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Accueil du site > Actualités > Société > Attention, tout va disparaître ! Arches de Noé naturelles et (...)

Attention, tout va disparaître ! Arches de Noé naturelles et culturelles

Depuis quelque temps, des intellectuels et des institutions semblent préoccupés de la disparition d’un patrimoine commun aux hommes et que l’homme menace de faire disparaître par son activité ou alors de laisser disparaître par négligence. Le progrès avait conduit les sociétés vers l’abondance de biens matériels autant que culturels. Des innovations, inventions, pratiques, savoir-faire ancestraux. L’homme avait aussi pris conscience des prodigieuses inventions naturelles, végétaux, animaux. Mais de plus en plus, la peur que ces choses, signes des diversités naturelles et culturelles, disparaissent, hante les esprits. Le mode de vie consumériste et éphémère a conduit les sociétés vers l’ère du vide, un vide vécu mais aussi corrélé à un vide spirituel et pour ainsi dire, une activité frénétique en productions et pratiques éphémères, grégaires, massifiées, planétarisées, standardisées, avec des goûts aussi partagés qu’ils sont moyens et faciles aux plaisirs et aux sens. Le résultat : une prise de conscience et une peur du vide.

Ces temps-ci, des faits, des annonces se recoupent pour dresser ce schème de la peur du vide. Tout d’abord, ce sanctuaire ou si on veut, cette arche de Noé verte, bâtie dans le sous-sol du Spitzberg, destinée à accueillir des millions de semences végétales encore cultivées ou observées dans la nature, comme ces centaines de milliers de variétés de riz que nous ignorons, menacées de disparition par l’évolution du climat ou plus certainement, le dédain de l’homme pour la diversité. L’endroit choisi est connu pour sa température adéquate à la conservation et aussi sa stabilité politique. Dans VSD du 13 février, un billet de Florence Leray évoque le sort des grands singes africains et notamment des chimpanzés. Un million dans les années 60 et cent mille actuellement, par la faute des déforestations et de la chasse. Ces singes si proches de l’humain, capables d’apprendre 400 signes, d’utiliser quelques outils et partageant avec l’homme le désir de domination et même dotés d’une âme si on en croit quelques éthologues réputés. Ces singes que quelques sanctuaires accueillent, constituent incontestablement une part de nos racines, de notre lointaine origine naturelle. Et leur sort qui inquiète, comme celui des gorilles, des bonobos et d’autres espèces animales. Certaines récemment évoquées dans l’actualité parce qu’elles vivent sur la banquise et risquent d’être menacées par la fonte des glaces. Sans compter toutes celles qui auront à subir les effets de la déforestation et autres menaces.

Autre patrimoine, la mémoire collective, en particulier celle de la Shoah, dont le souci récemment médiatisé par Sarkozy est tout à fait légitime, mais hélas, la forme suggérée était une bêtise présidentielle parmi tant d’autres. Là aussi, le souci de la mémoire et la peur de l’amnésie est présente. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de l’enseignement de l’Histoire, apprendre à vivre dans la mémoire des siècles, porter la trace d’où nous venons, célébrer les œuvres de nos ancêtres, leurs actions, se souvenir aussi de leurs souffrances. Autre occasion pour Monsieur S. de professer une bêtise en suivant une idée louable. Celle d’inscrire la gastronomie au patrimoine de l’Unesco. A cette occasion, le public vient de découvrir l’existence d’un patrimoine immatériel dont la procédure est toute récente puisque les premières pratiques culturelles lauréates pour être inscrites remontent à l’année 2001. Il existe donc deux patrimoines, le plus ancien et connu du public répertorie des sites géographiques et architecturaux, au nombre de 821 dont l’un des derniers retenus est le centre historique de Bordeaux. Alors que le patrimoine immatériel a pour vocation de préserver la créativité de l’homme, de tous lieux, temps et cultures. Des œuvres appartenant à quelques domaines sont inscrites au PCI. Pour l’essentiel, il comprend les expressions orales, les arts du spectacle, les rituels, les pratiques artisanales. Là aussi, la prise de conscience se traduit par la crainte de voir disparaître des savoir-faire et des cultures incarnant la diversité des inventions humaines à travers les siècles. Des œuvres remarquables risquant de disparaître faute d’héritiers pour les transmettre et les exécuter.

