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Art-récup et lutte contre la pauvreté

Un article intéressant sur Agoravox "Créativité dans la misère" (sur l’île d’Haïti), m’a conduit à y laisser un commentaire. Je propose finalement cet article à la publication, parce que j’estime que ça mériterait de "faire le buzz" autant que pour Jean Sarkozy, sans toutefois me faire d’illusion, naturellement :-)

Chez nous, en France, j’en parle d’expérience, il devient difficile de faire ce que j’appelle personnellement de "l’Art-récup". Il y a encore trois ans, j’allais à la déchetterie du village, où s’opère le tri sélectif des matériaux que les gens y déposent (en dehors donc du tri sélectif des poubelles quotidiennes) : bois, plastique, carton, "incinérables", métaux, végétaux, huile de vidanges, piles, batteries, verre...

Autel bouddhiqueAncien artisan ébéniste, mais ne pouvant plus exercer depuis longtemps pour cause de santé, j’y récupérais parfois des choses très intéressantes, en bon état, recyclables, "re-valorisables" . Ceci pour créer, fabriquer une étagère, un petit meuble à temps perdu, au lieu de l’acheter (faute de moyen).

J’y ai vu un potentiel de récupération vraiment très important pour les créatifs, pauvres ou non, d’ailleurs. Avec les restes d’un portail en "red-cedar", j’avais réalisé par exemple cet autel bouddhique, pour mon besoin personnel. Je n’avais aucunement les moyens d’en acheter un tout fait, même au plus bas prix (80 euros environ).

 Mais c’est devenu interdit de récupérer à la déchetterie, il y avait des abus. Ainsi tout part à l’incinérateur et vers un recyclage industriel "de masse". Huit millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté en France, le potentiel de créativité est brimé aussi par "l’aseptisation" généralisée, chez nous.

Des créatifs, "bricoleurs" ou "artistes", passent à côté de "trésors" qui pourraient constituer des objets commercialisables, originaux et de qualité. Ceci pourrait aussi permettre de former des jeunes ou des moins jeunes à des techniques intéressantes. J’étais professeur d’enseignement technique, je sais donc de quoi je parle.

Si le tri sélectif est une excellente chose, l’aseptisation technocratique, l’intervention dans tous les aspects du quotidien de l’administratif, peut nuire chez nous à la lutte contre la pauvreté. Là ou l’on permettrait pourtant une récupération légale, un tri avec une optique de réemploie de certains matériaux propres, récupérables, on nuit à la possibilité d’exprimer, de révéler, de développer sa créativité, de se revaloriser à coût quasiment nul, du point de vue de celui de ces matériaux.

Autel bouddhique en cour de réalisationL’article sur la créativité face à la misère en Haïti démontre parfaitement que la pauvreté devient une contrainte qui pousse à l’expression de sa créativité, à créer du lien social, à se revaloriser, (a se chauffer aussi) à condition donc que récupérer ne soit pas interdit.

On devrait pouvoir permettre cette récupération dans des conditions légales et sécurisées, dans nos déchetteries. Celles-ci regorgent de millions de choses très intéressantes pour la "récup" et pour "l’Art-récup". Certaines déchetterie restent accessibles sur ce plan, mais ça reste du domaine de l’informel, d’une tolérance soumise à l’interdit possible du jour au lendemain, selon ce que j’en entends dire.

Là ou l’on souhaite éviter certaines complications, certes, on peut aussi en générer bien d’autres. C’est "comme si nos technocrates avaient décidé que ça ne valait pas la peine de permettre au gens d’avoir les moyens de s’en sortir d’eux-même", bien qu’il n’ont toujours pas trouvé de solutions tangibles à proposer, en contre partie, vu la la pauvreté et la précarité galopante ? Un bon point toutefois pour le statut d’auto-entrepreneur, qui semble avoir un impact.

