Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Société > Banlieues : on a besoin d’un baron Haussmann plus que d’une (...)

Banlieues : on a besoin d’un baron Haussmann plus que d’une armada de sociologues ou de psychologues

Nos médias vertueux s’inquiètent de voir leur barque s’engluer dans un pot au noir que la piètre risée baptisée "Sarkoségo" n’arrive plus à faire frémir. Le Liban ? Fini, les bombes qui explosent. Fini, les gravats qui fument. Fini, les drapeaux de haine dans les rues. Fini, les hurlements hystériques, les pleurs sur les joues des enfants. Gaza ? Les turbans sales se lavent de préférence en famille. Prière de ne pas déranger. L’Irak ? C’est du rabâché et puis on s’est un peu trompé sur le scénario. Cachan ? Le plan média qui a tenu le coup tout l’été vient de tourner lamentablement en eau de boudin pipolisé. Le film d’Al Gore ? Peut mieux faire. Trop de virtuel. Trop de chiffres impossibles à filmer. Rien ne vaut un Katrina de derrière les Apalaches, et cette année la météo n’a franchement pas été à la hauteur. La Tchétchénie ? Trop loin et pas d’hôtel de classe internationale suffisamment sécurisé pour aller voir ce qui s’y passe. Du coup, nos grands moyens de communication sont en train de nous peaufiner une première commémoration de la "révolte des banlieues", à la manière dont ils nous ont servi le cinquième anniversaire du 11 septembre. Il faut du grandiose ! Fais-moi du saignant, coco... Fais-moi de la bonne révolte qui couve à Grigny ou au Val fourré... Sus sur la banlieue !

La banlieue ne se vend bien qu’en période électorale, car ses problèmes spécifiques (appelés pudiquement "malaises") conviennent alors aux récupérateurs de tout ce qui fait mal. A la droite hargneuse qui compte bien s’en servir pour continuer à faire peur et rafler la mise sans trop d’efforts. A la gauche bobo qui se complaît chaque jour un peu plus à stigmatiser la "République défaillante", comme Manuel Valls l’a fait une fois encore, lundi matin sur France Inter, en vantant un modèle britannique qui est en train de s’effondrer piteusement. Le tout sur fond d’équation à deux inconnues qui risque de faire fermenter dangereusement leurs containers à recyclage : comment sacrifier au sensationnel "ethnique" en évitant d’être accusé de souffler trop fort sur les braises du communautarisme ?

Or, paraphrasant Michel Chevalet au mieux de sa forme, on aurait pu peut-être commencer par se poser la question : "La banlieue, qu’est-ce que c’est ?" La réponse saute tellement aux yeux qu’elle en est devenue difficile à admettre : la banlieue est l’incommensurable échec d’un urbanisme doctrinaire élaboré dans les années 1920, urbanisme misérabiliste auquel s’accrochent aujourd’hui encore des architectes et des urbanistes coupés de la réalité et qui se sont crus capables de "réinventer la ville", alors qu’ils n’ont fait que disséminer des tas de ghettos au fond de terrains vagues perdus dans un "hors les murs" privé d’horizon.

Il n’est qu’à se souvenir de la monstruosité architecturale que Le Corbusier proposait dans les années 1930 pour "rationaliser" Paris. Et si la capitale a plus ou moins échappé à de tels délires anthropophages (malheureusement repris sous l’ère pompidolienne qui a défiguré le Front de Seine et ses berges, ainsi que les trois quarts des XVe, XIVe et XIIIe arrondissements et qui projetait de recouvrir le fleuve...), la banlieue a été abandonnée aux mains de savonaroles du béton vibré, décrits avec une juste angoisse par l’historien d’art Pierre Francastel : "Je me méfie beaucoup de ceux qui veulent faire le bonheur du peuple, et autant de ceux qui prétendent distinguer entre les joies légitimes et les habitudes trop dépouillées de respectabilité. Le fléau n’est pas tant le bistrot que l’excès d’alcool et l’on peut boire le Pernod à la terrasse d’un café chic. M. Le Corbusier a horreur du pauvre et, pour le guérir, il envisage non seulement la séduction mais le dressage. Il y aura des inspecteurs d’étages dans la machine à habiter de Marseille. Dans le monde rêvé par M. Le Corbusier, la joie et la propreté seront obligatoires - sans parler du reste. Est-ce que M. Le Corbusier se rendait compte que l’on entrait à Buchenwald au son des violons ?" Ah ! Le Corbu... Le Corbu ! Inspiré quand il s’appelait encore Charles-Edouard (ça ne s’invente pas) Jeanneret et qu’il s’ingéniait à construire les villas lumineuses des bourgeois "éclairés" de la grande industrie ou l’église de Ronchamp, intégriste ayant mal digéré les travaux du Bahaus dès qu’il touchait au collectif, ne parlant plus alors de maisons ou d’immeubles, mais "d’unités d’habitation"... "Ta soeur en string sur la planche à dessin", comme on dit encore du côté de la Grande Borne.

Pour respirer hors de la "zone", replongeons-nous en 1850. Le Paris de Naoléon Ier est devenu le Paris d’Eugène Sue. Le Paris de l’incohérence louis-philipparde, du crime, de la misère, de l’insalubrité. Le Paris des bas-fonds. Le Paris de l’abandon social. Le mur des fermiers généraux étouffe la ville dans un bâillon fiscal qui inspire les chansonniers : "Le mur murant Paris rend Paris murmurant"... Vingt ans plus tard, Paris est la "ville lumière" telle que le monde entier la connaît aujourd’hui, saine, aérée, désengorgée, et incroyablement belle... Ce changement a été impulsé par un homme. Un seul. George Eugène Haussmann. Descendant d’une famille d’immigrés rhénans, petit-fils d’un conventionnel, fils d’un attaché militaire napoléonien qui, en 1806, occupa Weimar, la prestigieuse cité de Schiller et de Goethe, et qui sauva de la destruction le palais grand-ducal, le théâtre, la bibliothèque et bon nombre de collections prestigieuses. Belles références familiales au service du bien public.

