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Accueil du site > Actualités > Société > Ca bouge à La Défense !

Ca bouge à La Défense !

Musée de l’architecture contemporaine, véritable musée d’art contemporain à ciel ouvert, scène musicale d’exception, La Défense, en plus d’être le plus grand quartier d’affaires européen, c’est tout cela à la fois. La Défense, c’est plusieurs décennies de développement, c’est aussi pas mal de problèmes, quelques traversées du désert, un plan de renouveau en 2006, et des habitants qui se battent… La Défense, c’est un quartier qui bouge, qui bouge et n’en finit pas de se transformer et d’évoluer. Petite visite musicale, architecturale, artistique mais aussi sociale au fil du passé, du présent et de l’avenir de cette immense esplanade qu’à première vue on aime ou on déteste, qui émerveille et époustoufle ou qui donne envie de se sauver, mais qui, toujours, nous étonnera et nous fera vibrer.

Le dimanche 26 juin 2011 s'est clôturé le 34ème Festival de Jazz de La Défense. Avec sa programmation variée, ce festival va bien au delà d'un «  simple  » festival de jazz, car s'y produisent également des artistes de reggae, de soul, de funk, de groove, de rock-folk... Il y en avait pour tous les goûts cette année encore, du reggae de Clinton Fearon Solo à la rumba congolaise de Staff Benda Bilili, de Dennis Coffey aux belles interprétations de Patricia Bonner, en passant par Keziah Jones, George Clinton, Manu Katché, l'excellente Hindi Zahra et sa musique soul teintée de mélodies orientales et de «  blues du désert », ou encore l'hallucinant No Smoking Orchestra d'Emir Kusturica, qui mit le feu à l'esplanade le soir du 25 juin !
 
Défense de fumer à La Défense.
 
Né à Sarajevo en novembre 1954, originaire de Bosnie, Emir Kusturica est parfois considéré comme un personnage controversé en raison de sa conversion au christianisme orthodoxe en 2005 et sa naturalisation serbe, ainsi que du fait de son fort engagement politique et de sa sympathie pour le communisme.
Comme pour tous les artistes, on aime ou on n'aime pas sa musique, mais si on ne l'aime pas, on reconnaîtra malgré tout qu'elle est entraînante, dynamique, parfois même un peu «  crazy », sans aucune connotation péjorative évidemment, bien au contraire.
 
Un mètre au dessus du niveau de la scène.
 
Un peu «  crazy  », le concert du 25 juin au soir à La Défense le fut indéniablement. Il débutera et s'achèvera par une tonitruante diffusion de l'hymne national soviétique chanté par les Chœurs de l'Armée Rouge. Pas l’hymne russe, mais bien le soviétique, avec les paroles de l’époque. Il s'agissait peut-être là d’une action de militantisme particulièrement symbolique, La Défense étant le plus important quartier d'affaires et de finances d'Europe. Un peu étrange, par conséquent, d’entendre l’hymne soviétique dans ce décor. Cela a misune touche de solennité assez inattendue dans la soirée, et a finalement participé à l'atmosphère d'originalité dans laquelle a baigné le concert. Quoi qu'il en soit, cette double diffusion de l'hymne soviétique semble habituelle lors des concerts du groupe. La foule rassemblée ce soir là sur l'esplanade de La Défense, devant la grande scène dressée aux pieds du Cœur Défense, était certes moins importante que celle présente au Luna Park de Buenos Aires, mais l'ambiance n'avait rien à lui envier !
 
Mais l'atmosphère de solennité du début n'a duré qu'un temps. Dès les premiers morceaux, un vent de folie musicale a balayé l'esplanade dont la dalle s'est mise à bouger sous le poids des nombreux spectateurs qui sautaient et dansaient dans une frénésie totale et incontrôlée ! Il fallait être concentré pour percevoir ce léger mouvement, mais pas de doute, la dalle bougeait ! A croire que nous allions terminer la soirée trente mètres au dessous du niveau de la scène, dans les souterrains, le «  millefeuille  », qui contient sur plusieurs couches les sept étages de parkings, les routes et le vaste réseau de transports en commun, mais aussi les «  cathédrales englouties  » comme les ont appelées à l’époque les ingénieurs de La Défense, gigantesques espaces totalement vides et difficilement accessibles. Mais la dalle de La Défense, qui mesure un kilomètre et demi de long, est solide et, après trente quatre festivals, elle en a sans doute vu bien d'autres.
 
Dix mètres au dessus du niveau de la scène.
 
Des concerts comme celui ci, l'esplanade en a connu des dizaines. Sans même parler du concert offert par le grand Jean Michel Jarre le 14 juillet 1990. Le Festival de Jazz de La Défense est né en 1977, à une époque où les aménagements du quartier d'affaires faisaient une pause forcée. A l'époque, le festival se tenait de façon beaucoup plus artisanale, sans la sono sophistiquée installée de nos jours sur l'esplanade. Depuis le début, amateurs et professionnels de la musique se sont croisés sur scène, et des célébrités s'y sont régulièrement produites et continuent de s'y produire.
 
Les concerts ont lieu à l'heure du déjeuner, afin que les personnes travaillant dans les nombreuses tours environnantes puissent en profiter, et le soir, généralement après vingt heures, même si, heure d'été oblige, la nuit tarde à tomber sur les tours désertées en ce début de saison estivale. Ce festival englobe la fête de la musique avec une soirée débutant dès 18 heures, et s'accompagne chaque année d'un concours de jazz, le plus ancien et le plus important de France, qui récompense les trois meilleurs groupes, les trois meilleurs instrumentistes et les deux meilleurs compositeurs. Ainsi, le public a non seulement accès gratuitement aux concerts, mais également aux deux cessions du concours durant lesquelles se produisent une dizaine de groupes.
 
Et le public ne manque jamais de répondre présent à ce festival annuel, afin d’apporter sa pierre à l'édifice de cet événement et contribuer ainsi à animer ce quartier passionnant que certains trouvent trop sérieux et guindé du fait de son statut de centre d'affaires, et que d'autres pensent froid, impersonnel, voire même carrément moche.
 
Trente mètres au dessus du niveau de la scène.
 
