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Accueil du site > Actualités > Société > Ce dimanche 25 mai : Faites des mères !

Ce dimanche 25 mai : Faites des mères !

« Vive les pondeuses » - La fête des mères n’a pas toujours eu la cote dans les années 70. Aujourd’hui, même si son sens original est en contradiction avec la libération des femmes, cette fête est fêtée par 72% des Français (Sofrès2006). C’est vrai que les Françaises ont désormais le record d’Europe de la natalité avec en moyenne 2 enfants par femme, et que les baby boomeuses ont développé des liens forts avec leurs enfants, qui le leur rendent bien, d’autre part. Alors d’où vient, et que représente aujourd’hui cette fête si commerciale mais aussi si populaire ?

Dans des familles ou quatre générations coexistent souvent, où l’enfant devenu la base en lieu et place du couple et la grand parentalité une ressource affective et matérielle de plus en plus importante, la fête des mère est un rituel familial. Pour les pères, c’est aussi l’occasion de célébrer deux mères au moins, la mère de ses enfants et sa propre mère. Mais un risque de confusion entre les générations ne conduit-il pas à célébrer la maternité plus que sa mère ? A accompagner l’image d’une mère parfaite de retour dans son foyer version 2008 ?

Ce serait un pied de nez aux filles de mai qui ont défendu l’idée qu’une bonne mère était une mère qui pensait aussi à elle, et que l’on pouvait être femme sans être mère. D’ailleurs, dans cette « génération 68 », une femme sur dix n’a pas eu d’enfant. Cela dit, que signifierait une « fête des non-mères » ? Certainement moins qu’une fête qui penserait aussi aux belles-mères, c’est-à-dire à toutes ces femmes, de plus en plus nombreuses, qui élèvent l’enfant de leur mari, et doivent refouler leur humiliation quand seule la mère biologique est fêtée. Ce rôle complexe, où la femme essaye d’élever l’enfant sans usurper la place du parent biologique n’est guère associée à ce rituel de reconnaissance et de valorisation de la filiation qui devrait pourtant faire écho à leur investissement quotidien. Le temps de la parentalité indivisible et biologique est bien remis en question par la monoparentalité, la beau-parentalité, la pluri-parentalité et l’homoparentalité. Alors que l’on célèbre le couple sacré et sacralisé de la mère et de l’enfant, ces parents différents de la famille traditionnelle et ces « parents en plus » sont oubliés, alors même qu’une famille sur dix est une famille recomposée et un enfant sur quatre vit avec un seul de ses parents (INSEE)

« Il n’y a qu’une maman et c’est toi ma maman » - Même loin, maman reste proche. Et si, généralement, cette occasion permet de se retrouver de façon heureuse, cette fête peut aussi avoir un goût amer pour certaines mères séparées de leurs enfants à la suite d’une séparation, d’un divorce ou des circonstances de la vie. Pour elles, cette date rituelle réveille une douleur qu’une pensée, un coup de fil, un mail ou un courrier n’apaisera qu’un temps. Que dire aussi des enfants adoptés qui ne connaissent pas et souvent recherchent leur mère biologique, des nés sous x, ou de tous ceux qui, placés, sont privés de leur mère ? Comme toute fête, tout anniversaire, la fête des mères est aussi un révélateur des solitudes affectives, et ravive la douleur des séparations, par la vie, la mort, dans le temps ou l’espace géographique. Et il y a de plus en plus de solitudes, signes des injustices de la société mais aussi, aujourd’hui, lourd tribu des recompositions familiales Et ce sont bien les femmes qui, à la différence des hommes, se remettent le moins en couple après une séparation.

Selon une étude Ifop réalisée en 2001, une femme sur trois est toujours très touchée et satisfaite de recevoir une création artisanale réalisée par son enfant – création qui arrive en première position, et de très loin, chez les mamans âgées de 25 à 49 ans. Même si, dans le même temps, aidé par un tapage commercial considérable, 9 hommes sur 10 se sentent obligés d’offrir un cadeau à leur femme et à leur mère – principalement des fleurs, des bijoux ou un parfum –, ce sont bien les enfants qui font la force de cette fête par « l’artisanat du coeur ». Le dessin au feutre, le cendrier en terre cuite, le patchwork, la boîte de camembert transformée en coffret à bijoux ou les colliers de nouilles – même redoutés par certaines mamans - ont de l’avenir ! Le rôle des maîtres et des maîtresses, qui encadrent ces ateliers de la fête des mères à l’école, surtout en maternelle, est donc important. Et pour l’adolescent qui a du mal à exprimer ses sentiments, la fête des mères peut être l’occasion privilégiée où un simple « bonne fête maman » trouvera un écho profond pour la mère comme pour son fils ou sa fille.

