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Accueil du site > Actualités > Société > Belle journée pour mourir...

Belle journée pour mourir...

C’était une belle journée. Diana avait pu poser un jour de congé pour passer un peu de temps avec son nouveau petit ami. Employée au rayon « charcuterie » d’un supermarché de Figueras, le mois d’août est pour elle et ses collègues un mois difficile : en raison de l’affluence de touristes, le magasin ouvre tous les dimanches jusqu’à 15 heures, ce qui ne laisse plus beaucoup de temps pour les loisirs. En ce beau lundi d’août, Diana et ses amis, tous employés du même magasin, se rendent à La Jonquera, histoire de changer d’air. Durant le voyage, elle a encore reçu plusieurs textos de Juan Carlos, son ex, qui n’arrête pas de la relancer. Ils sont pourtant séparés depuis près d’un an, et leur histoire n’avait duré que quelques mois. Mais il faut croire que Juan-Carlos était très accro. Elle a peur, elle sait qu’il peut être violent. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle l’a quitté. Trop de soirées qui tournaient mal, trop de brandy et de vin rouge, trop de gifles… Elle se dit qu’elle n’a pas quitté son Honduras natal pour vivre l’enfer d’une relation violente.

De retour à Figueras, ses amis la laissent devant chez elle. Demain il faut se lever tôt, alors elle demande à son petit copain de rentrer « bien sagement » chez lui. Ils se retrouveront demain au magasin et demain soir, promis, il pourra venir coucher chez elle.

A peine a-t-elle ouvert la porte de son appartement qu’elle se fait violemment pousser à l’intérieur : Juan-Carlos l’attendait quelques marches plus haut, tapi dans l’ombre. Elle tombe à terre. Se relève. Se protège comme elle peut. Mais Juan-Carlos s’est assis. Il est saoul, comme souvent en fin de journée. Il pue l’alcool et la transpiration. Il la dégoûte. Mais elle se dit qu’en discutant, une fois de plus, elle parviendra à le calmer, et il rentrera chez lui. Elle n’a jamais osé prévenir la police : sa situation administrative est en cours de régularisation. Naïvement, elle a peur de tout compromettre en portant plainte contre lui. Diana a 20 ans.

Juan-Carlos est calmé désormais. Il pleure. Il lui crie sa solitude, son malheur, ses angoisses. Il pensait avoir trouvé la femme de sa vie. Il avait tellement cherché… Il ne boira plus, c’est promis. Et puis c’est qui ce jeune con qui lui tourne autour ? Il fait mieux l’amour que moi, c’est ça ?

Diana est douce. Elle le prend dans ses bras, tente de le rassurer, sans lui donner de faux espoirs. Il est temps de rentrer chez toi. Tu vois, je vis seule, il n’y a personne dans ma vie. Mais je ne veux pas revenir avec toi. Je ne peux pas.

Juan-Carlos se lève, se dirige vers la porte. Elle le raccompagne. Il est déjà 1 heure du matin. Cela fait près de trois heures que dure ce dialogue de sourds, entre cris et sanglots, entre marques d’affection et gestes de rejet. Au moment de franchir le palier, Juan-Carlos se retourne, les yeux révulsés, la haine de nouveau au coin des lèvres. Il se précipite sur Diana. Ses mains puissantes enserrent le cou de la petite Hondurienne. Les traits de Diana se crispent. Sa peau cuivrée pâlit. Elle ne bouge plus. Elle est morte.

Juan-Carlos va se rasseoir. Il déniche une bouteille d’anis dans le buffet et il la finit au goulot. Il s’écroule.

Il se réveille quelques heures plus tard. Le corps de Diana gît à ses pieds. Il la prend sur ses épaules, la descend jusqu’à sa voiture, ouvre la malle, et la charge à l’intérieur, comme s’il s’était agi d’un de ces sacs de ciment qu’il porte sur les chantiers. Il monte alors dans sa voiture et se dirige vers le commissariat. Il va trouver l’officier de garde et lui dit, dans l’hygiaphone : « j’ai tué ma fiancée, le corps est dans la malle ».

En ce 5 août 2008, Diana est la 37e femme qui trouve la mort des mains de son conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année en Espagne. L’an dernier, elles furent 73 à mourir ainsi. Cela fait un taux de 0,16 homicides pour 100 000 habitants. L’Espagne machiste ? Oui. Mais le taux en France est de plus de 0,20 en 2007. 137 femmes tuées par leur mari dans notre belle France. En 2003, elles furent 180 ! Entre 2 et 3 femmes perdent la vie chaque semaine sous les coups d’un mari alcoolique ou d’un ex trop jaloux.

Cela ne fait que rarement de gros titres. Seulement de belles plaques mortuaires.

Note : récit « romancé » à partir d’une dépêche en ligne sur www.elpais.com
Sources : www.observatorioviolencia.org (en espagnol) ; www.solidaritefemmes.fr (en français)


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9 réactions à cet article    


  • ACTARIUS 13 août 2008 19:43

    Pour reprendre une image, les bureaucrates de la mort de l’univers concentrationnaire nazi étaient bien responsables individuellement de leurs faits et gestes, des exactions auxquelles ils pouvaient se livrer… mais ils n’étaient pas pour autant responsables individuellement de cet univers concentrationnaire lui-même, lequel était l’une des

    Ainsi, combattre les exactions de tel ou tel homme est une chose, rendre responsable chaque homme du paternalisme – et donc du sexisme – en est une autre.