C'est vrai que La Défense peut paraître froide et inhospitalière à première vue. Ce serait pourtant une erreur de ne voir dans ce quartier, qui abrite également de nombreux logements, qu'un lieu de passage pour hommes et femmes d'affaires pressés. Car La Défense, même sans le festival annuel de jazz, et si l'on prend le parti de mettre un instant de côté son côté «  business et finance », c'est beaucoup plus que ça  ! D'abord, le quartier, que se partagent pour l’instant Puteaux et Courbevoie, est loin d'être moche, au contraire. Ceux qui ne l’aiment pas lui trouveront même beaucoup de charme s’ils le regardent bien, et toute personne intéressée par l'architecture moderne se doit d'y effectuer une visite, ne serait-ce que de courtoisie. C’est d’ailleurs ce que font les huit millions de touristes annuels qui se baladent sur l’esplanade.
 
La Défense est un concentré de différents styles architecturaux modernes reflétant les goûts et les choix de chaque décennie, depuis les tours de «  première génération  » des années 60 et début 70 (plan masse de 1964), parallélépipèdes tenus de respecter des dimensions bien précises, comme la Tour Initiale (1966 ; nommée «  Nobel  » jusqu’en 2003, ici avec la vue du bassin Takis au premier plan) qu’on imaginerait bien dans le «  Play Time  » de Jacques Tati, jusqu'aux tours contemporaines aux formes élégantes et effilées, telles la Tour Hines, en passant par le CNIT, prouesse technique à l'esthétique étrange et totalement avant-gardiste pour l'époque, premier édifice (1) à avoir vu le jour sur le grand parvis qui n'était encore, en 1958, qu'un immense terrain vague. S’y tinrent notamment durant son histoire les Floralies, le SICOB, le Salon des Arts Ménagers ou encore le Salon de l’Enfance.
 
Parmi les tours de La Défense, il y en a évidemment qu’on peut ne pas aimer, comme la sombre et presque inquiétante Tour Areva (ancienne tour Fiat, malgré tout intéressante d‘un point de vue architectural), mais parmi les plus remarquables, on remarquera notamment la Tour Ariane, avec son «  look  » tellement «  seventies  » (elle date de 1975) qui continue aujourd'hui de trôner fièrement sur l'esplanade sud. Pour la petite anecdote, Ariane a été escaladée en octobre 2009 par l'incroyable Alain Robert. On remarquera également le Cœur Défense déjà cité plus haut, mais aussi la tour First (à droite sur la photo) à la récente (mai 2011) transformation si réussie, ou encore la Tour Scor et son «  look  » de triple radiateur électrique... Sans oublier, bien sûr, l'imposante Grande Arche, achevée en mai 1989 et inaugurée le 14 juillet de la même année, pour le bicentenaire de la révolution.
 
D'année en année, de décennie en décennie, on a parfois annoncé l'arrêt de l'aménagement de La Défense (tours, commerces, transports, infrastructures...) qui a bien failli, en effet, être stoppé à plusieurs reprises. Car La Défense a traversé pas mal de difficultés, et même des épisodes de crises. Le quartier a bien failli connaître la faillite en 1978, par exemple. L’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de la Défense, désormais EPADESA (2) ) avait alors accumulé une dette colossale de plus de 700 millions de francs, et le gouvernement de l’époque eut le choix entre tout arrêter, réduire les ambitions concernant le nombre de bureaux ou continuer à s’endetter pour achever le monumental projet.
Avant l'ouverture du RER A, en 1970 (3), les transports reliant Paris à La Défense étaient si insuffisants (quasi inexistants en fait !) que les demandes de bureaux ne se bousculaient pas au portillon. Au début des années 60, il n'y avait pas de gare à La Défense et le train marquait un arrêt sauvage devant le CNIT pour permettre aux voyageurs travaillant dans la Tour Esso (première tour de bureaux de La Défense, construite en 1963) de se rendre à leur travail. Ils descendaient à même les voies et traversaient le terrain vague, souvent en pataugeant dans la gadoue. A partir de 1973, du fait de la crise, les mètres carrés de bureaux déjà construits ne trouvèrent plus preneurs. Il en fut ainsi par exemple de la tour Manhattan (1975), qui resta vide durant plusieurs mois.
 
A l'époque de leur construction, les architectes des tours de première et deuxième génération n'avaient évidemment pas intégré dans leur projet le concept d'économie d'énergie. Alors une crise pétrolière plus une crise de l'immobilier, cela faisait un peu beaucoup pour ce quartier en apparence solidement implanté, mais dont on se demande tout de même parfois s'il n'est pas en fait un colosse aux pieds d'argile, à la merci des crises successives.
Cette période de crise des années 70 est considérée de nos jours comme la période noire de La Défense. Il faudra attendre 1979 pour que le redémarrage du quartier soit réel.
 
A différentes époques, la presse a donc annoncé, parfois avec un ouf de soulagement, l'achèvement de La Défense, mais les aménagements ont plus tard repris. Aujourd'hui encore, ce n'est pas fini car de nouvelles tours sont actuellement en construction et d'autres sont en projet ! La Défense est en perpétuelle mutation, et n'a jamais cessé de se réinventer.
 
Côté transports, pour commencer, les travaux du prolongement du tramway T2, qui relie pour l’instant La Défense à la Porte de Versailles, battent leur plein, le Grand Paris Express sera ouvert aux environs de 2025 et il est prévu, toujours dans le cadre de l’aménagement du Grand Paris, de construire une gare TGV à La Défense. Actuellement, les transports sont saturés à La Défense, et si rien n’avait été prévu pour améliorer à terme la situation, l’arrivée future de nouveaux employés dans le quartier d’affaire laissait envisager le pire.
 
Les prochaines tours, quant à elles, porteront des noms aussi évocateurs que Carpe Diem, qui sera de Haute Qualité Environnementale, dont la construction a déjà démarré et qui devrait être achevée en 2012, Generali côté Courbevoie, projet qui vient d’être mis en suspens en juillet dernier et risque d‘être annulé, Majunga, dont la construction a également démarré, ou encore Phare, grande gagnante du concours d'architecture 2006 pour le Renouveau de La Défense, qui respectera elle aussi des normes de développement durable et mesurera, une fois achevée en 2015, pas moins de 296 mètres de haut. Phare changera de façon certaine la physionomie du quartier car elle bouchera «  visiblement  » la vue entre le CNIT et le Faubourg de l’Arche, en enjambant plus ou moins le pont entre les deux. On en saura plus long bientôt puisque la tour sera très prochainement l’objet d’une petite exposition de présentation au CNIT, intitulée «  La Tour Phare se dévoile  », encore en préparation à ce jour. Phare sera la plus haute tour de France, détrônant First qui détient actuellement le record après avoir elle-même détrôné la tour Montparnasse.
 
