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Burqa ou francité

Les réactions sur la récente affaire dite de la burqa tendent à montrer que certains souhaiteraient voir défini le droit à la nationalité en termes de coutume, d’image, de culture ou de valeurs, en bref, d’une certaine francité. Il serait pourtant temps de se rendre compte de l’incohérence de cette idée, en fait simplement révélatrice du malaise de notre société face à la réalité d’aujourd’hui.

L’identité nationale

Pour que la francité définisse le droit à la nationalité, il faudrait de façon indispensable la définir dans le droit, et donc l’expliciter, puisqu’il ne peut évidemment se satisfaire de bon sens. L’affaire de la burqa montre déjà que, pour beaucoup de Français, certains types de vêtements sont incompatibles avec la francité.

Ce recensement légal de critères pourra donc commencer par la définition complète de critères vestimentaires permettant de savoir ce qu’est une tenue digne d’obtenir la nationalité française, avec bien entendu des formes, tailles et autres propriétés précises. Si ces vêtements ne peuvent pas être trop longs et couvrants, ils ne peuvent pas non plus être trop courts ou découverts, notamment pour éviter de choquer Eric Raoult.

On pourrait ainsi multiplier les exemples, comme la nécessaire définition exacte des types de cuisine autorisés pour ne pas choquer les narines françaises, le niveau de décibels auquel il est acceptable de parler dans les rues de Paris pour ne pas perturber les oreilles françaises, ainsi que des conventions à signer sur le temps maximal acceptable pour laisser ses enfants jouer dehors tout seuls, avant que la police ne doive venir s’en mêler.

De la même façon, l’acceptation des valeurs nécessite la définition d’une philosophie officielle, elle-même à l’origine des jugements et comportements acceptables pour la francité.

Il ne s’agit en fait de rien d’autre que de définir le Français type ; caractères physiques et religieux exceptés, et encore, car ayant pénétré le stade du politiquement correct grâce à un passé peu glorieux. Cette tâche incombe naturellement au ministère de Brice Hortefeux, au vu de son intitulé.

Le Français idéal

Puisque nous sommes un peuple de débat et de rationalité, les citoyens souhaitent donc naturellement débattre de ce que sont les critères souhaitables de la francité.

C’est ainsi que l’on verra apparaître de forts sérieux et construits arguments sur le fait que la burqa empêche la communication non verbale, augmente dangereusement la température corporelle en été, pose des problèmes d’hygiène, empêche de se déplacer correctement et, finalement, n’est pas esthétique.

Mais moi, je trouve qu’un costume aussi ça tient trop chaud pour la santé, ça cache certains signes corporels, ça cultive les bactéries si on n’en prend pas soin régulièrement, ça n’est pas adapté pour sauter les barrières du métro et sur certaines morphologies c’est franchement moche. Je pense donc qu’il serait préférable que Nicolas Sarkozy et son gouvernement soient nus dans le cadre de leurs fonctions officielles.

Nous entamerons sans doute aussi un jour un débat scientifique sur les qualités gustatives, odorantes, nutritives, esthétiques et somme toute artistiques comparées de la choucroute et du couscous, en n’omettant pas le fait que le porc donne du cholestérol, mais que l’on peut mourir de faim si l’on n’en mange pas dans le cas où l’on se retrouverait enfermé dans une charcuterie.

Nous pourrions ainsi prendre pour référence les philosophes allemands et japonais des années 1930, qui s’écrivaient pour prouver d’un côté qu’il vaut mieux être grand, blond, aux yeux bleus, baraqué et en pantalon, et de l’autre petit, aux cheveux et aux yeux noirs, fins et en kimono. Ils ne sont d’ailleurs parvenus qu’à une conclusion, c’est qu’il valait mieux en ce temps-là être Aryen ou Japonais que Juif ou Coréen.

