90 000 chômeurs de plus sur les dernières statistiques de l’emploi. 400 000 à 450 000 suppressions de poste prévues pour 2009. Les chiffres font frémir.
A côté de ce tsunami qui touche particulièrement les employés en situation précaire ainsi que les postes de production, il semble que les cadres ou les agents de maîtrise soient miraculeusement protégés.
Un optimisme renforcé par de récents sondages.
Le 2 février, Le Figaro publie une enquête exclusive Apec-Reussir -L’Express-Le Figaro sur les stratégies des cadres face à la crise.
"Que révèle-t-elle ?" Questionne le journal.
"Que les cadres sont lucides sur la gravité de la crise (52 % des personnes interrogées estiment qu’elle aura des conséquences sociales graves et durables), mais aussi, qu’ils se montrent plutôt optimistes quant à leur avenir professionnel (un peu moins pour celui de leur entourage)."
Effectivement, les cadres ne sont pas tendres avec leurs entreprises qu’ils jugent sévèrement quant à leur capacité à défendre les salariés. En conséquence de quoi, ils n’attendent personnellement pas grand chose de la structure qui les emploie.
Toutefois, la lecture de l’enquête pourrait laisser penser que les cadres forment une population "à part", peu concernée par les dangers d’un un système économique en faillite et finalement assez tranquille dans une tourmente frappant tous les autres.
Cette première impression est à peine nuancée par l’entretien accordé le même jour par Jacky Chatelain.
Malgré des formules à la "Christine Largarde" qui voudraient encore faire croire au lecteur que la situation n’est pas si préoccupante que cela (après tout pourquoi se plaindre puisque les embauches restent d’un "bon niveau" et qu’il suffit d’attendre 4 petites années pour que l’horizon se dégage...), on pressent déjà que tout n’est pas rose.
D’ailleurs, l’article se termine sur une note presque alarmiste :
Le 19 février, Courrier cadres exprime plus clairement la réalité dans son article "Le chômage partiel s’étend aux cadres".
Un encart précise que Renault "a annoncé lundi qu’il réfléchit actuellement à une extension du chômage partiel à l’ensemble de ses 40000 salariés français. Dont les cadres et ingénieurs".
La dernière phrase de l’article tente néanmoins de minimiser, ce qui laisse songeur :
Cette affirmation pourrait aisément s’assimiler à une malheureuse ironie quand on sait que beaucoup de conventions collectives ne prévoient en réalité aucun avantage particuliers pour les encadrants.
Le 20 février, sur France Inter, l’émission "nous autres" de Zoé Varier est consacrée à "ces cadres qui pètent les plombs". Cinquante minutes de témoignage d’une cadre. Tellement banal dans sa violente réalité que cela en devient sordide.
Le 26 février, La Tribune propose un article intitulé "Tous Drogués" dans lequel le journaliste explique que "la consommation de cocaïne, d’héroïne et de cannabis sur le lieu de travail n’est plus réservée à certains milieux professionnels".
Déjà en octobre 2008, la revue Santé et travail sous le titre "les cadres "déboussolés", affirmait qu’ils subissaient "plus difficilement les contraintes, car les règles du jeu ont été modifiées"
Les risques liés à ce mal-être des encadrants.
Hormis le fait qu’il existe dans ce contexte - pour les cadres comme pour les autres salariés - de réels dangers pour la santé que l’on réduit au terme vague et minimisant de "stress", l’impact pour les entreprises est loin d’être secondaire, ce qui devrait les encourager à reconsidérer certaines de leurs pratiques vis-à-vis de leur management.
Dans un environnement de changement, le rôle de l’encadrement (en particulier intermédiaire) est en effet essentiel.
Or, il s’avère que dans le cadre de leur métier, les consultants mesurent chaque jour davantage une démotivation croissante qui s’accompagne d’une grande lassitude nerveuse.
La preuve en est l’augmentation des demandes de formation ou d’accompagnement liées à ce que l’on nomme rapidement le "Développement personnel".
Alors que pèse sur les cadres intermédiaires la responsabilité de maintenir l’implication des salariés dans un lourd contexte d’inquiétude, alors que ce sont à eux de renforcer la cohésion d’équipes réduites par les réductions soudaines d’effectif, les cadres souffrent aujourd’hui des mêmes maux que l’ensemble des salariés.
Le péril est donc grand de les voir "baisser les bras", se désengager et laisser-faire.
Ce ne sont pas les démarches classiques de "gestion du stress" qui vont permettre de modifier sérieusement la donne et de remotiver durablement l’encadrement pour lui permettre de maintenir un minimum de stabilité dans un contexte social de plus en plus tendu.
Ces démarches "de base" sont d’ailleurs remises en cause par les intervenants des premières rencontres du magazine Santé & Travail sur thème des risques psychosociaux.
En effet, plutôt que ces formations et accompagnements qui traitent le problème de manière superficielle, les experts préfèrent souligner l’actuelle nécessité de revoir l’organisation entière des entreprises, la mise en place de bonnes pratiques (en particulier l’Ecoute), l’apport de solutions personnalisées et le rôle indispensable et incitateur que l’Etat devrait jouer dans ce domaine.

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