La méthode ? Evaluer les besoins vitaux de la population, en tenant compte de ses composantes sociologiques, et s’efforcer d’y apporter des solutions rapides à travers lesquelles l’efficacité sert l’ornementation et réciproquement. Boire (grands réservoirs de Montsouris et de Ménilmontant conçus comme des cathédrales). Manger (pavillon Baltard - abattoirs de la Villette). Assainir (aménagement des égouts que tous les souverains en visite à Paris visiteront - mobilier urbain sur la voie publique - dératisation généralisée - déménagement du cimetière des Innocents). Soigner (Hôtel Dieu). Circuler (Grands Boulevards - Sébastopol, Voltaire, Rue de Rivoli, Rue Lafayette, etc...). Aérer (Bois de Boulogne, Bois de Vincennes, Parc Monceau, Montsouris, Buttes Chaumont). Distraire (Opéra Garnier, Théâtre du Châtelet et Théâtre de Gaîté, façade de la Comédie-Française, Champ de courses de Vincennes). Prier (Eglise de la Trinité, Eglise russe). Informer (colonnes Morris). Fonctions vitales auxquelles il convient d’ajouter celle d’éblouir le reste du monde dans le cadre de la fastueuse Exposition universelle de 1867, et celle d’être enterré dans un cadre agréable sous le fouillis des marronniers du cimetière du Père Lachaise.

Les outils ? Ne nous privons pas du plaisir d’être iconoclaste : ligoter le Conseil de Paris et utiliser le plus puissant levier qui soit en matière d’urbanisme, l’expropriation... Inexistante sous la monarchie (et aujourd’hui encore dans bon nombre de pays où la notion de bien collectif n’est pas affirmée), l’expropriation avait été institutionnalisée en 1791. Délaissée par Napoléon Ier, elle sera reprise par son neveu. Ce qui fera dire à Jean des Cars, dans sa biographie consacrée au baron : "C’est avec cette arme absolue que cinquante ans plus tard, Haussmann deviendra le maître de la capitale."

La capacité financière ? Une Caisse des travaux alimentée selon les besoins, et non pas dotée périodiquement pour des besoins consuméristes.

Bien sûr, on a tout reproché au "baron éventreur". D’avoir écartelé la ville pour que la Garde républicaine puisse intervenir rapidement à cheval depuis n’importe quelle caserne. D’avoir généré la spéculation. D’avoir déplacé des centaines de milliers d’habitants sans se préoccuper de les reloger. D’avoir détruit quelques-uns des plus beaux hôtels particuliers de la capitale. D’avoir défiguré l’Ile de la Cité. D’avoir emprisonné la Sainte Chapelle au fin fond de l’Hôtel de Police. Tant de récriminations, et beaucoup autres, qui ont permis à Théodore de Banville de l’interpeller dans un poème au lyrisme douteux : "[...] Baron qu’as-tu fait de ma ville ? - Moi ? dit M. Haussmann, je n’ai jamais molli. / Les Memphis et les Antioches sont loin / Quant à Paris, je vous l’ai démoli / Tant que j’ai pu trouver des pioches." On lui a aussi reproché d’avoir favorisé un clivage social en créant de beaux quartiers et des quartiers populaires, quand, jusqu’alors, riches et pauvres vivaient la plupart du temps dans les mêmes quartiers et parfois dans les mêmes immeubles, la différence étant marquée par la différence d’étage. Mais qu’en est-il aujourd’hui de la mixité sociale du côté de la Place des Vosges ?

Pourtant, ce préfet orgueilleux, à l’urbanisme parfois aussi impérial qu’impérialiste, avait inventé un plaisir nouveau dont tous les Parisiens ainsi que les étrangers profitent encore de nos jours tant et plus : la promenade à pied dans la ville... Et George Sand l’avait bien compris, quand elle conseillait à ses lecteurs traumatisés par l’ambiance des anciens coupe-gorges : "Mais descendez dans la rue, suivez les quais et les boulevards, traversez les jardins publics..." D’ailleurs, la postérité a rendu son jugement sur l’extraordinaire paysage urbain que cet homme d’Etat nous a laissé et qui a servi de modèle à bien des villes de province et même à des capitales étrangères. Alors pourquoi ne pas en tirer modèle aujourd’hui pour remodeler nos banlieues aussi radicalement qu’il a remodelé Paris...

Avant de se perdre dans un délire mystico-altermondialiste, l’architecte Roland Castro avait compris cette nécessité d’adopter des solutions radicales quand, à la fin des années 1980, il conseillait à François Mitterrand de repousser en banlieue les grandes gares de la capitale. Ce qui aurait eu pour conséquence de "forcer" un plus grand nombre de Parisiens à "s’expatrier", ne serait-ce que pour quelques heures, en franchissant chaque jour le périphérique. Le président s’était laissé séduire, mais le rocardisme triomphant d’alors n’était pas preneur de projets non "participatifs"... On a préféré repeindre les cages d’escaliers et faire vivre - ou survivre - des associations qui se targuaient de pouvoir faire du social là où il fallait d’abord créer un environnement à dimension humaine. Avec, pour résultat, trente ans d’un saupoudrage qui n’a fait que favoriser le communautarisme.

"Être né quelque part"... Quelle identité peuvent forger des sociologues ou des psychologues qui se heurtent à un quotidien où l’espace individuel n’est qu’un refuge précaire et l’espace collectif un no man’s land peu rassurant ? L’identité du terrain vague... L’identité des immeubles dupliqués... L’identité des rez-de-chaussée aveugles... L’identité des cages d’escaliers alignées comme des portes de prison... L’identité des parkings déserts... L’identité des caves qui servent de trous à rats... L’identité des centres commerciaux qui sont devenus nos cathédrales...

Revenir aux fondamentaux... Décidément le XXIe siècle a du pain sur la planche pour effacer les erreurs d’une modernité mal digérée. Réapprendre à lire... Réapprendre à écrire... Réapprendre à compter... Réapprendre à s’informer... Réapprendre à parler pour se comprendre et non pour s’affirmer... Réapprendre à s’asseoir dans un bus ou dans un métro en regardant si une personne âgée ne reste pas debout dans l’allée, le regard vague et sans rien dire, accrochée à un vieux sac à main... Réapprendre qu’une ville, ce n’est ni des "logements", ni des "bâtiments", ni des "immeubles" et encore moins des "barres", des "tours" ou des "cités"... Une ville, c’est, ni plus ni moins, un noeud de rues...

