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Accueil du site > Actualités > Société > Bretagne-Congo : le foot plus important que les droits de l’homme (...)

Bretagne-Congo : le foot plus important que les droits de l’homme ?

A Saint-Brieuc ce soir (mardi 20 mai), l’équipe de Bretagne de football professionnel (BFA) rencontrera celle du Congo. L’information est reprise par Ouest-France et Le Télégramme. Le Conseil culturel de Bretagne annonce l’événement à la une de son site. L’UDB Morbihan aussi. Le Conseil régional de Bretagne, le Conseil général des Côtes-d’Armor et la ville de Saint-Brieuc sont partenaires de l’événement. Le match sera retransmis à la télévision sur Direct 8 qui appartient au Groupe Bolloré. Tiens ! Tiens !

Le sport, c’est bien connu, est censé développer l’amitié entre les peuples. Je souhaite donc un bon match aux deux équipes... Mais je regrette toutefois que personne n’ait jugé utile de profiter de l’occasion pour rappeler la situation des droits de l’homme au Congo. Une situation épouvantable et entièrement imputable à Denis Sassou-Nguesso, président-dictateur du Congo depuis plus de vingt-cinq ans. Une relation d’affaires de M. Bolloré.

Congo : vingt-cinq ans de dictature

Vingt-cinq années d’un pouvoir exercé sans partage, et qui était dénoncé en ces termes le 6 décembre dernier par le MRAP, Les Amis de la Terre, ATTAC-Groupe Afrique, CADTM, CARE France, CCFD, CEDETIM-IPAM, CRID, Fédération des Congolais de la Diaspora, Greenpeace, Oxfam France/Agir Ici, Peuples solidaires, Réseau foi et justice Europe-Afrique (antenne France), Terre des Hommes France, Transparence internationale France, Secours catholique-Caritas France, Sherpa et Survie :

"L’avenir du Congo sous la présidence de Denis Sassou Nguesso n’est que trop prévisible. Il suffit de rappeler quelques données très simples concernant ce pays :

- un niveau de pauvreté extrême (70 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté) et un état de délabrement général des infrastructures du pays contrastant avec le train de vie de Denis Sassou Nguesso et de ses proches, objets d’une récente enquête préliminaire du parquet de Paris pour « recel de détournement de fonds publics » ;

- une corruption qui touche tous les niveaux du pouvoir, dénoncée depuis des années par les organisations de la société civile congolaises et internationales ;

- un endettement record en dépit d’importantes ressources pétrolières (le Congo est le quatrième producteur d’Afrique subsaharienne), qui ont fait l’objet de détournements massifs dénoncés par le FMI et de ventes gagées par anticipation pour des projets d’investissements fictifs et ce, au mépris total des générations futures ;

- l’exploitation opaque de la forêt équatoriale par des proches du président ;

- une répression sournoise contre des militants des droits de l’homme et de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, ainsi qu’une insécurité générale délibérément entretenue, maintenant les populations dans un climat de peur."

La France complice

Le 6 décembre dernier, le dictateur congolais était pourtant l’invité d’honneur du 6e Forum du développement durable, organisé au Sénat français sous le haut patronage de Nicolas Sarkozy. Reprenons les propos d’Antoine Houphouët-Boigny : (2)

"Que n’entendrions-nous pas si Poutine, Musharaf ou le chef de la junte birmane était invité à cette tribune ? Mais voilà, il semblerait que l’opinion publique se soit fait une raison : l’Afrique serait condamnée à la dictature et à la corruption, il n’y aurait pas de mal à ce que la France soutienne ces régimes, sinon les Américains ou les Chinois le feraient à notre place.

Alors osons dire : non ! La France à laquelle nous sommes fiers d’appartenir n’est pas celle des complaisances et des compromissions avec les pires criminels de la planète. La France dont nous voulons faire fructifier l’héritage est celle des Libertés et des droits de l’homme. Si la politique étrangère de la France doit être dictée par le cynisme et les intérêts à court terme des actionnaires de Total, Bolloré et la BNP Paribas, acteurs économiques majeurs du Congo-Brazzaville, alors supprimons le ministère des Affaires étrangères, le secrétariat d’Etat aux droits de l’homme et celui à la Coopération et plaçons tous ces services sous la houlette du Medef - au moins, cela aurait le mérite de la franchise dont se réclame tant l’hôte de l’Elysée...
"

Car l’intolérable situation des droits de l’homme au Congo, c’est aussi la répression linguistique, couplé au viol des femmes ! Regardez le documentaire de Susanne Babila, diffusé sur Arte l’année dernière (4). On y montre de nombreuses femmes violées par des bandes armées. Presque toutes les victimes s’expriment en "mashi", une langue authentiquement congolaise, et affirment avoir été plusieurs fois violées et emmenées comme esclaves sexuelles dans des camps de combattants.

Silence en Bretagne

Le match de ce soir était l’occasion de rappeler ces atrocités commises au Congo... Mais personne ne dit rien ! Les plaisirs du foot passeraient-ils avant les droits de l’homme ?

