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Banlieue et cage-à-lapins

J’écoute des émissions sur les problèmes de la banlieue, ou plutôt des quartiers cages-à-lapins des banlieues des grandes villes. Chacun va de son explication sur la nature et l’origine des problèmes, c’est la voyoucratie disent les uns, il n’y a pas assez de logements sociaux disent les autres.

Bon, "voyoucratie", charmant néologisme n’est-ce pas ? Surtout utilisé par notre cher président, il a quelque chose de très marrant, puisqu’il signe son échec en tant que ministre de l’Intérieur, quand il nous avait promis d’éradiquer la violence en banlieue à grand renfort d’effets de manche et de caméras. Les logements sociaux par contre, c’est le mantra du PS, on vous parle des problèmes en banlieues ? Utilisez "logement sociaux" à la place de "aum". Est-il utile de rappeler que certaines villes ont 80% de HLM et que cela pose justement des problèmes ?
En gros dialogue de sourds et démagogie en tout genre, chacun envers son public.

Pourtant quand on réfléchit, les problèmes de la banlieue ça ne me semble pas si compliqué que ça à formuler :
1 : l’urbanisme. Franchement on aurait dû obliger les architectes des cités à vivre dedans ! Je me rappelle quand j’ai étudié l’impressionnisme et les paysagistes de la région parisienne en histoire de l’art, et que j’ai vu à quel point l’Ile-de-France pouvait être une région magnifique et des villes comme Nanterre, Argenteuil, Pontoise, des villages verts et calmes, je me dis que ceux qui ont eu l’idée de massacrer ces paysages et de faire vivre des gens dans ces cages grises devaient n’avoir rien dans le citron.
local/cache-vignettes/L250xH166/1290jpg-95759575-4b6e6.jpgLa fameuse dalle d’Argenteuil, et la Seine à Argenteuil de Renoir. Franchement il y a de quoi déprimer ! Et c’est pour toute la région parisienne pareil...

Ces cités font vivre les gens les uns sur les autres. Construites dans des zones auparavant rurales, elles obligent à l’installation de toutes les infrastructures nécessaires à la vie d’une ville : commerces, écoles, services publics. Et c’est comme ça que bourré de bonnes intention, on fabrique des ghettos. Parce que pourquoi sortir du quartier quand on habite en zone RER 4, 5 ou 6 et qu’on a tout sur place ?

2 : les conditions sociales. Certains quartiers, comme à Nanterre ou Sarcelles, ont été construits pour reloger les gens habitant les bidonvilles. Oui parce que pour ceux qui ne le sauraient pas, la France avait un bidonville géant à Nanterre, et certains quartiers des villes étaient de vrais taudis à la Oliver Twist. Dans les années 50, posséder des sanitaires (WC/ salle de bains) chez soi était rare. On a donc construit dans l’urgence, et dans l’optimisme des Trente Glorieuses, pensant détruire plus tard, et aveuglé par le progrès que semblaient être ces logements équipés pour des miséreux. D’autres quartiers l’ont été pour loger des fonctionnaires, et étaient des copropriétés, comme Clichy-sous-Bois.
Au fur et à mesure de l’arrivée en masse de gens pauvres, puis de celle des rapatriés d’Algérie, puis de celles de vagues d’immigration de travail d’abord européennes puis africaines, les classes moyennes sont progressivement parties vers les zones pavillonnaires, et la relative mixité sociale qui pouvait exister a volé en éclat. On s’est retrouvé avec une concentration de personnes relevant de l’aide sociale dans des quartiers isolés des centres urbains.

3 : l’immigration. Il faut le dire, l’immigration de travail, qu’on s’apprête à reproduire aujourd’hui, était un vaste système d’exploitation. Des hommes venaient travailler en France pour un pauvre salaire et étaient censés ensuite rentrer chez eux. Le père de mon oncle qui est italien, est venu en France pour travailler sur des chantiers. On faisait loger les ouvriers dans des conteneurs métalliques sans chauffage, été comme hiver.
Donc, lorsque Giscard a proposé de faire le regroupement familial, ce n’était pas en soi une mauvaise idée, mais ce sont les moyens ou plutôt les non-moyens qui ont posé problème. Du jour au lendemain, des familles entières ont été déracinées et envoyées dans les cités. Et personne sur place pour les accueillir, leur expliquer le fonctionnement du pays, leurs droits, leurs devoirs mais surtout la langue ! J’ai connu une mère de famille marocaine qui, depuis 25 ans passés en France, ne parlait pas français... On n’a donc rien fait pour intégrer ces pauvres gens et surtout les femmes ! A la fois enfermées dans leur appartement et dans leur cité, qu’est-ce que le pays a pu leur apporter ?
A des problèmes de pauvreté importants, on a ajouté des problèmes d’intégration, qui se sont reproduits sur les générations suivantes, en mal de reconnaissance. L’incompréhension de la culture française, le racisme, les difficultés sociales, tout a poussé les habitants des cités à se replier sur eux-mêmes dans leur culture d’origine. Repli facile dans des quartiers déjà isolés. Les générations d’après, elles, se sont créées une culture alternative, mélange de ce qu’ils croient être leurs traditions (interprétation erronée de la religion, mots, expressions, etc.), qui, si elle crée un sentiment d’appartenance, accroît le repli.

4 : l’école. Elle aurait dû donner à la jeune génération la connaissance de la culture française qui leur aurait donné un socle commun, et possible à partager avec n’importe quel autre Français : la littérature, l’histoire, la pensée des Lumières, les aspirations historiques du peuple. Tout ce qui fait que des gens ont pu à des milliers de kilomètres souhaiter venir en France. Ce socle de connaissances aurait pu leur faire aimer la culture du pays dans lequel ils sont nés et leur apprendre à s’y sentir acceptés. Et pourtant l’école, pile à ce moment-là, a arrêté de transmettre ces choses aux enfants, préférant tout ce qui est contemporain, appelant le tag et le verlan culture. Et refermant encore un peu plus les portes du ghetto.

5 : la démagogie. Ce qui a fait le plus de mal peut-être... Pendant un temps, par culpabilité on a tout excusé ou violemment accusé de façon raciste. Le chômage, la culpabilité liée à la colonisation, la prise de conscience de l’inhumanité de ces quartiers ont fait que pendant des années, on a à gauche fait ce qu’on a appelé par la suite de "l’angélisme". D’un côté on ne faisait rien pour améliorer la situation tout en disant que tout allait bien, de l’autre on utilisait le mécontentement des gens modestes habitant les cités pour instrumentaliser le FN et en faire un bouclier électoral.
L’angélisme a eu comme corollaire le fait de faire croire aux gens des cités que tout devait être fait par l’Etat et fait gratuitement. En plus des services publics, il devait y avoir les loisirs gratuits, la culture gratuite voire même que l’éducation devait être assurée par l’école au lieu des parents !
Et cela n’a rien à voir avec l’origine ethnique des gens, mais avec le système et la mentalité qu’il véhiculait, mélange d’assistanat et de victimisation constante même des délinquants qui étaient "victimes de la société". Et pendant ce temps-là, la pauvreté augmentait (parce que quand vous êtes juste au-dessus des aides sociales, genre quand vous avez un temps partiel, bonjour la galère !) et on ne faisait rien pour améliorer les vrais problèmes. Et autant vous dire que la démago contaminait aussi l’école qui s’est mise à accepter tout et n’importe quoi sous prétexte de tolérance. On a aussi accepté qu’on bafoue les droits des femmes et tutti quanti par relativisme culturel.

Aujourd’hui et depuis 2002, la démago se situe ailleurs. Elle consiste à montrer du doigt les cités et leurs habitants comme les verrues de la France. On ne fait toujours rien pour améliorer les conditions de vie de gens ou plutôt on les empire en enlevant les services publics, renforçant l’isolement des quartiers. On laisse tout pourrir, et on se sert ensuite de la cité comme ennemi intérieur pour justifier des mesures sécuritaires.

Donc si on fait l’addition :
1 : isolation, promiscuité ;
2 : pauvreté, précarité, chômage ;
3 : intégration difficile, communautés ethniques, racisme ;
4 : défaillance du savoir, ascenseur social red-is-dead ;
5 : assistanat, victimisation puis lâchage et stigmatisation.
On comprend d’où viennent les problèmes.

Pour les solutions j’ai pas les clés en main... mais on pourrait déjà tenter de ne pas refaire tout ce qui a été dit plus haut !

Et deux petits derniers pour la route :
local/cache-vignettes/L253xH198/cergy_pontoif955-63beb.jpglocal/cache-vignettes/L620xH515/Pissarro_-_S4856-61b7a.jpg Cergy-Pontoise aujourd’hui, et Soleil couchant, Pontoise de Camille Pissaro

par ThatJazz jeudi 10 janvier 2008 - 65 réactions
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  • Par Hakim I. (xxx.xxx.xxx.179) 10 janvier 2008 14:44

    Bon... J’ai trouvé l’article un peu réac, mais je l’ai quand même plussé smiley.

    Je vais plutot commencer par la conclusion : la solution. Je ne suis évidemment ni sociologue, ni historien ou autre pour avoir les compétences requises habituellement qui permettent d’anticiper l’avenir.

     

    Tout ce que j’ai comme référence, c’est mon vécu. Et mon vécu, me dit qu’il n’y a pas de solution, et que tout cela empirera. Pourquoi ? Parce-que le point de non retour a depuis bien longtemps été franchi. Je vais essayer un maximum de ne pas discréditer cette analyse par des anecdotes personnelles.

     

    Il y a a mon sens un point clé que vous avez ommis de décrire ici et qui est vraiment le pilier de l’agglomération des causes de la situation acuelle : l’ordre républicain. A vrai dire, l’absence d’ordre républicain. Mais pour le ressentir, il faut avoir un certain vécu avec le système policier francais smiley.

     

    J’ai cherché par tous les moyens de récupérer des chiffres (sociologues, historiens, employés de préfecture, énarques)qui pourraient appuyer mon sentiment, en vain. Les statistiques des effectifs policiers par zone urbaine n’existent tout simplement pas. Dommage. Mon sentiment ? C’est que l’ordre républicain, en clair la présence policière était quasi absente de ces quartiers. Et je dirai même qu’il y avait un périmètre de sécurité autour des quartiers dans lequel la police s’interdisait d’aller. La cause ? Je n’en sais trop rien, peut-être une directive à suivre, peut être le désintéressement des policiers, pour ma part j’oserais penser qu’il s’agit un peu des deux.

     

    Je m’explique : essayez de vous rappeler les faits divers des années 70/80 passés dans ces quartiers... vous aurez bien du mal a en trouver. Pas parce-qu’il y en avait moins, ou en tout cas pas seulement, mais parce-qu’on s’en foutait... tout simplement. "Les métèques ? Ils ont qu’a s’entretuer... qu’est-ce ca change a notre vie, du moment qu’ils vivent assez loin." qu’on pensait tout bas.

     

    Votre description de l’assistanat ambiant dans les cités est vrai mais n’est qu’un effet relativement récent. L’absence de l’ordre républicain a créé ce qui a été le catalyseur d’une situation quasi impossible a retourner : il s’agit de la loi du plus fort, le darwinisme urbain en quelques sortes.

     

    Le cheminement a mon avis se décrit de la sorte : quand on a des parents qui ont encore l’esprit outre méditerrannée, a qui on a rabaché qu’ils n’étaient que provisoirement en France(rappelez vous "prends 10000 balles et casse toi"), qu’on voit trimer à l’usine pour pas grand chose, qu’on est entouré de béton et par-ci par-là quelques bacs à sable (transformés en litière pour chiens assez rapidement), eh bien on n’a qu’une seule envie : se sortir de cette situation. Seulement voilà, on se rend compte très vite que quand on réussit bien au collège, la conseillère d’orientation (soutenue par des parents naïfs et certains de la véracité de ses conseils) essaye quand même de vous envoyer en BEP mettalurgie. On se rend compte rapidement que la vie qu’on nous propose n’est pas très différente de celle d’une personne tout fraîchement arrivée d’Afrique - ascenceur social pas seulement bloqué, mais saboté-. Là on comprend que "Liberté Egalité et Fraternité" ce n’est pas pour vous. Alors, c’est là qu’on a 2 choix : soit faire preuve d’une force morale assez importante pour résister au blocage social en continuant ses études, soit trouver un moyen de se créer un ascenceur social express par le trafic.

     

    On y est, et ca a marché. Pendant une bonne vingtaine d’années, on a laissé le virus se propager et gangréner l’esprit de beaucoup de monde et de jeunes surtout. Pourquoi trimer à l’école pour finalement pointer au chomage ? Parce-qu’en entreprise on ne veut pas de basanés, ou tout du moins si on les engage, ce sera rarement dans des postes "visibles". Ah si ! Le secrétariat, ca marche bien pour les filles, c’est ce qui permet de donner la petite touche exotique à l’entreprise (genre de pépita de l’émission pyramides), auprès des clients, ça a de la gueule ! Bref, pour beaucoup, par fierté et surtout par peur de la perte de temps on préfèrerait gagner un maximmum le plus vite possible en limitant la casse et invoquant la bonne fortune (au sens de chance). C’est pour cela que je ris jaune quand j’entend le mot assistanat.

     

    J’épargne les détails suivants, mais tout ceci est devenu le mode de pensée standard dans les quartiers popupaires, ajoutez-y une dose de mafia (exemple les quartiers marseillais) et les politiciens ou policiers véreux trempant leurs doigts dans les trafics de drogue comme dans le 92 et une partie du 95.

    Tout ce que j’ai décrit là n’aurait quasiment pas existé si la république s’était manifestée à ses nouveaux enfants avant que cela ne dégénère début 1993. La seule solution qu’on ait trouvé à l’époque était d’envoyer une présence policière non formée, chargée d’à prioris, mal payée et en mal de reconnaissance quelquefois corrompue... C’était la première fois qu’on voyait la République arriver.

     

    Seulement, elle est arrivée à coups de controles arbitraires, humiliations, bavures entrainant parfois la mort et restées impunies etc... La république surprise en gros, et il faut vraiment être un peu sado-maso pour revendiquer son appartenance à ce pays (ce qui leur a injustement été reproché) quand on n’a pas fait un travail d’analyse de soi même et de notre monde. Un gamin de 15 ans a d’autres choses à faire que d’analyser sa propre existence et son environnement, il suit la dynamique dans laquelle il est né, jusqu’au jour ou il se retourne et regarde par dessus son épaule. Mais souvent ce moment arrive trop tard.

    Je continuerait tout à l’heure, réunion de travail oblige...

     

     

  • Par wizi (xxx.xxx.xxx.38) 10 janvier 2008 11:16

    article interessant pour l’analyse des causes et conséquences,

    pour les solutions, ça semble difficile d’en trouver, et la situation va sûrement empirer !

  • Par ThatJazz (xxx.xxx.xxx.25) 10 janvier 2008 12:45
    ThatJazz

    Quand je dis dynamiter c’est un mouvement d’humeur, je suis sensible à l’esthétique et aussi à l’écologie. Beaucoup de ces bâtiments ont été conçus pour être détruits, parce qu’on pensait qu’on aurait toujours une croissance en folie. Le résultat c’est qu’aujourd’hui beaucoup de batiments sont dans un état lamentable ! Il est évident de coucher la tour pour en faire une zone pavillonaire n’est pas une solution...

    Le problème c’est que ces quartiers sont surpeuplés, et d’un autre côté les campagnes se désertifent complètement. Il existe une initiative en Espagne, où des maires de villages proposent à des familles de venir s’y installer en échange d’un logement à bas coût et d’un travail dans le village. Je ne sais pas mais j’imagine que si je n’avais pas de travail et que j’avais des enfants, je serais contente de pouvoir aller habiter à la campagne, au lieu de me morfondre dans ma tour...Enfin c’est peut-être une piste ?

  • Par ThatJazz (xxx.xxx.xxx.25) 10 janvier 2008 11:49
    ThatJazz

    Merci à tous pour ces commentaires !

    Je voulais montrer que sans être soi-même habitant de banlieues ou journaliste, on peut comprendre ce qui s’est passé dans ces quartiers, loin de ce qu’on tente de nous faire croire. Mes "compétences" s’arrêtent dans la définition des solutions...car mon premier élan serait de dire qu’il faut tout dynamiter ! Mais c’est pas franchement constructif !

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