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Accueil du site > Actualités > Société > C’est l’histoire d’un toubib... Il meurt...

C’est l’histoire d’un toubib... Il meurt...

Faits divers…

Ce matin, j’étais un peu malade et fatigué. Je sors ma voiture, je vais à mon cabinet. J’y rencontre mon prédécesseur, ami de la famille. Il me met au courant d’un fait divers arrivé à quelques kilomètres de chez moi.

On a découvert un confrère décédé. Pendu dans sa maison. Sa femme et ses 4 enfants morts avec lui. Thèse de suicide. Drame familial. 6 morts. Il me tend l’Ouest France. L’histoire s’y trouve. Des détails sanglants, horribles, douloureux. Fait divers. Sauf que le divers, ne se trouve pas à mille kilomètres de chez moi. Il se trouve ici, à ma porte. Et il se trouve que mon jeune confrère, m’a remplacé une fois, lors de mon installation, une dizaine d’années avant. Un jeune homme, de 10 ans mon cadet, consciencieux, gentil, affable, un mec bien. Un fait divers auquel je suis personnellement attaché pour suivre certains membres de la famille proche que je vais voir le soir même.

J’en discute avec mon épouse, qui travaille avec moi, médecin généraliste comme moi.

Avant même de lire les résultats d’enquête qui ne tarderont de sortir dans les jours qui viennent, un mot nous vient à l’esprit. Burnout Syndrome. La définition française est celle de l’épuisement professionnel au travail. J’ai toujours préféré le mot anglais : Burnout. Se consumer de l’intérieur par le stress. Se laisser brûler par son travail. Au Japon, on appelle çà Karoshi : mort par la fatigue au travail.

Un article du JIM (journal international de la médecine) de Septembre 2009 note que :

  • Sur 18 mois il y a eu 23 suicides chez France Télécom, sur 106.000 salariés.
  • Pendant la même période, 60 médecins ont mis fin à leurs jours, sur 200.000 professionnels. La presse a largement médiatisé l’affaire des suicides chez l’opérateur historique, mais pas un mot sur l’hécatombe chez les toubibs. Pas un mot non plus de la part de nos hommes et femmes politiques.
  • En 2009, seulement 9 médecins sur 100 ont choisi l’exercice libéral.
  • De plus en plus de médecins d’une cinquantaine d’années dévissent leur plaque pour un poste salarié ou pour effectuer des remplacements. En outre, la médecine générale attire de moins en moins de jeunes. Lors de la promotion 2008, plus de 600 postes de généralistes n’ont ainsi pas trouvé preneur. La faute à un métier trop peu valorisé et souvent très contraignant : exercer isolé à la campagne, faire face aux problèmes administratifs, aux contentieux judiciaires ou ordinaux.

Le Burnout se définit par diverses phases, allant d’un besoin de se prouver, travailler de plus en plus (pas pour gagner plus), faire fi de ses propres besoins, apparition d’une fatigue physique, mentale, vidant l’individu au sens propre du terme, en faisant un trou noir d’émotions (ou un trou d’émotions noires au choix), dépression, dépersonnalisation… Drame… Fait divers à la page une de l’Ouest France…

Je me souviens d’un cours d’un de mes vieux professeurs de psychiatrie, à la faculté d’Angers. Il disait toujours que la différence entre le névrose et la psychose, c’est que la psychose c’est la maladie de l’amour. Car pour le psychotique, comme pour l’amoureux, il n’existe qu’une seule réalité, que tous les autres choix lui sont interdits. Se laisser entraîner dans son travail de médecin, trop consciencieusement, dire oui à toutes les sollicitations, oubli de soi, fermeture des portes, se trouver seul et être avalé par les besoins des autres, jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus rien. Comment s’en sortir ? Dire non. Perdre sa réputation de conscience et de gentillesse et oser affronter le regard des autres que vous n’avez pas pu aider ? Dire non. Et faire fi de toutes les dettes accumulées et du moyen de subsistance de votre famille ? Dire non et recommencer… Mon confrère était sûrement meilleur médecin que moi. Plus humain. Plus impliqué. Plus engagé dans sa vocation. Vivant pour son travail. Et à un moment donné son travail et sa vie se sont confondus en une même entité… à laquelle il a voulu mettre fin...

 Ce n’est que pendant les tous derniers cours lors du résidanat en médecine générale, que nos confrères généralistes enseignants nous parlent de la gestion de la souffrance des soignants. L’important, c’est de savoir partager sa souffrance avec ses confrères, dans le sens, que nombre d’entre nous ressentent les mêmes stress. Savoir que nombre d’entre nous souffrent des mêmes maux, comment on les ressent, comment on les gère, quelle est l’expérience des autres dans cette gestion… Un confrère présent sur ce même forum (Brieli67 pour ne pas le nommer), me rappelait il y a encore quelques jours, l’importance dans sa formation des groupes Balint.