Bien sûr, je ne comptais pas sur le groupe Bolloré qui, à en croire le site officiel de la République du Congo (3), est "implanté au Congo depuis près de cinquante ans, entend y renforcer sa présence. Le président-directeur général (PDG) de ce groupe, Vincent Bolloré, a évoqué le 23 novembre 2007 à Brazzaville la volonté de renforcer les investissements au Congo. M. Bolloré s’est exprimé au sortir d’une audience avec le chef de l’Etat, Denis Sassou-Nguesso." (5)

Et la diffusion sur Direct 8, chaîne du groupe Bolloré, d’un match de foot sponsorisé par la région Bretagne et le Conseil général des Côtes-d’Armor, voilà qui ne peut qu’arranger les affaires du même Bolloré ! En plus, il pourra même diffuser de la pub ce soir pendant la mi-temps !

Mais que la région Bretagne, le département des Côtes-d’Armor, la ville de Saint-Brieuc et, cerise sur le gâteau, l’UDB, se prête à ces complaisances ! Non.
Le 22 avril dernier, j’écrivais un premier article sur la situation linguistique au Congo : "Le Congo, c’est la France !" (6) Un supporter de foot m’avait alors laissé un message sur le forum de l’article :

"Perso qu’est-ce que je m’en fiche, l’important c’est le match de l’équipe de Bretagne qui n’a pas joué depuis dix ans, et vous essayez de gâcher l’événement en parlant linguistique au Congo, vous croyez sincèrement que BFA n’a pas suffisamment de problèmes, faites plutôt la promotion de ce match, ça sera utile au moins."

Au Conseil régional de Bretagne, au Conseil général des Côtes-d’Armor, à la municipalité de Saint-Brieuc, au Conseil culturel de Bretagne, à l’UDB... On pense la même chose ?

Déjà, j’avais honte d’être Français. Ce soir, j’ai honte d’être Breton.

Pierrick le Feuvre- webmestre de Ouiaubreton


Notes

- (1) Denis Sassou Nguesso au Sénat le 6 décembre, Un dictateur à l’honneur. Sur le site du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)

- (2) L’invitation honteuse du dictateur congolais au Sénat français. Sur Cellule Françafrique

- (3) Site de la République du Congo

- (4) Sur Dailymotion

- (5) Pour en savoir plus sur le groupe Bolloré en Afrique, lire Campagne Bolloré. Sur le site de Survie.69

- (6) Sur Ouiaubreton, quelques autres sources d’informations à lire

- Démocratie et Etat de droit : le Congo Brazzaville, une épicerie familiale. Sur Congo-Plus (nombreux autres articles)

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4 réactions à cet article    


  • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 21 mai 2008 11:41

    Merci pour cet article qui rappelle d’une part le scandale des dictatures bananières, et d’autre part l’énorme complicité criminelle de la France.

    Ce qu’il faut simplement préciser c’est que l’endettement du pays est inversement proportionnel à l’enrichissement de Sassou, de sa famille et de ses complices. C’est une vraie dictature, bel et bien soutenue par la France qui, au passage, peut ainsi obtenir du pétrole bon marché.

    Intéressant de savoir que le pétrole congolais est exploité par ELF, AGIP et EXXON. Sur place, au Congo, l’essence est moins chère, elle est vendue 550 FCFA le litre, soit 0,83 €. Pas besoin de faire de savant calculs pour deviner que cette augmentation continuelle de l’essence chez nous fait le beurre de l’État Français et des compagnies comme ELF…

    Le coût réel de production du pétrole n’a rien à voir avec la spéculation. Et dans l’histoire les Congolais crèvent de manque de tout car proportionnellement à leur pouvoir d’achat, la vie est trop chère au Congo. Le pays est à l’abandon, les salaires ridicules (envron 150 € par mois pour un professeur), l’urbanisme sans contrôle, les infrastructures en ruine (pannes d’électricité pouvant durer des semaines, manque de pression pour l’eau courante, routes ravinées par la pluie devenues impraticables, éclairage des rues inexistant, voirie inexistante, gestion des déchets inexistante, certains quartiers deviennent des poubelles, avec les risques sanitaires associés).

    La vérité est que les Congolais (le peuple, pas les hommes politiques évidemment) sont victimes du néo-colonialisme français.


    • Lapa Lapa 21 mai 2008 12:32

      merci pour cet article.

       

      attention néanmoins, vous tapez bien sur Boloré et Sarkozy mais semblez plus enclin à omettre que la région et le département qui subventionnent aussi l’événement sont aux mains du PS ;)

       

      le foot n’a pas de couleur politique ; et a priori l’oubli du respect des droits de l’homme non plus....


      • Pierrick 21 mai 2008 12:35

        Merci pour cette précision utile.


      • E-fred E-fred 21 mai 2008 21:20

        Bravo Pierrick !

        Un petit doc utile : Les "aides directes" de l’Union Européennes, j’en parle aussi dans un article de morice sur la Transnistrie, c’est le programme ECHO ! Une pluie de subventions, pour qui ? Les poches des investisseurs !

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