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Accueil du site > Actualités > Société > Ces journalistes devenus vampires et vautours

Ces journalistes devenus vampires et vautours

 Le journalisme a connu de belles heures raconte-t-on. Chaque profession ou corporation a besoin d’une sorte de mythe, en fait une légende, un récit racontant à âge d’or. C’était au temps d’Albert Londres puis du Watergate. Le journalisme a connu des transformations au cours de son histoire. Depuis la venue des médias hertziens, la conjoncture a beaucoup évolué. Les consciences ont aussi changé et c’est tout « naturellement » que la relation avec les journalistes a changé. Comme du reste avec beaucoup de professions, notamment le corps enseignant où le vénérable et respecté instituteur de la troisième république est devenu un prestataire de service assumant quelques tâches et qu’on hésite pas à bousculer quand le service est jugé médiocre. Le journaliste fut un temps considéré comme un défenseur de la vérité des faits, un parangon de démocratie, hussard de l’enquête au service de l’information citoyenne et défenseur du peuple contre les manipulations du pouvoir. Cette image d’Epinal s’est effritée. Même s’il existe encore des journalistes dans l’âme, présents sur le terrain au risque de leur vie, ou bien sondant les couches sociales pour des reportages impartiaux sur les vécus et événements du monde, il faut reconnaître que la profession n’a plus la cote et d’ailleurs, les gens n’ont plus vraiment confiance dans les médias. Pour l’opinion publique, le journaliste a les pieds liés au fric et le clavier guidé par des conflits d’intérêts lié au fait que la plupart des grands journaux sont entre les mains de financiers. Ou bien de connivence avec les pouvoirs politiques. Les analyses de Bourdieu ont contribué à propager cette vision de médias au service des puissants. Le journalisme impartial est devenu une exception, pense l’opinion, qui se jette sur les infos mais en jouant de la posture critique : on ne me la fait pas, les médias racontent les choses du monde mais on n’est pas dupe, c’est tronqué, pour ne pas dire truqué ! On nous cache tout chantait Dutronc.

 Le journaliste n’est plus ce chevalier blanc de la démocratie, pour autant qu’il l’ait pu être. Il est même perçu comme un élément hostile, dans les campagnes, les cités ; alors qu’il est conspué par l’agora du Net, traqué par la meute des blogueurs. Parfois de solides inimitiés avec le politique se nouent. Il est bien connu que Jean-Marie le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’ont pas des rapports très tendres avec une certaine presse. Nicolas Sarkozy affichait aussi une sorte de mépris pour la gent médiatique. Une analyse des ressorts de cette affaire nous conduirait à supposer que cette inimitié se place dans un conflit de positionnement où quelques politiques se réclamant de la défense du peuple affichent leur défiance face à des journalistes qu’ils considèrent alors comme ennemis du peuple et même de la société. Il arrive ainsi que quelques membres de la profession se fassent agresser, ce qui n’a rien de spécifique puisqu’à notre époque de manifestation des émotions et désirs, nombre d’individus usent de la violence pour exprimer la colère face à des professionnels dont ils sont insatisfaits. C’est le cas des journalistes mais aussi des enseignants, des vendeurs, des caissières, des médecins urgentistes…

  Le bon peuple n’est pas tendre avec les journalistes qui de leur côté, prennent parfois leur aise pour pratiquer des intrusions dans l’intimité des gens. Je ne pense pas précisément au paparazzi dont les pratiques servent une intention voyeuriste à l’égard des célébrités. Je parle de ces journalistes arpentant les lieux de faits divers parfois sordides pour y enquêter et livrer le plus de témoignages disponibles. On se souvient de ce meurtre abominable d’un gosse de dix ans, les médias livrant par la suite des informations erronées sur d’hypothétiques problèmes dans la vie relationnelle des parents. Ces faits de désinformation proche de la diffamation ont tendance à se répéter. Pas plus tard que la semaine dernière, on a assisté à un curieux événement. Chloé, jeune fille de quinze ans, a été retrouvée en Allemagne puis reconduite à son domicile par ses parents. Les médias ont filmé la scène. Ce n’est pas un banal taxi qui s’est présenté à l’entrée du village mais deux motards suivis de quatre véhicules de police munis d’un gyrophare. Un convoi sous haute protection mais pas de ministre à protéger, juste une famille. Protéger de quoi ? Eh bien des journalistes, tenus soigneusement à l’écart par les services de police ayant pris soin d’interdire l’entrée du village à tout véhicule indésirable. L’opinion publique trouve sans doute légitime ce souci d’informer allant jusqu’au harcèlement journalistique mais le philosophe pense que cette tendance ne va pas de soi et s’interroge sur cette sorte d’appropriation dévorante du fait divers par les médias, comme si un drame ou un accident devait être scruté et disséqué pour le livrer au public. Ces faits entrent légalement et légitimement dans le champ de la justice, instance habilitée à enquêter, prendre le temps de se renseigner et éventuellement, instruire un procès. Or, les médias veulent sur le champ que le fait soit connu, analysé et même livré au jugement public. C’est ce qu’on appelle une dérive. Difficile de les sevrer. Les parents de Chloé ont dû se présenter face aux caméras pour s’acquitter du denier du culte cathodique et livrer quelques éléments pour ensuite avoir la paix.