 Je ne sais ce que donnera l’enquête de la police.

 Coup de folie. Bouffée délirante aiguë. Dépression. Burnout… (lui a commencé à voir une dizaine de patients, puis 20, 30, 40, 60, 40… 0…)

 Ou alors peut-être que nous nous trompons tous. Que l’enquête montrera tout autre chose. Un rôdeur… un voleur… un tueur en série… peu importe.

 De savoir dans son cœur que le burnout pourrait être la cause effective d’un tel drame suffit amplement pour donner corps à une réalité présente de notre société.

Post Scriptum : le burnout touche toutes les catégories de la population. Il a initialement été décrit dans le cadre de la souffrance des catégories professionnelles à forte charge émotionnelle et relationnelle mais les recherches en psychologie et psychosociologie ont permis d’étendre cette notion à toutes les catégories professionnelles ces dernières années.


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107 réactions à cet article    


  • rocla (haddock) rocla (haddock) 1er juin 2010 11:04

    Exact . Un drame de la civilisation .

    Les toubibs font souvent des heures invraissemblables , ne doivent jamais se tromper dans leur évaluation , sont pris pour des salauds quand il gagnent un peu d’ oseille , soignent des fois gratuitement , et pendant ce temps des mecs assis dans des bureaux à 35 heures se jettent par la fenêtre .

    D’ une tristesse .


    • Immyr Immyr 1er juin 2010 13:00

      Mon cher Rocla,


       les médecins ne sont pas les seuls. Toutes les catégories professionnelles peuvent être touchées par le burnout. Mon article n’avait pour but que d’expliquer ce qui pouvait se passer. L’enquête judiciaire suit son cours.
       
       Etant donné que je suis personnellement impliqué, j’ai parcouru un peu les réactions à cette information hier dans la presse et ai été abasourdi par le flot de haine et d’invective envers Emmanuel. J’essaye juste d’expliquer que l’homme qui est accusé n’était pas un fou meurtrier. C’était plutôt un homme qu’on aimerait avoir comme voisin ou ami. Qu’il serait passé haut la main dans les mailles du filet sarkozien à la maternelle... 

       Voilà.

    • Krokodilo Krokodilo 1er juin 2010 18:07

      Rien de plus anxiogène que de fixer à quelqu’un des objectifs irréalistes : soit une charge de travail inhumaine, soit des résultats inatteignables, surtout si ensuite on s’appuie dessus pour le rabaisser dans le bilan personnel annuel... C’est vrai dans le privé, mais aussi ailleurs : dans mes articles sur les langues à l’école, je cite souvent le fait qu’on ne veut pas admettre la difficulté d’apprendre les langues étrangères et que le Ministère a fixé des objectifs absurdes au bac et au brevet (ils en ont déjà rabattu pour le brevet). Mes enfants m’ont déjà plusieurs fois rapporté un énervement passager de leurs profs parce qu’ils ne comprenaient pas la langue régionale ou étrangère, ou qu’ils « ne travaillaient pas assez les langues » : c’est évidemment moins dramatique, mais le mécanisme est le même, refus du vrai rythme de progression d’enfants normalement motivés (car les enfants fortement motivés de 10 à 15 ans pour l’anglais ou autre sont minoritaires).

      Le travail est une des sources premières de l’épanouissement et du bonheur (eh oui, c’est prouvé, voir mon article sur le livre « Vivre »), à la condition qu’il y ait une adéquation entre les compétences, les possibilités humaines et la vie personnelle : on pourrait appeler ça l’harmonie de la vie.


    • Lucien Denfer Lucien Denfer 1er juin 2010 23:27

      Je ne savais pas pour les statistiques de suicide des médecins.

      C’est inquiétant et on imagine facilement les raisons qui auraient pu pousser à cacher cette « hécatombe » même si c’est dégueulasse envers les intéressés. Les médecins et quelques autres professions, même s’ils ne sont que des femmes et des hommes comme nous, représentent encore dans notre imaginaire des supports, des références assez solides. Et si les médecins aussi se mettent à tomber comme des mouches c’est qu’il y a un grâve problème dans cette société.

      On sait tous plus ou moins consciemment qu’il y a un problème sérieux, mais de voir les effets désastreux sur notre entourage ça met un choc..


    • Immyr Immyr 1er juin 2010 23:54

      @ Lucien


       smiley Les médecins ne sont QUE des gens comme les autres. Mêmes défauts, mêmes tares, mêmes croyances, mêmes superstitions. Ils sont incroyablement... humains !!!
       
