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Accueil du site > Actualités > Société > Bénévolats, tous pareils ?

Bénévolats, tous pareils ?

Le bénévolat est très couru, notamment dans l'hexagone. Il peut être adopté en début de vie adulte, selon différentes modalités, et peut se prolonger jusqu'aux 1ères années de la retraite. Il se fait, le plus souvent, au bénéfice de publics en situation de précarité, de vulnérabilité (enfance - 4ème âge - pauvreté matérielle et/ou sociale - handicap etc. . .) ou pour des événements ponctuels à caractère festif, sportif ou culturel.

Bénévole, c'est remplir une tâche sans rémunération.

Selon quels contextes et quelles conditions relationnelles, un bénévole est amené à la réaliser ?

Est-ce pour tout le monde pareil ?

Bénévolats, tous pareils ?

Tous les bénévolats sont-ils de même nature ?

Chaque bénévole se motive-t-il de la même manière ?

Par essence, être bénévole, ce serait se laisser étirer entre un "parce que je veux du bien" et un "parce ce que je le veux bien", dans un entre-deux fécond. Par essence, cet acte humain se caractériserait par un profond désintéressement, dans le don/contre don*1. Et c'est tout à son honneur ! Il n'en reste pas moins, que nombre se réalise, en une large part . . . pour soi-même. C'est bien humain ! Mais quelle est la part en question ?

Se rendre utile hors de chez soi, équilibrer sa vie, voire mettre à distance ses difficultés dans la vie/partager des tâches communes, un idéal, c'est tout un temps social propice à occuper heures et esprit. Cependant, pour ce faire là, on ne choisit pas, "par hasard", le lieu de son exercice. Oui, en ce lieu là, il s'agit d'être, d'abord, en capacité de s'accomoder de son organisation, de son esprit - de boite ?, mais aussi en possibilité de trouver un entre-soi entre bénévoles, de se couler, en quelque sorte, dans la "famille". C'est bien humain aussi !

Cela dit, ne faut il pas repérer un distingo entre - bénévoles en grande association (Secours populaire, Emmaus, Restos du cœur, Centre sociaux, L'autre regard . . .), en même lieu partagé, au contact des encadrants, salariés et bénévoles et - bénévoles sans local commun, ayant à faire avec la contrainte de l'éloignement. Là l'oeil, l'oreille permanents (ou presque), la parole directe omniprésente. Et là, une communication différée (liaison email/tél) qui occasionne des espaces d'incertitudes, d'attentes, entre les responsables du siège de l'association, salariés ou non, et les bénévoles, mais aussi entre bénévoles locaux.

Pour autant, dans les 2 cas de figure choisie, se pose une probléma-tique récurrente : où se place le curseur entre enrôlement du bénévole et sa possibilité de prise d'initiative, voire de critique. Est il simple exécutant des tâches ouvertes par la structure, ou se ressent-il potentiellement contributeur, au jour le jour, d'aménagements possibles, de reconditionnements des pratiques ? . . . une parole entendue, et potentiellement prise en compte. Quelles pratiques de pouvoir sont établies dans l'institution, quelle type de hiérarchie*2 est en vigueur ? Et enfin, sur l'axe aidant/aidé-bénéficiaire : quel type de relation s'établit entre les 2 bords du pont ?

Une chose est de reconnaître l'action du bénévole dans la réalisation de ce qui lui est demandé, une autre en est de reconnaître ce qu'il imagine, initie, communique, fait, pour servir le but et un meilleur fonctionnement de l'organisation.

Dans les grandes organisations, garantir l'accomplissement de ses objets "cœur de métier", passe par l'attribution d'un pouvoir au responsable de secteur, pouvoir qui devient le plus souvent omnipotent, et même, dans certains cas, discrétionnaire. Les objectifs sont atteints, l'organisation s'accomode de ces états de fait, et tant pis pour les bénévoles qui n'ont qu'à se conformer ou à intégrer, pour certains introjeter, la figure du/de la responsable (les"biens vus"). Si non, de la même façon que la porte était grande ouverte pour rentrer, elle l'est tout autant pour partir.