Les 90 œuvres lauréates des précédentes distinctions ont été choisies parmi 70 pays. On y trouve des curiosités comme l’art de fabriquer des dragons géants, spécialité propre à la Belgique et au Nord de la France, dont on peut voir les réalisations dans les fêtes locales. La notice indique que ces œuvres culturelles ne risquent pas d’être menacées à court terme, mais dans le futur il faudra être vigilant en raison de la transformation des centres villes empêchant le déploiement des processions festives et traditionnelles. Tout autre est la situation du mugham azéri, genre musical traditionnel associant un chanteur et des musiciens manipulant des instruments traditionnels, doté d’une extrême complexité et joué à l’occasion des noces ou bien de concerts intimes réunissant quelques dizaines de personnes. Le mugham nécessite un long apprentissage et se transmet de maître en maître. Comme du reste la musique classique occidentale, sauf que cette dernière bénéficie d’une audience considérable et de subventions des Etats. Elle n’est pas en danger de disparition, tout comme la gastronomie française (je ne ferai pas de commentaire). Le champ védique est lui aussi classé avec deux autres spécialités de l’Inde. Ces œuvres, écrites en sanskrit et chantées dans les communautés védiques, nécessitent un apprentissage dès l’enfance des tonalités, des sons et techniques de récitation. Parmi les milliers de branches védiques issues de l’Antiquité et répertoriées, seules treize auraient survécu et leur devenir n’est pas assuré si l’on en croit la situation actuelle de quatre des écoles les plus réputées.

Le sort de ces écoles védiques est symbolique puisque ces traditions poétiques (qu’un Daumal célébra dans un ouvrage important publié en 1932) représentent le berceau de notre culture commune (3500 ans avant JC), même si c’est en Orient et pas en Grèce. Car l’Occident à travers ses langues et sa philosophie prend ses racines en Inde. Le recoupement entre la protection des animaux et celui de la préservation des œuvres traditionnelles n’a rien d’un arbitraire mais renvoie à un sens profond de l’existence humaine qui relève à la fois de la Nature et de la Culture. Ces deux termes ont parfois été opposés mais quoi qu’il en soit des spéculations philosophiques, une chose est sûre, le progrès actuel, dans ses conséquences sur la Nature et la Culture, produit des conséquences faisant craindre une menace pesant sur la mémoire de l’humanité, une mémoire double, concernant les êtres naturels et les œuvres culturelles. On voit alors se dessiner une sorte de résistance du Passé, menée par différentes organisations et intellectuels, contre le Futur. Une résistance qui n’a rien des anciennes oppositions politiques entre progressistes et traditionalistes. Il est question de tout autre chose. De préservation. De la transmission. De Civilisation. Vaste enjeu qu’il nous faut garantir contre le tsunami consumériste des masses associé aux manœuvres technocratiques mondialisées.


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8 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 28 février 2008 11:57

    Tiens il aurait été interessant de connaitre le nombre de votant,mais c’est étonnant il n’y a jamais de réponses à mes questions concernant notre trio infernal (DUGUE,MORICE,TAVERNE)

    Encore aujourd’hui DIEU-DUGUE deverse sur la Terre son flot de délire libertaire

    Franchement ça ne mérite aucun commentaire à par de dire que c’est vraiment nul à C.

     


    • adryan barlet 28 février 2008 12:12

      Attention "tout va disparaître !"

      On dirait que les soldes culturelles sont à l’ordre du jour ! les prestidigitateurs de la pensée unique sont de sortie !


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 28 février 2008 14:16

        A lire en complément à ce billet, ce phénomène que j’avais projeter d’évoquer aussi dans le papier

        l’opéra en Chine, qui n’a que deux siècles d’existence et qui se meurt selon l’auteur du blog


        • Icare 28 février 2008 15:14

          Article intéressant qui ne se risque pas aux prédictions et aux conclusions subjectives.

          Il aurait peut-être été intéressant de dire qu’au fond, nous sommes en train de préparer l’après apocalypse qui se déssine dans notre décor quotidien.

          Quoi de plus curieux (certains parleront de coïncidence) que ce site de Spitzberg. Jamais dans l’histoire il n’était venu à l’idée des hommes de déclencher une telle mesure de sauvegarde des espèces végétales.

          On retrouve peut être un contre exemple dans la bible avec l’arche de Noé, mais je ne sais plus exactement s’il s’agissait uniquement de sauver les animaux, les végétaux ne faisant pas parti de cette mesure de sauvegarde.


