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Accueil du site > Actualités > Société > Bon anniversaire, Oscar !

Bon anniversaire, Oscar !

Le samedi 15 décembre dernier, sur un building de Sao-Paulo, au Brézil, on a vu une étrange inscription apparaître : un énorme 100, ornant la façade de l’immeuble Copan. Les touristes se sont demandés quoi... mais pas les Brésiliens, et encore moins les habitants du quartier. Ce jour-là, on fêtait les cent ans, oui, cent ans, du constructeur de l’immeuble. Ou plutôt de son architecte, Oscar Niemeyer. Le créateur de Brasilia, et très certainement l’un des plus grands architectes au monde, sinon le plus grand.

Niemeyer n’est pas n’importe quel architecte, il n’est pas non plus n’importe quel homme. C’est un homme de conviction. Engagé en 1936 dans les brigades internationales, il avait démissionné en 1970 de l’Académie américaine d’arts et de sciences avec fracas pour protester contre la guerre du Viêtnam. Je vois d’ici déjà certains lecteurs se lever et dénoncer le Niemeyer communiste... qu’il a été et est encore, au contraire de Lula, le président du Brésil, qui est revenu sur son passé. Là n’est pas le problème, au-delà ce qu’il peut penser, arrêtons-nous d’abord sur ce qu’il va laisser derrière lui. Et là, force est de constater que les critiques se taisent assez vite. Celui que Le Corbusier en personne avait rejoint en Zeppelin au Brésil pour travailler sur le projet de ministère de l’Education ne peut laisser indifférent. Ensuite, il fit Brasilia, surgie du milieu de la jungle. Ses œuvres étonnantes parlent pour lui. Et ce, depuis plus de 70 ans maintenant !

Aujourd’hui, à cent ans, Niemeyer peut tout se permettre : à sa fille qui lui demande s’il veut se rendre à un hommage officiel que souhaite lui rendre le président actuel du Brésil, Lula, il fait répondre : "Je n’y vais pas. Qu’il vienne ici, s’il veut." A cet âge, et vu son palmarès, Niemeyer a tous les droits, y compris celui de rabrouer des présidents. Niemeyer, au final, ne s’est pas dérangé. C’est le président Lula lui-même qui s’est rendu à son bureau de Rio. Pour lui remettre une médaille, une cérémonie qui a eu lieu le 29 novembre dernier et a duré vingt minute à peine. Oscar n’en a plus rien à faire des hommages, il a déjà tout eu. Mais comme il est poli, il les accepte. Sans plus. Lui, préfère continuer à travailler, inlassablement. Et dessiner à 97 ans un autre chef-d’œuvre qui s’ajoute à sa longue liste : l’auditorium d’Ibirapuera, qu’on jugerait tout droit sorti du cerveau d’un architecte de 20 ans. Difficile de faire plus épuré, difficile d’oser faire de même à moins d’avoir gardé une jeunesse d’esprit intacte. Avec une idée magnifique, celle de pouvoir ouvrir le fond de scène pour offrir la vue sur le parc environnant. Niemeyer s’est fait plaisir, lui, avec un improbable entrelacs rouge qui court le long des murs de l’entrée, juste après avoir franchi une porte pont-levis et langue rouge en même temps. Le parc, appartenant à la société TIM cellular, avait été offert à la ville de Sao-Paulo. Un petit joyau avec au milieu la perle de Niemeyer.

A voir la photo de l’ambassadeur de France au Brésil lui remettre la Légion d’honneur, en le faisant directement commandeur, le 13 décembre dernier, on se dit que les honneurs, vraiment, ce n’est pas sa tasse de thé. Les Français, qui ont l’art de rater les grands rendez-vous, le prouvent encore. Ce jour-là, ce n’est pas l’honneur qui l’a marqué, mais c’est sa provenance : il s’est déclaré "très content de recevoir une décoration qui vient d’un pays où j’ai reçu toutes les possibilités de travail, d’un pays qui a toujours donné des exemples de lutte avec ses révolutions"... A cent ans, Oscar Niemeyer, qui a connu Malraux et Picasso, salue toujours les gens qui bougent ou qui ont su bouger, et non les régimes figés ou les esprits du même acabit. C’est donc évident : il mourra plus jeune que beaucoup d’entre nous... Bon anniversaire, Oscar...

PS, ou plutôt PC : pour ceux qui ne le savent pas encore, Niemeyer avait dessiné (bénévolement !) le siège du PC parisien, au 2 de la place du colonel Fabien. On peut visiter, le siège n’est pas à vendre contrairement à ce qui avait été dit ces derniers temps. En fait, tout le monde le connaît, car à chaque fois qu’un reportage télé a eu lieu à cet endroit, tout le monde a noté cette architecture si inhabituelle de soucoupe volante, son entrée à la Star Trek et qui, 27 ans après son inauguration, continue à surprendre. Depuis, l’immeuble est classé monument historique. Un peu comme le PC dirons certains : voilà, c’est dit, et ça leur évitera de le dire.

