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Bulletin de santé scolaire

En direct de ma Segpa

Moins ça va, mieux ça va.

Je viens d'en terminer avec mes bulletins scolaires. Vaste comédie où désormais chaque mot ou chaque note ne peuvent être lus qu'au travers de tant de prismes qu'ils ont perdu toute signification réelle. Tout au long de cette belle activité, je marche sur des œufs. Ne pas dire ceci, ne pas parler franchement, ne pas écrire le fond de sa pensée.

Notre société est ainsi faite que la franchise n'est pas de mise. Le bulletin est un outil de communication si fade qu'il devient un objet sans saveur ni valeur. Il est surtout destiné aux instances d'orientation. L'enjeu est clair, il faut offrir une chance à nos élèves de bénéficier d'une orientation. Nous entrons alors en compétition avec des établissements analogues qui font,eux aussi, assaut de surévaluation.

J'élague les mauvaises notes, je gonfle les coefficients des travaux faciles, j'oublie les devoirs non rendus. Je dois avoir la moyenne comme unique perspective. Elle doit être bonne, elle doit laisser une chance. Il me faut agir comme mes petits camarades ou ne pas ouvrir les portes d'un avenir tout aussi incertain à mes chers élèves.

C'est la course à la statistique. Les établissements sont jugés sur le taux de placement en lycée professionnel, solution privilégiée par nos instances à l'apprentissage, souvent un gros mot dans la maison. Alors, le principe de réalité est passé à la moulinette d'une mansuétude de complaisance, d'une générosité de façade.

Il faut oublier les incidents, les élèves désagréables et méprisants. Eux aussi doivent être casés dans l'amnésie de leur niveau réel. Le bébé est refilé aux suivants qui s'arracheront les cheveux en constatant la différence colossale entre le niveau supposé et la triste réalité. C'est le résultat affligeant du refus de l'échec, du mensonge sur les compétences réelles. Ce serait une faute professionnelle si ce n'était pas implicitement encouragé.

Alors, tout le monde ou presque a la moyenne. C'est la loi d'un système qui se fiche du réel, qui se coupe de ses missions, qui se moque de l'avenir. La note doit être de bon ton et tout se vaut pour ne pas choquer les sensibilités. Comment voulez-vous que les élèves ne soient pas dupes de cette farce ?

Puis viennent, après un joli dosage, des modifications adroites, des coups de pouce opportuns au moment de l'appréciation. Il vous faut faire assaut d'imagination pour donner un commentaire en relation avec la note affichée tout en laissant supposer qu'elle n'est pas si faible que cela. Il faut encore ne jamais couper, trancher, dénoncer, déplorer des comportements qui pourtant sont presque quotidiens.

Non, le risque du traumatisme est grand, la colère des parents plus certaine encore. Le petit texte sera charmant ou bien si insipide qu'il finira par ne rien dire. D'ailleurs, puisque tout est formaté, le logiciel vous donne droit à un nombre réduit de caractères. La concision est la mère de toutes les fadaises.

Des formules vagues, des mots creux, des encouragements hypocrites. Voilà ce que sont devenus nos bulletins trimestriels. La langue est médiocre, la syntaxe bâclée, le contenu vide de sens. Plus la situation devient difficile dans nos classes, moins nos messages ne doivent fournir des indices ou des signaux d'alarme.

Donc, tout va bien. Votre enfant a quelques difficultés qui ne sont sans doute pas insurmontables. Son comportement, s'il n'est pas toujours aussi parfait que nous le souhaitons, permet cependant d'envisager un jour prochain de légers progrès. Ses notes quelque peu flatteuses, s'expliquent par sa remarquable participation à l'oral. Il lui faudra néanmoins, apprendre au plus vite à maîtriser le passage à l'écrit. Tous les espoirs lui sont permis et nous ne souhaitons nullement entraver ses espoirs d'orientation vers le métier de ses rêves !

Hypocritement leur.


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19 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 15 mars 2013 10:28

    bon article
    en progrès !


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 12:35

      gaijin


      Avec quatre mots et un point d’exclamtion, votre appréciation entre pleinement dans la norme fixé par les directives visant à rendre opérationnel cet exercice désormais de si peu d’utilité.