       Mais ils subissent des réactions que d’autres ne voient pas.

       Exemple simple très très banal. Mon gamin de 10 ans qui s’accroche avec un autre dans la cour d’école du village. Avis de la mère du gamin en question qui a, selon les instits présents agressé le mien : c’est parce que c’est le fils du médecin qu’il se croit tout permis ce garnement !!! Devant mon épouse. Quoi lui répondre ? Il faut garder son calme et expliquer à MON gamin que ce n’est rien, que c’est pas la faute à la dame. Qu’elle avait probablement autre sujet de colère.... Stress pour le gamin, stress pour mon épouse et moi.

       Si j’écoutais les ragots du coin, je serais déjà divorcé une bonne dizaine de fois, je battrais mes enfants comme plâtre, j’aurais déjà fermé mon cabinet une bonne douzaine de fois, j’aurais un cancer dont je veux pas en parler et et et... smiley Stress

       C’est le métier !!! On connaît toute la misère des gens. On garde tout pour soi. Les gens viennent nous demander conseil sur des problèmes d’ordre social et familial qu’on n’a jamais rencontré. Quand t’as trente piges et qu’un mec de cinquante ans vient te demander conseil sur l’attitude à adopter avec sa femme, ou sa mère, ou sa belle-mère sur telle ou telle situation... Que va-t’on lui répondre ? Euh, Monsieur, vous m’avez l’air d’avoir plus d’expérience que moi sur les choses de la vie. Peut-être que vous devez y répondre vous même ? smiley Stress

       Situation réelle. 60 ans, petite femme dynamique. Mari alcoolique qui ne veut surtout pas entendre parler d’une quelconque problème. Moi jeune médecin de 34 ans (à l’époque). Question ? Je pense de plus en plus que je vais le quitter. Qu’est-ce-que vous me conseillez ?
       Dire quoi ? Attendez, je téléphone à un confrère pour lui poser la question ? Attendez deux petites semaines et à la prochaine réunion de FMC, je discuterais de votre cas avec mes confrères ? Elle vous regarde attendant une réponse immédiate... smiley Stress

       Tout çà pour vous dire que je suis heureux dans ma vie. Que je ne la changerais pas. Qu’on peut trouver facilement des situations d’émerveillement quotidien mais aussi de lassitude profonde... Qu’on peut facilement se laisser bouffer si vous ne prenez pas la vie avec une ch’tite pointe d’humour. 

       Amicalement.

    • Luc Paul ROCHE Luc Paul ROCHE 2 juin 2010 11:24

      @ rocla

      ta réaction est celle d’un libéral qui tente d’opposer des professions entre elles pour mieux faire passer le discours de destruction d’ensemble ; comme le dit notre médecin le burnout concerne une foule de professions ; être « derrière un bureau » comme tu le dis n’est pas synonyme de faire 35 h (et je ne compte pas les trajets)

       smiley


    • Firedog Firedog 1er juin 2010 11:13

      Intéressant. Je ne connaissais pas cette statistique sur les suicides des médecins... En revanche, je pense que les faits parlent d’eux-même quant aux circonstances de ce drame...
      Mais bon, ça reste dramatique...


      • jymb 1er juin 2010 13:23

        Statistiques du Conseil de l’Ordre, l’enchaînement le plus commun chez les médecins est burn-out, dépression, divorce, alcoolisme, suicide . Et ils se ratent rarement . Ce qui est le plus « étonnant » dans cette affaire c’est le caractère sanglant. De manière hélas commune, les suicides de cette catégorie professionelle sont en général médicamenteux et bien calculés.


      • ZEN ZEN 1er juin 2010 11:22

        Bonjour l’auteur
        Merci pour ce papier et ce témoignage émouvants, mettant bien l’accent sur la solitude du médecin, qui , associé parfois à un perfectionnisme culpabilisant plus ou moins pathologique, peut mener à l’effondrement de la personnalité.
        Cela existe aussi dans le milieu enseignant ,où le conflit entre les exigences professionnelles et les frustrations permanentes peut mener les meilleurs au burnout. J’en ai connu.
        Je crois aussi à l’importance de la formation psychologique (Groupes Balint, entre autres) et à la nécessité de travailler en collectif (maison médicale),ce qui favoriserait les échanges et les expériences, comme cela se pratique (encore ?) pour le personnel des hopitaux psychiatriques


        • Immyr Immyr 1er juin 2010 13:13

           Mon cher Zen,

           effectivement, Herbert Freudenberger, qui a popularisé ce terme en 74 (le terme datant de 1960, dans un livre de Graham Greene, a burnout case) a décrit ce syndrome initialement chez des travailleurs dont l’engagement relationnel était important, les travailleurs sociaux, les professions médicales et les enseignants. Les études subséquentes ont démontrées la présence de ce symptôme dans toutes les catégories professionnelles.