Alors, que nos urbanistes réapprennent à nous dessiner des rues. Des rues où les gens vivent serrés les uns contre les autres, comme à Sienne ou à Fès. Des rues où l’espace est trop précieux pour être gaspillé. Des rues inventives. Des rues brouillonnes. Des rues sages. Des rues qui travaillent. Des rues qui font du bruit. Des rues qui étalent leurs richesses. Des rues qui voilent pudiquement leurs petites misères. Des rues qui brillent quand vient le soir. Des rues qui se parent les jours de fête comme dans un tableau de Dufy. Des rues qui nous mélangent. Des rues qui brassent ceux qui travaillent et ceux qui flânent. Des rues qui nous éduquent. Des rues où le regard d’un adulte peut suivre et guider l’évolution d’un enfant. Des rues où se transmet une histoire, un savoir, une envie vraie de vivre ensemble...

Patrick Adam


Moyenne des avis sur cet article :  3.97/5   (190 votes)




Réagissez à l'article

486 réactions à cet article    


  • (---.---.179.29) 21 octobre 2006 03:51

    Mais qui êtes-vous dwd ? D’où sortez-vous ? Je veux dire de quelle dimension ? Je dois dire que vos interventions sont, heu comment-dire... je n’ai jamais lu quelque chose comme cela. Comment arrivez-vous à atteindre cet etat incroyable, cette sorte de pensée et ce style ... Que pensez-vous de la cocaine ?


  • svd (---.---.40.74) 21 octobre 2006 09:39

    Comment, tu ne connais pas demian west le petit gnome bleuatre et insignifiant de la planete agoravox ? smiley smiley

    Et bien c est un affabulateur tendance mythomane qui vit sur la trop accueillante planete agoravox. Grace à agoravox, ce petit gnome bleuatre et insignifiant oublie sa misérable vie à laquelle il a renoncé pour devenir le « jedi de l interdisciplinarité ». Grâce à ses « super pouvoirs DEAesques » il est capable de s « enseigner » à lui même toutes disciplines. Un article sur n importe quel sujet ? et hop, il s « enseigne » rapidos la discipline correspondante, se délivre une « licence » (oui dans sa petite tête une licence est indispensable pour discuter d un sujet). C est magique il peut s « auto-enseigner » ce qu il veut. Et voila pourquoi tu vois sa tête de gnome bleuatre et insignifiant partout. smiley smiley


  • c florian (---.---.162.39) 20 octobre 2006 14:21

    réinventer des villes vivantes, une idée interessante mais peu porteuse électoralement car trés couteuse et trés contraignante. il faut surtout changer d’echelle et ne plus prendre le probléme de chaque ville séparément mais réfléchir en mégapole. paris et sa proche banlieue ne forme qu’un ensemble qui doit être cohérent. chaque ville travaille dans son coin en s’opposant aux autres, cela n’a aucun sens. on se retrouve avec des villes remplies de logements sociaux, d’autres avec prioritairement des bureaux, d’autres avec que des pavillons. notre découpage administratif est à revoir complétement, trop d’entités, trop d’élus, trop d’interets divergents. haussman avait les moyens d’agir, aujourd’hui on préfére prendre des mesurettes. tout le monde est conscient que sans un plan de grande envergure, rien ne changera, mais personne n’ose mettre les pieds dans le plat. la ville de paris doit s’étendre afin de concentrer les pouvoirs et mener une vrai politique à l’echelle de la mégapole parisienne.


    • Panama (---.---.198.59) 20 octobre 2006 14:29

      Vous oubliez qu’un des objectifs d’haussmann était de repousser la misère (sous toutes ses formes...) hors de Paris.

      Détruire des quartiers populaires et les remplacer par de beaux immeubles bourgeois... vous souhaiteriez appliquer cette méthode à nos banlieues du 93 ? Et les habitants, vous les logez où ? A la campagne ?

      En fait, vous voulez repousser les pauvres hors de la grande couronne parisienne. Je vous rassure, l’explosion des prix immbiliers (+ 100% depuis 2000) est en train de le faire pour vous.

      Et bientôt, nous aurons des bidonvilles, des vraies, comme à Rio dans les grandes plaines céréalières.


      • Lucie (---.---.249.43) 20 octobre 2006 14:31

        J’aime beaucoup le passage « des rues...des rues » de cet article .Cela ressemble à un poéme , à une priére , à un chant .J’ai vécu dix ans , de mes 8 ans à mes 18 ans , dans une cité .Pour rien au monde je souhaiterais devoir retourner vivre dans ces lieux gris et glacés , monotones ,bref invivables Ce scandale que d’obliger des milliers de gens à vivre là-dedans.Je suis d’accord avec vous, le problème des banlieues est d’abord un probleme de cadre de vie.


        • (---.---.30.101) 20 octobre 2006 14:32

          Patrick,

          As-tu lu une ligne de Le Corbusier ?

          As-tu vu un seul bâtiment de Le Corbusier ?

          As-tu déjà mis les pieds dans la banlieue ?

          je ne vois qu’une seule chose à la fin de ton article : Tu as envie de rue, je le comprends, il t’en manque tant dans ton désert ! smiley

          Ton bobo urbain


          • (---.---.217.130) 20 octobre 2006 15:24

             smiley smiley smiley smiley smiley


          • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 14:52

            @ Patrick Adam

            Mmouais... c’est bien tourné stylistiquement, comme d’habitude, mais pas du tout convainquant dans le cas des banlieues.

            C’est évidemment plus compliqué que ce raconte sans nuances le gland bleu ci-dessus (être hygiéniste n’est pas une hérésie artistique, mais une nécessité d’urbanisme - et je vois mal ce taré bobo vivre dans une ville du tiers-monde surpeuplée et insalubre, sans égoûts où il pourrait se régénérer ni d’éclairage public pour éclairer sa veulerie pipole au grand jour), mais il n’a pas tout-à-fait tort sur le concept d’architecture higiéniste commune à Haussmann et Le Corbusier (voir la ville de Chandigarh que ce dernier a construite en Inde, et que la plupart des Indiens trouvent invivable dans ses rectitudes aseptisées).