C’est aussi "comme si on préférait endetter le peuple", plutôt que de lui donner le moyen de faire des économies importantes pour des budgets complètement étranglés, voire de gagner sa vie et de se sentir digne dans son besoin de se dépasser pour sortir de la difficulté. Lorsque l’on vit avec le RSA, l’AAH, une retraite de misère, ou que l’on est travailleur pauvre, acheter de simples étagères à "Brico truc" ou "Casto-machin, peut être une véritable cynécure, voire carrément rédhibitoire. Je sais aussi de quoi je parle, pour en être arrivé à devoir subsister avec les minimas sociaux.

Je ne veux pas croire que l’élite dirigeante aime à se sentir riche, grâce à la pauvreté ? Ceci dit de manière à provoquer des réactions, ne connaissant pas l’opinion réelle de ces dirigeants ? On aimerait bien les voir s’exprimer plus souvent sur Agoravox.

Se faire entendre à ce sujet ne semble pas chose aisée ?
 

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3 réactions à cet article    


  • Yann Patin De Saulcourt Yann Patin de Saulcourt 17 octobre 2009 15:45

    En attendant la profusion de commentaires sur ce sujet certes « transversal », j’en profite pour rajouter que cette « aseptisation technocratique » se voulant « lisser » les comportements citoyens pour des questions qui sont aussi environnementales, transparait ici une forme de déshumanisation.

    C’est le revers de la volonté de vivre dans une société « propre », ou « rien ne dépasse en apparence, alors que »sous le vernis", la société craque...


    • Annie 17 octobre 2009 21:15

      Je ne vais pas vous laisser tout seul parce que je suis une grande adepte du recyclage, né de la nécessité à l’époque où nous n’avions pas beaucoup d’argent mais qui en fait est devenu à force une autre manière de consommer. Il ne s’agit pas du recyclage aseptisé dont vous parlez, mais de celui qui consiste à acheter d’occasion, à revendre, échanger ou même donner ce qui ne vous sert plus à rien. Il s’agit vraiment d’une question de mentalité, mais j’ai la chance d’habiter en Angleterre qui est certainement le pays le plus consommiériste au monde, où s’est développé un marché parallèle mais néanmoins structuré. Je dois avouer humblement que je ne le fais pas pour des raisons purement écologiques, mais en partie par économie, et aussi pour éviter le gaspillage. Et surtout depuis que la nécessité n’entre plus en ligne de compte par plaisir, car on ne sait jamais ce que l’on va découvrir.
      Mais il y aussi un autre élément, et c’est que les gens ont perdu d’une part la valeur de l’argent, et de l’autre, l’imagination et le savoir-faire pour fabriquer des « choses ».


      • Yann Patin De Saulcourt Yann Patin de Saulcourt 17 octobre 2009 22:59

        Merci pour l’accompagnement sympathique smiley

        C’est juste de souligner cet aspect du sens profond de l’acte de récupérer et recycler. Ceci du point de vue des valeurs au sens large, tant humanistes, hédonistes, financières, matérielle, éthique, économique, de ce que veux dire « consommer » et aussi de la création ou la re-création de ses valeurs.

        Tout se rejoint au fond, quel que soient les motivations à « ne pas gaspiller les trésors enfouis », à les faire revivre, ou à « gaspiller » du temps en le réemployant différemment  smiley.
         Rien ne se perd, tout évolue, se transforme, se retrouve parfois.
        C’est intéressant ce marché parallèle et structuré dont vous parlez...

        Ce que vous dites bien est que vous êtes passé d’une nécessité face au manque d’argent, à quelque chose qui est devenu un mode de vie, une attitude intégrée. De ce point de vue notre société de sur-consommation à peut-être aussi besoin de se retrouver face à la pauvreté pour changer de nouveau les modes de vie, évoluer spirituellement dans la conscience de ce qu’est aussi le respect de la matière et des ressources, tout autant que dans l’humanisme.

        Actuellement les site d’échanges et de dons tel recupe.net ou donnons.org se développent, ce qui augure bien de l’évolution des comportement dans l’idée de partage solidaire.

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