La Défense n’a jamais cessé de se réinventer, mais également de se renouveler et s‘améliorer. Ainsi, les tours de bureaux ancienne-génération ne proposaient pas à leurs employés un cadre de travail satisfaisant : bureaux éloignés des vitres, air conditionné en permanence et impossibilité d'ouvrir les fenêtres, néons agressifs pour les yeux. Les rénovations de tours prévues ou déjà effectuées, et les aménagements des nouvelles constructions proposent désormais un cadre de travail plus en accord avec une bonne qualité de vie des employés… Cette phrase a l'air d'être tout droit sortie d'un tract de propagande ou d'un dépliant touristique, et pourtant cette prise en compte des besoins de travailler dans de bonnes conditions de confort et de lumière était indispensable, et participe réellement du renouveau et de l'amélioration de ce quartier que beaucoup ont qualifié, au fil du temps, d'échec, de ratage, d'erreur ou encore de chaos. Jugement sans doute injuste et injustifié, même s'il faut se garder de retomber dans l'optimisme idéaliste de certains observateurs ou acteurs du quartier des années soixante et soixante-dix, car des erreurs et des ratages, il y en a eu aussi à La Défense. Et comme on l’a vu, le quartier a également été fortement ébranlé lors de chaque crise économique ou immobilière.
 
Mais il ne faut pas oublier que La Défense s'est construite à l’origine sur le dos de centaines de personnes expulsées des «  bidonvilles  » (comme on peut le lire dans la presse de l'époque) environnants. (4) Ces personnes ont certes été relogées, souvent dans les nouvelles constructions, mais cela n'efface sûrement pas le traumatisme de la perte de son logement et de tous les souvenirs s‘y rattachant. Si on veut aller plus loin encore dans le temps, on découvrira que les toutes premières expulsions en rapport avec la future Défense remontent à l’année 1768 lorsqu’une ordonnance de Louis XV expropria les propriétaires de maisons empêchant la réalisation de l’axe menant vers la Butte de Chantecoq ! (5)
 
Et les expulsions continuent de nos jours avec la triste démolition annoncée de certaines résidences des Damiers (les Damiers Anjou-Infra et Bretagne), ensemble de logements de 1976 de bonne qualité (mais visiblement pas entretenus par la compagnie qui en est propriétaire) situé côté Courbevoie, en bord de Seine, dans lequel vivaient deux cent cinquante familles, qui a fait l’objet d’une promesse de vente (ou d‘une vente effective, les sources divergent) à un richissime promoteur russe dans l'unique but de le démolir pour y construire deux tours gigantesques, l'Hermitage Plaza, qui abriteront notamment des appartements de luxe (on parle déjà de onze à quinze mille euros le mètre carré) et un hôtel cinq étoiles. Même si les deux tours de l'Hermitage Plaza, qui sera achevé en 2015 ou 2016 s‘il est effectivement construit, seront superbes, il faut bien le reconnaître, et que ces constructions seront de très haute qualité environnementale, cette opération immobilière est une erreur (difficile de qualifier d'humaine) puisque des familles, qui vivaient très bien aux Damiers, ont déjà été expulsées et que certaines seraient toujours, au jour d’aujourd’hui, en attente de relogement. Mettre à la porte, du jour au lendemain, des «  occupants  » (souvent de très longue date) d’immeubles de bonne qualité, même s'ils sont effectivement relogés, dans le but de les remplacer à terme par de riches propriétaires d'appartements très haut de gamme dans une tour de luxe est indécent, et a de quoi faire grincer les dents. Dégagez de là qu’on s’y mette, en gros…
 
Les habitants ou anciens habitants des Damiers, dont certains sont traumatisés, continuent courageusement de se battre pour essayer de sauver leur résidence, et plus généralement, maintenir en bon état leur quartier (6). Des recours pour empêcher les démolitions ont été déposés, ainsi qu’une demande pour classer ces beaux immeubles, dont les appartements sont pourvus de balcons, voire d’une terrasse, aux Monuments Historiques, en raison de leur intérêt architectural bien réel. Le démarrage du chantier d’Hermitage Plaza, était originellement annoncé pour 2010. Au jour d’aujourd‘hui, les Damiers concernés sont toujours en place et la démolition n‘a heureusement pas encore commencé. D’ailleurs, des habitants y vivent encore. Evidemment, les Damiers ne font pas le poids face au pharaonique projet de l’Hermitage Plaza, mais qui sait ? il n’est peut-être pas trop tard pour décider de sauver le quartier.
 
De l’autre côté de la Grande Arche, une partie de la ville de Nanterre va faire l’objet d’un réaménagement dans le but d’étendre la superficie de La Défense sur cette commune. Le projet est piloté par l’EPADESA dont le périmètre d’intervention a été élargi lors de sa création. Le quartier des Groues, sorte de «  friche urbaine  », comme il est parfois nommé, regroupe sur un vaste périmètre des voies ferroviaires désaffectées, destinées à accueillir le prolongement d‘Eole, des terrains vagues, mais aussi des petites entreprises et des petits pavillons. Considéré comme un secteur stratégique très convoité, le quartier va faire l‘objet d‘une urbanisation. A part les petites rues pavillonnaires très pittoresques, il faut bien reconnaître que le quartier n’est pas très beau, il semble parfois même laissé à l’abandon et aurait sans doute bien besoin d’être réaménagé, mais est-il prévu de préserver ces jolis pavillons, petits coins de paradis à quelques minutes à pieds de la Grande Arche ? Si non, les habitants seront-ils par conséquent expulsés, et les pavillons détruits pour «  cause d’utilité publique  » ? Patrick Jarry, le Maire communiste de Nanterre, a contesté en 2008 le rapport Lelarge sur le Plan de Renouveau, et a dénoncé une logique purement économique dans la politique de l‘urbanisme.
 
On ne peut donc admirer la beauté architecturale des nouvelles tours construites ou en projet à La Défense en se concentrant uniquement sur l’aspect «  architecture », et en oubliant le fait que trop souvent, la vie de centaines de personnes aura été chamboulée, voire détruite, pour les besoins de leur construction, et ce dès les débuts de l’histoire du quartier d‘affaires. On en revient à l’éternel problème des œufs à casser pour faire son omelette. Peut-il, en règle générale, en être autrement lorsqu’il s’agit de développement  ? Espérons-le… En tout cas, il semble difficile pour les décideurs de trouver, à La Défense, l’équilibre entre une attitude ambitieuse de développement économique et de grands projets, et le maintien d’une vie de quartier à une échelle véritablement humaine. Le projet Hermitage Plaza en est la parfaite illustration.
 