            Ensuite tu oublies de préciser que les gigantesques travaux haussmanniens ont largement contribué à progressivement expulser le petit peuple de Paris... vers les banlieues précisément. A la limite, on pourrait presque dire que Haussmann a créé les banlieues (étymologiquement : lieux où on est bannis). Imaginons ce qui se passerait si on « haussmannisait » les banlieues...

            Enfin, il n’est pas du tout certain que cette « haussmanisation » des banlieues change quoi que ce soit à leur sort, même si l’urbanisme hideux et délabré qui est le lot des « cités sans cibles » (et qui en réalité n’en manquent pas...). Les zyvas & racailles auraient de longs et larges boulevards pour faire leurs rodéos débiles, poursuivis par les BAC qui pourraient désormais y rouler en chars Leclerc (ce qui peut éventuellement se révéler utile pour le maintien de l’ordre, comme se le serait dit Haussmann s’il avait connu ces glorieux chars invendables parce que prévus pour combattre une imminente invasion soviétique par les plaines de l’Est européen). L’habitat rénové recommencerait rapidement à se dégrader tant les populations allochtones qui y vivent, majoritairement africaines, se soucient peu de salubrité, vu qu’elles ne font qu’importer leurs habitudes tribales et villageoises-broussardes à l’intérieur de structures urbanistiques modernes et occidentales. Le lieux de joie et de culture que tu évoques seraient rapidement fermés par les islamistes qui ne songent qu’à recréer des médinas obscurantistes et des coupe-gorges gangstéro-islamistes, et les magasins attirés un temps par ce renouveau urbanistique et architectural disparaîtraient rapidement devant le tsunami de la misère sociale et de la racaille délinquante, comme ils le font dans toutes les banlieues telles qu’elles sont ici-et-maintenant.

            Non, décidément, la solution ne passe pas que par un néo-Haussmann apôtre architectural des banlieues redevenues riantes. L’urbanisme n’est qu’une composante d’un problème beaucoup plus général. On ne vaincra pas la misère immigrée post-Trente-Glorieuses au chômdu, taraudée par le communautarisme, le gangstéro-islamisme et les racailles idolâtres de la Marque avec des tractopelles, des architectes paysagiers, des grues et du béton.


            • cestincroyable (---.---.237.238) 21 octobre 2006 00:58

              On a laissé faire Haussmann,et on a vu arriver Thiers.


            • Icks PEY (---.---.232.221) 20 octobre 2006 15:07

              Merci pour votre article Patrick. Excellent, comme d’habitude.

              Néanmoins, vous parlez du développement des banlieues lors des années 30.

              Or, il me semble que la vraie explosion urbaine qu’ai connu la France, c’était pendant les trentre glorieuses.

              Et pour cause ! Le baby boom produisait ses effets démographiques et cet élément était accentué par la nécessité de loger les réfugiès des ex-colonies, dont les expatriés d’Algérie (si je puis me permettre d’utiliser le mot « expatrié » sans déchainer les foules).

              Autre élément qui aurait mérité un développement : les cité HLM construites dans les années 60’s, ou 70’s représentaient, à l’époque un véritable progrès urbain.

              C’est peut être difficilement imaginable aujourd’hui, mais la notion de confort moderne qui parait évidente aujourd’hui était dans les centre ville tout simplement inconnue.

              Les chambres de bonnes et autres appartements sous combles étaient pléthores après la WW2, les commodités étaient soit rudimentaires, soit sur le palier, parfois même la salle de bains était dans la cuisine !

              C’est pour cela que les cités nouvelles représentaient des révolutions incroyables aux yeux de l’époque ! De l’espace, une chambre par enfant, des toilettes indépendants, des terrains de sports, des places de parkibng pour les autos ... vivre en banlieue était, au démarrage, un signe de réussite sociale !

              Bien sûr, après, on s’est aperçu que le système banlieusard n’a pas résisté à la crise économique. Mais entre temps, la législation sur l’immobilier avait évolue, les travaux furent imposés aux propriétaires, surtout ceux qui louaient leur bien, des normes sanitaires et de sécurités, de mise au normes se sont mulitpliées : les appartement de centre ville ont rattrapé leur retard.

              Par exemple, la loi de 1948 qui figeait des loyers exceptionnellement bas a été un frein considérable à l’amélioration de l’habitat puisqu’il n’était pas rentable d’investir dans ce genre d’appartement.

              Qui aurait pu dire, à l’époque, que les banlieues finiraient comme aujourd’hui ?

              IP


              • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 15:33

                @ PEY

                Je n’ai pas eu le courage d’écrire ce que tu as écrit, tout en me disant qu’il était sûr que quelqu’un le ferait à ma place. C’est fait et c’est bien.

                Puisque tu évoques la loi de 1948, j’évoque brièvement mon cas personnel : en France, j’ai vécu dans des chambres ou appartement délabrés, puis dans des banlieues encore relativement supportables dans les années 70, puis dans un appartement loi 1948 spacieux mais très délabré, en plein centre de la ville où je vis, quand j’ai commencé à le louer. Depuis à force de le retaper j’en ai fait un espace de vie très agréable, dont le loyer est inférieur de moitié à des espaces équivalents dans mon coin. Les reliquats de la loi de 1948 ont du bon, et j’ai du bol de m’en tirer bien. Et l’actuelle spéculation immobilière est absolument abominable pour ceux qui n’ont pas ma chance. Il n’y a pas que des problèmes urbanistiques dans la vie, il y a surtout la gestion par l’Etat du marché locatif et/ou immobilier. Ce qui renvoie à un problème éminemment politique avant d’être urbaniste et/ou architectural. Haussmann n’était après tout qu’un homme d’ordre (il en faut) au service de la bourgeoisie (il en faut), sans aucune pitié pour les exploités (il faut des gens pour se battre contre ceux qui les exploitent sans vergogne).


              • (---.---.30.101) 20 octobre 2006 15:49

                Heu Marsu,

                si tu dis que le problème des banlieue n’est pas un problème d’urbanisme, cela veut dire que le papier de Patrick ne vaut donc rien puisqu’il dit exactement le contraire.

                Il n’est donc pas si « excellent » que ça. smiley


              • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 16:03

                @ Anonyme

                C’est un article excellent au niveau du style et nul au niveau du fond. Ça te va ?


