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Charlie Hebdo en procès, une chronique de l’intégrisme ordinaire

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« L’homme communautariste, l’homme des associations est l’homme du ressentiment sous sa figure contemporaine. Son impuissance à être l’a conduit vers les officines où bout l’esprit de vengeance. Il lui faut sans cesse des combats, des revendications, des pressions pour se sentir être parce qu’il ne peut plus éprouver l’excitation vitale que sous la forme de la persécution : celles dont il se dit menacé justifiant celles dont il demande la mise en œuvre. »
Les démons, Philippe Muray
L’Etat de droit a un attrait inestimable pour qui veut lui nuire ou en espère un avantage particulier : il suffit d’y être reconnu victime pour attirer à soi la bienveillance de la Justice. C’est ainsi que de nos jours, on ne compte plus les prédateurs de la République aux velléités de justiciables. Être une victime n’est pour eux plus une tare mais une nécessité, un préalable à des victoires de plus grande envergure.
Les poursuites engagées à l’encontre de Charlie Hebdo par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale sont incontestablement de cet ordre, celui où les cérémonies de justice se substituent progressivement aux débats d’idées. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, soucieux de ne pas paraître trop ostensiblement intégriste, se défend d’avoir organisé le procès de la liberté d’expression. Nous admettons que l’on puisse caricaturer le prophète, a précisé son avocat, Maître Szpizner, mais nous refusons cette agression raciste contre les musulmans (1).

De fait, le journal devra répondre devant le Tribunal de Paris, du 7 au 8 février, de l’accusation d’« injure envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » (2) pour la publication de trois caricatures, dont deux initialement parues dans le journal danois Jyllands Posten. La première représentait Mahomet portant une bombe en guise de turban, la seconde montrait le prophète submergé par le nombre de terroristes arrivant au paradis, et leur en refusant l’accès par ces mots : « Stop ! Stop ! We ran out of virgins ! » (3) tandis que la dernière décrivait un Mahomet affligé par les intégristes, se tenant la tête entre les mains et déclarant : « C’est dur d’être aimé par des cons ».

Dans chacune des trois illustrations, c’est sans équivoque possible l’intégrisme musulman, et non la communauté musulmane dans son ensemble, qui fit l’objet de la charge critique menée par Charlie Hebdo. La distinction, essentielle, ne semble pourtant pas concevable à Dalil Boubakkeur, qui considère notamment que « Représenter Mahomet coiffé d’une bombe c’est dire à tous les musulmans et pas seulement aux intégristes : "Vous adorez un prophète vecteur d’attentats, de mort, de destruction, donc vous adorez la violence"  » (4). Bien évidemment, ce serait faire preuve de fausse ingénuité que d’ignorer qu’un tel sentiment ait pu exister lors de la publication des caricatures. Pour autant, il n’est pas concevable de fixer les limites de la liberté d’expression au gré des fluctuations de sentiment d’une communauté, à plus forte raison quand celle-ci est représentée par des institutions à ce point contestées par ceux dont elle prétend aujourd’hui prendre la défense.

Entre l’infinité d’interprétations possibles des caricatures publiées, ce sera au tribunal de Paris de déterminer s’il en est une qui doit prévaloir. Pour ce faire, il lui incombera de répondre à une question décisive : le caractère insultant des publications procède-t-il d’une intention coupable de leurs auteurs ou de la sensibilité particulière d’un public ?
Or, à considérer la définition légale et jurisprudentielle de l’injure (5), rien ne serait plus contraire au droit positif qu’une condamnation de Charlie Hebdo. En effet, pour que soit constitué le délit d’injure, il faut, outre l’existence d’un propos outrageant adressé en public à une personne ou à un groupe de personnes déterminées, démontrer la volonté de nuire de l’auteur des propos.