L’histoire de La Défense, c'est aussi cet autre immeuble des années cinquante, aujourd'hui disparu, situé 23, rue Delarivière Lefoullon, côté Puteaux, qui se vit un temps, durant les années soixante-dix, au grand désarroi de ses habitants farouchement opposés à sa démolition et bien sûr à leur expulsion, entouré d'une double rocade et isolé de ce fait du reste du monde. Les insurgés ont fini par capituler et demander officiellement leur expropriation, leur vie étant devenue un enfer en raison du bruit, de la pollution et du danger que cette voie à grande vitesse représentait pour entrer et sortir de chez eux. Celui qui a résisté le plus longtemps fut le propriétaire d’un petit café situé au bas de l’immeuble, en raison du chiffre d’affaires que générait la venue des ouvriers du bâtiment dans son établissement.
 
La Défense, c'est également des tours de bureaux démolies et remplacées par d'autres, comme la Tour Esso, construite comme on l’a vu en 1963, et démolie en 1993, et sur le terrain de laquelle se dresse désormais le Cœur Défense, achevé en 2001 (7). On n'oubliera pas d’avoir une petite pensée émue pour la Tour Aurore, tour de «  première génération  » construite en 1970, désormais vieillie et rebutante à première vue, peut être, en raison de la saleté de ses balustrades, mais témoin précieux de l'esthétique de son temps et partie intégrante de l'histoire du quartier. Elle est actuellement vide, entourée de palissades protégeant le chantier, et elle sera malheureusement démolie prochainement pour faire place à l'avenir à la tour Aire² . Elle avait pourtant été rénovée en 1990 et, d’après ce qu’on peut lire, également en 2005 ou 2007. Cette démolition prochaine est peut-être liée au Plan de Renouveau de La Défense de 2006 qui accorde des avantages fiscaux en cas de démolition-reconstruction. Vu qu’il s’agit d’une tour de bureaux, la démolition d’Aurore est évidemment beaucoup moins grave que ce qui se passe actuellement aux Damiers, mais elle était, architecturalement parlant, unique en son genre dans le quartier et elle avait une vraie personnalité.
 
Non loin d’Aurore, la Tour Europe, qui date de 1969, est également fermée et entourée de palissades, mais elle sera épargnée (comme quoi, c’est possible !) et entièrement réhabilitée pour la rendre moins énergivore.
 
Certes, on ne peut s'enthousiasmer de voir le quartier de La Défense bouger et se renouveler et déplorer ensuite tout changement qui peut lui être apporté, surtout si l‘objectif est de l‘améliorer, l’embellir et de rendre plus facile la vie des personnes employées dans le quartier d‘affaires (il serait bon que les mêmes délicates attentions soient accordées aux habitants !). A moins que le but ne soit d’étendre verticalement le quartier d‘affaires, puisqu’il ne pourra continuer indéfiniment de s’étendre horizontalement. Cependant, quelque soient les besoins de développement de La Défense, chaque démolition et reconstruction, plutôt qu'une complète restauration intérieure préservant la façade, menace cet intéressant mélange de styles architecturaux créé au fil du temps, mélange harmonieux qu'il ne faudrait pas prendre pour un fouillis urbain. Aussi magnifiques soient les nouvelles tours, car elle le sont et le seront indéniablement, il semble qu'uniformiser le quartier d'affaire dans le plus récent style de modernisme, risque de le rendre finalement monotone et lui retirer un peu de son attrait. De plus, concernant le sort d’Aurore, on imagine les éventuelles nuisances sonores subies, certes de façon relativement temporaire, par les habitants des résidences situées juste à côté, comme Vision 80 ou Manhattan Square, pendant cette entreprise de démolition-reconstruction. L’actuelle démolition de la tour Veritas, remplacée en 2012 ou 2013 par la Tour D2 et située plus en retrait de l‘esplanade, fait déjà un raffut pas possible dans le quartier des Reflets.
 
La Défense, c'est enfin quelques projets de tours enterrés, comme la Tour Zehrfuss (pas trouvé de photo), qui devait se situer face au CNIT et dont la construction fut définitivement abandonnée en 1969 pour des raisons financières, la Tour Diapason qui devait prendre place en 1971 sur le terrain désormais occupé par la Grande Arche, La Tour Lumière, projet un peu dingue des années soixante d’une tour de 307 mètres de haut, sans aucune fonction sinon celle d’envoyer en permanence des raies de lumière colorées et mobiles, ou encore les récentes Tour Sans Fin de Jean Nouvel, et Tour Signal, également imaginée par Jean Nouvel et pour l’instant en suspens. Les tours abandonnées resteront dans la mémoire du quartier sous la forme de plans, de dessins et de maquettes. Et finalement, la très belle Tour Osmose sera-t-elle construite, ou le projet a-t-il été définitivement abandonné ?
 
Retour sur la terre ferme.
 
En plus de son grand intérêt architectural, dû en partie au fait que certaines réalisations, dont la Grande Arche elle-même, sont le fruit de concours architecturaux, La Défense abrite sur son esplanade un grand nombre de sculptures, parfois aussi monumentales (mais n‘exagérons pas quand même…) que les constructions qui les entourent. L'esplanade est ainsi devenue dès le début des années 70 un lieu de promenade culturelle, un gigantesque musée d’art contemporain à ciel ouvert où se côtoient désormais divers styles artistiques des quatre dernières décennies. Il y eut même un projet de musée d'Art Moderne à La Défense, projet voulu et défendu par Malraux… qui se concrétisa finalement plus tard à Beaubourg. (8) Si le «  tas de tuyaux  », comme l’a surnommé Coluche, est désormais intégré au quartier Rambuteau de Paris, on n'a pas oublié les polémiques, parfois violentes, et les grincements de dents qui ont accompagné l'ouverture du musée, et on peut en effet continuer à se demander s'il n'aurait pas mieux trouvé sa place dans le modernisme ambiant de La Défense.
 
Parmi ces sculptures on retiendra par exemple «  La Défense de Paris  », statue de 1883 trônant originellement sur la butte Chantecoq, qui a donné son nom au quartier et qui contraste aujourd'hui singulièrement, de part la date de sa réalisation, avec son environnement. Elle fut déposée en 1971, entreposée durant de longues années, ballotée à droite et à gauche puis finalement réinstallée en 1983 sur l'esplanade.
 