    • gaijin gaijin 15 mars 2013 19:22

      c’était bien mon intention smiley
      ( mais ça ne vous avait pas échappé )


    • mac 15 mars 2013 13:46

      L’extrait de l’émission proposé est typique de la plupart des débats dans nos médias c’est à dire à dire un échange entre personnes fondamentalement d’accord entre-elles et qui laisse évidement penser qu’il n’y a pas d’alternative au message véhiculé.




      • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 15:48

        Mac


        Si vous n’avez retenu que ça de mon texte c’est que je suis tombé à côté !

      • mac 15 mars 2013 17:22

        Non, non je n’ai pas retenu que ça mais si nous en sommes là c’est aussi parce que tout un système fait sont travail de sape (à commencer, sans doute, par certains hauts responsables de l’éducation nationale) et les médias ont une grosse part de responsabilité dans la fabrique de consentement .


      • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 17:27

        Mac


        Cette fois, pas l’ombre d’un désaccord ...

      • Bubble Bubble 15 mars 2013 16:30

        Je me demande si c’est vraiment pour laisser une chance aux gamins que les directives vous demandent de gonfler vos bulletins. De ce que j’ai vu dans un de vos articles, la majorité de vos élèves ne passent pas le brevet, et il est très difficile de faire inscrire un élève qui aurait le potentiel pour le passer. Dans ce cas, à part les bulletins trimestriels, comment le monde extérieur se fait il une idée de la qualité de votre établissement par rapport aux voisins ?

        Méthode pratiquée dans beaucoup de grandes écoles aujourd’hui, même dans les bonnes, donner le diplôme à tout le monde pour montrer que les élèves sélectionnés à l’entrée de l’école sont de bonne qualité et conserver leur réputation auprès des entreprises, en concurrence vis à vis des autres écoles (sans doute pour des histoires de budget) ; quitte à valider de mauvais étudiants dans le lot.


        • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 17:02

           Bubble


          Nus sommes pris au piège d’un système qui ne se fonde que sur le parraître !

        • gaijin gaijin 15 mars 2013 19:27

          mais on fait pareil dans les entreprises
          ça porte même un nom : une pastèque
          c’est un indicateur qui sert a masquer une réalité déplaisante ( vert dehors, rouge a l’intérieur )
          d’une manière générale tous nos systèmes d’ évaluation et de contrôle sont bidons

          ( si pas d’accord ne pas oublier que le produit financier a l’origine de la crise des subprimes était classé AAA )


        • La râleuse La râleuse 15 mars 2013 16:54

          Cher Nabum,

          Monde bizarre que celui où on nous oblige à vivre avec notre complicité passive (de peur de perdre le peu que nous possédons).
          Un monde qui broie les plus faibles sans aucun complexe et qui aseptise les cerveaux des velléitaires de l’insubordination afin d’éviter tout risque de révolte.
          Mao a fait école finalement.

          Ils seront fichtrement méritants les enfants qui, demain, parviendront à être des adultes avec leur propre personnalité.

          Cordialement,


          • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 17:03

            La râleuse


            Tout est dit en si peu de mots ...

            J’en suis un peu jaloux moi qui délaie parfois

          • Vipère Vipère 15 mars 2013 18:33

            Bonjour Nabum

            J’ai toujours regretté que les élèves ne puissent pas noter leur enseignant !

            Après tout, n’est-ce pas le bon maître qui fait le bon élève ?

            Dans mes souvenirs : que soit de l’école primaire à l’enseignement supérieur, les profs ont toujours davantage favorisé les étudiants brillants, s’émerveillant de leurs capacités, laissant les cancres sur le carreau !

            Alors que ceux qui avaient besoin d’être soutenus, sont les élèves et étudiants en difficultés et non les petits génies en herbe qui flatte l’égo de l’enseignant  ! 


            • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 20:59

              Vipère


              C’est justement ce qui fait l’impossibilité d’’une notation.

              Quel avis serait-il retenu ? 