La fête des mères est en fait une fête vieille comme le monde, internationale et quasi universelle ! Durant de longs siècles, l’Église et la célébration de la vierge Marie ont contribué à occulter cette fête. « Mère » est même devenu un titre pour désigner certains membres de la communauté religieuse, comme les abbesses par exemple… En fait, la fête des mères, telle que nous la connaissons depuis le début du XXe siècle, est bien une fête laïque ! Elle était déjà célébrée dans l’Antiquité par les Grecs, qui fêtaient Rhéa et la fécondité et par les Romains qui célébraient les Matraliae, du mot latin mater qui veut dire mère. Tous les mots de la famille de mater comme maternelle, matrice, maternité ont donc un lien avec ces divinités et la maternité est l’endroit désigné pour mettre les enfants au monde et devenir maman. La fête des mères telle que nous la connaissons aujourd’hui, est née à Boston, aux États-Unis, en 1872, à l’initiative de Julia Ward Howe. Cette idée fut reprise au début du XXe siècle par une institutrice, Ana Jarvis : inconsolable après la perte de sa mère, elle remua ciel et terre pour faire accepter l’idée d’une fête nationale célébrant toutes les mères. Et elle obtint gain de cause. Si le Mother’s Day est fêté depuis 1912 aux États-Unis le deuxième dimanche de mai, c’est parce que c’est le jour où Ana perdit sa maman adorée.

Contrairement à la légende, cette fête n’est donc pas une invention de Vichy. Elle fut célébrée pour la première fois en France au mois de juin 1906, dans l’Isère, sur l’initiative de l’Union fraternelle des pères de famille. Elle avait déjà été évoquée par Napoléon en 1806 et fut proclamée le 9 mai 1920, dans le but de célébrer les familles nombreuses et d’encourager le repeuplement de la France après l’hécatombe de la guerre de 1914-1918. La première cérémonie eut lieu le 20 avril 1926. Si Pétain l’utilisa en 1941 pour faire la propagande de la bonne ménagère soumise et dévouée, c’est après la Libération qu’elle fut officialisée par la loi du 24 mai 1950, afin « que la République française rende officiellement hommage aux mères ». Et les conquêtes des femmes ne remirent pas en cause ce symbole familial. La fête des mères a conservé son importance par-delà les générations, les mutations de la famille et de la condition des femmes. Elle est devenue une date, un instant qui cristallise à présent un nouvel esprit de famille, notamment dans les foyers où la famille est multiple, atypique ou défaillante.

Il serait peut-être temps d’y célébrer aussi le lien familial, et avec, les grandes mamans, les mamans chéries mais aussi les mamans choisies et les mamans de cœur !

 

Eric Donfu,

sociologue, président de DRS Dialogues et Relations Sociales

23 mai 2008

Auteur de

Oh mamie boom (Jacob-Duvernet ,2007)
Ces jolies filles de mai, 68 la révolution des femmes (Jacob-Duvernet, 2008)

Article publié le 23 mai 2008 sur le site www.parent-solo.fr
Lire aussi l’article de Emmanuèle Peyet dans Libération daté du samedi 24 mai 2008


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7 réactions à cet article    


  • Rosemarie Fanfan1204 25 mai 2008 15:10

    Je n’en crois pas mes yeux, aucun post sur votre billet ?? les mamans intéressent-elles si peu ? moins vendeur qu’Ingrid ou Sarko ??

    Bon, merci à vous auteur pour cet article car au-delà de l’aspect commercial dont rabâché, aucune maman n’a jamais été insensible devant le dessin de son bambin ou devant le collier de nouilles décrié dans la pub. Quelle maman préfèrerait une senséo à un petit objet peint maladroitement par sa petite fille ou son petit garçon fier du haut de ses 7 ans ?? Mon plus jeune fils aura 21 ans demain et je donnerai chèr pour revenir dans le passé quand il me faisait ces cadeaux du coeur.