 Certains journalistes sont dépêchés sur le lieu des faits pour les dévorer tel des vampires suçant les images et les propos recueilli sur place. Ces professionnels du scoop et de l’événement sont des morts de faim, s’appropriant les existences privées et se jetant sur les événements, comme par exemple l’attribution du Goncourt, quitte à passer pour des émeutiers, car le spectacle donné récemment par ce monde journalistique traquant en meute un morceau d’événement donne vraiment l’impression d’une émeute. Ces faits de société n’étant pas isolés car le jour des soldes, on assiste à des comportements similaires, comme du reste lorsqu’un smartphone d’une célèbre marque imposa aux revendeurs chinois de stopper la vente pour éviter les drames. Le journaliste accorde à l’événement un authentique caractère fétiche. Qui prend de plus en plus l’ascendant depuis une décennie, avec toutes ces chaînes dépêchant un envoyé spécial pour parler depuis le lieu du fait tragique, comme si par ce stratagème le public se trouvait mieux informé et plus rapidement. Ce désir d’instantanéité interroge aussi, avec ces médias donnant intempestivement tout les détails disponibles d’une affaire ou d’un drame, sans prendre le recul nécessaire pour reconstituer les faits. Cette frénésie aboutit à des absurdités, comme ce jour où les chaînes d’info streaming ont trouvé dix personnes pour commenter un incident nucléaire alors que nul ne savait ce qui s’était produit exactement.

 Bienvenue dans ce monde de dingue, prenez soin de vous, les fêtes approchent !

 


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12 réactions à cet article    


  • Furax Furax 20 novembre 2012 12:42

    Juste une petite anecdote pour ajouter à votre tableau.

    Connaissiez vous « Choc », la revue qui a publié en couverture une photo du jeune Ilian, prise par ses ravisseurs, le « gang des barbares ». Achetée combien ? A qui ?

    J’avais découvert « Choc » lorsqu’ils avaient publié, toujours en couverture, des photos de patients en réanimation de l’ hôpital de Lille prises dans des postures grotesques par des aides soignants qui espéraient trouver un journal assez pourri pour leur acheter ces merdes. Ils l’ont trouvé ! Je voulais savoir qui en était le patron. Pas déçu ! Le maître de bien-pensance bobo gaucho Canal+ !Qui sillonne encore les plateaux pour dire le beau, le vrai, le juste. PIERRE LESCURE ! Ils n’ont pas d’odorat ceux qui le côtoient ou quoi ?


    • Furax Furax 20 novembre 2012 12:59

      Attends, c’est pour rire !
      De rien...


    • Gollum Gollum 20 novembre 2012 13:28

      Bienvenue dans ce monde de dingue, prenez soin de vous, les fêtes approchent !

      Oui je crois qu’il faut effectivement se recentrer sur soi sinon la déprime nous menace..

      Monde de dingue et d’une vulgarité sans précédent. Bienvenue aux barbares..

      • velosolex velosolex 20 novembre 2012 13:33

        Ce sont les fruits de l’époque, et leur miroir.

        Tous plus ou moins interchangeables, sortis du même milieu bourgeois, des mêmes écoles, de journalisme justement, ou on leur apprend l’objectivité, autre nom pour apprendre à se taire et bien se coiffer.

        Ou simplement à continuer à être ce qu’ils sont.

        Pas des artistes, ni des engagés, mais des pros, le petit doigt sur la couture du pantalon et de l’audimat.
        En vertu de quoi, il n’y aura guère besoin de leur donner la ligne éditoriale, tant ils sont formatés, habiles à flatter les puissants, peu emprunts à l’analyse et à la critique. Autant d’impertinences à gommer si vous tenez à faire carrière.

        Finit les Dumaillet, les Desgropes, les Chapatte, les Pivot, tous ces types arrivés là un peu par hasard et qui auraient pu être vigneron, ou coureur cycliste, mais qui savaient tirer du bon vin et vous étourdir de leurs propos, même et surtout en cognant du poing sur la table.

        Rien de plus rafraichissant que de tomber sur des archives,
         Par exemple un journal télévisé remontant à une vingtaine d’années.
        Et tout à coup on est troublé.
        Il régnait encore un esprit, un relâchement, une pointe personnelle critique faisant que l’auditeur apportait aussi la sienne.

        Même avec leur décolleté plongeant, et leur blondeur platine siliconé, les journalistes de l’écran ont maintenant tout du chien de garde du pouvoir, et l’ombre de la Pravda n’est pas loin,
        malgré leurs miches et leurs ménages rémunérateurs, publicitaires, auxquels ils se ploient, en bons esclaves qui se croient libres.


        • velosolex velosolex 20 novembre 2012 13:34

          Qui se croient libres
          Mais qui couchent avec leur maitre !


        • sirocco sirocco 20 novembre 2012 16:07

          @ l’auteur

          « Le journalisme impartial est devenu une exception... »

          On en a une démonstration éclatante avec les combats en Syrie. Avez-vous vu beaucoup de grands médias français dépêcher un reporter à Damas ou être « embedded » avec l’armée nationale syrienne pour nous présenter le conflit du point de vue du régime en place et de la large fraction du peuple qui continue à le soutenir ?