En l’occurrence, les caricatures incriminées ne visaient de toute évidence qu’à stigmatiser les seuls intégristes musulmans, cherchant à mettre ainsi en exergue le dévoiement croissant de l’islam par les extrémistes religieux. De fait, pour que la justice condamne l’hebdomadaire satirique, il lui faudrait conclure que la critique véhiculée par les caricatures incriminées portait sur l’ensemble de la communauté musulmane. Procéder à une telle analogie serait en définitive estimer que le fanatisme est indissociable de la foi musulmane, ce serait proclamer que la violence est consubstantielle à l’islam. En d’autres termes, pour que les plaignants obtiennent gain de cause, il faudrait que la justice se rende coupable de l’amalgame qui précisément est aujourd’hui reproché à Charlie Hebdo.

Cette méprise aberrante, si la justice ne s’en est pas encore rendue coupable, a, quoi qu’il en soit, d’ores et déjà été commise par les premiers à s’en dire victimes ; car ne pas tolérer la critique des violences islamistes au motif qu’elle insulterait la foi de tout musulman, c’est ériger l’appartenance à une même religion en obstacle à la réprobation des crimes perpétrés en son nom, abolir le sens critique au nom du sacré.

De cette affaire, et quelle que soit son issue juridique, il faudra retenir que l’intégrisme a d’autres visages que celui de la barbarie et sait s’habiller d’ordinaire pour parvenir à ses fins, qu’il ne répugne pas à recourir à des moyens légaux pour étendre son empire. Mais, sauf à considérer que la licéité des moyens justifie la poursuite de fins insensées, cela ne le rend pas moins hostile au monde ni ne l’affranchit de sa responsabilité vis-à-vis des croyants sur lesquels il jette le discrédit, usurpant la place des authentiques musulmans, ceux que l’on dit modérés parce que restés silencieux jusqu’à ce jour, ou parce que leurs voix ne nous parviennent plus par-delà le tapage et les vaines détestations.
Notes
1- Face à « Charlie », la Mosquée sur la défensive, par Catherine Coroller, Libération, samedi 3 février 2007.
2- Article 48 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
3- « Arrêtez ! Arrêtez ! Nous sommes à court de vierges ! »
4- Face à « Charlie », la Mosquée sur la défensive, ibid.
5- Article 29 de la loi du 29 juillet 1881 : L’injure s’entend, en opposition avec la diffamation, de « toute expression outrageante, terme de mépris ou d’invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait ».
Illustration : The mutilated shade of Mahomet, Gustave Doré (1865)
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Caricatures Mahomet

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    Par Courouve (xxx.xxx.xxx.55) 7 février 2007 14:11
    Senatus populusque

    Les incroyants pourraient porter plainte contre les éditeurs du Coran à cause des versets suivants :

    « Cette combustion d’hommes et de pierres prête pour les incroyants (ou les incrédules). » Sourate II (la vache, ou la génisse), verset 22 ou 24.

    « Les incrédules seront les hôtes (ou les compagnons) du Feu. » II, 37 ou 39.

    « Allâh maudisse les incroyants. » II, 83 ou 89.

    « Aux incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux). » II, 84 ou 90.

    « Aux incroyants l’affreux tourment (un châtiment douloureux). » II, 98 ou 104.

    « Je précipiterai l’incrédule dans le châtiment du feu . Quelle affreuse fin (pour lui) ! » II, 120 ou 126.

    « Allâh n’aime ni l’incroyant (ou le pécheur incroyant) ni l’impie. » II, 276 ou 277.

    « Les incroyants, je les tourmenterai terriblement (ou je le punirai d’un châtiment cruel) en cette vie et dans l’autre et ils seront sans recours. » III (la famille d’Amram), 49 ou 56.

    « Quiconque cherche une autre religion que l’Islam ne sera pas accepté. » III, 79 ou 85.

    « Qu’Allâh éprouve ceux qui croient et détruise (ou fasse disparaître) les incroyants. » III, 135 ou 141.

    « Nous jetterons l’effroi dans le cœur des incroyants. » III, 144 ou 151.

    « Les incroyants vont et viennent dans le pays, mais ne t’y trompe pas, piètre est leur joie, et leur refuge sera la géhenne (ou leur demeure sera l’Enfer). » III, 196 ou 196-197.

    « Nous tenons prête pour les incroyants la honte du tourment (ou une peine ignominieuse). » IV (les femmes), 37 ou 41.

    « Allâh tient prêt pour les incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux). » IV (les femmes), 102 ou 103.

    « Nous tenons prête pour les incroyants la honte du tourment (ou un supplice ignominieux). » IV, 150 ou 151.

    « Les incroyants qui nient nos versets seront les hôtes de la fournaise (ou les compagnons de l’Enfer). » V (la table servie), 10 ou 13.

    « Les incroyants qui nient nos signes seront les hôtes de la fournaise (ou les compagnons de l’Enfer). » V, 86 ou 88.

    « Oui, les incroyants auront le tourment du feu. » VIII (le butin), 14.

    « Les pires bêtes, aux yeux d’Allâh, sont les incroyants qui s’entêtent à ne pas croire. » VIII, 55.

    « Annonce aux incroyants l’affreux tourment. Les incroyants avec qui vous avez fait un pacte et qui ne vous ont pas fait tort et n’ont aidé personne contre vous, eh bien respectez ce pacte jusqu’à son terme car Allâh aime les fidèles. Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez. Prenez-les, assiégez les, dressez leur des embuscades. S’ils se repentent, font la prière, acquittent l’aumône, laissez-leur le champ libre, car Allâh pardonne, il a pitié. » IX (la repentance), 3-5.

    « Allâh a promis aux hypocrites, hommes et femmes, et aux incroyants le feu de la géhenne. » IX, 68.

    « L’affreux tourment frappera ces incroyants. » IX, 90.

    « Croyants, combattez les incroyants qui sont dans vos parages et qu’ils vous trouvent durs. » IX, 123.

    « Pour les incrédules, boisson brûlante (ou le breuvage de l’eau bouillante) et châtiment douloureux, parce qu’ils n’ont pas cru. » X (Jonas), 4.

    « Ceux qui ne croient pas aux versets d’Allâh, il ne les guide pas, ils auront l’affreux tourment. » XVI (les abeilles), 104.

    « Les incroyants arguent de l’erreur pour rejeter la vérité. Ils se moquent de nos signes et de nos avertissements. » XVIII (la caverne), 56.

    « Ah ! si les incroyants connaissaient le moment où ils ne pourront soustraire au feu leur face ni leur dos, car ils seront sans recours. » XXI (les prophètes), 39.

    « On taillera des vêtements de feu pour les incroyants, on leur versera de l’huille bouillante sur la tête. » XXII (le pèlerinage), 19.

    « N’écoute pas les incroyants, combats-les rudement avec ce Coran. » XXV (le critère), 52.

    « Les incroyants qui nient nos signes et la rencontre de l’autre vie seront dans le tourment. » XXX (les Romains), 16.

    « Allâh maudit les incroyants, il leur a préparé un brasier. » XXXIII (les ligues), 64.

    « L’incroyance des incroyants ne fait qu’accroître l’horreur qu’Allâh avait d’eux. » XXXV (le créateur), 39.

    « Malheur aux incroyants, à cause du feu. » XXXVIII (çâd), 27

    « Les incroyants auront le grand tourment. » XLII (la délibération), 26.

    « Les incroyants profitent, ils mangent comme des bestiaux, mais ils auront le feu pour logis. » XLVII (Mahomet), 12.

    « Aux incroyants l’affreux tourment. » LVIII (la plaidoirie), 4.

    « Les incroyants qui ont nié nos versets seront pour toujours les hôtes du feu. Mauvais avenir. » LXIV (la duperie réciproque), 10.

    « Noé dit : Seigneur, ne laisse pas d’incroyants circuler sur Terre, car si tu les laisses, ils égareront tes esclaves et n’engendreront que des pervers sans foi. » LXXI (Noé), 26-27.

    « Pour les incroyants, nous avons préparé chaînes, carcans et brasier. » LXXVI (l’homme), 4.

    « Les incroyants, qu’ils aient le livre ou qu’ils ajoutent des dieux, iront dans le feu de la géhenne et y seront pour toujours. Ce sont les pires des humains. » XCVIII (la preuve), 6.