        • Imhotep Imhotep 1er juin 2010 11:58

          Ce qui m’a toujours étonné c’est ceux qui entraînent dans leur désespoir leurs proches. Comment peut-on tuer sa femme et ses enfants à l’arme blanche en plus ? Cela me dépasse. Que le désespoir ou la surcharge de travail amènent à de tels actes me laissent plutôt désespérer parfois de l’homme. Comment peut-on être un bon médecin, soucieux de ses malades, exercer le métier parmi les plus nobles et enfoncer un couteau dans le corps de celle qu’on aime et celui de la chair de sa chair ? Tout cela me dépasse et l’explication du burnout ne me paraît ni suffisante, ni satisfaisante.


          • docdory docdory 1er juin 2010 12:10

            @ Imhotep


            Je ne voudrais pas faire de diagnostic sur un cas que je ne connais pas , mais il est possible que , plutôt qu’un burn-out, l’on soit dans un cas de mélancolie délirante . Il arrive que les malades atteint de cette maladie soient tellement persuadés d’être responsables , entre autres, de la ruine et de la déchéance inéluctable de leur entourage qu’ils en viennent à les tuer pour les arracher à leur sort funeste qu’ils croient inéluctable. Dans ces cas , il arrive que les malades soient persuadés que leurs « mauvaises actions » vont aboutir par exemple, à la fin du monde, dont ils veulent épargner leur famille .
            On est alors devant une pathologie d’ordre psychotique, le patient a perdu tout contact avec la réalité . Le suicide et l’assassinat collectif peuvent être les premiers symptômes de la maladie, qui passe totalement inaperçue de l’entourage. C’est l’une des maladies mentales les plus graves, dans lequel le patient est particulièrement dangereux pour lui même et pour autrui.

          • Immyr Immyr 1er juin 2010 12:42

            Mon cher Imhotep,


             je ne connais pas toute l’histoire et il ya des choses que le secret médical et mon éthique m’empêcheront de dire. C’était un mec vraiment bien, vraiment apprécié, vraiment proche, trop proche je dirais de ses patients.

             Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais je sais qu’on ne pourra jamais me faire comprendre dans ma chair, ce qu’est la « folie », car je ne l’ai jamais expérimentée. On ne peut juger de l’état de quelqu’un si on n’est pas dans sa peau. J’ai des patientes qui travaillent jusqu’au 8ième mois de leur grossesse et d’autres qui ne peuvent continuer à travailler à partir du 3ième mois et qui culpabilisent en voyant leurs copines. Je leur dis toujours, que nous n’avons pas tous le même corps et devant un même évenement notre corps ne peut réagir de la même façon. Allez faire comprendre à un non-migraineux, ce qu’est une crise de migraine. Allez faire comprendre à un aveugle ce qu’est le bleu... Nous sommes, pour la grande majorité d’entre nous des bien-portants. On ne peut concevoir ce qu’est la folie.

             J’avais un maître à la faculté de médecine, spécialiste en addictions, qui disait que les drogués étaient porteurs d’une expérience d’euphorie et de bien être, par des moyens artificiels, que nous ne connaîtrions jamais. 

             Effectivement que celà nous dépasse. Effectivement que seul l’horreur de l’acte persiste.
             Je ne défends pas le geste. Je défends la vie de l’homme avant ce geste. Et j’accuse seulement un des nombreux maux de notre civilisation moderne.

             amicalement.

          • Radis Call 1er juin 2010 14:20

            Cela s’appelle « suicide altruiste »...Dans le vécu dépressif ou prépsychotique ,il s’agit d’éviter à ses proches l’avenir « invivable » .


          • 5A3N5D 1er juin 2010 16:09

            Vous avez une définition (et une conception) très personnelle du « suicide altruiste ». Renseignez-vous et vous comprendrez peut-être qu’on SE suicide par altruisme, mais qu’en aucun cas on ne « suicide » LES AUTRES, autour de soi.

            L’exmple le plus frappant est celui de la personne âgée qui se suicide pour ne pas devenir une charge à traîner par les autres membres de sa famille. Le suicidé altruiste n’entraîne pas les autres dans la mort, puisque lui seul se considère comme « inutile » et qu’il accomplit son geste pour épargner les autres.