          Si vous en connaissez de ces vrais journalistes, dites-le nous.

          Parce que on a beau ne pas être impartial (c’est-à-dire laisser transparaître ses opinions personnelles dans l’article qu’on écrit, ce qui en soi est acceptable quand on a annoncé la couleur), la déontologie du journalisme voudrait pour le moins qu’en présence d’un conflit, on présente la situation des deux côtés (et si possible dans des proportions égales) afin de permettre aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs de se forger leur opinion en disposant de toutes les informations pour cela. Si délibérément on refuse d’aborder avec un minimum d’objectivité le point de vue d’une des parties en cause, on ne fait plus de l’information mais de la propagande. La quasi totalité des journalistes des grands médias français sont aujourd’hui des propagandistes et des enfumeurs.

          Pour ce qui est de l’information « people », je ne sais pas, je m’y intéresse assez peu.


          • alinea Alinea 20 novembre 2012 18:09

            Vous oubliez de dire que le premier à conspuer les journalistes fut Mitterand ; c’était tout au début de la mode langagière journalistique qui autorisait ceux-ci à taper au-dessous de la ceinture, à parler, à la radio, à leurs invités comme s’ils avaient gardé les vaches ensemble, à chercher la bébête , à se comporter, non pas en vautours ( paix à leur nature de charognards) mais à des fouille-merde !
            Mais rien n’y fit, le ton était donné qui plut à tous !
            Les journalistes ne parlent pas, ils gueulent, ils vont vite, ne s’arrêtent sur rien, interviennent pour se mettre en avant, laissent quelques secondes pour l’intervenant...
            Dans la presse écrite, vu que je ne lis que la bonne, je n’ai que du bien à dire d’eux !


            • sirocco sirocco 20 novembre 2012 21:26

              « Vous oubliez de dire que le premier à conspuer les journalistes fut Mitterand »

              Peut-être parce que c’est sous Mitterrand que la plupart des médias se sont retrouvés dans l’escarcelle de quelques magnats.

              Les présentateurs (peut-on les qualifier de « journalistes » ?) qui chez nous interviewent les personnalités politiques et qui vous semblent si impolis font figure de carpettes et de cire-pompes par rapport à leurs collègues qui, dans d’autres pays (par exemple en Angleterre), n’hésitent pas à pousser leurs interlocuteurs dans leurs retranchements au lieu de toujours les caresser dans le sens du poil.

              Les fouille-merde interviennent dans la sphère « people » mais infiniment moins dans le domaine politique en France.


            • CARAMELOS CARAMELOS 20 novembre 2012 20:44

              Rire c’est surprenant ces réactions. La presse est remise en questionn ? Vous êtes cruels, émettre des doutes sur ces redresseurs de torts, les chevaliers blancs du papier journal. Il y a un bénéfice dans tout cela on ne croit plus personne ! Merci la « presse » ! On peut enfin douter en toute sérénité, du bon boulot , mille merci. 


              • Pierre Régnier Pierre Régnier 21 novembre 2012 07:06


                Cet article est trop pessimiste. La belle conscience d’Albert Londres est toujours présente dans la profession, au moins dans le journalisme féminin. Et l’actualité nous le prouve.

                 

                Des hommes, des femmes et des enfants de Civitas marchent dans la rue en portant des pancartes. On voit bien que ce sont des dangereux fascistes quand ils refusent que des femmes nues viennent leur envoyer des gaz à la figure avec des aérosols.

                 

                La manifestation fasciste aurait pu passer inaperçue mais, heureusement, la presse a encore quelques courageux correspondants de guerre qui, en prenant les plus grands risques, vont enquêter sur le lieu même des batailles.

                 

                Je propose qu’on réserve dès maintenant au Panthéon, à côté de Jean Moulin, une place pour l’héroïque Caroline Fourest, grâce à qui le monde a été informé des dangereux agissements des marcheurs fascistes.



                • Furax Furax 25 novembre 2012 11:33

                   smiley Excellent !!!
                  Surtout lorsqu’on peut lire les messages d’amour inscrits sur le corps des femmes nues !
                  Je pensais à nos « dangereux fascistes » en regardant hier des hordes de CRS s’attaquer aux manifestants de Nantes et trainer le corps d’une femme dans la forêt. En parlant de forêt, pas là Fourest ? Elle est certainement partie à Gaza filmer les fascistes du Hamas .


                • Eurasie 26 novembre 2012 08:54

                  Mais non il y en a qui ne suce pas que le sang, comme cette « journaliste » de FEMEN ...
                   
                  Rigolo ....
                   
                  E&R a trouvé une des FEMEN sur un site de putes ...
                   
                   
                  http://www.egaliteetreconciliation.fr/Les-FEMEN-ni-putes-ni-soumises-15096.html
                   
                   
                  Soros doit s’amuser en plus de financer ...
                   
                  Tout la société « intellectuelle » est engagée pour la grande décadence et la colonisation ...

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