              Celui des élèves brillants ou bien celui des cancres ?
              On voit bien qu’il y a là aussi deux missions assignées à l’enseignant : 
              - favoriser les élites
              - Prendre en compte le plus grand nombre

              C’est compliqué

            • Vipère Vipère 15 mars 2013 18:34

              que ce soit... désolée pour la coquille !!!! smiley


              • Sinbuck Sinbuck 15 mars 2013 19:14

                Au delà des notes gonflées et coefficientées, le redoublement va devenir très exceptionnel, donc les élèves vont savoir par avance qu’ils ne peuvent pas redoubler. Ils ne vont donc faire aucun effort et passer dans les classes supérieures. Tout cela n’encourage pas le goût de l’effort !

                L’hypocrisie est la note-clé de l’éducation nationale. Mais que va devenir notre société ?

                D’un autre côté je constate que les élèves (de lycée) sont plus cultivés que nous à l’époque puisque les nouveaux systèmes de communication font leur oeuvre. Et puis les élèves ne croient plus au système éducatif, les programmes ne sont pas conformes aux exigences contemporaines de la société. Par exemple, des cours de psychologie ou d’histoire des civilisations (non-truquée) sont nécessaires pour se connaître et pour comprendre le monde.

                Je le répète, mais le problème principal est la NON-consultation des acteurs de terrain (profs, éducateurs...)

                Dans l’enseignement professionnel, les inspecteurs nous « obligent presque » à donner le CAP ou BEP nommés maintenant certification intermédiaire, ce sont des diplômes de niveau 5, et ils doivent l’avoir. Mais lorsqu’on rencontre les entrepreneurs, ils sont choqués du niveau qui, de plus en plus, baisse de manière dramatique, sans parler du manque de respect et de tact pour s’adresser aux clients, de la tenue vestimentaire... : « ouais vas-y tu achètes quoi là ? » Les patrons sont découragés et ils hésitent de plus en plus à former les élèves en milieu professionnel, certains stagiaires insultes les patrons, les clients, pissent dans le magasin, cassent la vitrine à coup de caillou...

                D’un autre côté, dans l’enseignement général, en terminale scientifique par exemple, 40 % des élèves ne connaissent pas l’expression d’une équation de droite, ils réfléchissent pendant 5 secondes pour diviser 44 par 10 et ils sont obligés de suivre des cours de soutien pour obtenir le bac qui, au final, leur est donné par des commissions d’harmonisation qui gonflent les notes pas académie pour lisser les résultats autour de 80% de réussite. C’est une honte ! C’est pour cela que le nouveau programme de sciences physiques est totalement allégé d’un point de vue analytique et il n’y a plus de résolution d’équation différentielle en électricité par exemple, même si un effort est réalisé pour aborder des notions comme la dualité onde-particule, la relativité... mais les expressions mathématiques sont élémentaires. Cela arrange tout le monde.

                Bref, la situation est dramatique, l’administration est totalement déconnecté des réalités scolaires et la pédagogie imposée cherche la catharsis (conflit relationnel) pour stimuler l’implication des élèves. Certes, mais lorsque les universitaires ou les personnes qui décident de tout cela passeront 2 ans dans une classe au contact direct des élèves, leurs choix seront modifiés en conséquence pour se rapprocher des véritables nécessités.

                Franchement, en tant que prof, je commence vraiment à saturer de toutes ces incohérences...


                • C'est Nabum C’est Nabum 15 mars 2013 21:02

                  Sinbuck


                  Rassurez-vous, nous sommes des menteurs et tout va pour le mieux.

                  Le niveau monte, le socle commun creuse un merveilleux sillon et nous disons n’importe quoi.

                  Je suis heureux de votre témoignage. La situation sera bientôt désespérée et le gouvernement n’est absolument pas à lahauteur ... 

                  Mais surtout, n’en disons rien, il a suprimé la journée de carrence. Vaste scandale qui relève de la fumisterie et de la poudre aux yeux pour faire oublier tout le reste !

                • Abou Antoun Abou Antoun 15 mars 2013 21:04

                  Bonjour l’auteur,
                  Tout cela est bien vu et bien dit.

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