              • vigie 20 octobre 2006 16:50

                @ marsu

                A le doux souvenir des chambres de bonnes ou l’on lutinais a l’envie !


              • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 17:03

                C’était même pas le « bon temps » (je n’en connais pas et de mon point de vue la nostalgie est un sentiment de merde, franchement nuisible). C’était juste le temps où j’essayais tout comme un dingue. Conseil screugneugneu : les djeunns, essayez tout comme des dingues (sauf les drogues dures, j’ai j’amais fait), baisez comme ça voux chante (mais sortez couverts, comme je n’avais pas à faire) et imaginez l’impossible au niveau social (j’ai passé l’âge, plus rien à espérer) !


              • ZEN zen 20 octobre 2006 15:17

                @Marsu

                « L’habitat rénové recommencerait rapidement à se dégrader tant les populations allochtones qui y vivent, majoritairement africaines, se soucient peu de salubrité, vu qu’elles ne font qu’importer leurs habitudes tribales et villageoises-broussardes à l’intérieur de structures urbanistiques modernes et occidentales. Le lieux de joie et de culture que tu évoques seraient rapidement fermés par les islamistes qui ne songent qu’à recréer des médinas obscurantistes et des coupe-gorges gangstéro-islamistes, et les magasins attirés un temps par ce renouveau urbanistique et architectural disparaîtraient rapidement devant le tsunami de la misère sociale et de la racaille délinquante, comme ils le font dans toutes les banlieues telles qu’elles sont ici-et-maintenant. »

                Où l’on retrouve les fantasmes et les tourments de l’homme blanc d’Auteuil-Passy...


                • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 15:41

                  @ Zen

                  Qu’est-ce que tu peux être con souvent. Saches que je n’habite pas à Paris ni dans la région parisienne, mais en province, dans un quartier populaire que j’adore (mais loin de toute banlieue pourrie que je connais dans mon coin). Facile d’être zen à la con quand on vit dans un monde de livres, de références abstraites, de gargouillis intellectualistes et de philosophailleries post-kanto-freudo-marxisto-soixanthuitardes à la gomme.

                  Bref, vas te faire maître, une fois de plus. J’en ai rien à branler de tes remarques sentencieuses. Fais plutôt du vélo. Ça roule, ma poule ?


                • ZEN zen 20 octobre 2006 19:22

                  @Marsu « Facile d’être zen à la con quand on vit dans un monde de livres, de références abstraites, de gargouillis intellectualistes et de philosophailleries post-kanto-freudo-marxisto-soixanthuitardes à la gomme »

                  Tu crois que tu n’en fais pas un peu trop là ?.. Je ne savais pas les Bourguignons aussi irascibles et aussi obsédés par le « péril vert » ? Foi de Vosgien d’origine vivant en exil dans quartier ch’ti trés populaire...Le vélo, ça va merci, je t’attends demain pour un petit 80 km...


                • le sondagophobe (---.---.126.57) 21 octobre 2006 00:12

                  @ marsu :

                  « va te faire maitre »

                  C’est ce qu’on dit aux étudiants de l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres, autrement dit l’école des instits.) smiley  smiley  smiley  smiley

                  Doit-on le prendre comme un compliment ou un conseil à s’instruire ?


                • le sondagophobe (---.---.126.57) 21 octobre 2006 01:41

                  S’ils n’y avait qu’un endroit où il faut détruire les tours, c’est à La Défense.

                  Pour les provinciaux, j’explique, La Défense est le plus grand centre d’affaires d’Europe, avec 300 000 personnes qui y vivent ou viennent y travailler.

                  Comprenez « le plus grand d’Europe » : aucun autre pays n’a voulu répéter cette idiotie.

                  Une telle concentration dans un boucle de la Seine provoque deux transhumances dans la journée en sens opposés.

                  Que les transports ne fonctionnent plus, et c’est la tuile. J’ai vécu les attentats, les grèves de 1995 et les incidents techniques. Pour les célibataires, c’est galère. Pour les parents qui doivent récupérer des enfants, je ne vous raconte pas.

                  PA parle à juste titre d’urbanisme et non pas d’architecture comme semblent l’avoir compris des polémistes.

                  Je suis d’accord avec lui. Le premier problème à régler est l’urbanisme, avec une meilleure répartition des centres d’affaires et un meilleur maillage des transports.

                  Aller de banlieue à banlieue sans passer par Paris est quasi impossible. En région parisienne, il faut parfois compter 1h30 pour parcourir 30 km en transport en commun ou en voiture.


                • rjolly (---.---.227.38) 20 octobre 2006 15:25

                  Ce qui rend les quartiers défavorisés invivables, ou plutôt ce qui défavorise ces quartiers, c’est l’architecture dite de « bretelles d’autoroute ». Allez 5 minutes vous premener près d’une bretelle d’autoroute, et vous comprendrez pourquoi les riverains ont la haine : bruit, mocheté et dureté du béton gris et des pubs géantes et débiles, puanteur automobile. Le seul moyen de résoudre ça est d’interdire la circulation motorisée en ville (à part peut-être les Marden pour les personnes agées) et de détruire les bretelles d’autoroute. En un mot prendre le contrepied d’un Pompidou (d’après le film L’an 01, celui-ci voulait recouvrir le canal St Martin d’une bretelle d’autoroute).


                  • MrPiment (---.---.4.4) 20 octobre 2006 15:26

                    Certes il se trompe en comparant Haussman à Corbusier... Mais franchement ce n’est pas ce que je retiens.

                    Il aurait d’ailleurs été intéressant que vous rétablissiez la vérité plus en détail, je reste sur ma faim.

                    Le message global est intéressant même si je ne crois pas nos politiques suffisamment courageux pour passer à l’acte.


                    • MrPiment (---.---.4.4) 20 octobre 2006 15:28

                      Ceci est en réponse au 1er commentaire de « demian west »


                    • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 15:58

                      @ Dhimmi-hi-han Ouste

                      Contrairement à toi, misérable Gland Bleu féal des islamistes, je ne roule pour personne et ma pensée est libre. C’est pour cette dernière raison et pour celle-ci seulement, que j’ai été d’accord avec toi en ce qui concerne le concept (au demeurant purement artistique) d’architecture hygiéniste. Et là-dessus, Patrick Adam a tort. Mais toi tu n’as jamais tort... ni raison : tu es systématiquement insignifiant. Ce qui est un autre registre de la pensée, débilos à la gomme.