La fontaine d’Agam (ici sur la photo de présentation de l’article, avec une partie du Cœur Défense en arrière plan (9) ) a été créée au milieu des années 70 mais implantée sur l’esplanade en 1988. Les mosaïques très colorées en émaux qui la composent ont été spécialement fabriquées à Venise.
 
Difficile de passer à côté des «  Personnages  » de Joan Miro, créés et mis en place en 1976. Du fait de leur forme et des couleurs très vives qui les composent, les Personnages ont surpris, et le mot est parfois un euphémisme, à l’époque de leur installation.
 
Haut de quinze mètres, le Calder de La Défense peut également surprendre à première vue du fait de sa couleur rouge vif. Ca ressemble à une araignée géante, mais on peut aussi voir dans cette œuvre un éléphant rouge des temps modernes.
 
Le Pouce de César trône de façon impressionnante devant l’entrée du CNIT. L’artiste avait originellement créé un pouce de quarante centimètres de haut, et décida de porter l’œuvre à douze mètres lorsqu’on lui commanda une reproduction pour La Défense. De nombreux touristes s’arrêtent et prennent la pose au pied du Pouce.
 
Des sculptures, fontaines ou œuvres d’art diverses, il y en a déjà plus de soixante dispersées sur le territoire de La Défense. Les plus anciennes des œuvres contemporaines datent du début des années 70, les plus récentes des années 2000. Il y a même un morceau du mur de Berlin exposé côté Puteaux. De quoi s’offrir de belles et longues promenades artistiques les jours de beau temps.
 
Une autre forme d’art a très récemment vu le jour à La Défense. Art éphémère peut-être, enjolivant actuellement les fenêtres de certaines tours de bureaux. Il y a quelques semaines, une personne a eu l’idée de confectionner, à partir de Post-it, comme autant de pixels d‘une photographie, un personnage du jeu vidéo «  Space Invaders », et elle a collé son œuvre à sa fenêtre. Dans la tour d’en face, quelqu’un l’a remarqué, et a répliqué en confectionnant avec ces mêmes petits bouts de papier le vaisseau ennemi provenant de ce même jeu vidéo. Une sorte de bataille pacifique et humoristique de Post-it a alors vu le jour d‘une tour à l‘autre, chacun répliquant à peine le «  pixel-art » d’en face avait été mis en place.
 
Certaines tours du Faubourg de l‘Arche (depuis début août le CNIT et d’autres tours sur l’esplanade semblent également atteints de postite aigüe…) ne sont pas loin d’être couvertes de personnages parmi lesquels on reconnaîtra avec amusement Mario ou la Panthère rose, rejointe depuis quelques jours seulement par la magnifique fusée lunaire (multi-étages !) du Pr Tournesol, et un tout aussi magnifique Tintin, revêtu de sa combinaison spatiale, flottant dans l’espace. On trouvera aussi les incontournables Pac Man, mais aussi Homer et Marje Simpson, Marilyn Monroe…. Le phénomène va-t-il s’étendre à La Défense toute entière ? Les employés des tours sont unanimes pour affirmer que cela égaye le quartier et crée du lien social et une forme de communication entre eux. Le tout a même engendré un pique nique le 28 juillet dernier dans le parc voisin, regroupant les Post-It-artistes. Il paraît que certains magasins des environs (et des magasins, il y en a pas mal à La Défense qui abrite aussi, autre de ses caractéristiques, un immense temple de la consommation…) ont vu leur stock de Post-It dévalisé, et il n’est plus rare de voir désormais les gens déambuler dans le Faubourg de l’Arche le nez levé vers les fenêtres des tours de bureaux. Aucun risque, La Défense étant l’un des rares quartiers de l’agglomération parisienne parfaitement propres... Pas un papier à terre non plus, et pourvu que ça dure. Quant aux tags, ils sont retirés dès qu’ils sont peints, et les Défensiens et employés du quartier peuvent même contacter Defacto pour signaler le lieu de leur présence. L’organisme gestionnaire a également lancé en 2011 «  Forme Publique  », la biennale de création de mobilier urbain, dans le but d’améliorer la vie dans le quartier et faire de La Défense un exemple en la matière. Les acteurs de ce projet travailleront autour de cinq thèmes : «  jeter/trier  », «  poser/se reposer  », «  attendre/s’abriter  », «  déjeuner  » et enfin «  travailler/se cultiver  ».
 
Fin de la promenade sur l'esplanade...
 
On n'oubliera pas, pour finir, que La Défense est aussi et surtout un quartier piétonnier. Parti pris pas évident au moment de la construction du quartier, à une époque où la voiture individuelle était reine. Sur le parvis et l'esplanade, il y a peut être du vent, parfois même beaucoup de vent les mauvais jours, mais il n’y a pas de rugissements de moteurs, pas d'émanations puantes de pots d'échappements. On se promène tranquillement dans un espace lumineux et aéré, on flâne parmi les platanes (autre prouesse de l‘époque que de parvenir à planter des arbres sur une dalle…), on peut jouer à la pétanque le week-end, on profite, quand le temps le permet, de l‘une des soixante terrasses de cafés, restaurants, bars à vins… de l‘esplanade, on va admirer la Vigne du Clos Chantecoq, plantée à l'extrême sud de la dalle, devant laquelle fleurit l’été un parterre de lavande.
 
C'est peut être pour cela que le pouce de César a si bien trouvé sa place dans le quartier. «  Pouce !  » s'écrient les enfants lorsqu'ils veulent stopper le jeu. On arrête tout, on fait une pause. Même si La Défense est bourrée de gens pressés qui ne font que passer, on peut aussi y prendre son temps. Sur l'esplanade, on se croirait presque sur une île, ou sur un paquebot à la poupe duquel on retrouve avec étonnement, en contrebas, le bruit et la fureur de la ville. Lorsqu'on lève de nouveau les yeux, c'est une vue magnifique sur l’Arc de Triomphe qui apparaît à l'horizon.
 
Alors La Défense, qui mérite décidément d’être aimée, protégée et défendue, peut aussi être le paradis des photographes, et pourquoi pas, inspirer également les peintres ?
 
