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Casting

En période de calme, les élections se réduisent à de simples changements d’administrateurs, mais en périodes troubles, elles sont décisives. Or nous vivons une période troublée.

Dans un film de science-fiction des années 1940 on voit les personnages lutter contre une entité faite d’énergie et de d’agressivité. Mélange détonant. Ils tentent de faire face en érigeant des barrières, mais le monstre ne cesse d’avancer et d’enfoncer ces barrières, obligeant les hommes à lutter jusqu’à ce qu’ils se rendent compte qu’en fait, le monstre est déjà dans la place, parce qu’il est parmi eux, il est même l’un d’entre eux.
L’humanité a toujours remporté des victoires lors de luttes exogènes, luttes contre la nature, contre la matière, contre l’espace. En revanche, elle a presque toujours perdu ses luttes endogènes, luttes où elle-même tient le rôle du mal malin qui cherche à la détruire. Notre véritable adversaire, celui que nous devons prendre au sérieux, c’est nous-mêmes.

Lors de l’accession au pouvoir de Staline, Lénine aurait déclaré : "C’en est fait de nous." Le communisme a remporté des victoires contre l’injustice des tsars, contre l’obscurité, contre la pauvreté, mais pas contre lui-même. Il y a une loi qui veut que les idées, dans un premier temps, tiennent leurs promesses, mais finissent par tomber entre les mains de bandits qui les détournent à leur profit dans un deuxième temps. Les héros de la Révolution française ont ouvert la voie à la bourgeoisie qui, par cupidité, n’a pas hésité à faire travailler des enfants de huit ans.
Notre malheur est qu’en matière politique, les grandes idées ne vivent pas d’elles-mêmes, elles ont besoin d’hommes pour les incarner. Et quand l’histoire opère son casting, elle a tendance à mettre en avant Staline plutôt que Lénine, Robespierre plutôt que Danton, Mitterand plutôt que Mendès France ou Rocard. L’histoire aime les tueurs.

Il n’est donc pas inutile de tenter de déceler la montées des grandes idées, celles qui font suite aux grands bouleversements, et d’identifier ceux qui les portent pour essayer de savoir ce qui nous arrive chaque fois que nous vivons un changement de nos paradigmes.
Mondialisation, écologie, islamisme, défi nucléaire, pertes des repères désignent peu ou prou les bouleversements qui nous attendent dans la décennie à venir. Des hommes se proposent au casting de l’histoire et se prétendent capables de dompter ce qui nous accable. D’autres hommes les suivent et tentent d’indiquer, en défilant en masse, un sens à l’histoire.
Allons plus loin que la simple découverte du casting, et posons les questions qui séparent Lénine de Staline.

Les manifestants des banlieues cherchent-ils à instaurer une société plus juste ou à obtenir les bienfaits matériels qui reviennent aux vainqueurs de tous rapports de force ?

Les altermondialistes, qui voient la possibilité d’un autre monde, considèrent-ils cette perspective alternative comme une fin en soi ou comme un moyen de devenir calife à la place du calife ?

Les conservateurs voient-ils dans la lutte contre le chômage et l’inflation les conditions de l’épanouissement de tous les talents, ou plutôt la seule voie qui permette de maintenir les avantages des classes privilégiées ?

La gauche attise-t-elle la révolte que suscite l’injustice sociale, dans le but d’en utiliser l’énergie pour obtenir des mandats et des portefeuilles, ou pour véritablement corriger la donne injuste du destin laissé à lui-même ?

Les choses peuvent s’exprimer de façon fort simple pour ceux qui chevauchent l’histoire : José Bové est-il honnête ? Nicolas Sarkozy est-il manipulateur ? Dominique Strauss-Kahn est-il au service des ses idées ? Jacques Chirac est-il un homme d’Etat ? Ségolène Royal est-elle sincère ? La liste est bien évidemment extensible à souhait. Pour chacun, posons-nous la question : saint, ou coquin ?

Car après tout, pour donner ses talents au service du public en renonçant aux attraits du privé, il faut être d’une certaine manière un saint. Et si on poursuit d’autres visées, on est à ranger dans les rangs des coquins.

L’ennemi, ce n’est pas l’autre, c’est nous qui ne savons pas déceler les mobiles véritables des ambitions de ceux qui agissent. Que la difficulté soit importante n’est pas une excuse, la démocratie a ceci d’exigeant que tout en nous donnant les moyens d’infléchir le sens de l’histoire, elle nous accable d’une responsabilité écrasante dans les périodes charnières de l’histoire.


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1 réactions à cet article    


  • Guillaume (---.---.81.170) 7 novembre 2006 09:51

    On connait la chanson... lénine le gentil, staline le méchant. Les crimes de Lénine sont bien réels, je vous invite à lire le livre de Hélène Carère d’Encausse de l’académie française.

    Sinon, pour le reste de l’article, je suis grosso modo d’accord.

    Bonne continuation.

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