Plus Français que personne

Une fois cette normalisation établie, restera encore à trouver les individus y correspondant. Par exemple, bien que de nationalité française, certains de mes ancêtres ne sont pas Européens, ni même Occidentaux ; je n’ai aucun respect pour les institutions de la République, notre président, notre drapeau et notre hymne, qui ne méritent que d’être changés, fut-ce par la Révolution ; je critique ouvertement la philosophie des Lumières et la religion chrétienne ; je ne voue aucun culte au passé français, bien au contraire ; il m’arrive d’écouter de la musique américaine fort et de cuisiner de la nourriture chinoise, parfois plusieurs fois par semaine ; à Paris, je vis avec un Tunisien, qui me prépare des tajines ; j’aime une Japonaise ; j’envisage donc de ne pas passer toute ma vie sur le territoire national et de pouvoir pratiquer d’autres langues que le français au quotidien.

Dès lors, si j’ai le droit à la nationalité française alors que je viole sans aucun doute un très grand nombre de critères de francité, au point sans doute d’être considéré comme membre de l’Anti-France par certains co-détenteurs de passeport République française, pourquoi quelqu’un d’autre qui vivrait comme moi n’y aurait pas droit ?

La fin de la nation

En réalité, alors que par le passé la distinction entre les peuples nationaux pouvait relativement bien se faire en pratique à cause de leur isolement relatif, le développement des échanges matériels et humains par les moyens de transport et de communication ont eu pour effet de brouiller toutes les frontières en permettant aux individus de connaître et souvent d’adopter certains caractères qu’ils pouvaient rencontrer. Cette idée d’une possible distinction, rationnelle ou pratique, est donc morte car incompatible avec la réalité de notre monde.

La crispation autour de l’idée d’identité nationale, source de toute cette folie, est liée à l’attachement sentimental irraisonné à une pensée aujourd’hui invalidée. Elle ne pourra que disparaître, avec plus ou moins de douleur.

par HappyPeng (son site) vendredi 18 juillet 2008 - 230 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par HELIOS (xxx.xxx.xxx.197) 18 juillet 2008 11:34
    HELIOS

    Rien a voir que tout ça...

    La réalité, c’est que la personne se construit a partir d’un "modèle" . un modèle ou quoi que ce soit est toujours limité par une frontière plus ou moins floue.

    La nation français s’est construite autour d’une geographie, d’une ethnie (les gaulois), d’une langue (même si celle ça a evolué), d’idées etc qui font qu’un fraçais n’est pas un allemand !

    elle s’est construite donc autour de valeurs et ces valeurs incluent la tolerance la diversité... jusqu’a un certain point. Qu’il est bon d’avoir un amis noir ou un ami arabe, quand celui ci "fait" diversité.

    Je ne pousserai pas plus loin vous avez tous compris.

    Aujourd’hui, ce qui se joue c’est la dimension "européenne" qui est en train de basculer. melange des ethnies, des religions, des valeurs qui vont au dela de petite dose qui rendait cette diversité agréable, valorisante et confortable.

    La societé se defend dans son ensemble maladroitement, peut-être, avec des errement surement.

    N’y voyez aucun racisme, aucune xenophobie, mais comme PARTOUT et POUR TOUT il y a un dehors et un dedans. La Burka de cette dame est clairement en dehors.
    Ce qu’il se passe aujourd’hyui est la concretisation de multiples alertes sur le taux de penetration, le taux d’acceptation de la diversité dans un groupe. il semblerait que nous soyons arrivés a la limite, le seuil est dépassé ou en voie de... seul le temps fera que les acceptations se feront

    En son temps ce sont les italiens et portugais qui posaient problèmes, ils ont été assimilés !

    Aujourd’hui ce sont les noirs et les arabes qui sont stigmatisés. petit a petit cela diminue... reste le problème supplementaire que n’avaient pas les italo-portugais : l’islam. cela met en evidence la difficulté d’integration que nous retrouvons dans les banlieues.

    Alors, arretons de parler de racisme, de xenophobie, de francité, notre modèle evolue, mais il se trouve que les limites ACTUELLES ne permettent pas d’accepter cela. Que preferons nous, en fait, que demain il y ait plus de femmes voilées en France ou que les musulmanes retrouvent une liberté que 14 siecles d’obscurantisme leur a oté ?

  • Par JL (xxx.xxx.xxx.200) 18 juillet 2008 11:35
    JL1

    Cet article confirme ce que j’écrivais ce matin sur le fil de l’article "Burqa ou nationalité, il faut choisir" de Docdory :

    "A qui profite le "crime" ? Il est permis de se poser la question : si l’on établissait la liste des situations publiques dans lesquelles le port de la burqa pose problèmes, serait-ce seulement une victoire des islamistes, ou bien aussi un recul de la République ?

    Il n’est pas nécessaire je crois, de nommer ici ceux qui se réjouiraient d’un tel recul. "

    HappyPeng n’y va pas de main morte dans sa conclusion. Bas les masques donc, il nous est permis de penser que ce sont bien les "mondialistes" qui instrumentalisent les pratiques de l’islam contre la République.

    Je voudrais dire ici à ce monsieur que la nation est le seul rempart qui protègent des peuples contre la barbarie néolibérale et qu’il serait le bienvenu s’il proposait une solution meilleure.

  • Par JEanlOu (xxx.xxx.xxx.69) 18 juillet 2008 11:27
    JEanlOu

    Toi qui est passionné du Japon :

     Une personne se présentant en Burqa aux entretiens, pourrait elle obtenir la nationalité Japonaise ?


     Le Japon avec de nombreuses burqas glissant dans les rues de Tokyo, resterait il le Japon qui te et me passionne ?


     Reprocherais tu aux Japonais de ne pas donner la nationalité Japonaise (qu’ils ne donnent d’ailleurs que très difficilement) à une femme en burqua car cela ne correspondrait pas aux valeurs Japonaises qui sont nombreuses et profondément ancrées dans le peuple japonais.

    Tu reproches à la France d’essayer de préserver le peu de valeurs qui unissent encore une grande majorité d’entre eux tout en admirant et en te passionnant pour un pays qui a su au contraire préserver la plupart des siennes.

    JEanlOu

  • Par patrice (xxx.xxx.xxx.112) 18 juillet 2008 13:15
    patrice

    Le propre des sociétés utopiques, c’est qu’il n’existe à chaque fois qu’un pays, un mode de pensée, une manière d’être. Le propre du monde réel, c’est la pluralité des sociétés. Il y a dans chaque société humaine, des règles, écrites et non écrites, qui précisent ce qui est accepté et non accepté. Ces règles évoluent avec le temps. cependant ces règles sont toujours présentes et toujours différentes de celles du pays voisin.

    Pour la burqa, il faut se rappeler de ce qui se disait du temps de Louis XIV "Vérité en deca des pyrénées, erreur au dela". ce n’est pas parce que certains pays l’acceptent (voir l’imposent) qu’elle doit être acceptée en France. Vouloir faire évoluer un pays trop loin au dela de ce que la société est prête à accepter induit inmanquablement une violente rétroaction négative. L’Iran du Shah était un pays moderne. Le Shah a voulu pousser le pays pour qu’il devienne l’égal des pays occidentaux. Ce choc culturel aurait pu être accepté en l’espace de 2 ou 3 générations. En quelques années c’était impossible. Le résultat a été la Révolution Islamique qui a propulsé ce pays loin, très loin en arrière.

    Si l’on veux pousser la france trop loin au dela de ce que les français sont prêts à accepter le risque de "retour de baton" est présent pour nous aussi. Buraliste dans un quartier pourtant très ouvert (la croix-rousse, le boboland lyonnais) je constate tous les jours un peu plus une évolution vers un rejet des comportements "déviants". Particulièrement les comportements "ostensiblements allogènes".

    Marié à une musulmane, je n’ai pas envie de devoir quitter mon pays suite à une révolution conservatrice voire néo-fasciste.

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