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Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar ! Bon anniversaire, Oscar !

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14 réactions à cet article    


  • Halman Halman 18 décembre 2007 11:16

    Ah les architectes.

    Il y a 20 ans, volonté de rénovation des bâtiments de mon hôpital de la part de la direction.

    Excellent, cela en avait plus que besoin.

    Appel à un architecte plus artiste futuriste que spécialiste en gériatrie.

    Dont les honoraires ont couté des millions, pendant des années.

    Il nous pond des nouveaux bâtiments divisés en plots, décallés verticalement d’un demi étage. On se demande encore par quelle lubie.

    Résultat, les patients incapables de grimper les rampes inclinées pour rejoindre leurs chambres.

    Embouteillages permanents des ascenceurs qui tombent en panne plusieurs fois par semaine.

    Epuisement physique des personnels qui passent leur temps à pousser les fauteuils roulants et les brancards dans ces putains de rampent où les gens se détruisent le dos, les genous, les chevilles, et où les patients tombent comme à Gravelotte.

    Le toit qui fuit dans les chambres des patients à chaque averse, moquettes qui accumulent les germes et qui puent tellement au bout de quelques mois qu’il faut les remplacer de toute urgence par des matières synthétiques faciles à désinfecter, sécurité des patient impossible à assurer avec une telle architecture complexifiée au délire, manque de personnel, les patients se perdent dans les escaliers et les couloirs tortueux, les agents passent leur temps à courir dans les quatre étages des escaliers.

    Le génial architecte, a eu l’idée extraordinaire de placer les détecteurs d’incendie juste au dessus des plaques électriques et des fours à micro ondes dont on se sert pour faire des patisseries aux patients, réchauffer les plats apportés par les familles. Détecteurs bien sur qui sonnent l’alarme incendie chaque fois qu’on fait la cuisine. Les gars de la sécurité incendie qui en ont ras le bol de passer la journée à venir désactiver l’alarme. Décision de la direction, supprimer les fours à micro ondes et les plaques chauffantes. Résultat, plus de patisseries ni de plats chauds pour les patients.

    L’intéret on se le demande.

    Bien sûr cette architecture « innovante » est photographiée sous toutes les coutures par les journaliste, montrée comme exemple dans toutes les parutions de la commune, du département, des articles de gériatrie, visitées par les notables locaux, et même par des cars de médecins et responsables d’hôpitaux de gériatries étrangers, asiatiques, russes, nordiques.

    Interessante sur le plan architecturale peut être, mais en pratique une saloperie inutilisable et dangereuse pour les patients et le personnel.

    Rénovation clinquante qui a coûté à elle seule plus que la simple remise en état de bâtiments bien plus simples et efficaces, utilisables.

    Un jour, lors d’un cours, un intervenant est venu nous piquer sa crise parce qu’il trouvait scandaleux que des budgets aient été alloués à du matériel de radiologie neuf plutot qu’à la peinture des radiateurs et des murs.

    Le sens de l’urgence de certains est assez spécial. Trouver plus urgent l’esthétique et le look plutôt que la qualité des soins, c’est vraiment grave.

    Il m’est arrivé de passer un week end chez des amis ferus d’architecture. Le genre bande de copains architextes, pilotes de lignes, médecins, artistes. Ils avaient transformé une vieille chapelle en une sorte d’appartement à pièce unique. Concept basé sur la lumière naturelle et l’espace.

    Esthétiquement c’était superbe.

    Le résultat est intimité zéro.

    On prend sa douche dans une pièce aux parois transparentes, les gens à table vous causent pendant que vous vous imaginez peinard sous la douche, on dort dans une chambre où tout le monde voit et entend ce que vous faites, vous écrivez vos pensées du jour sur votre ordinateur portable vous dérangez tout le monde avec le bruit du clavier, vous grimpez dans votre chambre vous passez à côté de gens aux toilettes cachées juste par un rideau translucide.

    Intimité nulle.

    Esthétique et luminosité maximale.

    Quand pour certains l’esthétique prime sur la santé et le pratique.

    C’est joli, ça fait rêver dans les revues d’architectes, mais est ce vraiment vivable ?


    • morice morice 18 décembre 2007 11:19

      Bon exemple : c’est pas du Niemeyer. Halman, toujours un peu à côté de l’histoire. Pourtant, il est pro PC.


    • Manuel Atreide Manuel Atreide 18 décembre 2007 11:22

      @ l’auteur ...

      bel hommage à un homme qui a créé et continue à créer quelques uns des plus beaux bâtiments de son époque. Son oeuvre, sous-tendue par des convictions solides, sociales, architecturales, politiques, a puissament contribué à changer les mentalités de son pays natal.

