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Autopsie d’un grand gâchis

En direct de ma Segpa

Elle avait portant toutes les cartes en main …

L'année scolaire n'est pas encore achevée et pourtant pour cette jeune fille, les dés sont déjà jetés. Elle a décidé de ne pas venir passer l'oral de son Certificat de Formation Générale qui devait constituer une simple formalité pour elle, ayant acquis depuis l'an passé les critères de réussite. Elle voulait par là même nous ennuyer, se venger à sa manière des contraintes et des remarques qu'elle avait du subir ici. Elle voulait aussi nous démontrer sa capacité à faire ce qu'elle veut avec l'accord tacite d'une mère complice et dépassée.

Pire encore, elle n'est pas venue à l'oral du brevet des collèges en histoire de l'art scellant ainsi son échec à ce qui avait été proposé spécialement pour cette élève qui avait un potentiel, des possibilités qui semblait indiquer qu'elle était dans l'enseignement spécialisé par erreur. Mais voilà, on ne peut rien faire contre l'assentiment des gens. Elle voulait s'enferrer dans l'échec et rien ne pourrait l'en empêcher.

À quelque chose malheur est bon. Quelques-uns de ses camarades ont bénéficié d'une proposition exceptionnelle dans cet établissement. Pour la première fois, huit élèves de la Segpa étaient inscrits au brevet des collèges version technologique. J'espère que dans le lot, certains profiteront de cette opportunité et qu'après mon départ, d'autres encore tenteront leur chance.

En attendant, l'élève la plus en mesure de réussir a tout sabordé. Non seulement elle n'aura aucun de ces deux examens mais encore elle a compromis gravement ses chances d'orientation en cessant de travailler lors des deux derniers trimestres. Ses bulletins sont tels que son entrée dans un lycée professionnel est plus qu'incertaine. Comme de plus elle a mis fin à son second stage et qu'elle ne fera rien pour en trouver un dernier, il est certain également qu'elle ne décrochera pas d'apprentissage.

Voilà le tableau, le constat affligeant d'une fuite en avant, d'une crise d'adolescence qui s'exprime dans le refus et l'opposition, dans la fuite et le conflit. Ce n'est pas une situation exceptionnelle, ce n'est pas un cas d'école. Ils et elles sont des milliers à nous jouer cette scène au détour de la date butoir de leurs seize ans. Comment éviter ce naufrage si lourd de conséquences immédiates ?

Sur ce cas d'espèce dès la fin du premier trimestre de la quatrième, nous avions perdu le contact avec une mère, forcément seule. Un refus de revenir rencontrer les professeurs, un conflit avec l'administration, une volonté farouche de ne jamais s'opposer aux désirs de sa fille, l'incapacité à imposer une autorité et l'absence de sanction dans l'éducation d'une gamine sans histoire jusque là sont les ingrédients de la situation actuelle ….

Le résultat n'est pas à la hauteur des espérances de cette femme non plus. Elle découvre un peu tard que sa fille l'a menée en bateau, que l'école n'était pas ce lieu hostile que la gamine voulait bien prétendre. La mère se rend compte du désastre sans pouvoir inverser la tendance, sans réussir à poser une parole d'autorité.

Les signaux d'alerte ne furent pas pris en compte. Les absences étaient couvertes par une mère bienveillante, les arrêts de stage étaient naturellement cautionnés. Nos messages restaient sans réponse, nos mots n'étaient pas signés, les rendez-vous n'étaient pas honorés, le téléphone sonnait dans le vide. La confiance aveugle en une gamine charmante contre une institution forcément perverse était la clef de voute d'un système qui s'effondre avec fracas.

J'enrage de cette catastrophe. Je suis désespéré par cette fuite suicidaire. Bien sûr, rien n'est définitif, une année de perdue ce n'est pas grand chose. Tout peut aisément se rattraper quand on dispose de la vie devant soi. Pourtant, les expériences précédentes, les cas analogues ne poussent pas à l'optimisme. Souvent quand une fille choisit ce chemin elle se retrouve avec une grossesse prématurée, des difficultés plus graves encore, des addictions ou de fort mauvaises fréquentations. J'espère de tout cœur que cette jeune fille évitera ces menaces inquiétantes !

Alarmistement sien.


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10 réactions à cet article    


  • bakerstreet bakerstreet 18 juin 2013 10:22

    Nabum

    On ne peut que trouver des paroles redondantes et consolatrices....
    Rien n’est fini, même si c’est bien regrettable comme on dit. 
    Travailller avec l’humain est une source de richesse mais aussi de questionnement et de remise en question. 