          • tvargentine.com lerma 28 février 2008 22:48

            Oui,vous aurez l’occasion de constater que le rapport rédigé par les socialistes aux pouvoir à l’époque posaient déjà les problèmes du logement social

             OUI,vous avez bien lu : 2001

             J’ai pris aussi comme inspiration la nouvelle bible que constitue le rapport de la fondation Abbé Pierre sur le mal-logement paru en début de mois (2008) qui est une mine d’or (je le confirme à lire en urgence)

             Il est utile de lire ces 2 rapports car vous lirez la même chose,pourtant la gauche avait le pouvoir en 1997 et en 2001 elle produit ce rapport sur le logement social

             On peut se dire que si la gauche avec l’argent des privatisations (la totalité de sa gestion) avait été investi dans les infrastructures anciennes et nouvelles pour créer de nouvelles villes autour des grandes capitales régionales avec des moyens de locomotion en train rapide pour rejoindre les grands axes,nous aurions pas la situation de spéculation immobilière et pas la pollution de la concentration urbaine que nous connaissons alors que les infrastructures routiers sont de plus en plus réduit pour limiter la voiture

             Mon article est une analyse des causes du déclin de la notion réductrice du mot "logement social" qui à conduit à produire des ghettos

             Merci aux commentaires qui ont préféré ce débat à l’anti-sarkozysme primaire qui nivele tout débat d’idées sur d’autres articles publiés

             Cet article démontre aussi qu’il est difficile de faire publier un article sur AGORAVOX car le noyautage du comité de rédaction par une tendance politique qui trouve son existence par sa haine d’un président élu démocratiquement (que l’on soit pour ou contre Sarkozy) ne permet pas l’expression citoyenne d’un débat démocratique

             LERMA = > 5 articles

             DUGUE => 300,600,1000 ? ? ?

             MORICE => 1000,2000 ? ? ? ? ?

             LA TAVERNE => 600 ? 700 ? ?

             Vous appelez cela de la démocratie citoyenne ? ? ?

             


            • JL JL 29 février 2008 11:13

              Il y a un paradoxe entre cet oubli possible que vous évoquez de l’essentiel, et l’enregistrement numérique de tout, y compris les élucubrations des trolls ou les vidéos de quelques jet setteuses avinées, ad vitam aeternam.

              Par ailleurs, je lis dans votre article : "Ces singes si proches de l’humain, capables d’apprendre 400 signes, d’utiliser quelques outils et partageant avec l’homme le désir de domination et même dotés d’une âme si on en croit quelques éthologues réputés".

              Je note qu’il y a un progrès venant de ce coté, si l’on reconnaît une âme aux singes. Encore un effort, et même les fourmis y auront droit. Merci pour les bêtes. J’espère qu’on va enfin se pencher sur leur sort, et se rendre compte que la vie des animaux de boucherie est un enfer sur terre.


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 29 février 2008 11:17

                Il n’y a pas de paradoxe, une copie numérique n’est qu’une image, aussi vaine que le monde imaginal sans substance décrit par Sohravardî

                Dans le patrimoine, il est question de pratiques qui se transmettent par des années d’apprentissage et de maîtrise

                Tiens, au fait, saurait-on construire des cathédrales médiévales de nos jours ?


              • JL JL 29 février 2008 11:38

                En fait de paradoxe, je voulais faire court. Vous écrivez : "Dans le patrimoine, il est question de pratiques qui se transmettent par des années d’apprentissage et de maîtrise".

                Tout à fait d’accord. Permettez que je copie et colle ici un commentaire fait ce matin sur un autre sujet, mais qui convient parfaitement ici :

                 

                la privatisation de tous les moyens de production, des savoirs acquis, des ressources naturelles a fait que la grande masse de la population mondiale a été dépossédée de sa capacité à être autonome et de ce fait, dépendante de ce pouvoir économique qui détient de fait le pouvoir politique. Les possessions de quelques uns ’possèdent’ la grande masse des autres.

                Pour paraphraser Chomsky qui écrit :" La " tyrannie " c’est lorsque vous ne faites pas ce que les Etats-Unis vous disent de faire. Tout comme " modéré " veut dire "comme l’Arabie Saoudite" et lorsque vous faites ce qu’ils vous disent de faire", je dirais :

                "la démocratie c’est faire ce que le pouvoir économique dit de faire (par exemple, installer des machines à voter, au prétexte que c’est moins coûteux et plus rapide que le dépouillement manuel), la dictature c’est le refus de privatiser des services publics (l’eau, EDF, la SNCF, la protection sociale, …)". Ainsi va la novlangue (néo)libérale.

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