret se roulant gaiement dans la boue et en plus je me dis qu'il y a de quoi s'activer les neurones.

La théorie de tonton Goffman – théâtralité et jeu de masques

Pour le sociologue américain, nous vivons dans la théâtralité. Autrement dit, à la manière d'un acteur, nous sommes sans cesse en représentation et cela est nécessaire pour pouvoir vivre en société. Tonton Goffman parle en l'occurrence de rites d'interaction. Les individus qui interagissent observent ces rites scrupuleusement car ceux-ci sont à l'origine de la construction et de l'entretien du « moi », qualifié d'objet cérémoniel par le sociologue (ce terme de cérémonie peut s'expliquer par l'influence de l'ethnologie dans les travaux de Goffman). Nous nous construisons donc grâce à notre rapport avec autrui.

Cette théâtralité, constituée des rites d'interaction, est la conséquence d'un jeu de représentation auquel chacun participe. Goffman en définit le facework, appelée figuration dans les écrits scientifique français, même si je lui préfère la traduction de jeu de masques ou de faces.

Un jeu de masques a deux règles ;
1) ne pas perdre son masque (importance de l’ego chez l'homme)
2) ne pas faire perdre son masque à autrui (importance de la composante sociale de la vie en société, tout en sachant que faire perdre la face à quelqu'un peut entraîner la perte de sa propre face ; essayez en faisant pleurer un enfant et vous comprendrez très vite).
 

La théorie de tonton Goffman – tenue et déférence

Tonton Goffman n'est pas une flemmard, il ne s'est pas contenté de lancer des cartes sur la table sans expliquer les règles et les subtilités du jeu. Deux termes me semblent alors indispensables à disséquer, le scalpel aiguisé en main.

La tenue c'est la manière dont on se tient, se présente. Et cette manière, plus ou moins personnelle, plus ou moins respectueuse de l'éducation, affecte clairement le jugement qu'autrui a sur le « moi » . Encore une fois, essayez de vous ramener à un entretien d'embauche, coiffé à la grenade, l'haleine qui titille sauvagement les sinus de votre interlocuteur, les vêtements vraiment sales (pas ceux que l'on met le soir parce que c'est l'instant du repos des normes vestimentaires, plutôt ceux que l'on enfile pour faire du jardinage tout en craignant de choper une hépatite) et vous comprendrez très vite.

La déférence c'est le témoignage d'autrui en ce concerne le « moi ». Ce témoignage n'est pas obligatoirement explicite et est, le plus souvent, symbolique. Prenons l'exemple des journaleux qui, dans le quotidien, ne se gênent pas pour s'assurer visiblement de la propreté des pieds de leurs maîtres. Mais parfois, le coup de langue se fait plus subtil. Formulé différemment, autrui s'exprime clairement ou non sur le « moi ».

La tenue et la déférence sont très fortement imbriquées l'une dans l'autre.
Par exemple, j'exprime ma déférence envers François Hollande en frottant son crâne, pour qu'il brille comme un galet blanc dans la Méditerranée sous la pleine lune, et à lui de refuser, de montrer sa bonne tenue, son respect envers moi afin que j'évite de passer pour un esclave (et également que je ne décape la peau de son front comme une table IKEA sous les assauts d'une ponceuse).



Nicolas ! Nicolas ! Nicolas !... Fillon ! Fillon ! Fillon ! Bouh ! Houh !!

Voilà le résumé le plus simpliste possible de l'incident tout en jeu de masques qui a eu lieu le lundi 08 juillet 2013 (voir Fillon 2).

Comme je sens Victor Hugo s'offusquer de l'offense que je fais à la langue française, je vais tenter de trouver des termes davantage poétiques (une faible dose d'allitération ne fait jamais de mal).

Les coudes se frottaient frénétiquement, les aisselles suintaient d'appréhension et les bras s'élevaient comme pour toucher l'aura de l'homme qui avait changé leur vie. Soudain, comme l'éclair annonçant le tonnerre, des hommes en costume laissèrent présager l'arrivée de l'être désiré. La foule cria son amour et s'agita légèrement, en réalité autant que l’arthrite le permettait. Mais ce fut un visage inattendu qui émergea, une expression figée dans l'envie de disparaître le plus tôt possible et une démarche tendue d'un homme pressé d'en finir mais qui se sait observé. Alors la foule, ces âmes serrés sous le soleil tels des manchots en période de reproduction, s'excusèrent en scandant le nom de famille de la personne blessée avant que certains ne se souviennent qu'ils étaient censés ne plus l'aimer ; leur épiphanie ne se passa pas sans heurt.