    N.B. Ces références sont faites d’après :

    1 : l’édition en coll. Points, au Seuil, en 1998 (réimpression de juin 2001) ; traduction de Jean Grosjean pour les Éditions Philippe Lebaud, 1979. 2 : l’édition en coll. PBP, chez Payot, en 2001 ; traduction d’Édouard Montet en 1958. 3 : l’édition en coll. Folio classique chez Gallimard, en 2001 : traduction de Denise Masson en 1967.

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    Par docdory (xxx.xxx.xxx.31) 7 février 2007 15:26
    docdory

    @ Demian West

    " c’est un délit dans le droit laïque et français " dis-tu ???

    Mais non , tu fais erreur , le blasphème n’est plus un délit dans le droit français depuis 1881 ! Et d’ailleurs s’il en était autrement , on n’aurait pas pu abattre la statue monumentale de la statue de Gilbert Bourdin , prophète du Mandarom , à Castellane .

    Pour les adeptes de cette religion , cela a sans nul doute constitué un blasphème contre leur prophète .

    Or il n’y a aucune espèce de raison pour la République Française de privilégier un prophète par rapport à un autre , dans la mesure où il est impossible de déterminer objectivement si les élucubrations de l’un de ces deux prophètes sont " meilleures " que celles de l’autre .

    Pour les quatre cinquièmes de la population non musulmane et non mandaromiques de cette planète , il s’agit de toutes façons , dans un cas comme dans l’autre de fariboles , de billevesées , d’illusions , d’inepties , de superstition , d’obscurantisme , d’absurdités etc...

    Donc les habitants de cette planète ont le droit imprescriptible et inaliénable de penser , dire et écrire ce qu’ils pensent des prophètes Gilbert Bourdin , Mahomet , mais aussi Ron Hubbard , Claude Vorhilon-Raël , Jim Jones et tout autre prophète de toute religion présente passée et future !!!!

  • 0 vote deja vote forum
    Par Fred (xxx.xxx.xxx.123) 7 février 2007 17:24

    N’y a -t-il pas QUE la vérité qui blesse ?

    Pourquoi des personnes musulmanes mais non intégristes se sentiraient visées par une caricature de Mahomet ?

    Les musulmans n’ont-il pas le droit de regarder les guignols ? de rire ?

    Une caricature dans les Arts visuels, la peinture subjective de l’élément abordé (individu, organisation, pensée...) charge certains traits de caractère souvent ridicules ou déplaisants.

    Il est par définition "normale" qu’une caricature soit une vision simpliste voire fausse d’un individu , d’une organisation...

    Le français caricaturé tient sa baguette sous le bras , le beret sur la tete et la cloppe au bec ( quoique ... ça va peut être changer ). Bref, Avez-vous déjà vu CE français dans la rue ?? JAMAIS, car il n’existe pas. Est-ce que cette caricature porte préjudice aux français ??!! Franchement , p’tet bien qu’oui , p’tet bien qu’non , mais globalement on s’en fou.

    Faut croire que certaines personnes n’ont pas de soucis ou n’ont rien d’autre à faire de leur temps pour polémiquer et amalgamer sur des détails aussi ridicules.

    De plus, il ne faut pas non plus oublier que ceux qui n’aiment pas les caricatures ne sont en rien obligés de s’abonner à Charlie Hebdo.

    Par contre, ça serait dommage de priver les autres de belles rigolades ...

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    Par miteny (xxx.xxx.xxx.65) 7 février 2007 14:00

    « Représenter Mahomet coiffé d’une bombe c’est dire à tous les musulmans et pas seulement aux intégristes : "Vous adorez un prophète vecteur d’attentats, de mort, de destruction, donc vous adorez la violence" »

    C’est un peu vrai, non ?. Je serais étonné que l’on m’apprenne que l’islam prône la non-violence (même envers ses ennemis : c’est trop facile de ne prôner la non-violence qu’envers ses amis). Et n’est-ce pas un devoir de critiquer celui qui ne prêche pas la non-violence ?

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