Un autre niveau de difficulté apparaît quand bénévoles "de base" et responsables sont attelés, ensemble, à une démarche de construction opérationnelle, à un projet à définir et mettre en œuvre. À un moment donné, c'est le professionnel ou le responsable bénévole, qui, en quelque sorte, fait valoir son statut, ses éléments de langage propres ou de structure, et par petites touches, tranche. Car, agit et dépendant à l'insu son plein gré, du principe de Peter*3, il ne doit perdre ni la face, ni la maîtrise de ce qui lui échoit.

À cet endroit de mon propos, il faut bien reconnaître que ces considérations restent bien générales, n'étant pas à même de prendre en compte microcosme social réel, relations existantes entre individus, et surtout la personnalité de l'encadrant (mais n'est il pas choisi pour sa congruence avec l'organisation ?). Car il est tout à fait patent de constater que ce type d'hiérarchisation s'y révèle opérationnel, et pourrait même être considéré comme incontournable. Serait ce une fatalité ?

Par ailleurs, on peut établir une similarité dans les statuts aidés/bénéficiaires et bénévoles de base. Car ils sont en esprit du même coté du pont. De l'autre, l'instance qui donne, celui ou celle qui porte ce don en son sein, se place en supériorité (il doit cependant veiller et se renseigner si ça suit). Pour le dire vite, l'aidé/bénéficiaire - le bénévole reçoit (on offre au bénévole la possibilité du bénévolat) mais doit rester à sa place. Ceci est complètement inaproprié à l'intelligence humaine et de ses possibilités imaginatives et conceptuelles, mais comme la structure/le responsable doit garder l'ascendant, ce dernier prendrait le risque de son propre déséquilibre s'il en était autrement. Ne pouvons nous pas rêver de favoriser l'avènement d'une complémentarité équilibrée entre les cotés du pont ?

Et c'est justement une association "à distance", en l'occurence Rêves de clown*4, où je suis bénévole depuis 2 ans, sur Rennes et le 35, que s'est ouvert cette possibilité. Réparties sur les 4 départements bretons, le siège à Lorient, la responsable des bénévoles pour toute la Bretagne s'acquitte de sa tâche d'information et de mobilisation sur les actions prévues. Mais son rôle est d'émettre, faciliter et faire confiance aux bénévoles locaux, en aucun cas d'ordonner ! Ceux ci réalisent, peuvent prendre des initiatives réfléchies, tout en le faisant savoir, car la responsable est garante de leurs compatibiltés avec l'association.

À Rêves de clown, ces dimensions relationnelles et réalisatrices pourrait encore s'amplifier, mais dans mon esprit, des bases saines existent pour permettre cette fameuse complémentarité que j'appelle de mes vœux.

Merci à toutes les structures, qui en m'accueillant, m'ont permis de concevoir ce texte.

Et merci à vous tous pour votre lecture


 

le 15 juin 2017 - Rennes

*1 Le don est l'action de donner sans contrepartie. Le don se veut désintéressé et intemporel. Cependant, pour faire honneur au don, la personne en bénéficiant peut faire un don en retour, qu'on appelle le contre-don. Il ne s'agit pas d'un acte d'échange de valeurs comme la vente ni le troc, puisque le receveur n'est pas tenu de rendre le don et la valeur des dons ne rentre pas directement en compte (cf wikipédia)

*2 Hiérarchie : la notion d'ordre sacré provient du mot hiérarchie (du grec hieros, sacré et de arche, ordre). Pour la plupart d'entre nous, ce terme est associé à l'ordre hiérarchique vertical, représenté par le grand chef tout en haut et ses cadres. Mais cette structure représente une forme de hiérarchie dévoyée car la sagesse n'en est pas le principe organisateur (tiré de « Le couple, cet inconnu – John Welwood - 1997)

*3 Selon le principe de Peter, « dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence ». Ce principe de base implique qu'on promeut un employé compétent vers un niveau hiérarchique où sa compétence n'est pas prouvée, elle induit le fait que l'employé qui va occuper cette nouvelle fonction va atteindre statistiquement un niveau de compétence le rapprochant de son niveau d'incapacité (cf wikipédia)

*4 Rêves de clown Association, basée à Lorient, composée de 2 entités – les Docteurs-clowns rémunérés qui vont visiter les enfants hospitalisés (mais pas que) – les bénévoles (non clowns) qui interviennent dans les actions de leur département pour la récolte de fond . . . pour financer les visites (coût 8€ par visite) Cf :https://www.revesdeclown.org/

 


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7 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 16 juin 14:46

    Le bénévolat ou le benêt vola ?