                    • (---.---.30.101) 20 octobre 2006 16:23

                      Mais mon Marsu jaune,

                      je suis d’accord avec toi, mais à mon avis le problème est plus grave avec Patrick.

                      Il ne connais jamais rien à son sujet et il dit des choses qui lui passent par la tête en les considèrant comme vrai puisqu’il les pense. ` Fort heureusement, il y a moi SUPER BOBO qui ne le laisse pas faire ! smiley


                    • vigie 20 octobre 2006 16:53

                      @ démian

                      N’avez vous jamais tenté une fois d’être positif au lieu de systématiquement faire de l’obstruction même sur un sujet non polémique, par ce que vous n’aimez pas Patrick Adam.Détendez-vous faites travailler vos zygomatiques.

                      Essayez de faire abstraction de vos miasmes morbides, élevez votre esprit ,vers des contrées purificatrices. Arrêtez cet onanisme de l’esprit en des termes moins néolithiques, et surtout surveillez votre pH.


                    • vigie 20 octobre 2006 17:18

                      C’est surtout qu’au-dessus de six étages la boule de pétanque et le caddy se font plus lourd smiley

                      Ce qui règlerais une partie du problème,une partie seulement serait le plein emploi, comme il n’y sera pas de sitôt, il faut arrêter de faire des barres déshumanisées créer des espaces et des sortes de petits squares ou jardins de promenades.

                      Hier soir je suis tombé sur sarko a tf1 qui annonçais que le plan borloo de rénovation pour la ville c’était 45 milliards sur 10 ans, et je me disais que d’argent avait été déjà dépensé dans cette politique de la ville dispendieuse avec plus ou moins de bonheur.

                      Beaucoup de gens attendent encore et pas seulement dans des quartiers difficiles, digne qui ne brûleront jamais de voiture, ainsi va la France et son cortège d’injustices. smiley


                    • DJ PESSOA (---.---.214.224) 22 octobre 2006 17:42

                      Consort ou, à la rigueur, en revenant à l’originel : consors. smiley


                    • Aldoo (---.---.43.7) 20 octobre 2006 15:44

                      Ça me fait penser à quelque chose que j’ai entendu récemment, je crois que c’était DSK lors du « débat » de mardi dernier sur LCP.

                      Il part de deux constats : d’une part les banlieues actuelles ne sont qu’un piètre habitat, mais d’autre part, la France comptera bientôt 70 millions d’habitants et plus alors que c’est déjà aujourd’hui, à 60M, la crise du logement. Dans ces conditions, reconstruire les banlieues ne peut régler qu’une toute petite partie du problème, en admettant qu’on sache ce qu’est un habitat agréable (la piste Haussmann ?). Alors il a proposé qu’on construise des villes nouvelles à partir de rien, en tirant leçon des expériences menées ces dernières décennies, où des villes nouvelles avaient été construites sur d’anciens villages, avec un succès mitigé.

                      Les villes nouvelles actuelles ont été construites à la périphérie des grandes agglomérations et en sont aujourd’hui partie intégrante, accentuant la dimension inhumaine des mégalopoles. Et si pour changer, on les construisait cette fois-ci vraiment loin des grandes villes ? Le défi m’a l’air très intéressant d’un point de vue technique : comment fournir un habitat urbain optimal à partir de rien, quand on n’est pas gêné par ce qui avait été construit précédemment ? Comment mélanger habitations, commerces, bureaux, écoles, etc. ? Comment relier ces villes aux réseaux routier et ferroviaire actuels ?


                      • kesed 20 octobre 2006 15:48

                        Demat deoc’h,

                        J’aime bien l’article, le style, ça me laisse un peu nostalgique sur cette France qui a disparue...

                        Serge Reggiani Paris ma rose

                        Musique : Dominique Pankratoff

                        Où est passé Paris ma rose ? Paris sur Seine la bouclée ? Sont partis emportant la clé Les nonchalants du long des quais Paris ma rose

                        Où sont-ils passée Villon et ses filles ? Où est-il passé Jenin l’Avenu ? Et le chemin vert, qu’est-il devenu Lui qui serpentait près de la Bastille ?

                        Où est passé Paris la grise ? Paris sur brume, la mouillée ? L’est partie Paris l’oubliée Partie sur la pointe des pieds Paris la grise

                        Où sont-ils passés ceux qui fraternisent Avec les murailles et les graffitis ? Ces soleils de craie où sont-ils partis Qui faisaient l’amour au mur des églises ?

                        Où est passée Paris la rouge ? La Commune des sans-souliers ? S’est perdue vers Aubervillers Où vers Nanterre l’embourbée Paris la rouge

                        Où est-il passé Clément des cerises ? Est-elle fermée la longue douleur Du temps où les gars avaient si grand cœur Qu’on n’voyait que lui au trou des chemises ?

                        Où est passé Paris que j’aime Paris que j’aime et qui n’est plus

                        kenavo


                        • (---.---.146.238) 20 octobre 2006 15:52

                          LES DÉMOLLISSEURS DE BÉTON Mis à jour le :15 avril 2006. Auteur : Fred Morisse.

                          « Au-delà de six étages, le taux de criminalité enregistre une nette progression », affirmait un rapport en 1977. Vingt ans plus tard, cette plaisanterie connaît enfin sa juste consécration politique : le « plan de rénovation urbaine » de Borloo. Au lieu de combattre la misère, on rase les tours où elle se niche. Mais qu’il soit horizontal ou vertical, le béton garde la tête dure.

                          JE NE SAIS PLUS par quel hasard ce magazine m’est tombé entre les mains. En couverture, un photo-montage d’immeubles qui s’écroulent au milieu d’un énorme nuage de fumée. En titre : « Ces tabous qu’on abat. » Habitants des tabous, bonjour ! Mais à la lecture de l’article, j’ai compris que ces tabous c’était nous, les pauvres, chômeurs, immigrés, Rmistes, barbus en djellaba, jeunes à capuches, nous les gueux en nos cités effrayantes.