Pour en savoir plus.
- Pour en savoir plus sur l’histoire du quartier, on peut à se rendre au Musée de La Défense, situé sur l'esplanade. On y trouve tout sur la naissance et l‘aménagement, décennie après décennie, du quartier, avec des photos, des plans, des maquettes…
- Là Pour Toi, le réseau social de La Défense.
- Défense 92
- Les projets futurs de La Défense.
- Les œuvres d’art de La Défense.
 
Notes.
(1) Si l'on ne compte pas la Résidence Bellini Défense, près du Pont de Neuilly, immeuble d'habitations construit en 1957.
(2) EPAD a fusionné en 2010 avec l’EPASA (Etablissement pour l’Aménagement de Seine Arche) pour former l’EPADESA.
(3) Le RER (Réseau Express Régional) devait initialement s'appeler le "Métro Express Régional Défense Etoile". Au moment des travaux, le peintre en lettre travaillant sur la pancarte se rendit compte du ridicule de l'acronyme correspondant, et la ligne fut, fort heureusement, immédiatement rebaptisée. Sinon, à part ça, la station de La Défense apparaît dans l’excellent film «  Buffet Froid  » (1979) de Bertrand Blier.
(4) Cette photo date de 1958 et montre une partie des bâtisses expropriées du rond-point de La Défense.
(5) La «  Butte de Chantecoq  » est devenue plus tard le «  Rond Point de La Défense ». Histoire de La Défense.
(6) La Défense, était autrefois découpée en quartiers numérotés (La Défense 2, par exemple) En 2009, elle a été humanisée dans la réorganisation de son découpage. Les quartiers portent désormais des noms, comme le quartier Villon, du nom du peintre cubiste Jacques Villon, de son vrai nom Gaston Duchamp (frère ainé de Marcel). Les Damiers, quant à eux, se trouvent dans le quartier des Saisons.
(7) Cœur Défense devait à l'origine abriter également des logements. La tour n’abritera finalement que des bureaux. Au jour d‘aujourd‘hui, et sauf erreur de ma part, la seule tour mixte (bureaux et logements) de La Défense est la tour Eve.
(8) Et «  Beaubourg  », comme tout le monde l’appelle, n’est pas le seul à avoir failli voir le jour à La Défense : on avait également envisagé d’y installer la Maison de la Radio avant de la construire finalement à Paris, en bord de Seine. Les bâtiments de l’UNESCO, avant d’être construits par l’architecte Zerhfuss dans le 7ème arrondissement de Paris, devaient également voir le jour sur l’esplanade.
(9) Auteur de la photo : Pline.

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16 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 12 août 2011 11:35

    Bonjour, Surya.

    Bel effort de plaidoirie pour La Défense. Cela dit, bien que tout n’y soit pas négatif, je n’ai personnellement jamais réussi à m’y faire, et lorsqu’il m’est arrivé de m’y rendre pour des réunions professionnelles ou des salons, je ne m’y attardais pas tant cet univers, avec ses dalles et son absence de véritables rues, m’apparaissait déshumanisé, à l’image de la ville de Tati dans Playtime.

    Merci d’avoir cité Emir Kusturica dont le dynamisme et le talent sont immenses. Côté musique, je file dans 30’ à Paimpol pour le Festival du Chant de Marin, un rendez-vous que je manquerais pour rien au monde.

    Cordiales salutations.


    • Surya Surya 12 août 2011 12:03

      Bonjour Fergus,

      Je sais, je fais souvent l’objet d’une grande incompréhension en raison de ma passion pour ce quartier smiley Je crois qu’il faut s’attarder un peu à La Défense et pouvoir prendre le temps de bien visiter, revenez durant un week end de beau temps par exemple, lorsque les terrasses sont animées, pour vraiment apprécier.
      Certes le quartier n’est pas parfait. Pafois on se dit que certains bâtiments d’habitation sur l’esplanade auraient bien besoin d’un petit coup de peinture, cette grisaille sur les façades attriste un peu le quartier, qui mérite vraiment d’être apprécié.
      L’absence de rues ne me gêne pas pour ma part, et l’esplanade elle même peut être considérée comme une avenue... entièrement piétonne ! Certes, il n’y a pas de commerces de proximité comme une boulangerie au coin d’une rue, mais il n’y a pas de voitures non plus, donc pas de bruit, et pas de fumées de pots d’échappement.
      Je ne pense pas que cet article soit une plaidoirie. Je ne parle d’ailleurs pas que des côtés positifs. Et croyez moi, cela ne m’a demandé aucun effort smiley car La Défense fait actuellement partie de mon univers quotidien, et c’est un endroit où je me sens bien.
      J’avais développé bien davantage la partie sur Emir Kusturica et puis j’ai coupé, car l’article était déjà assez long comme ça ! J’espère qu’il reviendra jouer à Paris, car ses concerts sont vraiment géniaux !
      Dommage que je ne puisse assiter au festival du Chant de Marin, ça semble vraiment super ! Je vous souhaite un excellent moment là bas smiley
      Cordialement,


    • Yvance77 12 août 2011 14:02

      Salut,

      La réponse de Fergus est parfaite, et je partage cela entièrement. Jamais je n’ai apprécié cet univers de béton diforme.

      Quant à me randre à une terrasse pour un café, je préfère faire l’effort de prendre un billet d’avion et d’aller dans une vraie terrasse à Bucarest. C’est du charme à revendre qu’ils ont nos cousins latins de l’Est.

      Bye


    • Yvance77 12 août 2011 14:03

      * rendre (honteux de ne pas se relire)


    • Surya Surya 12 août 2011 14:25

      Bonjour Yvance 77,

      Les tours ne sont plus en béton de nos jours, c’est pour ça qu’elles sont belles. Je n’aime pas non plus le béton. Mais il y a finalement peu de béton sur l’eplanade de nos jours. C’est plutôt le verre de nos jours. Il y a quelques tours encore en béton en effet (Europe doit être en béton j’imagine), et un immeuble d’habitation de 1973 en béton, (Vision 80 pour ne pas le nommer, et c’est de lui dont je parlais quand je disais à Fergus que certains immeubles auraient besoin d’un petit coup de peinture) mais sinon on est très loin de l’univers entièrement bétonné et difforme dont vous parlez. Quant aux terrasses, elles sont vraiment agréables, quand il fait beau évidemment.
      Personnellement je trouve que ça fait un peu cher le café, s’il faut prendre l’avion, quelque soit la destination, pour aller le boire smiley Les terrasses de Bucarest sont en effet très jolies, mais il y a des jolies terrasses partout.
      J’aime aussi d’autres types d’endroits, d’autres quartiers, d’autres sortes de terrasses, chaque lieu a son charme, ses côtés positifs et peut être ses côtés négatifs aussi, et heureusement qu’il y en a pour tous les goûts ! smiley


    • easy easy 12 août 2011 11:42

      Whahhh ! Bravo !