    • zygzornifle zygzornifle 16 juin 14:48

      le jour ou je verrai mon président, mon ministre, mon député, mon sénateur, mon préfet faire du bénévolat a ce moment j’y songerai ......


      • foufouille foufouille 16 juin 15:23

        « pour financer les visites (coût 8€ par visite) »
        qu’est ce qui coute 8€ ?


        • konstan 18 juin 09:00

          Bonjour foufouille

          Eh bien 8€ c’est le coût de la visite d’un Dr clown auprès d’un enfant hospitalisé. N’hésitez pas à vous rendre sur le site de Rêves de clown - https://www.revesdeclown.org/
          bien à vous
          konstan

        • Raoul-Henri Raoul-Henri 16 juin 21:06

          La réflexion que vous engendrez me semble cruciale pour notre avenir (en commun) car le bénévolat pose d’emblée les questions de la légitimité et, par voie de conséquence, du processus politique. Merci pour le témoignage et les questions posées ; qui en suscitent d’autres. Par exemple :
          Si toute la société devenait bénévole, imaginons-le, qu’est-ce qui serait devenu inutile par rapport au ’fonctionnement’ actuel ?

          A la vue du titre j’ai ressenti une dissonance sémantique par rapport aux fait de porter un pluriel au mot « bénévolat ». Ce modus social serait-il multidimensionnel ainsi que l’on puisse le décliner en plusieurs types de bénévolat ? Y aurait-il des bénévoles plus intéressés que d’autres ? Si oui : à quoi ?
          En projetant ces dernières questions se pourrait-il de trouver une forme de bénévolat ’complètement désintéressée’ ?


          • konstan 18 juin 08:55

            Merci Raoul-Henri pour ce comment-taire qui ouvre d’une manière intéressante, sur une dimension plus politique (mais comme tout est politique !). 

            A propos de l’utilisation du vocable « bénévolats », je dois dire que lors de la rédaction que j’ai fait parvenir à mon entourage (complice d’idée et de réalisation), je l’ai remplacé par « bénévoles ». Dites moi si ça résonne différemment en vous en regard de ce vous soulevez.
            Par rapport à l’utilisation des mots pour échanger, je vous suggère de lire « Le maître ignorant » de Jacques Rancierre. Si vous le connaissez, dites en moi alors ce que vous en avez tirez. 
            Bien à vous
            Konstan
            PS : suite à une discussion avec un ami à propos de mon article, 
            1) j’ai remplacé « du bien » par « le bien » dans la 1ère définition formulée en haut d’article, qui se raccorde à l’ancrage latin du terme (la 2ème étant la mienne, en résonance avec Alexandre Jollien dans son « Traité de l’abandon »)
            2) il m’a ouvert une direction à exploiter autour des notions de bien et de mal. En effet, on peut très bien faire du mal en pensant faire du bien
            . . . à suivre

          • Raoul-Henri Raoul-Henri 22 juin 06:22

            @konstan
            Il me semble bien que le terme ’bénévolat’ désigne un processus, un opérateur qui se réfère (et en opposition radicale) au ’capitalisme exclusif’ (idéologiquement exclusif des autres moments nécessaires à l’économie). « Bénévolat » porte en lui une disposition d’esprit qui va à l’encontre de la doxa dominante (« tout travail mérite salaire »). Donc oui ; « bénévole » est nettement préférable pour désigner l’individu qui lui peut porter le pluriel ; alors que « bénévolat » perd son sens premier avec ce pluriel par l’effet dune diffraction sémantique.

            Je ne connaissais pas les ouvrages que vous mentionnez et vous remercie de vos conseils de lecture.

            Pour les notions de « bien » et de « mal » : je n’ai pas grand chose à en dire si ce n’est que je trouve préférable la formule « faire du bien » assez pragmatique ; tandis que la version théologique « faire le bien » est quelque part confiscatoire. 
            Si on peut en effet « faire du mal en pensant faire du bien » l’inverse est aussi envisageable (la fameuse thèse du « coup de pied au cul salutaire »).
            Et puisque en la matière il n’y a aucune règle définitive il est fort possible que la lutte ancestrale soit celle du « bien » contre le « bien » ; c’est à dire un autre « bien ». Une affaire de point de vue.

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