    Ne pas oublier que le jour où nos parents morts n’entendent plus le "papa" ou le "maman" est un jour terrible car ces mots dits parfois dans le silence de notre coeur résonne bien tristement. Je le sais, moi qui n’ai plus de maman à qui offrir un cadeau commercial, mais surtout à qui je dirais, "maman je t’aime".

    Bon allez couper une fleur dans le jardin et donnez là à votre mère, votre femme aussi. C’est toujours une occasion de dire "je pense à toi ; tu es importante, merci d’exister".

     


    • pseudo pseudo 25 mai 2008 15:56

      Moi, ma fille a 20 ans et elle poursuit ses études en province. Hier, j’ai reçu une très jolie et gentille carte et c’est vrai que j’en ai eu les larmes au yeux.

      Les petites douceurs font toujours chaud au coeur.


    • Eric Donfu eric donfu 25 mai 2008 15:59

      Merci Fanfan, pour ce beau commentaire... qui les vaut tous !

      Evoquer la mère, aujourd’hui, est un sujet qui touche à l’intime, et parfois çla souffrance qui existe dans les familles, c’est peut-être ce qui explique la pudeur des internautes en ce jour. Il est vrai aussi que son développement, une analyse, ne prête pas à la polémique. Sur www.parent-solo.fr, un site assez communautaire, les commentaires, sur le même article, vont bon train, tout comme sur www.liberation.fr à propos de l’artice de Emmanuèle Peyret qui rejoint un peu notre thème avec une sagacité piquante très Libé... Je pense cependant que la question posée, "Quelle est la place de cette fête traditionnelle dans des foyers qui ne le sont plus" aura été posée, peut-être pour la première fois un jour comme celui-là. Différents témoignages lus sur les sites précités me confirment dans l’idée que c’était bien de le faire, même s’il y aurait bien d’autres points à aborder.Mais cet article est, par définition, intemporel !

      Alors, après la première - ou dernière, peu importe - remarque, il y en aura peut-être d’autre, avec le recul vécu de ce dimanche sensible. Bonne soirée de fête des mères à toutes les mamans, de coeur forcément ! ED


    • rocla (haddock) rocla (haddock) 25 mai 2008 16:07

      maman ça va là-haut ?


      • Blé 26 mai 2008 05:33

        Beaucoup de mères ne sont pas "à la fête" en ce moment. Il faut savoir qu’une mère de famille à la recherche d’un emploi ne doit en aucun cas parler des difficultés qu’elle rencontre pour faire garder son ou ses enfants. Ce problème concerne évidemment les hommes aussi mais dans une moindre mesure.

        La société dans son infini générosité accorde à une femme qui travaille 8 trimestres pour l’éducation d’un enfant.


        • Internaute Internaute 26 mai 2008 08:28

          Pauvre sociologue qui en un article sur un sujet béni arrive à vomir toute la haine qu’il peut avoir contre la société française. Tout y passe, du reniement de la mère qui devient sous sa plume "mère biologique" au couplet anti-clérical, anti-pétainiste (celui qui officialisa la fête des mères en france) et l’apologie de la 68arde attardée sans enfants. On y trouve même l’amalgame (français=personne vivant en France) sous la façon joyeuse d’annoncer la bonne nouvelle de la croissance des naissances en France alors que la fécondité des françaises reste à peine à l’équilibre tandis que celle des africaines grimpe aux sommets.

          C’est de l’agit-propo de journaliste biologique.

          NB : en français celle que vous appelez mère se dit marâtre.


          • Eric Donfu eric donfu 26 mai 2008 12:00

            Que de sel dans ce post Maréchal(e)... A ronde table, il n’y a débat pour être plus près du meilleur plat... Alors, quel est votre programme ? Pour une prime à la naissance aux mamans nationales ? Un salaire garanti pour le retour au foyer des femmes ? Les allocations familiales sélectives ? Trève d’humour noir, même si toute politique familiale est, par définition, imparfaite, la loi est la loi et les moeurs plus forts encore. J’espère surtout que ce post donne envie de s’exprimer sur la politique familiale telle qu’on l’apprécie, la vit, la concoit ou la critique. Alors, osons le débat ? ED

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