      Quelle somme !

      J’ajoute un microscopique apport. Il concerne l’évolution de l’architecture. Certes sur le plan visuel mais aussi et surtout sur le plan technologique.
      La Défense aura été un véritable champ d’expériences en tous genres. Et du coup, on peut effectivement parler de musée de l’architecture post Guerres Mondiales.

      Impossible de faire le tour de tout ce qui aura été essayé.

      Mais bon citons deux points.

      Le CNIT, cette coupole tripode (sur laquelle a été tourné une scène de poursuite automobile en Mini dans l’Or se barre) a pu être construite grâce à un principe presque inédit consistant à relier les 3 pieds entre eux et par des câbles, sous la surface 0.


      Quant à la tour Fiat, sombre et lugubre, elle avait été faite trop épaisse. Les plateaux étant trop vastes, il fallait ajouter trop d’éclairage artificiel en leur centre. Donc gros gaspillage énergétique difficile à résoudre. (Par comparaison, remarquez que Challenger, le siège de Bouygues à Guyancourt, est très mince)


      Enfin il y a des histoires. Dont celle concernant les m² qui auraient été construits dans tel et tel autre immeuble, très au-delà des surfaces indiquées sur les plans.



      • Surya Surya 12 août 2011 12:18

        Bonjour Easy,

        Merci pour ces précisions smiley Je crois que le toit du CNIT repose en totalité sur les coins du triangle, c’est complètement dingue ce truc ! Quant à la scène de poursuite de voiture, c’est bien la seule scène de ce genre que j’aurais envie de voir ! smiley
        Et vu que La Défense est (et devrait continuer à être) un musée de l’architecture d’après guerre, c’est pour cette raison que je trouve bien dommage que des tours comme Aurore soient démolies, sans doute pour des raisons fiscales, mais je peux évidemment pas le savoir pour sûr. Si c’est le cas c’est une belle erreur. C’était pas idiot cette idée de ne taxer, si j’ai bien compris, que les hauteurs supplémentaires construites au dessus de la hauteur de l’ancienne tour, mais ça encourage pour des raisons uniquement financières la démolition de tours vraiment intéressantes sur le plan architectural qu’on aurait sans doute pu préserver. Le futur, c’est très important, mais l’histoire d’un quartier, même un quartier dont la vocation est d’être moderne, c’est tout aussi important.
        Et comme vous dîtes, des histoires, il y en a eu pas mal, il y en aura peut être d’autres... Mais je pense que ce serait un tout autre article, et je dois bien avouer que ce n’était pas de ça dont j’avais envie de parler et sur quoi j’avais envie de me concentrer.
        Très bonne journée à vous, smiley


      • easy easy 12 août 2011 13:20

         Ah oui, ce film, l’Or se barre, est en plus particulièrement sympa.
        Losqu’il avait été question de faire courir des voitures dessus, son promoteur et propriétaire avait longuement réfléchi. Si ça cassait, c’était la honte ; Si ça résistait, c’était la gloire. Il a pris le risque de dire oui et ce bâtiment est devenu glorieux. (plus grand espace couvert sans piliers intérieurs)

        Vous avez réalisé un article particulièrement complet sur la Défense et il serait difficile de faire plus long ici ( la longueur des sujet étant limitée par un robot)

        Je suis épaté par votre capacité à considérer et à exposer tout ce qui concerne cet endroit. Et cela alors que vous auriez sans doute préféré développer surtout son aspect scénique pour la musique.
        Je vous vois les meilleures dispositions pour bosser dans le tourisme ou la promotion de l’endroit.



        Concernant donc le CNIT. Oui, la voûte ne repose que sur les 3 pieds, les façades de verre ne portant rien d’elle. Les pieds allaient forcément s’écarter entre eux et tout se serait effondré. La solution consistait donc à relier ces 3 pieds entre eux par des câbles enterrés et invisibles mais inspectables (Alors que rien ne relie sous terre les 4 pieds de la Tour Eiffel)
        Et c’est pour compléter la rigidité du voile de béton que forme cette voûte qu’elle est cannelée (les cannelures rendent les voiles ou tôles plus rigides)
        Et c’est le même principe de câbles enterrés qui a permis la construction de la piscine de l’Ile Saint Denis située non loin de là.


        Allez, je vous raconte une autre problématique. Avant l’informatique, un plateau de bureaux, même en tour, c’était un sol béton avec moquette puis au-dessus un faux-plafond puis, 2m plus haut, le plancher béton de l’étage du dessus.

        Mais dès qu’il y a eu les premiers ordinateurs et gros serveurs, comme ces bestioles dégageaient de la chaleur et qu’il fallait faire passer plein de câbles. Il fallut concenoir des faux-planchers ; On marche alors non plus sur la dalle en béton mais sur un plancher qui flotte 50 cm au-dessus. Dans cet espace sous nos pieds, on peut donc faire passer aussi bien des câbles que de la climatisation.
        Toutes les tours de l’ancienne conception sans faux-plancher devenaient alors invalides

        Et elles peuvent redevenir valides de nos jours car notre informatique a une autre allure.


        (Quand on marche sur le parvis de la Défense ou autour de la Pyramide du Louvre, on marche sur un faux-plancher extérieur)


        (Problème d’amiante à considérer aussi. Tant dans les tours que dans les circulations sous dalle. On en a beaucoup retiré mais il en reste sous la qualification de « flocage stabilisé »)


      • Surya Surya 12 août 2011 13:57

        Tiens, je savais pas que la longueur des articles était contrôlée par un robot ! Ca vaut mieux, en effet ! En fait, je n’aurais pas préféré développer sur le côté musical, car j’ai vraiment aimé me concentrer sur le quartier lui-même, faire ces recherches de vieux articles ou photos etc… et ça n’a pas du tout été une contrainte, et encore moins quelque chose d’ennuyeux, mais bien quelque chose de vraiment passionnant à faire (et en effet, comme vous dites, je serais très contente si je travaillais dans la promotion touristique de ce quartier.) J’ai coupé j’ai voulu recadrer, et ne pas me disperser en parlant trop longuement d’un groupe qui, à part être venu jouer à La Défense, n’a pas de lien avec le quartier, enfin pas que je sache. Rien ne m’empêche d’ailleurs de faire un jour un petit article sur mon blog sur cet artiste et son groupe. J’ai conservé la première version de l’article, il me suffira alors de faire un copier-coller.