          • Radis Call 1er juin 2010 17:01

            @ 5 AN machin : ce n’est pas ma conception mais un phénomène connu depuis longtemps en psychiatrie...

            http://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide_altruiste


          • slipenfer 1er juin 2010 18:25

            Exacte Doc 
            Le suicide du mélancolique peut aussi être altruiste. Le patient agit alors pour lui et pour les autres, entraînant son entourage dans la mort.
            La mélancolie   Lien
            Par contre les symptômes sont bien visible avant, personne n ’a rien vu ?

            État de dépression intense vécu avec un sentiment de douleur morale, et caractérisé par le ralentissement et l’inhibition des fonctions psychiques et psychomotrices. Cette dépression profonde de l’humeur est marquée par :

            1 une inhibition psychomotrice (perte de l’initiative, ralentissement psychomoteur, parfois état de stupeur...),
             2 une douleur morale intense avec désespoir, anxiété majeure et auto-dépréciation,
             
            3 des idées délirantes sur le thème de l’indignité, de la culpabilité ou de la ruine,
             


          • docdory docdory 1er juin 2010 11:58

            @ Immyr


            il y avait eu un projet d’instituer une médecine du travail pour les médecins , afin de prévenir ce genre de désastre. Je ne sais pas si ce projet verra le jour, mais je pense qu’il serait utile.

            @ Rocia Haddock

            Vous pouvez ajouter dans votre énumération le fait que les médecins , sauf s’ils adhèrent à une association de gestion agréée, sont contraints par la loi , comme moi, à payer des impôts sur 125 % de leurs revenus ! A noter que ce handicap fiscal a été institué à l’époque où Sarkozy était ministre... Il semble que l’injustice fiscale en question soit en ce moment l’objet d’un recours devant le conseil constitutionnel .


            • Immyr Immyr 1er juin 2010 12:46

              Mon cher Docdory, 


               il nous manque déjà assez de médecins de travail pour subvenir aux besoins des exploités du travail... Je reste assez pessimiste. Beaucoup croient que les médecins étant donné qu’ils savent diagnostiquer et traiter telle ou telle pathologie, sont conscients d’eux-mêmes. La conscience de soi ne s’apprend pas à la fac. La vie se charge de nous l’apprendre.

            • Krokodilo Krokodilo 1er juin 2010 17:20

              Je n’ai pas de commentaire pertinent sur ce drame, sinon que votre article est bienvenu et sobre.
              Les médecins consultent leurs collègues, mais craignent aussi d’apparaître aux yeux des patients comme malades, faibles ou affaiblis, et renâclent devant une solution institutionnelle et obligatoire type médecine du travail, qui est donc peu probable, surtout vu la diminution de leur nombre. En outre, dans le monde hospitalier se posent des problèmes de hiérarchie, de susceptibilité et de préséance : certains chefs de service et praticiens renommés refuseraient et refusent de se faire examiner - juger mentalement dans ce cas précis - par un « simple » médecin du travail ou généraliste.
              Il me semble que les Ordres cherchent plutôt à faciliter le contact entre celui qui sent le besoin d’une aide et un réseau discret de collègues volontaires et expérimentés - probablement des psychiatres ou psychologues. Comme pour les addictions, il faut la confiance et la confidentialité.
              Sur le burnout ou syndrome EP (SEP prête à confusion), il me semble de mémoire qu’il n’est pas totalement corrélé à la charge de travail, puisque la réaction à celle-ci dépend du mode d’organisation, de la réaction et de l’état émotionnel personnel à cette époque-là, tous ces facteurs étant éminemment variables selon les individus et les périodes de la vie de chacun, et difficiles à quantifier.


            • Immyr Immyr 1er juin 2010 17:27

              @ krokodilo


               je plussoie d’autant plus que c’est la charge émotionnelle qui est au premier plan. On peut travailler 6 heures par jour dans des conditions intenables (harcelé ou diminué continuellement par un supérieur hierarchique par exemple) et être sujet au burnout ou travailler 10 heures dans des conditions « confortables » et être épanoui.

               Je pense que c’est la charge de travail + la charge émotionnelle combinée qui fait de la médecine une profession particulièrement à risque de burnout.