    Je pense que cette gamine malgré tout pourra prendre appui sur ce qu’elle a enmagasiné de positif en termes de signes d’encouragement et de valorisation. 
    Les hormones se bousculent à l’entrée du péage de l’adolescence, et tout le monde n’a pas les mêmes cycindrées, ni le même environnement...
    Certains prendront la nationale, bien plus dangereuse et torve, faite de mille virages et de radars, où les pandores tenteront de vous piéger. 
    Mais au bout de la route, quoique au bout d’un voyage plus long alors qu’ils l’auraient voulu plus court, ils ne seront pas forcément fachés de leur parcours.

    Au grand désespoir de certains profs, ( en fait un seul) j’ai abandonné moi même l’école à 17 ans à peine. 
    Avec le recul, je ne regrette pas d’avoir pris les chemins de traverse. 
    De l’école j’ai gardé des expériences traumatiques, en particulier dans le primaire, face à un instituteur sadique, que tous les parents adulaient pour les brillants résultats de dressage qu’il obtenait auprès de gamins tétanisés, certains avec raison plus que d’autres.

     Il m’en resta une souffrance invisible au carnet scolaire, et inversement proportionnelle à l’intéret que j’accordais à certaines matières, français et dessin, où je m’exprimais plus librement, quoique à couvert. 

    D’un prof lumineux de français du collège, qui m’encouragea à continuer, il m’en est resté un souvenir lumineux, qui n’apparu jamais dans le carnet scolaire.. 
    Le souvenir n’a rien perdu de son piquant. 
    J’ai pensé à lui encore en vous lisant

    • C'est Nabum C’est Nabum 18 juin 2013 10:36

      bakerstreet


      Merci por ce récit personnel et vos encouragements discrets

      J’avais besoin de coucher sur la papier ma colère et mon impuissance
      Je nuance toujours quand on évoque des décrocheurs au lycée, ils ont les outils pour rebondir

      Pour mes élèves de la marge, l’espace du possible est souvent beacoup plus réduit. C’est injuste mais c’est hélas une réalité qui se verifie souvent mais heureusement pas systématiquement.

      Alors, il reste un petit espoir.

    • C'est Nabum C’est Nabum 18 juin 2013 15:17

      Morvandiau


      Comment faire ce métier sna sêtre inquiet ?

    • C'est Nabum C’est Nabum 18 juin 2013 15:35

      Morvandiau


      J’en connais pourtant qui ne se font aucun soucis ...

    • L'enfoiré L’enfoiré 18 juin 2013 14:26

      Tout frais de ce matin, à écouter « religieusement »

       smiley

      Aujourd’hui, l’éducation n’est pas limitée aux vingt premières années. 
      Si le potentiel y est, l’énergie cinétique suivra un jour.
      (tiens c’est de la physique en plus) 

      • C'est Nabum C’est Nabum 18 juin 2013 15:18

        L’Enfoiré


        Tout va bien pour 80 %
        Tant mieux.

        Merci pour cette émission

      • Vipère Vipère 18 juin 2013 16:25

        Bonjour à tous et à Nabum

        N’avez-vous pas l’impression d’en faire trop Nabum ?

         Pour un peu, on vous passerait une boîte de mouchoirs...

        Le futur de ces jeunes leur appartient, vous n’en êtes pas responsable de leur destin. Il ne sert à rien de se lamenter inutilement sur leur devenir !

        Le pacte avec l’éducation Nationale est rempli, versant enfants/parents, en regard de la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans !

        Après advienne que pourra, dans tous les cas, le rôle de l’enseignant s’arrête là ou commence la liberté de l’adolescent, même si cela consiste à choisir une voie contraire à vos désirs.

        Si pour certains, enfants l’Ecole de la République offre des perspectives futures - « un ascenseur social »- pour d’autres, les études ne mènent nulle part, si ce n’est vers voie de garage, l’échec scolaire ayant déjà été acté par les intéressés et leurs familles.


        • C'est Nabum C’est Nabum 18 juin 2013 17:15

          Vipère


          Vous avez raison

          Je suis ainsi et c’est invivable autour de moi 

        • auguste auguste 18 juin 2013 16:55

          @ C’est Nabum

          Gardez espoir, vous savez bien que notre monde marche sur la tête.

          Vous allez me trouver bien ambitieux, avec mes deux liens foireux qui n’ont d’autre but que de vous arracher un sourire.

          C’est de la physique, comme le fait remarquer L’enfoiré, mais à trop produire, plus rien ne se transforme.

          Lorsqu’un concentré de technologie trouve enfin sa place, nous avons la preuve que le recyclage des ordures peut rapporter gros.

          Bien entendu, tout ceci n’a rien à voir avec votre article.

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