Un troisième résumé pourrait être celui donné par BFM TV au travers de deux vidéos (voir Fillon 1 et 2). La première présente un Fillon (à ne pas prononcer trop rapidement) hué et la seconde un Fillon confondu. Ses deux vidéos ne sont en fait qu'un seul et même événement qu'il est possible d'interpréter avec un œil goffmanien.

 

Fillon perd la face deux fois et la foule se mélange les masques

Les journalistes ont manqué l'intégralité du jeu de masques à l’œuvre dans cette scène, ce qui ne peut leur être véritablement reproché car une analyse scientifique n'est pas requise pour leur travail. Il faut pourtant comprendre que la société attend de ses membres des comportements, comportements qualifiés de normes.

Pour cette raison toute justifiée et inattaquable, les sarkozistes se sont regroupés afin d'exprimer leur gratitude à l'incarnation de la droit(e)ure politique. Deux siècles auparavant, la norme aurait exigé un épuisement de la colonne vertébrale ou un écorchement des genoux. Aujourd'hui, après le passage de la pensée des Lumières et des vertus républicaines accouplés de force avec la philosophie du « buzz » et du tout-spectacle, la norme exige une mise en scène de mise en scène, favorisée par les caméras et les micros, où l'on s'égosille et sacrifie sa dignité sur l’autel de ce qui est diffusable dans la petite lucarne.

Malheureusement, en se trompant de personnage, les militants de l'UMP ont heurter le joli masque amorphe de Fillon et l'ont sans doute blessé dans son orgueil. A mon avis, permettez moi de jouer avec ma boule de cristal, c'est à ce titre, d'une prise de conscience de cette perte de face, que les sarkozistes éhontés ont scandé immédiatement le nom de Fillon (sauvé par deux consonnes).

Pourtant, se rappelant la position d'attaque de cet opportuniste, certains militants UMP l'ont hué. Oh ! pas quelque chose de méchant mais ce fut tout de même la deuxième baffe dans le masque de Fillon. Après avoir compris qu'il n'était autant désiré que son ennemi en politique, il a aussi fini pas comprendre qu'il n'était peut être pas du tout désiré par une partie de la foule. Il lui était toutefois impossible d'exprimer son malaise, voire mal-être, et il a continué, impassible, serrant quelques mains, au passage (quelle impeccable tenue !).

Globalement, cette tentative de coller au canon de la bienséance sociétale fut un désastre. Fillon, blessé deux fois sans avoir ne serait-ce qu'une seconde pour lécher ses écorchures, a du maudire ces pantins dont il a cependant désespérément besoin. La foule unanime dans son soutien envers Nicolas s'est confrontée à elle-même concernant son affection envers François. Les lecteurs attentifs ont du néanmoins noter que cette belle foule ne fut qu'une quand ce fut l'heure de réparer sa bêtise, un réflexe démontrant de façon éclatante le fonctionnement de notre société.

Mélangeant ainsi ses masques, la foule s'est divisée en deux, rendant la scène assez ridicule et confuse. Fillon, malgré les tentatives de rattrapages des militants UMP qui au final ont aggravé la situation, a été humilité très finement. Peut être de quoi donner des idées à l'arrière arrière petit-fils de Leconte pour la réalisation d'une suite...

 

 

Sources :

Mon cerveau

Fillon 1, conspué par la foule, fait brave figure mais son cœur saigne...

http://www.dailymotion.com/video/x11owu0_fillon-hue-devant-le-siege-de-l-ump_news?search_algo=2#.Ud-yrG3tbIU

Fillon 2, amalgamé avec l'animal Sarkozy, commence à douter de sa taille...

http://www.dailymotion.com/video/x11p4tu_francois-fillon-arrive-a-l-ump-sous-les-cris-de-nicolas-nicolas-09-07_news#.Ud-z323tbIU

 

Note bene :

Vous noterez bien que je n'évoque pas le travail assez douteux de montage sur la première vidéo où l'on n'entend pas la foule se tromper. BFM TV ou comment faire le maximum d'informations quitte à l'atomiser, lui faisant de ce fait perdre son essence et toute sa saveur.

 

Nota bene 2 :

Vous noterez bien que l'oeuvre de Goffman est encore plus vaste et qu'un misérable article ne peut se vanter de résumer sa pensée. La lecture de ses ouvrages est fortement conseillée.

 


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1 réactions à cet article    


  • PapaDop PapaDop 14 juillet 2013 10:38

    De l’idolâtrie ...

    Tout est dans la forme ,le fond ... ???

    Cela me fait penser à la scène du veau d’or dans les 10 commandements smiley

    Merci à l’auteur .

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