            • Krokodilo Krokodilo 1er juin 2010 17:52

              Pour avoir remplacé de très nombreux médecins avant de m’installer, je peux dire que le travail en médecine générale est souvent difficile à organiser, par rapport à celui de certaines spécialités (pas toutes), du fait que nombre de motifs sont logiquement à voir le jour même : diarrhée, douleur, plaie (en dehors des villes...) gosse qui pleure, suspicion d’urgence, etc. : on ne va pas leur donner un rendez-vous pour la semaine prochaine ! On peut ajouter pour certains l’organisation des visites aux maisons de retraite plus leurs appels imprévus.
              Certaines consultations sont naturellement programmables, mais malgré cela, le téléphone tout au long des consultations est incontournable...
              Certains cabinets travaillent dans de bonnes conditions, en général un groupe, avec une secrétaire sur place, mais ils sont rares - le secrétariat téléphonique selon certains crée autant de problèmes qu’il en résout, et doit transférer de nombreux appels. La (ou le) secrétaire sur place peut sortir les dossiers avant la consult et les ranger ensuite, voire guider le client pour qu’il commence à sa déshabiller, ne laissant au médecin que « le temps médical » ; il me semble qu’en Angleterre, c’est ainsi, et que c’est au niveau de l’accès aux spécialistes que les difficultés commencent, mais que la MG y est mieux organisée.

              Entre ville de CHU et campagne profonde, il y a d’énormes différences, plus les différences individuelles. Mais dans tous les cas, la médecine générale d’une zone sous-médicalisée est une activité difficile à organiser - et autrefois à la campagne, c’était souvent la femme qui se chargeait d’une bonne partie de cette logistique.


            • foufouille foufouille 1er juin 2010 18:06

              "Certains cabinets travaillent dans de bonnes conditions, en général un groupe, avec une secrétaire sur place, mais ils sont rares"
              je vit en campagne depuis longtemps, et oui la plupart se regroupe en cabinet
              apres ca depend des departements


            • foufouille foufouille 1er juin 2010 12:41

              a ma connaissance, les visites gratuites sont interdites
              il a dut devenir fou subitement ?

              meme les roumains veulent pas bosser en campagne, car pas assez de pognon


              • Immyr Immyr 1er juin 2010 12:50

                non. Il y a même un code de la sécurité sociale pour coter un acte gratuit : AG.


              • foufouille foufouille 1er juin 2010 13:06

                il me semblait que la secu taxait quand meme ?
                j’avais lu un article dans un journal, avec proces a la cle


              • oncle archibald 1er juin 2010 14:49

                « a ma connaissance, les visites gratuites sont interdites » pauvre Foufouille avec ses oeilleres ... incapable de penser qu’un medecin, par définition un « riche », peut avoir un geste gratuit ... Mais il fut un temps ou tout le monde n’avait pas droit à la sécu, ou une mutuelle, ou droit à l’aide totale, bref nepouvait pas payer tout ou partie de ce qu’il devait normalement au medecin, et de ce temps la Monsieur Foufouille, beaucoup soignaient gartuitement ceux qui ne pouvaient pas payer, se faisaient donner des échantillons de médicaments par les labos et les remettaient à leurs patients pour leur éviter de passer par la case pharmacie, etc ... Ceux qui gagnent beaucoup d’argent, rassurez vous Foufouille je n’en fais pas partie, ne sont pas nécessairement tous des salopards ..


              • foufouille foufouille 1er juin 2010 17:39

                @ oncle
                on parle pas de dans le temps ou le medecin pouvait accepter un poulet
                mais de fait bien reel, comme il a trop de client, il est fraudeur
                ou « c’est du travail au noir » avec proces secu a la cle

                pour le pognon, j’ai fait sufisement de medecin pour voir leur interet
                surtout les jeunes qui jetes un coup d’oeil a tes 25 pages de dossier medical
                en fait je prevois toujours mon ordonnance pour eviter le medoc mortel

                vu les heures du medecin generaliste de campagne, certains ne gagnent pas beaucoup
                par contre ca devient rare que ca te plaise ou pas, la plupart ne se deplace plus
                ’un peu la faute a la secu qui aime pas non plus)


              • Yohan Yohan 1er juin 2010 12:54

                Un chose est sûre, je ne souhaiterai pas être médecin de nos jours. Je connais une pédiatre qui exerce à Paris et qui ne s’en sort pas. Une fois déduit les frais fixes partagés du cabinet (loyer, secrétaire, elle a a peine une moitié de SMIC) . Du coup elle fait des gardes en hôpital pour boucler la boucle. Cette été elle n’a pas les moyens de partir avec ses enfants en Pologne, son pays d’origine. A
                PS : et aux médecins de campagne, je leur tire mon chapeau


                • foufouille foufouille 1er juin 2010 13:07

                  il y en a de moins en moins
                  les jeunes se regroupent en cabinet et refuse de se deplacer


                • Deneb Deneb 1er juin 2010 13:12

                  Comme vous le dites à la fin, on en sait rien. Le pétage de cable de ce brave toubib est, pour le moins incertain, ses habits n’ayant pas été tachés de sang. Aucun témoignage d’instabilité par les personnes qui l’ont vu les jours précédents, juste la déclaration du beau-père. Je veux bien que les médecins se suicident, dans bien de cas il s’agit de l’auto-euthanasie à l’approche d’une mort douloureuse par maladie. J’ai du mal à croire que le surcroit de travail puisse amener à tuer ses proches. Ca faisait 10 ans qu’il exerçait, ce n’était pas un novice. A-t-on interrogé ses derniers patients ?


                  • Immyr Immyr 1er juin 2010 13:20

                    Mon cher Deneb,


                     je vous remercie de souligner celà.
                     Comme je l’ai dis, je ne connais pas la vérité.
                     Je sais juste qu’il avait des symptômes de burnout.
                     J’ai vu l’épuisement professionnel être la cause de nombreuses divorces chez les médecins de mon entourage, ou avoir comme conséquence des comportements addictifs. J’ai vu nombre de mes confrères changer de comportement lors de leur carrière, devenir de plus en plus cynique (dans le sens non philosophique du terme), irritable, acariatre etc... Je connais par moi-même lors de mes premiers mois d’internat, ce que peut être une dépression due au travail. Je ne dis pas avoir les réponses à l’enquête criminelle. Je dis juste, comme vous le signalez, qu’un burnout causant un épisode psychotique aigu est tout à fait envisageable.

                     Amicalement.

                  • Deneb Deneb 1er juin 2010 14:11

                    Vous me faites peur, docteur, avec votre burnout. Les médecins sont donc les plus sur-ménagés ?
                    A mon âge, j’ai déjà peur de la visite de routine chez le médecin, car les mauvaises nouvelles sont de plus en plus fréquentes. Maintenant je redouterai en plus que le médecin s’énerve et m’envoie ad-patres.

                    Tout le monde connait le surmenage, nous sommes tous soumis aux impératifs de nos responsabilités, delais, rendement. Je supposerais que les médecins sont des gens qui mènent en moyenne une vie plus saine que le commun des mortels, même au niveau psychologique. Savoir prendre les bonnes décisions même en état de stress fait partie du métier - quand c’est pour sauver une vie, on n’hésite pas, on agit. Cette histoire de burnout, je n’y crois pas, pas plus que ses voisins et fréquentations, ce que j’ai pu lire dans la presse ce matin, par exemple ici, me conforte dans ma conviction.

                    Les médias, à la recherche de sensations, sont allés un peu vite en besogne. C’est terriblement médiagènique, un toubib qui massacre sa famille. Dans mon pays natal, en Slovénie il y a quelques mois, un médecin réputé à été tué par ses 3 bullmastiffs. Quelle était la jubilation des medias locales qui ont découverts que le toubib était en fait un transséxuel que sodomisait ses chiens avec un gode, c’est au cours des sévices que les chiens se sont énervés et lui ont fait la peau ; le gode était encoré attaché à son corps lorsqu’on l’a trouvé, mort. Ca a d’ailleurs provoqué un scandale politique : en effet, pour pouvoir rester avec ses chiens, déjà déclarés dangereux par les voisins , il a beneficié du piston d’un ministre qu’il avait jadis soigné. Voici l’article du Monde. Tout cela pour dire que les histoires de toubib, ça fait vendre la presse, qui s’empresse à les gonfler au possible.


                  • slipenfer 1er juin 2010 18:38

                    @ Deneb
                    La maladie mental frappe souvent des personnes « saines d’esprit ».
                    Il existe même des méthodes très simple pour faire basculer une
                    personne dans la psychose, vous ne connaissez pas le sujet, renseigné vous.
                    Je vous préfère en Humoriste.


                  • Deneb Deneb 2 juin 2010 06:21

                    slipenfer :« La maladie mental frappe souvent des personnes »saines d’esprit« . »

                    Et la mort, elle ne touche que les personnes vivantes.

                    Reste que, sans aucune preuve, la presse a déjà cédée à la facilité. Ce médecin est coupable d’office pour la plupart des quotidiens. Quelle belle occasion pour parler de surmenage. Que quelqu’un ait pu s’introduire chez le médecin, en feignant une blessure, par exemple, en profitant du réflexe philanthrope du docteur, personne ne l’a envisagé.
                    S’il s’avère finalement que ce n’est pas lui, comment fera-t-on pour laver son nom, irrémédiablement souillé ?


                  • ZenZoe ZenZoe 1er juin 2010 14:42

                    Je le trouve bizarre cet article.
                    On ne sait rien de rien encore sur cette tuerie familiale. Juste que l’une des victimes, pendue, était médecin et que les autres, poignardées, étaient sa femme et ses enfants.
                    A partir de là, l’auteur nous écrit un pavé chiffré sur le burnout des généralistes.
                    Moi je dis ??????
                    Bien sûr que certains médecins travaillent trop, bien sûr que le burnout est une réalité, MAIS :
                    1) on ne sait pas encore avec certitude qui est l’auteur des crimes, même si une forte présomption existe.
                    2) personne ne peut affirmer (autre que ses proches éventuellement) qu’il souffrait d’un burnout d’origine professionnelle, ou d’ailleurs qu’il avait de sérieux soucis ;
                    3) personne ne peut savoir avec certitude ce qui se passait dans la tête de cet homme et comment il ressentait les choses ;
                    4) personne ne peut savoir ce qui se passait dans l’intimité de cette famille.
                    Bref, OK pour un article sur le burnout (très intéressant au demeurant), pas d’accord pour le relier à un fait divers encore non élucidé.


                    • Immyr Immyr 1er juin 2010 15:47

                      @ vlane


                       je ne justifie RIEN du tout.
                       Je ne cherche pas à excuser son acte. Je veux juste faire voir que l’homme en question n’était pas un boucher sadique, un tueur dépravé ou je ne sais quoi encore.
                       C’était quelqu’un de normal, mise dans une situation qui l’a brisée. 
                       Je ne dis pas que j’approuve quoique ce soit là-dedans. Je cherche à faire savoir que l’épuisement peut causer celà. Que ce soit par harcèlement professionnel d’un salarié, le harcèlement physique, le stress ou le surmenage. Je ne cherche pas des excuses ou des échappatoires, je pointe comme d’autres avant moi, les conséquences pour essayer d’éviter les prochains drames.... 2 de mes patients viennent justement de quitter le cabinet me parlant de lui. Que lors de leur arrivée dans la région, ils avaient besoin de voir un médecin, et qu’ils étaient tombés sur lui. Il était débordé mais les a reçus quand même à 21h30 pour rendre service (il ne voulait/pouvait pas dire non).

                       Par ailleurs, je crois que vous avez mal lu mon article. Quand je parlais de l’amour, c’était de façon métaphorique en faisant allusion que pour l’amoureux, il n’y a pas d’autre réalité que l’autre et que l’autre est unique. Pour quelqu’un qui est en psychose, il ne voit pas de choix dans ses solutions. Il n’a qu’une seule solution, une seule réponse à telle ou telle question et il analyse le monde selon ce mode de pensée.

                       Bien sur que rien ne peut justifier celà. RIEN. Je suis tout à fait d’accord.
                       Ceci ne nous empêche point de réfléchir sur ce qui a pu causer ce drame afin qu’on s’alerte avant que ça ne se reproduise.

                    • ZenZoe ZenZoe 1er juin 2010 16:13

                      A vlane :
                      "c’est le même argument qu’ont tous les voisins chaque fois qu’un voisin se révèle être un criminel « c’était un mec bien » " pourtant il avait l’air si gentil « etc etc »

                      Ca c’est bien vrai !
                      Je me souviendrai toujours de la réaction des beaux-parents du fameux tueur du Yorkshire dans les années 1970 ou 80 qui avait assassiné plusieurs prostituées : « Ca peut pas être lui, il fait de si bonnes tasses de thé ! »


                    • Krokodilo Krokodilo 1er juin 2010 17:34

                      Vlane, au-delà du drame, la question est justement de savoir pourquoi et comment quelqu’un unanimement considéré comme normalement humain, normalement compétent dans son travail, normalement inséré dans la société (travail, famille), voire plus humain que la moyenne (témoignage d’Immyr, profession impliquant une forte implication émotrionnelle) peut en venir à ces actes monstrueux, qualifiés de crise psychotique, un mot qui, en gros, est simplement le synonyme professionnel de « fou » et cache mal notre ignorance.
                      Malheureusement, à ce jour, nous n’en savons strictement rien, et l’étendue de cette méconnaissance de l’esprit humain donne le vertige.

                       Je crois que ces drames, qui malheureusement arrivent régulièrement, non seulement nous choquent, mais nous font peur par ce qu’ils révèlent de nous-mêmes : l’inconnu a toujours fait peur.


                    • foufouille foufouille 1er juin 2010 17:45

                      "Vlane, au-delà du drame, la question est justement de savoir pourquoi et comment quelqu’un unanimement considéré comme normalement humain, normalement compétent dans son travail, normalement inséré dans la société (travail, famille), voire plus humain que la moyenne (témoignage d’Immyr, profession impliquant une forte implication émotrionnelle) peut en venir à ces actes monstrueux, qualifiés de crise psychotique, un mot qui, en gros, est simplement le synonyme professionnel de « fou » et cache mal notre ignorance.« 
                      les gens »normaux" sont tout simplement egaux devant la maladie

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