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Argent gloire et dopage : pour l’amour du sport

J’ai une autre explication pour le dopage : il ne s’agit pas d’un fait parasite lié à quelques individus isolés, mais il s’agit de la base sur laquelle repose le sport médiatique de haut niveau, celui qui rapporte de l’argent.

Encore deux sportifs médiatiques pris cette semaine le nez dans le saladier de coke. Outre la publicité gratuite faite pour cette drogue, on entendra certainement ces jours-ci le discours bien connu qui consiste à stigmatiser quelques individus coupables d’excès et de tricheries : il suffit de condamner fermement ces individus isolés et le système repartira assaini. On peut même légitimement se flatter que la lutte anti-dopage montre son efficacité, puisqu’elle démasque les tricheurs ! C’est donc que tout va pour le mieux, même si, bizarrement, chaque mois, chaque tour de France, chaque événement sportif apporte son lot d’« individus isolés », ce qui en fait beaucoup au bout du compte. Et encore, on ne trouve des dopés que quand on en cherche, et tout le monde ne cherche pas.

En fait, j’ai une autre explication pour le dopage. Il ne s’agit pas d’un fait parasite lié à quelques individus isolés, mais il s’agit de la base sur laquelle repose le sport médiatique de haut niveau, celui qui rapporte de l’argent. Bien sûr, beaucoup de gens font du sport sans se doper. Des millions d’enfants et d’adultes, dans tous les clubs amateurs de France et du monde, entretiennent la gloire du sport. Mais qui s’en soucie ? Qui s’intéresse à ces gens ? Personne.

Ce qui intéresse le public, les médias et les entreprises qui veulent bénéficier d’une image flatteuse, ce sont les exploits sportifs, et les héros qui les accomplissent, cette mince frange, cette écume tout en haut de l’immense vague du sport.

Pour gagner il ne suffit pas d’être bon, il faut être le meilleur. Il n’y en a qu’un au sommet de la pyramide, quel que soit le nombre de participants au départ. Et c’est bien à ce moment que le dopage sous toutes ses formes passées présentes et à venir devient indispensable : être meilleur que l’autre, être meilleur que les meilleurs, à la limite de l’humain.

Derrière le gagnant se profilent des intérêts immenses : à l’échelle d’un pays c’est la promotion d’un modèle de société, et à tous les autres niveaux il y a l’argent bien sûr, des montagnes d’argent sont en jeu. Devant de telles responsabilités ce serait vraiment faire preuve d’amateurisme et de mauvaise gestion que de laisser la victoire au hasard et à la glorieuse incertitude du sport.

C’est pourquoi les évènements sportifs de haut niveau seront à jamais liés au dopage, cette magie qui seule permet d’atteindre des performances littéralement sur-humaines, et entraîner dans une communion planétaire l’admiration de millions (milliards) de spectateurs fascinés.

Mais avez-vous remarqué ? Cette histoire de l’individu isolé qui triche sans que personne autour de lui s’en aperçoive, ce type qu’on stigmatise et qu’on promet de châtier sans faiblesse pour que le système puisse repartir. Ca ne vous rappelle rien ? On dirait l’affaire Kerviel, ou l’affaire Madoff. Non, le monde de la finance n’est pas pourri, il s’agit juste de quelques personnes isolées qui trichent. Comme si un employé de banque pouvait brasser des dizaines de milliards sans que personne s’en aperçoive. Comme si le sportif fabriquait lui-même de l’epo ou de la cocaïne dans sa chambre d’hôtel. Tout cela est grotesque.

Si nous adhérons encore collectivement à la société dans laquelle nous vivons au lieu de tout mettre par terre, c’est parce que nous croyons qu’il existe des lois qui sont plus ou moins respectées, même s’il y a un peu de fraude de temps en temps. Si les banquiers – par exemple - sont si riches, n’est-ce pas, c’est parce qu’ils sont certainement meilleurs que nous en matière de banque et qu’ils ont bien mérité tout cet argent, comme les champions sportifs. Si soudain il apparaissait que les règles de la vie réelle sont truquées et que les banquiers ne sont pas plus compétents que d’autres mais se contentent de profiter d’une rente de situation pour nous tondre la laine sur le dos, il deviendrait plus difficile de maintenir la cohésion sociale.

La compétition sportive, comme métaphore omniprésente de la société dans laquelle nous vivons, nous conduit à intégrer la doctrine selon laquelle seul le meilleur doit gagner, et qu’il n’y a pas de place pour tout le monde : « malheur aux vaincus ». La domination sociale présentée comme une victoire sportive nous permet intellectuellement d’accepter d’être les vaincus éternels de ce jeu truqué et de suivre sans regimber des leaders que le jeu a désigné comme étant les meilleurs. Contester les règles du jeu ou la moralité de l’adversaire reviendrait à manquer de fair-play !

Au lieu de se baser sur des règles qui justifient en réalité la domination des uns par les autres, Une société plus juste devrait s’occuper d’aider chacun à trouver au mieux sa place et de trouver une place pour tout le monde. Nous en sommes très loin mais le simple fait d’en parler nous en approche déjà un petit peu !


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4 réactions à cet article    


  • Taranis21 14 mai 2009 15:18

    L’esprit de Coubertin est mort, le sport devient une grosse machine à fric et les athlètes des pharmacies ambulantes. Les sportifs sont placés devant de telles masses de grisbi, qu’ils avaleraient de la merde pour être sûrs de gagner et de ramasser le jack-pot. Comment s’intéresser au sport dans ces conditions ?


    • Fergus fergus 14 mai 2009 16:43

      Votre analyse me semble globalement juste, Christophe.

      Cela dit, concernant la conclusion, je crains fort qu’il ne suffise pas d’en parler sur quelques forums pour faire avancer les choses tant les intérêts en jeu, qu’ils soient sportifs (trophées), économiques ou politiques sont désormais énormes.

      Tout dans la société qui s’est mise en place progressivement sous l’impulsion des libéraux anglo-saxons concourt à faire l’apologie des forts et des gagnants. Une société dans laquelle les perdants n’ont que ce qu’ils méritent, et tant pis pour eux si le sort qui leur est promis est la précarité, la pauvreté, la misère parfois.

      Le pire est que ce modèle de pensée, naguère réservé aux classes dominantes ou aux arrivistes forcenés qui cherchaient à les intégrer, s’est banalisé et largement développé dans les classes moyennes, voire populaires, grâce à l’action conjointe des partis de droite et les modèles délirants véhiculés par les médias.

      Résultat : le pauvre lui-même en vient à mépriser plus pauvre que lui ! Nous ne sommes décidément pas sortis de la merde dans laquelle nous avons été plongés. « A notre insu de notre plein gré », hélas !


      • Christophe Certain Christophe Certain 15 mai 2009 06:28

        Oui Fergus, c’es tout à fait ça, mais concernant la conclusion, je n’ai pas dit qu’il suffisait d’en parler, bien au contraire, mais qu’il fallait déjà commencer par en parler pour que les gens prennent conscience du phénomène et du fait qu’il est au centre de notre société, à notre insu.


      • Fergus fergus 15 mai 2009 09:13

        J’avais bien compris le sens de cette conclusion, Christophe. Je voulais seulement souligner qu’il s’agit là d’un objectif extrêmement difficile à atteindre dans les années qui viennent, et cela d’autant plus que l’inertie de la pensée collective est redoutable et souvent décourageante. Surtout lorsque l’appareil d’état est entièrement au service de cet aveuglement.

        Mais toutes les initiatives visant, comme votre papier, à dénoncer cette atterrante réalité sont en effet un pas dans la bonne direction.

        Cordiales salutations.

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