                          Pour promouvoir la destruction de quartiers HLM, cet hebdo se réfère au vieux « rapport du comité d’étude sur la violence », présidé par Alain Peyrefitte... en 1977 ! Il en extrait quelques passages qui ont trait à l’urbanisme : « Au-delà de six étages, le taux de criminalité enregistre une nette progression... L’entassement multiplie le sentiment d’insécurité... Les citadins des nouveaux quartiers perdent leur identité... »

                          Vingt ans après, ce diagnostic « visionnaire » serait toujours en phase avec l’époque. Alors ils détruisent. Et cette propension à la destruction tous azimuts s’est encore accentuée quand les feux de la détresse sociale se sont allumés un peu partout en novembre. C’est à qui pulvérisera le plus de blocs, de barres, de tours.

                          Après les ZUP, ZAC, ZFU et autres ZEP, voici donc le PRU : Plan de Rénovation Urbaine. Par son aspect sécuritaire sous-jacent, cette panacée borlooesque me fait penser aux énormes travaux du baron Haussmann. Le Paris du XIXe siècle était sale et tortueux, construit dans le désordre de l’appétit des promoteurs. Ses rues étroites et mal aérées étant propices aux révoltes, Haussmann recouvrit de bitume le canal Saint-Martin, entre les faubourgs du Temple et Saint-Antoine, pour que les insurrections ouvrières qui se réfugiaient par-delà le canal puissent être plus facilement matées.

                          Les quartiers touristiques que sont devenus l’Île de la Cité, Saint-Merri ou l’avenue de l’Opéra étaient « mal famés » en ce temps-là et effrayaient les bonnes gens des beaux quartiers. Haussmann est passé par-ci, a percé par-là. Les pauvres sont partis.

                          Je me permets ce parallèle parce que dans la ville où j’ai longtemps habité, Meaux, ce sont aussi les quartiers les plus « chauds » et les plus pauvres qui ont été abattus les premiers. Le pouvoir redoute toujours les classes dangereuses. Si les faubourgs d’autrefois étaient habités par des ouvriers à la conscience éclairée, toujours prêts au combat pour la justice sociale, les cités de nos jours le sont par des chômeurs, des Rmistes, des employés précaires de Disney ou de McDo qui, sous la pression quotidienne, l’absence de perspective, luttent chacun dans leur coin pour survivre.

                          L’individualisme de la misère a remplacé la solidarité ouvrière d’antan. Dans la crainte d’une unité retrouvée, on prévient, on dispatche, on rase des quartiers entiers, au prétexte de reconstructions plus « humaines ». On peut alors pratiquer la fameuse mixité sociale : les pauvres renvoyés plus loin, une population plus aisée prend leur place en des appartements neufs dont les loyers découragent les plus démunis. (JPEG)

                          Pour appliquer ce programme, on invoque une délinquance dont le taux grimperait en fonction de la hauteur des buildings. On n’hésite pas à parler d’urbanisme criminogène. « Au-delà de six étages, le taux de criminalité enregistre une nette progression », qu’ils disent. Moi qui n’ai jamais habité plus haut que le 4e étage, j’avais peu de chance de mal tourner. Mais alors mes potes du 10e ! De vrais serial-killers ! Des parrains de l’économie souterraine ! Urbanisme criminogène... Et le journalisme hallucinogène ? Aujourd’hui la violence est plus facilement identifiable, car vous lui avez donné une forme, un visage tout en béton. Elle n’est que le reflet de son époque, l’excroissance d’un monde brutal et d’une économie prédatrice. Je connais des quartiers HLM qui sont des havres de tranquillité, seulement le taux de chômage n’y atteint pas 40 % comme ailleurs. Extrapolons : Monaco, tout en buildings, devrait être un repère de malfrats brûleurs de voitures. A contrario, les ghettos de Los Angeles, les favelas de Rio, les townships de Johannesburg, dont aucune habitation ne dépasse six étages, devraient offrir des conditions de vie paradisiaques. Allez leur dire ! Qu’ils se réjouissent !

                          Focaliser les causes des problèmes sur des horreurs urbanistiques - par ailleurs bien réelles - est un grossier tour de passe-passe visant à occulter les raisons profondes d’une paupérisation galopante. Détruisez nos blocs de laideur ! En quoi cela améliorera-t-il la vie de ses habitants ? On n’éradique pas la misère en rasant des quartiers : on la dissout pour qu’elle soit moins visible, moins éruptive. Le PRU est en marche. Donnons-nous rendez-vous dans dix ans, quand les pauvres des anciens grands ensembles crieront qu’ils ne sont pas plus heureux dans leurs pavillons bon marché, leurs immeubles raccourcis. Vous n’aurez que réorienté la misère. Les ghettos ne seront plus verticaux, ils brûleront à l’horizontale. Ah, salauds de pauvres ! Qu’ils tutoient le ciel au 24e étage ou qu’ils respirent de près la bonne terre de France, ils ne sont jamais contents ! Où et comment donc faudra-t-il les parquer pour qu’on ne les entende plus ?

                          Article publié dans CQFD n° 33, avril 2006


                          • Johan Johan 20 octobre 2006 16:08

                            Haussmann a décidé de la largeur de ses avenues en fonction du nombre de canons que l’on pouvait y aligner, afin de mater les émeutes révolutionnaires.

                            Ainsi conçoit on la sécurité en France : protéger les institutions du peuple.

                            Ce dont on a besoin dans les banlieues, c’est d’un tissus associatif dense, sur le terrain. Qui l’occupe. Qui l’anime. Qui l’éveille. Qui le désenclave dans la tête et qui l’aère.

                            A la place, on augmente le nombre de policiers, qui commencent à se lasser de jouer les SWATS à l’américaine.

                            Pas de mystère. A la place on assèche les pompiers pour créer des feux que l’on prétend être le seul à pouvoir éteindre.

                            Laisser les banlieues seules, c’est les laisser à d’autres, plus mal intentionnés.

                            Ailleurs, on laisse les populations dans la plus grande misère et les seules mains tendues s’appellent Hezbollah et Hamas. Avec les résultats que l’on sait, et pour le plus grand bonheur des faucons.