    En fait, les femmes ne doivent pas se tromper d’adversaires : leur ennemi, ce n’est pas l’Homme – c’est-à-dire les hommes – mais le paternalisme et la religion – quelle que soit la secte considérée -.

    Les hommes ne sont pas tant des ennemis qu’il faut combattre, voire abattre que des humains aliénés dans leurs relations aux femmes, aux hommes, à eux mêmes et, plus universellement, à l’humain en raison de l’aliénation religieuse dont ils sont les victimes, tout comme les femmes.

    A titre individuel, un homme peut s’avérer le plus odieux des bourreaux à l’égard de sa compagne, de ses enfants, des femmes en général… Il n’en demeure pas moins que, aliéné, il n’est pas réellement responsable de ce qu’il commet puisque, par définition, l’aliénation est la dépossession de soi et que, dans son incomplétude humaine, il est, en définitive, un être… malheureux, comme le sont également les femmes qui n’ont pas su dépasser leur aliénation et qui donc, elles aussi, dans un état d’incomplétude humaine à leur propre égard et à celui des autres, femmes et hommes.

    De tels propos peuvent choquer à la simple idée des viols, des violences conjugales et familiales, des inégalités sociales et économiques, des harcèlements de toute nature… dont bien des femmes sont victimes du fait d’hommes.

    Il n’en demeure pas moins que le sexisme dont font preuve bien des hommes est la résultante directe de l’aliénation à l’humain dont ils sont eux-mêmes victimes et que, il ne faudrait pas l’oublier, le machisme auquel ils s’efforcent de se conformer n’est souvent que le modèle de virilité – et, par-delà d’humanité

    dans lequel ils ont été éduqués par… des femmes, à raison de la même aliénation universelle à l’humain ! manifestations d’un système : le nazisme.


    • biotope 16 août 2008 09:09

      Dans un monde qui fait tout pour empêcher que les individus se rebelle contre la société, les tendance de masse (imposée par une minorité de dominants), il est malhonnête de dire que les individus sont responsables individuellement. Les tortionnaires auraient dû avoir la conscience de se révolter contre le fait nazi ? Mais tout le monde ne devrait-il pas avoir la conscience humaine de se révolter contre la circoncision des garçons, celle-là par laquelle géniteur et génitrice (j’appelle pas ça des mères et des pères) prétendent faire des garçons « des hommes, des vrais » (parce que les esprits primitif confondent virilité et masculinité, si bien que nbre de femmes se ruent sur les circoncis en croyant jouir de leur supposée virilité, qui tient plus de la bestialité).

      Incohérent sont les humains. Ils n’ont même pas conscience de ce qu’implique leurs faits et gestes. « La circoncision n’a aucune conséquence facheuse », disent-il, alors que les conséquences sont visibles au quotidien. Elles consituent le monde tel qu’on le connait, elles conditionnent la barbarie humaine, la violence faite aux femmes, aux enfants, l’absence total de pitié, la loi de la jungle... L’esprit primitif qui s’accommode de la circoncision est celui-là même qui s’accommode des autres formes de crapulerie humaine. L’esprit qui induit la pulsion de circoncision est le même qui induit tous les autres crimes.

      Quand les humains cesseront de se déresponsabiliser sur un dieu, ou plutôt un diable, quand ils considèreront comme responsables du monde, de l’humanité, le monde cessera d’être un océan de merdes dans lequel patauchent en jubilant les merdeux. Les femmes n’ont de cesse de réclamer des postes à responsabilité, prétendant avoir toujours été les dirigeantes secrètes du monde, par l’entremise de leur mari, mais elles se déclarent responsables de rien, aucunement responsables de la violence des hommes contre les femmes. Je considère que les femmes ont leur responsabilité dans l’état du monde. Encore une fois, les femmes aiment que les hommes soient des hommes « des vrais » quand elles peuvent les manipuler à leur avantage, mais elles n’aiment plus qu’ils le soient, quand elles perdent le contrôle sur leur animal de compagnie ou leur chien de garde, qu’elles croyaient avoir domestiqué.


    • fred 13 août 2008 22:39

       Gold point !

      Il y a des femmes tyranniques également.

      Certaines jouent avec les hommes, les trompent sans rien dire et se refusent ensuite à leur mari.

      Certaines se marient dans un but uniquement financier. D’autres c’est social ou pour le nom...

      Il y a des ordures, j’en conviens ! Parmi les hommes.

      Mais il y a de ces femmes qui me font froid dans le dos et elles savent utiliser les moyens légaux qu’on met à leur disponibilité... Et qui sont insuportables et pourrisent votre vie !!

      L’amour -le vrai- semble un accident statistique puisqu’il ne concerne que 5 à 10% de la population... Et il n’est jamais acquis.


      • biotope 14 août 2008 10:54

        C’est ce qui arrive quand on empêche les hommes de se libérer affectivement des femmes, quand on sacralise la mère, que la plupart des « hommes » remplacent par une femme. Si les hommes étaient des hommes, libres affectivement, intellectuellement, moraleme, des hommes complet, au lieu d’être des enfant attardé doué d’une force physique supérieure, comme des débiles privilégiers du muscle et défavorisés de la cervelle, ils ne conditionneraient pas leur vie à celle des femmes. Les femmes aiment maintenir les hommes dans un état de dépendance vis-à-vis d’elle. elles aiment les maintenir dans le rôle de bête primaire, de chien de garde. Quand la bête se retourne contre leur maitresse, ça elles aiment moins. C’est pourtant le revers de la médaille qu’elles aiment arborer.

        Pourquoi les hommes maltraitent-ils ils femmes, que l’on dit merveilleuses, humaines, intelligentes, sensibles, douces, maternelles, bref, douées de toutes les qualités humaines ? De toute évidence parce que la réalité ne correspond pas au mythe ; de toute évidence parce que la société a intérêt à fabriquer le mythe de la femme merveille du monde pour maintenir l’homme dans un état de soumission avancée.


        • Pelmato 14 août 2008 13:58

          Ça ne justifie en rien le meutre !


        • biotope 14 août 2008 23:27

          ça ne justifie pas le meurtre, ça l’explique. quand on vit dans un monde qui vend sa camelote (idéologie, religion, commerce divers) en jouant sur l’égo des individu, faut pas s’étonner que les individus réagissent avec l’égo. Dans un monde qui frustre les individus et leur enserre les couilles comme des animaux de combat, dans une société où les hommes sont infantilisé vis-à-vis des femmes, svt par les femmes elles-mêmes, faut pas s’étonner qu’ils se comportent comme des gosses frustrés qui piquent une crise, sauf que les gosses ont la force physique des animaux de combat à qui ont serre les couilles avec une sangle.


        • Michèle 14 août 2008 17:52

          Arctarius, votre analyse est très pertinente mais plutôt déprimante. Tous responsables mais pas coupables semble être votre conclusion. Pour le démontrer vous faites le parallèle avec la responsabilité des individus dans le nazisme qui n’étaient pas responsables individuellement des camps de concentration. Mais heureusement que nous sommes sortis du nazisme ! Alors si nous en sommes sortis, pourquoi pas du sexisme ?
          A moins que pour vous, le sexisme soit une aliénation inhérente à l’humanité ?
          Je le crains moi aussi. Les femmes sont comme vous le dites conditionnées par leurs mères pour plaire, et séduire comme si elles devaient encore dépendre d’un homme pour vivre. Tandis que les hommes sont conditionnés par leurs mères et la société pour être des dominants par rapport aux femmes. La virilité, c’est le culte de la domination, la recherche de la domination sur les autres, plutot que sur soi.
          Tout le monde y trouve son compte donc : les femmes recherchant l’amour et la protection de façon infantile et les hommes plutôt la reconnaissance et le pouvoir.
          Mais au bout du compte, personne n’est pleinement satisfait. Car même si les femmes sont complices du système, elles en souffrent le plus, dans leur chair souvent et toujours dans leur âme. Ce n’est jamais satisfaisant pour un être humain d’être considéré comme un inférieur. L’homme a l’amère satisfaction de dominer mais toujours avec la crainte d’être trompé (dans tous les sens du terme) par sa moitié. Mais finalement, ce manque de fiabilité est la réponse de la bergère au berger. Tout être humain a besoin tout simplement de jouir de sa liberté et le mensonge reste parfois l’unique liberté laissée aux femmes dans les cultures où elles doivent être soumises.


          • Bois-Guisbert 15 août 2008 14:02

            Cela fait un taux de 0,16 homicides pour 100 000 habitants. L’Espagne machiste ? Oui. Mais le taux en France est de plus de 0,20 en 2007. 137 femmes tuées par leur mari dans notre belle France.

            En l’absence de statistiques ethniques, la comparaison n’est pas recevable. Surtout lorsqu’on connaît le mépris de la femme ayant cours parmi certaines populations immigrées et issues de l’immigration.

            Et cette précision serait extrêmement importante puisqu’elle permettrait de modifier, dans un sens ou dans un autre, l’idée qu’on se fait du Français de souche dans son rapport avec sa conjointe, puisque le nombre des homicides implique, bien évidemment, un nombre considérablement plus élevés d’actes de violence.

            Tout ceci au nom du droit de savoir QUI FAIT QUOI  !!!


            • Michèle 15 août 2008 15:18

              C’est assez perturbant. Les propos de biotope qui "expliquent" les meurtres de femmes sont compris et approuvés, tandis que ceux de Bois-guibert évoquant en filigrane les crimes d’honneur dans certaines cultures présentes dans notre pays sont dénoncés, sans doute par les mêmes, comme étant des propos racistes ou xénophobes.
              Pourtant, que je sache, bois-guibert n’appelle pas plus à la haine raciste que biotope à la haine sexiste.
              Qui peut m’expliquer donc cette différence du "deux poids deux mesures ?"

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