      Tout ceci est bien écrit mais, et vous ne m’en voudrez pas j’espère, je reste réellement sans voix devant les vues de cet auditorium, posé comme un objet blanc sur la pelouse du parc, clos comme une forteresse, sans même une fenêtre et pourtant qui ouvre son coeur de scène sur le parc.

      Merci pour ce petit moment d’admiration sans borne que vous nous offrez ce matin.

      Manuel Atréide


      • morice morice 18 décembre 2007 11:24

        Exact, ça m’a choqué aussi mais je me suis dit que la vue sur le parc était meilleure encore, le reste entièrement fermé. C’est sans borne, en effet.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 18 décembre 2007 11:34

        Ah, Morice et son cinéma, ce billet sur Oscar mérite un César pour les décors !


          • morice morice 18 décembre 2007 13:38

            Mr Jacob, sourd et malentendant (pour un jeune c’est étonnant) : pour la deux millionième fois je NE SUIS PAS RETRAITE. J’exerce. Donc, à côté de la plaque une nouvelle fois. je vais finir par croire que Garcimore avait été écrit ses sketchs sur votre modèle, bientôt. « Ouch, encore rrrrrrrrraté ! » http://www.dailymotion.com/video/xiy8_garcimore-du-mercredi-1 C’est pas vous, à droite, le petit blond aux yeux bleus, là ?


          • morice morice 18 décembre 2007 15:17

            Ah ben ça alors Calmos, vous m’en bouchez un coin.. de béton. Y’avait pas de limousines, les Zil 115 étaient trop larges. http://www.teknoschuco.online.fr/colrus.htm Quand au garde, le bénévolat n’a jamais été interdit. A gauche comme à droite. Idéologie, comme vous dites !


            • morice morice 18 décembre 2007 22:30

              « QUOI, T’ES PAS RETRAITE ? » Mr Jacob, on vous le redit encore une fois : nous n’avons pas gardé les cochons ensemble, je ne vois pas pourquoi je devrais vous tutoyer. Si vous saviez lire, déjà, tout serait plus simple. Mais visiblement, vous ne savez pas. On a déjà tout dit sur ce que je faisais et ce que j’ai déjà fait avant de me farcir tous les jours une espèce d’olibrius qui n’a pas supporté ces profs, et qui depuis, dès qu’il en voit un à envie de sortir le cran d’arrêt. J’ai donc été prof, considérez qu c’est dans une vie antérieure et que j’écris de l’au-delà, comme ça peut être vous arrêterez de m’insulter. Quoi que je ne sois pas persuadé que le respect des morts vous l’avez aussi... Pas du tout même, tellement vos choix idéologiques sont nauséabonds. Si au moins vous compreniez DEUX lignes à ce qu’on peut écrire...


            • Anka 18 décembre 2007 22:38

              @ l’auteur

              Merci pour cet article. Je n’avais pas encore vu les photos de l’auditorium, c’est impressionnant et cela promet la poésie. Un théâtre (désormais devenu salle de concert jazz) de Tours permettait en fond de scène la même ouverture -quoique sans doute moins spacieuse- sur un jardin. Shakespeare, un soir d’orage, avec cette vue... L’architecture reste de loin l’art qui me fascine le plus, pour cette capacité de dialogue entre les époques, les ouvriers/artisans/créateurs, et le badaud dont je suis ; qu’il offre en silence, et pour rien.

              Encore merci. Cet article était une délicieuse idée.


              • morice morice 18 décembre 2007 22:49

                Merci pour le mot « délicieux » Anka. En fait je me suis régalé à la faire, car j’aime beaucoup la personnalité de Niemeyer. Je ne l’ai pas dit dans l’article, mais il n’ y a pas si longtemps, quelques mois à peine, quand on le questionnait sur son art et l’origine de son incroyable longévité il a répondu « faire l’amour tous les jours », ce qui m’a fait beaucoup rire, venant d’un monsieur centenaire qui vit avec une jeunette de 60. En fait, cet Oscar est impayable. On l’imagine mal dans un hospice. Il aurait rendu tout le monde fou. Bref, Oscar, il est « trop ». http://www.desourcesure.com/futurtechno/2007/02/oscar_niemeyer_donne_une_le con.php


              • stephanemot stephanemot 19 décembre 2007 07:36

                Immense architecte, le vieil Oscar est également un personnage très attachant. Un idéaliste qui parle comme il dessine, tout en courbes et en volutes. A la fois naïf et malin, pur et coquin. Il me fait souvent penser à Hugo Pratt.


                • morice morice 19 décembre 2007 08:30

                  Merci Stephanemot, d’avoir dit qu’un gars qui coule du béton pouvait être attachant. Je le pense sincèrement également, Niemeyer est un humaniste.


                  • brieli67 19 décembre 2007 22:24

                    Oscar a bien reconnu que « son » Brasilia n’est de loin pas le succès escompté. Super peut-être pour les affairistes en hélico mais pour nous autre la piétaille.... le calvaire ces embouteillages.

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