        Je trouve supers ces anecdotes sur les « coulisses » des tours smiley Ce sont des choses que je ne savais pas, c’est super intéressant et ça a une grande importance quand il s’agit de concevoir de nouveaux projets.

        En ce moment une partie de l’esplanade est en rénovation, et comme ils ont cassé la dalle on voit très bien le faux plancher dont vous parlez.

        Pour le problème de l‘amiante, je crois que les espèces de trucs avec trois rondelles  qu’on voit sur toute la hauteur de la Tour Aurore, ce sont les aérations de déflocage ?


      • easy easy 12 août 2011 15:02

        Aurore (et le bâtiment BNP) étant à démolir, elle a été vidée et subit d’abord un désamiantage.

        Oui les « rondelles », sont bien des bouches de dégagement de dépressurisation des étages concernés. Et vous verrez alors ces ouïes descendre d’étage en étage au fur et à mesure de la progression du chantier.

        Ce chantier Air² (nom de la tour qu’il y aura à sa place) donne une bonne indication du souci que se font ou ne se font pas les promoteurs en ce moment (Et là, ils ne se cassent pas la tête car ils se moquent des incidences négatives : plus de vent, plus d’ombre)




        Concernant la tour Fiat, son allure très noire vient du fait que les architectes avaient voulu reproduire le monolithe de 2001 l’Odyssée de l’espace (il y avait un appartement pour Agnelli)


      • easy easy 12 août 2011 15:06

        Vous allez pouvoir observer ce que donne une démolition propre, sans poussières car c’est ce qui est prévu pour Aurore. On sera dans un principe à l’opposé des démolitions à l’explosif. On rongera le bâtiment progressivement et il est très probable qu’on évacuera les copeaux depuis son coeur, non en périphérie.


      • Surya Surya 12 août 2011 15:30

        J’avais lu en effet au sujet de la tour « Fiat » l’influence du film 2001 sur sa conception smiley C’était bien trouvé, mais tout de même, elle est un peu lugubre. Il faudrait qu’ils la recouvrent de Post-Its pour la rendre plus attractive smiley sauf que je sais pas si les oeuvres seraient très visibles. D’ailleurs, je verrais bien une petite éolienne multi-étages en Post-Its sur cette façade... smiley

        Je passerai très certainement un jour voir la démolition d’Aurore, car bien que je regrette cette démolition, ce sera sans doute intéressant à regarder en effet. Il vaut mieux, vues les habitations situées juste devant, que cette démolition se fasse sans poussière, et j’espère pour eux sans trop de bruit.


      • easy easy 13 août 2011 12:09

        Surya,

        J’ai réfléchi au film « L’or se barre » vu en 1969

        De mémoire, la course poursuite se passe à vive allure et, sur le toit, les 3 mini ne lambinent donc pas.
        Or le toit du CNIT est tout de même ondulé et je ne me souviens pas que les voitures passaient ces ondulations (raides à négocier en leur creux)


        Si ça se trouve, nous sommes archi intoxiqués par notre nationalisme.

        Car si notre CNIT a été inauguré en 1958, dix ans plus tôt, en 1948, Luigi Nervi avait déjà créé le palais des exposition de Turin qui lui ressemble énormément mais sans les ondulations de la toiture et où il serait donc bien plus plausible de faire courir des voitures.

        Or ce film, « l’or se barre », a été très largement tourné à Turin.
        Bien qu’il ait été tourné vers 1968 soit 20 ans après la construction du palais des exposition de Turin et que dans le film le bâtiment semblât en chantier, je soupçonne que c’est bien à Turin que cette scène a été tournée et que c’est par nationalisme français que nous aurions soutenu puis répété à l’envi qu’elle avait été tournée sur notre CNIT.

        La preuve de ce nationalisme idiot est dans le fait que jamais nous n’avons cité le vrai père du CNIT qui est bel et bien l’italien Nervi.
        Si nous avons dénié ou en tous cas très peu cité cet ingénieur (préférant vanter notre Le Corbusier) c’est que nous étions disposés à répandre ou laisser courir toutes sortes de fausses rumeurs nationalistes.

        Bon, de tout ça ne ne serai certain qu’après avoir revu le film mais là, pour y avoir réfléchi cette nuit, je dis tout mon scepticisme sur cette version de l’histoire.


        A décharge pour les (peut-être) falsificateurs, je dirais que ce film ayant été réalisé par des Anglais, les voitures étant des Mini anglaises, l’une bleue, l’autre blanche, la troisième rouge (couleurs anglaises donc) il était tout aussi possible aux Français de prendre ce film pour un cocorico bleu blanc rouge selon notre drapeau.

        (C’est un film dans lequel les Italiens sont constamment ridiculisés)



        Si vous êtes repassée ici, faites-moi un petit signe que je sache bien que vous avez été avertie de cette possible intoxication







      • Surya Surya 14 août 2011 00:16

        Bonsoir Easy,

        Je repasse bien tardivement ! En effet, je viens de voir cette vidéo extraite du film, et on voit bien à partir de la minute 5.50 qu’il ne s’agit pas du CNIT. Je ne connaissais pas l’existence de ce bâtiment italien. Trois architectes ont réalisé le CNIT (voir wikipedia) et il est bien possible en effet (je ne vais pas dire « sûr et certain ») qu’ils s’en soient inspirés. Merci beaucoup pour cette info !
        Je n’avais pas pensé du tout qu’évidemment une course de voiture pouvait difficilement se dérouler sur le toit du CNIT vues les ondulations ! Je ne sais pas si vous avez vu, mais il est en rénovation en ce moment, le nouveau est blanc aussi, il n’est pas encore tout à fait terminé, ça dure depuis plusieurs mois, mais ça fait une sacré différence avec l’ancien qu’ils ont recouvert ! 
        Très bon dimanche à vous smiley


      • Surya Surya 12 juin 2013 17:17

        Pour les personnes désirant continuer à consulter cet article, vous pourrez trouver sur cette page une mise à jour des liens brisés.

        http://suryalablogueuse.blogspot.co.uk/2013/06/mises-jour-articles-agoravox.html


        • Surya Surya 3 mars 2014 15:32

          Je vous invite à découvrir ma playlist vidéo sur l’histoire de La Défense.

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