                            • Panama (---.---.198.59) 20 octobre 2006 16:21

                              « Ainsi conçoit on la sécurité en France : protéger les institutions du peuple »

                              Faux : protéger le bourgeois et la propriété privée.

                              Et maintenant, on essaye de dire que peut-être on va tenter de protéger les classes moyennes.

                              Laissez-moi donc rire.


                            • aebc (---.---.192.4) 20 octobre 2006 16:28

                              « Diviser pour mieux rêgner » c’est pas nouveau on a tous appris cela à l’école et adulte on se fait arnaquer...sommes nous des Co... ?????


                            • Marsupilami (---.---.60.228) 20 octobre 2006 16:33

                              @ Johan

                              Il semble certain que les motivations personnelles de Haussmann étaient basiquement fondées sur le maintien de l’ordre bourgeoirs (voir mon post ci-dessus), ce qui n’a pas empêché - et ce qui a même induiit - de considérables progrès en termes d’urbanisme collectif). Mais en même temps, comme toujours dans l’Histoire, ces considérations très militaires ont engendré, comme presque toujours, beaucoup de progrès dans plein d’autres domaines, ce qui n’est pas niable.

                              Ceci dit, un boulevard Haussmann pour régler le problème des banlieues, ce n’est évidemment pas crédible une seconde...


                            • roumi (---.---.74.206) 20 octobre 2006 16:45

                              forcement il y as le drone !!


                            • (---.---.159.247) 20 octobre 2006 17:49

                              « Ce dont on a besoin dans les banlieues, c’est d’un tissus associatif dense, sur le terrain. Qui l’occupe. Qui l’anime. Qui l’éveille. Qui le désenclave dans la tête et qui l’aère. »

                              D’habitude, je suis d’accord avec vos opinions mais moi même, j’ai grandi dans une banlieue de HLM (gennevilliers) et je suis fatigué d’entendre les mêmes excuses pour les « jeunes défavorisés » car j’ai grandi dans les mêmes conditions que ces personnes, je suis moi même d’origine étrangère (immigré 1er génération) et je ne vais pas pour autant bruler des voitures ou taguer les murs parce que je m’ennuie, parce que je veux un terrain de basquet, etc.

                              je ne dis pas que les associations, animations, etc ne sont pas nécessaires mais si on en a besoin, c’est qu’il est déjà trop tard. La misère n’entraîne pas forcément la délinquance, on peut très bien être dans une famille modeste et respecter les autres en même temps.

                              Les sources du problème sont, à mon humble avis, un manque d’éducation, d’instruction et d’ouverture (ce dernier problème est spécifique aux étrangers qui ne veulent pas s’intégrer)


                            • Johan Johan 23 octobre 2006 13:21

                              A (IP:xxx.x6.159.247) le 20 octobre 2006 à 17H49

                              "on peut très bien être dans une famille modeste et respecter les autres en même temps.

                              Les sources du problème sont, à mon humble avis, un manque d’éducation, d’instruction et d’ouverture (ce dernier problème est spécifique aux étrangers qui ne veulent pas s’intégrer)"

                              On est sûrement bien plus d’accord que vous ne le croyez.

                              On a trop tendance à mon goût à séparer le problèmes d’éducation et d’autorité, d’ouverture, d’instruction.

                              Moi même je suis fils d’immigré par ma père et petit fils d’immigré par mon père. Tous deux d’origines plus que modestes. Le vrai bon social a été fait par mon père qui est parti de fils de rien pour finir médecin.

                              En effet la réussite est possible. La question n’est pas là : elle est toujours possible. La question est : est elle de plus en plus possible, ou de moins en moins possible ?

                              L’indicateur qui le mesure, la mobilité sociale, est en France le plus bas de l’UE à 27 (c’est à dire plus bas qu’en Roumanie).

                              Dès lors, il faut agir positivement pour combler ces lacunes.

                              Selon moi, et je suis allé au bout de ma démarche dans mon implication en tant qu’animateur, il faut :

                              Occuper les jeunes

                              Leur porter de l’attention (vital. Voir les études sociologiques et psychologiques sur l’« effet pygmalion »)

                              Les ouvrir sur le reste du monde (effectivement l’esprit quartier est extrèmement enraciné, au point que nul ou presque ne s’imagine un jour vivre en dehors, tout juste travailler mais pas faire d’études)

                              Leur apporter d’autres modèles de référents (une autre façon de s’exprimer, de se tenire, de gérer les conflits)

                              Leur apporter une autre vision sur le monde

                              Leur apporter le soutien scolaire et surtout le CALME qu’ils n’ont pas chez eux, pour reussir leurs études

                              Combler leur manque de savoir être, deuxième discrimination à l’embauche après le physique (et avant la couleur de peau)

                              Or les associations de quartier tournent avec rien ou presque, et maximisent chaque euro qui leur est versé. Ce qui est l’inverse des administrations.

                              Bien sûr, celà n’exclue pas de renforcer la responsabilisation, ce que vous semblez entendre. Cependant comment respecter quelqu’un qui ne nous apporte rien ? Comment respecter un père chomeur, inculte, qui laisse à la TV le soin de nous éduquer ? Qui laisse le plus souvent la mêre de famille supporter toutes les charges ou presque ?

                              L’autorité, ce n’est pas la contrainte physique, mais la contrainte morale. Elle s’acquiert par le respect. On respecte ce qui s’occupe de nous, ceux qui nous apportent. et dont l’opinion sur nous même nous importe.

                              Vous même avez vous réussi par peur de la taloche de votre père ou par peur de perdre son estime ?

                              Encore une fois, je n’excuse pas. Mais il faut poser de vraies incitations à la réussite, sans quoi il ne faut pas s’étonner des résultats.


                            • Talion 20 octobre 2006 16:51

                              « Ceci dit, un boulevard Haussmann pour régler le problème des banlieues, ce n’est évidemment pas crédible une seconde... »

                              ... peut-être, mais réorganiser les ghettos urbains que sont les citées, et organiser des lieux de façon plus harmonieuses,il y a de l’idée ! Un maire a affirmé que depuis la chute dans sa ville des grandes barres, la derniere restante est LE lieu de sa ville ou il reste des problèmes... Pourquoi ca ne marcherait pas ?

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès